À sa mort, Eugénie Desjobert a fait don à la mairie de Saubusse d'un immeuble, à la condition que celui-ci soit utilisé pour héberger les sœurs de la charité chargées d'aider les jeunes filles dans le besoin. Une dotation avait également été allouée à la commune pour gérer les activités de ces sœurs, "autant que faire se peut", comme l'a indiqué le tribunal administratif de Dax.
Cependant, la propriété de cet immeuble a été contestée par l'héritier des terres de Mme Eugénie Desjobert, cette dernière avait omis de donner le terrain sur lequel était bâti le bâtiment, alors appelé "asile des sœurs de la charité".
Le tribunal administratif a finalement statué que le bâtiment et le terrain revenaient de droit à la commune de Saubusse. Malgré ce jugement rendu il y a plus de 200 ans, l'idée que la commune n'en était pas pleinement propriétaire a persisté pendant des années. Il a fallu retrouver ce jugement dans les archives nationales pour rappeler que la commune de Saubusse était bien la propriétaire légitime de cet immeuble, offert en donation par Eugénie Desjobert.
Cet épisode illustre l'importance de la transmission et de la conservation des archives administratives, afin de pouvoir faire valoir les droits et les héritages d'une collectivité locale, même plusieurs décennies après les faits.
JUGEMENT TRIBUNAL ADMINISTRATIF 5 janvier 1882
Entre la commune de Saubusse poursuites et diligences de M. Jean Victor HOURTON, propriétaire, son maire, demeurant audit Saubusse ladite commune dument autorisée par arrêté du conseil,de préfecture des Landes en date du 9 décembre dernier demanderesse comparant par Me Bosquet avoué d’une part et M. Eugène FIALON, professeur honoraire de la faculté des lettres de Grenoble propriétaire rentier, sans profession, demeurant au Château de Saubusse, défendeur comparant par Me Lajus avoué, d’autre part
Ouï les conclusions des parties de Me MAUBOURGET substitut et de Monsieur le Procureur de la République en ses conclusions orales
Attendu qu’après y avoir été dument autorisé la Commune de Saubusse a fait assigner devant le présent tribunal, M. FIALON suivant exploit de LARRIEU huissier à Dax, en date du 28 décembre 1882 enregistré, pour, sur les motifs dudit exploit.
I
Ouï dire et déclaré que M. Fialon n’a aucun droit de propriété sur l’asile que feue Mme DESJOBERT a fait bâtir de son vivant, à Saubusse, bordant la route départementale n°1, ni sur le terrain sur lequel les constructions et toutes les dépendances reposent quoi que que ce terrain soit compris dans les dépendances de la métairie appelée Lacave, appartenant audit M. Fialon comme en ayant hérité avec d’autres immeubles de la susdite Mme Desjobert
« que la commune de Saubusse est au contraire propriétaire exclusivement dudit établissement et du terrain sur lequel i est construit aussi bien que de la rente des arrérages des capitaux et des intérêts affectés par feue Mme DESJOBERT au sus dit établissement. »
S’entendre en outre ledit sieur FIALON condamné aux dépens
Attendu que d’après ses conclusions et défenses M. FIALON a déclaré qu’il ne résultait pas du testament ni des codicilles invoqués, que les immeubles dont s’agit aient été attribués à la Commune qu’au contraire il pouvait à bon droit se dire lui même propriétaire desdits immeubles, en vertu du testament de Mme DESJOBERT qui lui a légué sa terre de Saubusse en totalité à l’exception des valeurs mobilières telles qu’obligations ………et autres renfermés dans son secrétaire ainsi que l’argenterie et le surnuméraire »
que néanmoins, il ne s’oppose pas à la prétention de la commune de Saubusse, à la condition toutefois que les dispositions de Mme DESJOBERT relatives à l’établissement dont s’agit destiné à une salle d’asile pour les enfants sentiront leur plein et entier effet et les codicilles invoqués en date du 22 septembre 1878 seront exécutés dans leur tête et dans leur esprit que notamment sera tenu par des sieurs des filles de la charité pour lesquelles la testatrice était en négociation avec le supérieur l’ordre.
Attendu que M.FIALON va réviser à se prévaloir de ses droits de propriété que tout et autant que ses convictions seront remplies et qu’il se réserve de les revendiquer en cas d’inexécution totale ou partielle des dites convictions
Attendu que la commune accepte formellement les réserves exprimées par M. FIALON et s’engage à exécuter sans exception les conditions qui lui sont exposées.
