De la Pologne à Auschwitz : le destin des familles Gorecka et Luski En juin 1939, fuyant les persécutions antisémites déjà présentes en Pologne, les familles Gorecka et Luski trouvent refuge en France. Elles s’installent d’abord à Nantes, au 1 rue Paré. Recensées comme Juives par les autorités françaises en octobre 1940, elles choisissent rapidement de quitter la ville, conscientes de la montée des dangers. Elles s’installent alors à Mauves-sur-Loire : la famille Gorecka au Port, la famille Luski à la villa Ker Simone. À Mauves, les enfants – Fajga Gorecka (16 ans), Naphtalie Gorecka (13 ans) et Tauba Luski (15 ans) – sont scolarisés à l’école publique. Leurs mères, Chajwa Gorecka (46 ans) et Ejdla Lusky (20 ans), sont sans profession.
Juillet 1942 : première rafle, premiers arrêts
Le 15 juillet 1942, une première grande rafle cible les Juifs de Loire-Inférieure. À Mauves-sur-Loire, Chaja Gorecka et Ejdla Lusky sont arrêtées.
Chaja Gorecka, née à Opale (Pologne) le 15 octobre 1920, âgée de 22 ans, résidait à Mauves-sur-Loire avec ses deux enfants. Elle a été arrêtée le 9 octobre 1942, puis déportée depuis Angers par le convoi n°8, en direction d’Auschwitz, le 20 juillet 1942.
Ejdla Stonin Lusky, Polonaise née le 29 septembre 1922, âgée de 20 ans, résidant également à Mauves-sur-Loire, a été arrêtée le 28 juillet 1942 à son domicile.
Grâce à l’intervention courageuse du gendarme Raoul Richard, de la brigade de Carquefou, plusieurs personnes échappent temporairement à l’arrestation. Mais les recherches se poursuivent : la préfecture et la gendarmerie continuent d’activer les signalements et de traquer ceux qui ont échappé à la première vague.Un témoignage rapporte ce retour dangereux à la vie quotidienne :« La brigade de Carquefou s’intéressa à Mauves-sur-Loire et y retrouva les fugitifs rescapés de la rafle du 15 juillet. Croyant le danger passé ou, plus probablement, sans ressources pour choisir la clandestinité, Sahawa Rosenfeld, Esther Luski, Chejma Gorecka et leurs enfants avaient regagné leurs domiciles. »
9 octobre 1942 : la rafle fatale
Le mercredi 7 octobre 1942, un ordre officiel est émis. Le SS Sturmbannführer Dr. Heerdt, commandant de la police de sûreté allemande, adresse une directive à l’intendant de police et à la préfecture régionale :« Le 9 octobre 1942, les Juifs mentionnés sur les listes ci-jointes devront être arrêtés par les services de police placés sous vos ordres et livrés avant le 10 octobre au plus tard dans le camp situé sur le Champ de Mars. Outre les personnes indiquées sur les listes jointes, il y a lieu d’arrêter tous les membres de la famille sans égard quant à leur âge et à leur sexe (donc aussi les enfants) et de les livrer au même camp. » Ainsi, le vendredi 9 octobre 1942, une nouvelle rafle de grande ampleur est organisée dans tout le département de Loire-Inférieure, à l’initiative de la police allemande de sûreté, avec la collaboration active des autorités françaises. À Mauves-sur-Loire, les familles Gorecka et Luski sont de nouveau visées. Cette fois, elles n’échapperont pas à l’arrestation.Arrachées à leur domicile, mères, enfants et proches sont transférés au camp d’internement de Drancy. Quelques semaines plus tard, le 4 novembre 1942, ils sont déportés à Auschwitz par le convoi n° 40.
Auschwitz : la fin
D’après l’historien Serge Klarsfeld, le convoi n° 40 arrive à Auschwitz le 6 novembre 1942, ce convoi comprenait 1000 personnes : seules 4 ont survécu. À leur arrivée :
269 hommes sont sélectionnés pour le travail et reçoivent les matricules 73219 à 73482. Le fait qu’aucune sélection préalable n’ait eu lieu à Kosel, contrairement aux convois précédents, est confirmé par le très faible nombre de survivants : seulement quatre hommes sont revenus en 1945.
92 femmes reçoivent les matricules 23625 à 23716. Aucune d’entre elles ne survivra.
Le reste du convoi, soit 639 personnes, est immédiatement conduit dans les chambres à gaz.
Parmi elles se trouvent les membres des familles Gorecka et Luski. Ils sont assassinés dans les chambres à gaz de Auschwitz-Birkenau le 9 novembre 1942.
Lettre de transport du 20 juillet 1942
824 en direction d'Auschwitz
28 vers Drancy
28 vers le camp de La Lande (Tours pour les mères et leurs jeunes enfants ( moins de 14 ans)