Dans un contexte de changement climatique, les ressources en eau deviennent un enjeu stratégique pour tous les usagers.
Alors que les études HMUC visent à anticiper l’évolution des ressources hydriques, leurs conclusions, appliquées sans concertation approfondie, menacent gravement l’équilibre économique des exploitations agricoles.
Par cette lettre ouverte, les organisations professionnelles agricoles interpellent le Premier Ministre pour demander un moratoire sur les décisions prises sur la base de ces études, et réclament une véritable prise en compte des impacts socio-économiques avant toute application des restrictions prévues.
LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE
Dans un contexte d’évolution du cycle de l’eau, vous vous êtes engagé à mener dans l’année des conférences territoriales sur l’eau destinées à ouvrir un débat structurant autour de la gestion de l’eau à l’échelle des bassins hydrographiques, réunissant l’ensemble des usagers de l’eau dont les agriculteurs. La synthèse des contributions est attendue pour l’automne.
Parallèlement, les instances locales de l’eau poursuivent la révision de leurs schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) en s’appuyant sur des études HMUC pour Hydrologie Milieux Usages Climat. Ces études évaluent les effets du changement climatique sur la ressource en eau en croisant données hydrologiques, écosystémiques et usages et simulent les différents scénarios pour anticiper l’évolution des débits, des besoins et des conflits d’usages.
Pour le monde agricole, la stricte application des recommandations HMUC présente des impacts négatifs colossaux pour l’ensemble des filières agricoles, en grandes cultures comme en élevage. Cela fragilise les cultures irriguées, contraint les investissements et accentue la vulnérabilité économique des exploitations.
C’est pourquoi à l’appel du réseau Jeunes Agriculteurs, NOUS, Organisations Professionnelles Agricoles vous saisissons Monsieur le Premier Ministre dans le cadre de l’examen le 25 juin prochain des conclusions de l’analyse HMUC Clain portée par la commission locale de l’eau du SAGE sous l’égide de l’EPTB Vienne. Ces dernières introduisent des volumes par unité de gestion qui serviront ensuite de base à l’arrêté préfectoral définissant les volumes prélevables en période de basses eaux, à la baisse, étranglant ainsi la profession qui n’a jamais été consultée sur cette étude.
Aussi, nous contestons fermement la méthodologie employée et demandons :
La réalisation d’une étude socio-économique à prendre en compte pour déterminer les volumes prélevables sur tous les territoires, y compris pour les analyses HMUC qui sont finalisées ou en cours de finalisation ;
Un moratoire sur les analyses HMUC en cours et sur la prise de tout arrêté préfectoral fixant les volumes prélevables en période de basses eaux sur un territoire suite à une analyse HMUC (notamment sur le bassin de la Creuse), jusqu’à la Convention nationale sur l’eau et tant que les études socio-économiques n’ont pas été réalisées.
De prendre en considération les difficultés rencontrées dans le cadre des analyses HMUC sur le bassin Loire-Bretagne afin de ne pas les reproduire dans les études d’évaluation des volumes prélevables engagées ou à venir sur le bassin Seine-Normandie.
Un appel à mobilisation intersyndical et inter-régional à l’échelle du bassin Loire - Bretagne a été lancé pour des actions en marge de la réunion de la CLE prévue le 25 juin.
Les récentes avancées législatives et réglementaires ont redonné de l’espoir aux agriculteurs français. L’horizon que vous avez fixé s’agissant de la ressource en eau doit être respecté pour dépassionner le débat et apporter des solutions durables et pragmatiques sur la gouvernance et le partage de l’eau.
Comptant sur votre intervention rapide pour la mise en place d’un moratoire sur les analyses HMUC jusqu’au terme des conférences territoriales que vous avez annoncée laissant le temps aux acteurs locaux de mieux concerter les objectifs environnementaux, les solutions d’accompagnement des exploitations fortement pénalisées et, à terme, les modalités et volumes de prélèvement,
Recevez nos respectueuses salutations.