René Goupil -Jésuite

Le père Isaac Jogues raconte que, quelques jours après leur capture et en route vers l’Iroquoisie, René Goupil lui demande de devenir membre de la compagnie de Jésus:

Mon père, Dieu m’a toujours donné de grands désirs de me consacrer à son service par les vœux de la religion en sa Ste Compagnie ; mes péchés m’ont rendu indigne de cette grâce jusqu’à cette heure.

J’espère néanmoins que Notre Seigneur aura pour agréable l’offrande que je lui veux faire maintenant et faire en la façon la meilleure que je pourrai, les vœux de la Compagnie en la présence de mon Dieu et devant vous.

Lui ayant accordé, il les fit avec beaucoup de dévotion.

L'année qui suit la mort de Goupil, le père Jogues réussit à s'échapper des Iroquois pour aller se réfugier chez les Hollandais qui le cachent et veulent le rapatrier en Europe. Il en profite alors pour écrire en latin une longue lettre datée du 5 août 1643 et adressée à son supérieur de France, le père Jean Filleau, provincial de la compagnie de Jésus. Après lui avoir raconté en détails tout ce qui leur est survenu, il lui apprend les vœux prononcés, en sa présence, par René Goupil et demande qu’il soit considéré comme jésuite:

Extrait de la lettre latine du Père Jogues datée du 5 août 1643.

Mortes illustres et gesta eorum de Societate Iesu qui in odium... confecti sunt.

Philippo ALEGAMBE et Ioannes NADASI. Rome 1657.

Archives Jésuites de France. Cote SA 960. - Avec permission spécifique.

C'était un homme de trente-cinq ans, admirable par la simplicité, l'innocence de la vie et la patience dans l'adversité, parfaitement soumis par amour à Dieu, qu'il voyait toujours très présent en toutes choses, et à sa très sainte volonté. Il est digne en vérité, mon Révérend Père, d’être reconnu par vous comme l’un des vôtres, non seulement parce qu'il avait passé plusieurs mois avec satisfaction au noviciat de la Compagnie et que, sur l'ordre des supérieurs, à la conduite desquels il s'était remis tout entier, il allait chez les Hurons pour secourir les chrétiens dans le métier de chirurgien qu'il avait appris; mais surtout parce que, quelques jours avant sa mort, poussé par le désir de s'unir davantage à Dieu, ayant prononcé les vœux de la Compagnie, il se donna à elle, autant que cela lui était possible. Et certes, tant dans sa vie que dans sa mort, où il prononça comme dernière parole le Nom de Jésus, il s'est montré véritable fils de la Compagnie.

Transporté en Angleterre par les Hollandais l'année suivante, Jogues se rend en France où il rencontre enfin le père Filleau.

Isaac Jogues revient en Nouvelle-France et, avant de retourner chez ces mêmes Iroquois, il écrit un narré dans lequel il raconte les vertus et la mort de René Goupil. Ce narré, il le fera parvenir à son supérieur de Nouvelle-France dans sa lettre du 2 mai 1646.

Le jésuite Paul Ragueneau se sert de ce narré pour écrire le chapitre intitulé: Le Martyre de René Goupil par les Iroquois, dans le Mémoires de 1652 dont il est le maître d’œuvre.

Memoires touchant la

Mort & les Vertus

des Peres Isaac Jogues

Anne de Noue, Anthoine

Daniel, Jean de Brebeuf

Gabriel Lallement, charles garnier

Noel Chabanel & Un Seculier

René Goupil

Mémoires de 1652

ou MS - 1652

Paul Ragueneau sj, éditeur

ASJCF, cote 202.

Archives jésuites ASJCF

St-Jérôme QC (Canada)

- Avec permission spécifique

Dans ce même MS - 1652 ou Manuscrit de 1652, René Goupil est déjà considéré comme un séculier ou coadjuteur temporel avec certaines tâches apostoliques, et il est associé aux Pères de la compagnie de Jésus dont la mort et les vertus sont exceptionnelles et dignes de mention.

