LLA DÉCLARATION DES DROITS DU FLEUVE VAR ET DE SES BASSINS VERSANTS
LLA DÉCLARATION DES DROITS DU FLEUVE VAR ET DE SES BASSINS VERSANTS
En ce 23 juillet 2025, un groupe de femmes et hommes, citoyennes et citoyens du territoire, se sont réunis afin de proclamer les droits du fleuve Var et de son bassin versant.
A travers ce présent document nous invitons la réflexion et le passage à l’action de toute personne concernée qui souhaite rejoindre le mouvement.
Contexte et constat
La crise environnementale et sociétale qui englobe notamment le climat, la gestion des ressources, la chute de la biodiversité et les pollutions des espaces naturels conduit naturellement à se questionner et à réfléchir collectivement à des moyens de préservation du fleuve et plus globalement de la ressource en eau.
Histoire du Var et de ses affluents
Le Var est l’entité naturelle qui matérialisait la frontière entre le royaume de France et le royaume de Savoie. Les bornes frontières toujours présentes dans nos villages font état de ce passé. Un passé d’histoire et d'anecdotes autour des échanges, des rivalités de la contrebande…. Un patrimoine riche de canaux d’irrigation, moulins, pressoirs, témoignages d’un patrimoine vernaculaire. Nos ancêtres étaient adaptés à leur environnement sans le contraindre, pour profiter des richesses de ce bassin versant.
Le Var est le point de ralliement des spécificités culturelles de chaque vallée, une colonne vertébrale entre le littoral et le haut Pays.
Le Var crée des frontières mais aussi des ponts entre les villages, les patois, les rituels, les traditions de chaque communauté qui compose cette mosaïque culturelle unique.
Richesse du vivant
Le fleuve Var abrite une biodiversité remarquable, reflet de la diversité des milieux qu’il traverse, des sources alpines aux zones humides méditerranéennes. Son cours sinueux, souvent encaissé, préserve des habitats rares et fragiles, refuges pour une faune et une flore spécifiques, parfois endémiques ou protégées.
La haute vallée, encore sauvage, accueille des espèces emblématiques comme l’aigle royal, le chamois ou la marmotte, tandis que les ripisylves de la moyenne et basse vallée offrent un habitat précieux pour les oiseaux nicheurs, les reptiles, les amphibiens et de nombreux insectes. Les gravières et bancs alluviaux, façonnés par les crues, sont des lieux de vie essentiels pour la reproduction et l’alimentation de nombreuses espèces aquatiques, dont certaines menacées.
Cette richesse du vivant repose sur l’alternance naturelle des débits, la diversité des substrats et le relatif isolement de certains tronçons. Elle fait du Var un corridor écologique majeur entre les Alpes et la mer, et un témoin précieux de la vitalité des milieux fluviaux méditerranéens.
Poissons
Chabot de Provence – espèce endémique du Sud-Est, très localisée.
Truite méditerranéenne – souche locale présente dans les têtes de bassin.
Blageon – typique des eaux claires et bien oxygénées.
Vandoise méridionale – espèce menacée, présente en basse vallée.
Oiseaux
Martin-pêcheur d’Europe – fréquente les berges du Var, indicateur de bonne qualité des eaux.
Guêpier d’Europe – niche dans les berges sablonneuses ou graveleuses du fleuve.
Petit gravelot – niche sur les bancs alluviaux.
Aigle royal – visible dans la haute vallée.
Hirondelle de rivage – dépend des parois meubles des berges pour nicher.
Reptiles et amphibiens
Cistude d’Europe – tortue semi-aquatique présente localement en basse vallée.
Alyte accoucheur – amphibien discret présent dans les zones humides.
Insectes
Cordulégastre annelé – grande libellule inféodée aux eaux vives de montagne.
Zygoptères (demoiselles) et autres odonates – richesse notable sur le bassin du Var.
Saule à oreillettes et autres saulaies pionnières – sur les bancs alluviaux.
Adonis d’automne – espèce méditerranéenne rare.
Orchis provincialis – orchidée protégée, présente dans les zones boisées humides.
Ces espèces témoignent de la valeur écologique élevée du fleuve Var, mais aussi de sa fragilité face aux aménagements, à l’extraction de matériaux, à la pollution diffuse ou à l’artificialisation des berges.
Relief et situation géographique
Le fleuve Var prend sa source à plus de 1 800 mètres d’altitude dans les Alpes du Sud, au cœur du massif du Mercantour, sur la commune d’Entraunes. Son cours, long de 114 kilomètres, traverse des paysages de montagne escarpés, de vallées étroites et de gorges profondes, avant de rejoindre la Méditerranée entre les communes de Nice et Saint-Laurent-du-Var.
Le relief marqué de son bassin versant, composé de fortes pentes, de barres rocheuses et de zones d’éboulis, façonne un fleuve impétueux, au régime torrentiel, sensible aux crues rapides. Cette topographie accidentée contribue à la richesse écologique du territoire, en offrant une grande diversité d’habitats naturels, depuis les alpages d’altitude jusqu’aux zones alluviales de la basse vallée.
Le fleuve Var marque aussi une frontière naturelle entre les départements des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence, jouant un rôle structurant dans l’organisation du territoire. Son bassin versant est emblématique de la transition entre milieux alpins et influences méditerranéennes, où le relief, l’eau et les activités humaines sont intimement liés.
