« Quand on entre dans le métier de journaliste, on rencontre des situations difficiles comme la précarité par exemple » mais ce n’est pas la principale cause qui pousse les jeunes journalistes à quitter la profession, « pour la plupart qui partent dans les sept premières années, ils se rendent compte que ce qui a constitué leurs envies initiales et ce qu’ils ont envie de faire ne peut pas être fait ».
par Vadim Milliex
Le sociologue Jean-Marie Charon a tenu, vendredi 11 octobre 2024, une conférence professionnelle auprès des étudiants de l’Ecole de Journalisme de Cannes pour présenter les résultats de son enquête « Jeunes journalistes, l’heure du doute » (éditions Entremises, 2023).
« C’est la perte de sens qui provoque l’abandon du métier. » Ces mots de Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur sur les médias, prononcés vendredi dernier, devant un amphithéâtre de presque une centaine d’étudiants de l’Ecole de Journalisme de Cannes, ont résonné dans les esprits de nombreux confrères et consœurs qui m’entouraient.
Pourtant, nous le savions. Nous savions depuis nos enseignements en première année qu’une étude publiée en 2017 des Observatoires des métiers de l’audiovisuel et de la presse avait montré que près de 40 % des journalistes ayant obtenu leur carte de presse en 2008 ont quitté la profession après seulement sept ans. Toutefois, le nombre d’inscrits en école de journalisme ne baisse pas. Plus marquant encore, en 2023, « pour la première fois depuis dix ans, le nombre de cartes de presse attribuées est en hausse ». Cette augmentation s’explique en partie par « la masse de nouveaux journalistes arrivant, chaque année, sur le marché de l’emploi de ce secteur bouché » (entre 1700 et 2100 premières demandes de carte de presse par an depuis dix ans).
Les étudiants en journalisme sont avertis des difficultés
« Les écoles préparent au fait que le métier sera dur donc il y a une sorte de résilience chez les jeunes diplômés qui les fait relativiser » déclarait Pluricité dans son enquête de 2022 sur l'intégration professionnelle des jeunes journalistes. Parmi les sondés, l’un d’eux déplore avoir été « formaté à ça » : « on nous dit qu'il y a une telle compétition qu'on ne doit jamais dire non, que c'est normal sur les trois premières années de bosser tous les dimanches et jusqu'à 4h du matin ».
Les médias produisent de l’information rapidement
Jean-Marie Charon a constaté en menant son enquête « Jeunes journalistes, l’heure du doute » que « beaucoup de journalistes quittent la profession pour cause de burnout et de nombreux autres jeunes du métier ont besoin de drogues ou d’un soutien psychologique pour tenir dans le métier ». Ces « jeunes recrues » nourrissent des attentes trop élevées en entrant dans la profession. Parmi eux, 51% ont choisi ce métier pour son « utilité sociale ». Alors que les médias « demandent à leurs employés de produire toujours plus vite […] la plupart désespèrent et perdent le sens de leur métier après quelques années à faire la même chose sans entrevoir de possibilité d’évolution » pointe du doigt Jean-Marie Charon. Au point que nombre d’entre eux se sont plains au sociologue de faire du « mauvais travail » qui « ne sert à rien ». À l’heure de la surinformation massive provoquée par la recrudescence de contenus produit par l’intelligence artificielle, le journaliste professionnel doit se demander comment garantir l’intégrité de l’information lorsque la majorité des contenus du Web sera générée par des IA ?