Intervenir sur le théâtre Regio c’est considérer le théâtre royal de Turin reconstruit dans les années 70 par l’architecte Carlo Mollino. Il a fallu comprendre l’univers de Mollino pour proposer un projet qui interroge les nouvelles possibilités de faire théâtre et améliorer le confort des usagers.
Le projet suit deux stratégies majeures :
➀ D’abord, celle d’éclairer les « boîtes noires » de Mollino qui sont les sous-sols et la scène principale pour améliorer le confort des travailleurs du théâtre.
➁ Ensuite, celle de révéler la pratique théâtrale qui se cache traditionnellement de la ville : la rendre accessible à la ville est notre manière d’interpréter ce qu’est le théâtre contemporain.
Nos premiers dispositifs sont perceptibles par le spectateur se dirigeant vers le théâtre. Sous les oculus de Mollino, avant d’entrer dans le théâtre, le spectateur peut apercevoir le Piccolo Régio sous ses pieds, il découvre un auditorium aux couleurs rose et bleu. Ce percement permet également de redonner du potentiel à cet auditorium (des représentations éclairées en journée). Des toiles permettent de créer des effets lumineux et un système de persiennes-miroir peut occulter ces lumières et laissent au sol un grand miroir qui fait voir au spectateur la réfection des oculus. Ce dispositif est également adapté à la Piazzetta Mollino pour éclairer la salle de répétition et le local de chaufferie. Ces percements permettent également d’éclairer l’espace public, devenant des petites scènes lumineuses. Ce dispositif au sol peut être accompagné de façon éphémère de cylindres transparents suspendus au-dessus. Une nouvelle perception de l’espace public se fait en hauteur au travers de performances visuelles dans les airs.
Un autre dispositif est orienté pour les travailleurs. Il capte la lumière du soleil au sommet de la tour de scène avec des miroirs sans tain disposés en courbe pour la renvoyer vers une lentille mobile qui permet une mise au point ou non de la lumière sur le sol de la scène principale du Regio. Un diaphragme précise, ou occulte cette lumière et permet un contrôle de ce projecteur. Un espace de repos pour les travailleurs du théâtre entoure ce dispositif et grâce à un éclairage naturellement ténu, les ouvriers comme les artistes peuvent venir se reposer en observant le ciel à travers ces miroirs sans tain.
Au niveau de la toiture, sur la coque courbée en béton qui recouvrent l’amphithéâtre, nous avons installé le dernier dispositif. Il se compose d’une séquence de périscopes qui viennent requalifier les ouvertures lumineuses existantes de cette boîte noire du théâtre : l’arrière de la coque en bois. La création du nouvel espace au dessus de la toiture est venu obstruer ces apports de lumière. C’est pourquoi, en traversant la ceinture en béton ou le dessus de la coque, les périscopes améliorent le confort lumineux et visuel des usagers en leur offrant de nouveaux points de vue sur le ciel ou les toitures de Turin. Un panorama de la ville est recréé à l’intérieur de cet espace et rythme le parcours des travailleurs. La deuxième fonction de ce dispositif est sa possibilité d'interagir avec les visiteurs qui se déplacent dans la galerie. Les périscopes fonctionnent dans les 2 sens. Les visiteurs peuvent observer les coulisses du théâtre sans apercevoir directement les travailleurs car les tubes cadrent des éléments architecturaux précis de la coque.
Les visiteurs peuvent accéder aux périscopes depuis la galerie qui s’enroule autour de la toiture. Elle est accompagnée des matérialités traditionnelles du théâtre, des rideaux occultants exposent à la ville les nouvelles couleurs du théâtre et une pratique théâtrale qui ne se dissimule plus de l’urbain. Cette galerie offre aux visiteurs une vue aérienne sur Turin, sur le parc et vers le musée du cinéma. Elle est composée d’un foyer en rez-de-chaussée qui donne sur la Piazza Castello, d’un bar qui donne sur le parc et d’une salle de répétition et de conférences qui donne sur le parc et le reste de la ville. Tout usager du théâtre peut ainsi s'élever et profiter d’un regard sur l'extérieur. Une scène centrale, posée au-dessus de la toiture de Mollino, permet aux spectateurs dans la galerie d’assister à des performances visuelles et acrobatiques.