Notes biographiques
texte de Philippe Gagnon © 2014-2016
Maitre Moy Lin-shin
Originaire de la province du Guangdong, maitre Moy Lin-shin (1931-1998) reçoit les enseignements de la tradition daoïste syncrétique des « trois religions » (bouddhisme, taoïsme, confucianisme) dans sa province d'origine et à Hong Kong où il s'établit, comme nombre de ses concitoyens, à l'époque de la révolution de 1949. Dès les années 1950, il fait partie de l'Institut Yuen Yuen dédié justement à la diffusion des « trois religions ». Au cours des années 1960, maitre Moy soutient également les activités d'un petit temple familial appelé Fung Loy Kok, où vivent le prêtre daoïste Mui Ming-To et son épouse, Mme Tang Yuen-Mei, deux figures importantes de l'Institut Yuen Yuen. Ils y dispensent des services traditionnels (autels, offrande d'encens, rituels, divination, tableau à la mémoire des défunts, etc.), et un service de repas végétariens offerts aux familles qui visitent le temple. Situé sur le flanc d'une colline et bordé par une rivière, le temple permettait à l'origine aux visiteurs de s'offrir un peu de campagne, avant que l'expansion urbaine ne le rejoigne. J'y ai séjourné à de nombreuses reprises, lorsque j'étais de passage à Hong Kong. Le temple n'existe plus, ayant été transmis à l'Institut Yuen Yuen après le décès de Mui Ming-Do.
Maitre Moy a été connu plus tard comme un moine daoïste. On imagine un moine comme une personne vivant dans un monastère. Or, ceci ne cadre pas avec la vie de maitre Moy et le mot « moine » est en ce sens inapproprié. Ni l'institut Yuen Yuen ni le Fung Loy Kok n'étaient des monastères. Maitre Moy s'était d'abord établi comme tailleur et exploitait une petite boutique sur l’ile de Hong Kong, avec son partenaire M. Mah, avant de partir pour le Canada. J'ai d'ailleurs rendu visite à ce dernier dans la même boutique au cours des années 1980. Il est plus exact de comprendre la démarche de maitre Moy comme celle d'une personne qui a été initiée dans une tradition spirituelle, qui observait des vœux et qui était dans une large mesure un renonçant. Il fera éventuellement le lien entre ces vœux et l'établissement de son école au Canada, à laquelle il était entièrement dédié.
De gauche à droite, Mui Ming-To, Mme ?, Sun Dit, Moy Lin-shin, Yeung S. W.
[© Philippe Gagnon : 1988, Institut Yuen Yuen, Hong Kong.]
Parallèlement à sa formation spirituelle, maitre Moy s'intéresse très tôt aux arts martiaux internes comme le taïchi, le xingyi, le bagua, le liuhebafa, etc., qu'il met en lien avec les gymnastiques taoïstes et la méditation.
Il s'intéresse à la pratique des arts internes particulièrement en tant qu'arts de santé et pratiques pouvant soutenir sa démarche spirituelle. Ses professeurs sont tous des personnes laïques. Bien qu'il ait mentionné en avoir eu au moins six, deux d'entre eux seront toujours cités pour l'influence déterminante qu'ils ont eue sur son apprentissage : maitre Sun Di(t) (Sun Zhi) (1917-1999), ci-contre, et son maitre à lui, le célèbre Liang Zipeng (1900-1974).
Tout en s'entrainant à la pratique de ces arts martiaux internes, maitre Moy a suivi un autre professeur auquel il est resté toujours resté attaché. Il s'agit de l'énigmatique maitre Yeung, un personnage discret qui pratiquait et enseignait de façon privée une forme de neigong très intense et physiquement exigeante, mais qui pour le moment reste sans nom. Quelques élèves accompagnant maitre Moy ont pu le rencontrer avant sa mort, qui suivra celle de maitre Moy, mais il demeurait difficile d'accès.
Ce qui marque par la suite l'évolution de l'art de maitre Moy, c'est sa création d'une nouvelle forme et d'une nouvelle approche à l'enseignement du taijiquan. Cette forme, fondée sur le modèle de la forme Yang classique, introduit des principes assez révolutionnaires au regard de la tradition. Il amène cette nouvelle approche avec lui au Canada et continue de la développer au sein de son école jusqu'en 1998, où il est emporté par la maladie.
Au début des années '70, à l'exemple de maitre Liang, il n'accepte pas de revenus de l'école, mais travaille plutôt dans des restaurants du quartier chinois pour gagner sa vie. Finalement, pour se dévouer entièrement à sa mission de rendre ces arts accessibles, il consent à recevoir un modeste salaire. Sa vie fut désormais consacrée à faire prospérer son école à travers l'Amérique et l'Europe.
Photo: Maitre Moy enseigne à un groupe en 1983. © Philippe Gagnon
photo: © Philippe Gagnon (années 1980)
Maitre Moy est décédé en 1998, avant de pouvoir achever son œuvre. Ce qu'il a transmis est une expérience pratique du mouvement. Il n'a pas laissé d'écrits directs. Son enseignement ne survit que dans la mémoire et les mouvements de ses élèves. Or, quelques années plus tard, on peut constater que la majorité des élèves à qui il a enseigné directement et de façon soutenue se sont dispersés. Quelques livres ont été publiés de son vivant avec son accord, mais il s'agissait de manuels de base, montrant des photos pour l'apprentissage et offrant des explications des principes généraux. L'essentiel de son art n'a pas été documenté et n’a pas systématisé au-delà des pratiques débutantes, de sorte que ce sont surtout celles-ci qui peuvent être observées de nos jours. Bien des gens qui pratiquent les enchainements qu’il a modifiés selon sa méthode n’ont aucune idée de la profondeur et de la finesse de ses enseignements.
Mention légale : Textes, photos et logos 'Taichi nuances' sur ce site (*) : © Philippe Gagnon, tous droits réservés, 2014-2017. Texts, photos and 'Taichi nuances' logos on this site (**): © Philippe Gagnon, all rights reserved, 2014 - 2017.
(*) excluant les fonds d'écran de Google et les éléments graphiques utilisés sous license créative commons (**) excl. backgrounds provided by Google and graphic elements used under creative commons license