La première lettre du père Jogues, datée du 5 août 1643 et adressée à son supérieur de France, n'est pas restée lettre morte puisqu'elle est envoyée - probablement avec recommandations très particulières et spéciales - à Rome où elle est copiée in extenso par les pères jésuites Philippo Alegambe et Ioannes Nadasi dans leurs "Mortes illustres et gesta" (publiés en 1657) qui relatent, avec la permission de leurs supérieurs, les morts illustres des Jésuites qui ont donné leur vie pour leur foi. La même année, Ioannes Nadasi publie aussi un Mortes Illustres mais sans cette lettre.

ANNVS DIERVM ILLVSTRIVM

SOCIETATIS IESV

Sive in Anni dies digeftæ

MORTES ILLVSTRES

Eorum qui ex eadem Soc. Iefu, in

odium fidei, pietatis, &c ab impijs

occisi,aut veneno necati; vel exilij,

carceris, alijsúe ærumnis

confecti funt.

ROMÆ, MDCLVII.

Typis Varefij.

SVPERIORVM PERMISSV.

Catalogue des jours glorieux

de la compagnie de Jésus

ou, classées par jours de l’année,

les MORTS ILLUSTRES

de ceux qui, de la même compagnie de Jésus, par

haine de la foi, de la piété, etc, par des impies

ont été tués ou ont été empoisonnés;

ou qui, par les souffrances de l’exil,

de la prison et autres,

ont été détruits.

Rome, 1657

Fontes de Varèse.

Avec la permission des supérieurs.

Mortes Illustres - Page en titre. Ioannes NADASI, 1657

Archives jésuites ASJCF, cote 271.239/A366a

St-Jérôme QC (Canada) - Avec permission spécifique

Mortes Illustres - Table des noms (début)

Mortes Illustres - Table des noms (Goupil)

Table des Noms ou Table des matières

Comme il est mentionné au début de la table des matières, seul un Père jésuite voit son nom précédé de la lettre majuscule P.. Les autres jésuites sont ou bien des Scholastiques ou bien des Coadjutueurs.

À la table des noms où René Goupil apparaît sans P., le renvoi indique la page 235.

Mortes Illustres - page 235

Mortes Illustres - page 236

Mortes Illustres - page 237

Jésuite

Le novice René.

À son sujet, dans sa missive du 5 août 1643, [page 236] le P. Isaac Jogues dit; il fut tué d'un coup de hache, alors qu'il répétait le SAINT nom de JÉSUS. Il le loue pour sa simplicité, son courage incroyable à supporter les douleurs, son innocence. Il a passé avec succès plusieurs mois dans le noviciat de la Société, de là il a été envoyé chez les Hurons, afin d'aider les Chrétiens puisqu'il excellait comme chirurgien. Une femme avec le P. Isaac raconta des faits étonnants sur ces Barbares cruels. Il est mort sur l'ordre d'un certain vieillard, pour avoir tracé, avec un doigt de sa main sur le front de son neveu, le signe de la sainte Croix; et c'est ce signe qui est la cause de sa mort comme l'a révélé la Mère de l'enfant qu'il avait béni. Il le nomme martyr de l'obéissance, de la foi, & de la Croix. Enfin il se voit courir derrière lui qui est déjà rendu au ciel, [page 237] en train de contempler des palais d'une splendeur admirable.

À titre posthume, Alegambe et Nadasi redonnent donc à Goupil son ancien rang de novice parmi les autres scholastiques et coadjuteurs jésuites de la compagnie de Jésus, après en avoir obtenu l'autorisation nihil obstat de leurs Supérieurs. SVPERIORVM PERMISSV.

Et depuis, René Goupil est toujours considéré comme un frère jésuite, à part entière.

Il vient d’être proposé comme modèle aux Frères jésuites.

Depuis 1998 grâce à son site web http://www.njbc.com, le Comité national des frères jésuites présente René Goupil comme chirurgien et frère jésuite dont la très grande disponibilité apostolique mérite d’être imitée.

Même si saint Alphonse Rodriguez est le saint patron des Frères jésuites, plusieurs d’entre eux prient aussi saint René Goupil de les aider durant les tâches qui leur sont les plus difficiles à remplir.

En 2007, ce même Comité offre un porte-clés avec breloque montrant, d'un côté, l'image de saint Alphonse Rodriguez et de l'autre, celle de saint René Goupil.