Le cartable rêveur

Pendant que tu étais

Sur la plage, cet été,

Ou bien dans la forêt,

As-tu imaginé

Que ton cartable rêvait ?

Il rêvait d'avaler

Des crayons, des cahiers,

Puis d'aller comme on vole,

Sur le chemin de l'école.

                                                        Carl Norac



Le rébus des souris

Les souricettes, les souriceaux,

Dansent en rond tout essoufflés,

Sans soucis, bien en sûreté :

Le souterrain est surveillé.

Au loin s’entend un petit bruit :

Le chat soudain s’est éveillé !

                                                  Noël Prévost



Le Petit Chaperon Malin

« Vous avez des yeux, Mère-grand… de mésange !

- C'est pour mieux voir voler les anges, 

Mon enfant !

- Vous avez des pieds, Mère-grand… allongés !

- C'est que j'ai beaucoup voyagé, 

Mon enfant !

- Vous avez des bras, Mère-grand… de lutteur !

- C'est pour te serrer sur mon cœur, 

Mon enfant !

- Vous avez un dos, Mère-grand… de chameau !

- C'est pour porter les gros fardeaux,

Mon enfant !

- Vous avez, Mère-grand, l'oreille bien pointue !

- C'est pour mieux entendre, vois-tu, les abeilles !

- Vous avez la langue dehors, Mère-grand !

- C'est pour me rafraichir les dents quand je dors.

- Vous avez, vous avez…

- Eh bien ?

- C'est fini ! Et je crois bien que j'ai tout dit ! 

A demain !

- Mais tu n'as rien dit de mes dents ma cocotte !

- C'est que je ne suis pas idiote, Mère-grand !

Pierre Gripari 


La sorcière

Elle est petite, elle est bossue ;

Sur sa chaudière son front sue

Et ruisselle, et sa main ossue

Y plonge un doigt sale et crochu.


Une verrue énorme et grise

Pend de sa moustache qui frise

Sur sa lèvre que cicatrise

Le stigmate d’un pied fourchu

                Victor Hugo


 Pour devenir une sorcière

A l’école des sorcières

On apprend les mauvaises manières

D’abord, ne jamais dire pardon

Être méchant et polisson

S’amuser de la peur des gens

Puis détester tous les enfants.


A l’école des sorcières

On joue dehors dans les cimetières

D’abord à saute-crapaud

Ou bien au jeu des gros mots

Puis on s’habille de noir

Et l’on ne sort que le soir.


A l’école des sorcières

On retient des formules entières

D’abord des mots très rigolos

Comme « chilbernique » et « carlingot »

Puis de vraies formules magiques

Et là, il faut que l’on s’applique.

Jacqueline Moreau


L’été

Silence 

silence 

l’été 

se balance 

où l’oiseau 

se tait 


l’herbe 

séchée 

tremble 

dans l’air 

brûlé 


silence 

silence 

l’été 

chante 

dans 

les blés. 


Maurice Carême



Mon général


Mon général, votre tank est puissant,
Il couche une forêt, il écrase cent hommes.
Mais il a un défaut :
Il a besoin d’un conducteur.

Mon général, puissant est votre bombardier,
Plus vite que l’ouragan, plus fort que l’éléphant.
Mais il a un défaut :
Il lui faut un mécanicien.

Mon général, on peut tirer beaucoup de l’homme,

Il sait voler, il sait tuer.

Mais il a un défaut :

Il sait penser.


Bertold Brecht


La mer


La mer s’est retirée, 

Qui la ramènera ? 

La mer s’est démontée,

Qui l’a remontera ? 

La mer s’est emportée, 

Qui la rapportera ? 

La mer est déchaînée, 

Qui la rattachera ? 

Un enfant qui joue sur la plage 

Avec un collier de coquillages. 


Jacques Charpentreau


Vert de mer

 

Un poisson connaissait par cœur

les noms de tous les autres poissons.

Il connaissait les algues, les courants,

les sédiments, les coquillages.

C’était un érudit. Il exigeait d’ailleurs qu’on l’appelât « maître » !

Il savait tout de la mer

Mais il ignorait tout de l’homme.

Et un jour il se laissa prendre au bout d’un tout petit hameçon.


Madeleine Le Floch


Cher frère blanc


Cher frère blanc,


Quand je suis né, j'étais noir,

Quand j'ai grandi, j'étais noir,

Quand je suis au soleil, je suis noir,

Quand je suis malade, je suis noir,

Quand je mourrai, je serai noir.


Tandis que toi, homme blanc,

Quand tu es né, tu étais rose,

Quand tu as grandi, tu étais blanc,

Quand tu vas au soleil, tu es rouge,

Quand tu as froid, tu es bleu,

Quand tu as peur, tu es vert,

Quand tu es malade, tu es jaune,

Quand tu mourras, tu seras gris.


Alors, de nous deux,

Qui est l'homme de couleur ?



Léopold Sédar Senghor


La différence



Pour chacun une bouche deux yeux

deux mains deux jambes


Rien ne ressemble plus à un homme

qu’un autre homme


Alors

entre la bouche qui blesse

et la bouche qui console


entre les yeux qui condamnent

et les yeux qui éclairent


entre les mains qui donnent

et les mains qui dépouillent


entre le pas sans trace

et les pas qui nous guident


où est la différence

la mystérieuse différence?



Jean-Pierre Siméon