Observations et inquiétudes
Les citoyens riverains du Var ont conscience de son importance, des enjeux qui se jouent dans un contexte de dérèglement climatique. Les citoyens observent des perturbations dans le transport naturel des sédiments. Ils constatent que les infrastructures humaines sont de plus en plus fragiles face aux évènements climatiques extrêmes qui se multiplient. Les épisodes de sécheresse invitent à une nouvelle réflexion sur la gestion de l’eau, sur le partage équitable de cette richesse, afin que des règles démocratiques et solidaires permettent à nous tous citoyens riverains de pouvoir en user en préservant l’intérêt général. Les inondations témoignent de l’artificialisation des rives, des berges. Le lit et la nappe alluviale trop souvent malmenés ont un engravement accéléré et l’érosion de la ripisylve. La nécessité d’une gestion (GEMAPI) devient une addiction quand le fleuve ne peut plus s’exprimer librement. La marche arrière semble impossible. Et nous désirons apaiser les débats, recréer du lien et du dialogue entre ceux qui renaturalisent, ceux qui continuent d’industrialiser, pomper. Nous sommes tous concernés par nos besoins vitaux futurs, mais dans cette déclaration nous souhaitons que les non-humains ne passent pas en arrière-plan.
Impact de l’activité humaine
Au fil du temps, les activités humaines ont profondément modifié le fonctionnement du fleuve Var. Dans sa basse vallée, l’artificialisation massive (urbanisation, infrastructures, digues, aéroport) a réduit les zones de divagation et accru les risques d’inondation. L’extraction de granulats, largement pratiquée jusqu’aux années 1980, a provoqué une incision du lit du fleuve et une perte de mobilité latérale.
Les affluents subissent également des pressions : captages d’eau, recalibrages de lits, fragmentation des habitats, multiplication des routes ou équipements touristiques. Dans les vallées de la Vésubie et de la Tinée, les aménagements post-tempête Alex ont renforcé la protection des biens, mais souvent au détriment de la dynamique naturelle des cours d’eau.
Par ailleurs, la pollution diffuse, l’imperméabilisation des sols, la surfréquentation touristique et la perte de la culture fluviale sur certains secteurs contribuent à l’affaiblissement de la résilience naturelle du bassin versant.
Liens émotionnels et connexion
Dans une société qui s’est fortement urbanisée, le var offre une connexion à la nature. La quasi totalité de nos villages, souvent perchés, ont un paysage qui intègre le Var ou un de ses affluents. C’est une ouverture, une réflexion, un sentiment de vie et de mouvement qui inspire les artistes.
Même le var urbanisé en aval est un lieu de ressourcement, de balade, de contemplation. La beauté est possible partout, elle est présente sur les 114km de son linéaire.
Conclusion de la partie : Même si aujourd’hui le Var n’a pas connu de grandes catastrophes irréversibles, nous avons constaté une dégradation certaine. Aujourd’hui nous souhaitons agir pour conserver l’équilibre du vivant.
Objectifs de ce document
Donner des droits au fleuve Var et ses bassins versants
Créer et définir le rôle des veilleuses et veilleurs du vivant
Reconnaissance des droits du Var et de son bassin versant
Toute personne se reconnaissant dans cette démarche peut, par cette déclaration des droits du Var, se manifester pour la réalisation d'un idéal commun à atteindre. Habitant·es, associations, entreprises, collectivités et tout.es autres acteurs.rices du bassin versant sont invités à œuvrer, collectivement, pour le développement du respect de ces droits et pour assurer son application par des mesures concrètes.
Réclament que le Var se voit garantir, au minimum, les droits fondamentaux suivants :
Droit de ne pas être pollué
Droit de conserver sa biodiversité, ses paysages et de participer à l’expansion du vivant
Droit d’exister comme un sujet à part entière et non comme une ressource, une marchandise à disposition de l’être humain
Droit d’alimenter et d’être alimenté par des aquifères durables
Droit de s’écouler librement et d’exprimer son caractère sauvage
Droit de remplir ses fonctions essentielles dans son écosystème
Droit à être support de vie pour les générations futures
Rôle des veilleuses et veilleurs
Les veilleuses et veilleurs du fleuve Var s’engagent à préserver ses intérêts fondamentaux afin d'assurer la mise en œuvre et l’application pleine et entière des droits prévus dans cette déclaration.
Sensibiliser aux enjeux écologiques, territoriaux et à la notion de bien commun à travers des outils, des démarches scientifiques et des propositions pédagogiques.
(ex : création d’un atelier ”La fresque du fleuve Var” )
Étendre notre démarche vers une mobilisation massive
Mettre en place un suivi pour identifier tous dommages écologiques ou décisions aggravantes, alerter si nécessaire et mettre en œuvre les actions de réparation.
Mobiliser l’ensemble des moyens artistiques, historiques, politiques, juridiques etc. pour participer à l’éveil des consciences et à la reconnexion au vivant.
Agir au nom du fleuve Var pour représenter ses intérêts dans toute procédure judiciaire.
Positionner sur une cartographie les initiatives des veilleur·es.
Proposer un changement de paradigme vis-à-vis des élus, des institutions et des entreprises à travers la création d’un plaidoyer.
Invitation à participer aux réunions organisées par la communauté de commune afin de prendre part aux discussions des projets du territoire.
Encourager, appuyer et financer des études scientifiques pour la préservation du fleuve Var.
C’est avec beaucoup d’affection pour ce fleuve et ses affluents que nous vous invitons à rejoindre notre mouvement en signant notre déclaration.
Citoyenne, citoyen de notre territoire engageons nous ensemble pour préserver la beauté et la vie du fleuve Var qui nous anime et nous inspire quotidiennement.
AIDEZ NOUS A DIFFUSER CETTE DECLARATION EN LA PARTAGEANT A VOS VOISINS RIVERAINS!
Copiez coller le lien vers cette page : DECLARATION VAR