Au départ, il s’agissait d’un simple groupe de parents réunis au sein de l’Association des Parents d’Elèves de l’Ecole Montessori du Gosier (APELMONGO), école maternelle accueillant une soixantaine d’enfants de 18 mois à 6 ans (18 mois - 3 ans | 3 -6 ans). Puis à mesure que nos enfants s’épanouissaient dans ce cadre bienveillant, respectueux de leur rythme et de leur sensibilité propre, nous avons ressenti le besoin de poursuivre cette aventure le plus longtemps possible. De là est née une idée, que nous qualifions parfois nous-mêmes de folle : celle de créer une école primaire Montessori au Gosier.
Si le projet de départ était la création d’une école primaire Montessori, celui-ci a, au fil de nos rencontres, échanges et réflexions, évolué et pris de la hauteur. En effet, nous sommes des citoyens convaincus de l’importance de l’éducation dans la préservation (ou la création…) d’un monde en paix, où les valeurs de citoyenneté et de fraternité ne soient pas cantonnées au fronton des mairies. Le souhait a vite émergé de permettre au plus grand nombre d’enfants possible de bénéficier de ce projet, et donc qu’il s’ouvre à un public élargi, notamment pour en inspirer d’autres et insuffler une nouvelle dynamique pédagogique — à l’échelle locale voire nationale. C’est pourquoi nous avons fondé l’association Alternative Pédagogique Innovante et Heureuse (APIH).
Ainsi, au-delà de la construction, notre ambition est de :
À plus long terme, notre objectif le plus cher est de contribuer à la construction d’une société plus apaisée, où diminuerait le nombre de jeunes en situation d’échec scolaire grâce à une pédagogie mieux adaptée. Par ailleurs, les élèves formés suivant ces méthodes mettant l’accent sur l’empathie, la coopération plutôt que la compétition seraient naturellement imprégnés des valeurs profondes de la République, avec une citoyenneté vécue en actes quotidiens.
Citons pour illustrer nos propos la très belle analyse de Pierre Calame, préfaçant “L’Éducation et la Paix” de Maria Montessori (Éditions Desclée De Brouwer) :
« Plus que jamais la paix reste à faire. Plus que jamais, peut-être, elle sera dans les prochaines décennies un enjeu de survie de l’humanité. Plus que jamais elle se fera dans la tête des hommes. Car la paix, comme l’avait bien compris Maria Montessori, n’est pas la non-guerre. Ce n’est pas seulement affaire de diplomatie, d’armée et de cessez-le-feu. Trop souvent les peuples qui gagnent la guerre perdent la paix qui suit, car les valeurs nécessaires pour gagner la guerre – simplification, obéissance aux ordres, clarté de la distinction entre amis et ennemis, etc. – n’ont rien à voir avec les valeurs nécessaires pour construire une paix durable – la capacité à admettre et comprendre la complexité, la capacité à coopérer avec l’autre, l’esprit critique, le sens du compromis, la perception aiguë de l’unité et de la diversité simultanée du monde.
La paix est une science, un art, une culture. Pour Maria Montessori, la paix s’apprend. Dans la construction de la paix il n’est pas de petite chose et de petite échelle : ce qui se joue entre les femmes et les hommes, entre les enfants et les adultes, entre les enfants eux-mêmes, au niveau de la famille, de la classe, du quartier, se retrouve à l’échelle des rapports entre les nations. La tolérance, la capacité à reconnaître que l’autre est à la fois semblable à moi et digne des mêmes égards, et en même temps radicalement différent et digne du même respect, se pose à l’échelle des rapports interindividuels comme à l’échelle des rapports entre les civilisations et les religions. Il n’y a pas de petite échelle pour apprendre l’harmonie, il n’y a pas de petite échelle pour apprendre la tolérance. Maria Montessori écrivait il y a soixante ans : « L’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas: celui de bâtir l’homme lui-même ».