Attendu que le présent jugement est dans l’ intérêt de la commune et a pour but de reconnaître et consacrée ses droits que dès lors elle doit supporter les dépens
Par ces motifs, le Tribunal jugeant en matière ordinaire et en premier ressort
dit et déclare que l’immeuble bâti à l’entrée du village à Saubusse sur les terres de la métairie de la cave bordant la route départementale n°1 édifiée par Mme DESJOBERT pour service d’asile est bien la propriété de la commune de Saubusse à la condition toutefois qu’elle se conformera aux intentions de la testatrice, c’est à dire :
1° que l’asile sera tenu par des soeurs de St Vincent de Paul autres religieuses à leur défaut.
2° que ces religieuses se consacreront non seulement à la direction d’une salle d’asile mais encore à la visite et aux soins des malades
3° qu’elles établiront un ouvroir et des réunions du dimanche pour les jeunes filles dont elles dirigeront l’avenir autant et aussi longtemps que possible
Donne acte à M. FIALON de ce que la commune s’engage formellement à remplir toutes ces conditions et sans aucune exception et de ce qu’il se réserve de revendiquer des droits de propriété dans le cas ou l’une ou l’autre de ces conditions ne seraient pas exécutées.
Disons de plus que la commune de Saubusse ou son représentant M. le Maire touchera pour les affecter exclusivement au susdit établissement :
1° les arrérages de la vente de 2400 francs achetés le 9 janvier 1880, pour la somme de 65283 francs 55 centimes
2° le capital de treize mille cent onze francs, quatre vingt quinze centimes restant encore à toucher sur les cent vingt mille francs destinés par Mme DESJOBERT à l’asile dont il s’agit ainsi que les intérêts de cette somme de treize mille cent onze francs quatre vingt quinze centimes depuis le 23 février 1880 date du décès de ladite dame
condamne la susdite commune à tous les dépens
Au cours des deux dernières années du mandat en cours, la mairie de Saubusse a entrepris de rénover l'immeuble légué par Eugénie Desjobert, autrefois utilisé par les sœurs de la charité. Cette réhabilitation a été réalisée grâce au bénévolat de nombreux élus, du personnel technique municipal et de quelques membres du conseil municipal. La maîtrise d'œuvre a été assurée directement par le maire en personne.
Certains postes de travaux ont été confiés à des entreprises privées, mais une grande partie des tâches a pu être prise en charge par l'équipe municipale. Cette organisation a permis de réaliser des économies substantielles et de mener à bien la rénovation complète du bâtiment.
À l'issue de ces travaux, l'ancien asile des sœurs de la charité a pu être transformé en une nouvelle mairie, désormais installée au 100 route de Maremne à Saubusse. Ce projet, mené de bout en bout par la municipalité, illustre l'engagement des élus locaux pour valoriser le patrimoine de leur commune et offrir de meilleures conditions de travail aux services publics.
La rénovation de ce bâtiment, laissé à l’abandon depuis plusieurs années en raison de l’incertitude relative à son appartenance à la commune de Saubusse, n’a été rendue possible que grâce à plusieurs étapes déterminantes. Tout d’abord, la confirmation de la propriété par un jugement administratif rendu par le tribunal de Dax en 1882 a levé le doute et clarifié la situation juridique du bien.
Ensuite, la ténacité du conseil municipal a joué un rôle crucial. Sous l’impulsion du maire Didier Sarciat, qui a pris en maître d’œuvre ce projet ambitieux, les élus ont engagé les délibérations nécessaires pour amorcer la rénovation. Les adjoints Dominique Fialon et Jean-Michel Yvora, ainsi que les conseillers Éric Bertrand et Yvon Loubelle, ont activement participé à cette dynamique de redressement.
Par ailleurs, la réalisation des travaux a largement bénéficié de la mobilisation et de l’engagement bénévole des membres du conseil municipal, mais aussi d’agents techniques dévoués tels que Christian Touya et Jean-Michel Sibe. Plusieurs habitants de Saubusse, dont Michel Perez, se sont également montrés solidaires de cette action, apportant leur soutien pour redonner vie à ce bâtiment chargé d’histoire.
Ainsi, cette rénovation exemplaire témoigne de la détermination collective et du sens de l’engagement local, permettant à un patrimoine longtemps négligé de retrouver une seconde jeunesse au cœur de la commune.