Les élections municipales, au même titre que d'autres élections locales en France, font l'objet d'un sous-investissement scientifique, notamment en comparaison avec les scrutins présidentiels et législatifs. L'analyse localisée du politique (Briquet, Sawicki, 1989) a pourtant largement démontré ses apports heuristiques et méthodologiques (Sawicki, 2000). Et de fait, les études électorales ont peu à peu construit un corpus de connaissances sur les scrutins municipaux, notamment en s'appuyant sur des données nationales mais aussi sur des dispositifs d'enquête localisés, tant qualitatifs que quantitatifs, et ce dès les années 1970-1980 (Gaxie, Lehingue, 1984 ; Hoffmann-Martinot, 1992), aboutissant à une littérature relativement abondante depuis les années 2000 (Dolez, Laurent, 2002 ; Lévêque, Taiclet, 2018 ; Lefebvre, Vignon, 2023). L'objectif de cette double journée d'études est de prolonger ces travaux à partir de la séquence électorale de 2026. Ainsi, les communications devront porter sur les élections municipales et communautaires de 2026 et analyser des matériaux collectés dans le cadre de cette séquence électorale (enquêtes par questionnaire, entretiens, observations, corpus de presse, matériaux de campagne, jurisprudence, composition des listes, données électorales et sociales à l'échelle des bureaux de vote, données numériques...).
Elles pourront, sans exhaustivité, s'inscrire dans l'un des trois axes suivants :
Axe 1 — Les ressorts de la participation, du choix et du non-choix électoral
L'objectif de cet axe est d'analyser les résultats des scrutins municipaux et de restituer leurs ressorts sociaux et politiques mais aussi les rapports ordinaires au politique que les scrutins municipaux rendent plus visibles (proximité, insertion dans des collectifs, engagement local...). L'abstention, en hausse par rapport à 2014, se doit d'être investiguée, notamment au regard des inégalités sociales de participation (Haute et al., 2021 ; Audemard, Gouard, 2022). Il s'agit également de réfléchir aux ancrages sociaux des votes qui, y compris lorsque l'offre n'est pas étiquetée politiquement, peuvent être la traduction d'antagonismes sociaux (Michon, 2021 ; Rivière, 2014 ; Vignon, 2016). Au-delà des variables lourdes toujours centrales (Braconnier et al., 2017) c'est leur inévitable intersection qui pourra être analysée (Barrault-Stella et al. 2018), au même titre que le poids des contextes locaux (implantation des services publics, action publique locale, rapports des électeur·ices au territoire...). Se pose enfin la question des enjeux perçus par les électeur·ices et de l'articulation entre enjeux locaux et nationaux.
Axe 2 — Offre programmatique, intermédiations et « mises en scène » dans les campagnes électorales
L'une des questions les plus étudiées à propos des scrutins municipaux est celle de l'autonomie ou non du champ politique local vis-à-vis du champ politique national (Petitfils et al., 2024). Cette question se pose particulièrement en 2026 alors que la coalition au pouvoir dispose de peu d'élu·es au niveau local, du moins sous son étiquette partisane (Lefebvre, 2020), et qu'on assiste, depuis 2020, hormis pour le cas de la France insoumise (Lefebvre, 2026), à une relocalisation de l'offre électorale municipale, marquée par une forme de discrétion partisane et par des alliances à géométrie variable, sans que le rôle des partis, comme pourvoyeurs d'investitures et de moyens humains et financiers, ne soit remis en cause. Au-delà des acteur·ices directement étiquetés comme politiques, le poids des groupes d'intérêt locaux, économiques ou citoyens, pourrait être étudié tout comme les « ingérences », notamment étrangères, mais aussi les « intermédiaires » (associations laïques ou religieuses, collectifs environnementaux, féministes...). Il s'agit également de réfléchir, dans cet axe, aux enjeux et aux « problèmes » publics construits (en vain ou non) au cours des campagnes municipales de 2026, à leur dimension plus ou moins localisée ainsi qu'aux propositions programmatiques des listes candidates. Se pose notamment la question du cadrage partisan des propositions locales ou de l'indifférenciation des propositions politiques à l'échelle locale (Pinson, 2014 ; Gougou et al., 2026). Il s'agit enfin de réfléchir aux dispositifs de mobilisation électorale déployés lors de ces élections municipales (Lagroye et al., 2005), en s'intéressant notamment aux transformations des répertoires d'action électorale à l'échelle municipale (Vignon, 2016), en particulier à leur numérisation ou non dans un contexte de développement de nouvelles pratiques politiques en ligne (Neihouser et al., 2022 ; 2026).
Axe 3 — Les effets des changements de mode de scrutin
Les élections municipales de 2026 ont été marquées par des changements de modes de scrutin à la fois dans les communes de moins de 1 000 habitant·es ainsi qu'à Paris, Lyon et Marseille. Ces changements et leurs effets potentiels ont été beaucoup commentés, mais encore peu investigués. Ainsi se pose la question de l'augmentation des votes blancs et nuls et de l'abstention dans les petites communes en raison d'une offre électorale plus réduite. Du côté de l'offre, on peut s'interroger sur la transformation du profil des élu·es dans les petites communes consécutivement à l'instauration de la parité ou encore aux transformations des manières de faire campagne à Paris, Lyon et Marseille.
Les communications pourront en outre aborder des enjeux méthodologiques, en insistant sur l'apport de nouvelles données ou, au sein des dispositifs existants, de nouvelles mesures pour mieux analyser les élections, au-delà du seul cas des scrutins municipaux. On peut par exemple citer l'intérêt de l'inférence écologique pour analyser les reports de voix entre deux tours de scrutin (Audemard et al., 2023) ou les perspectives ouvertes par la disponibilité croissante de données socioéconomiques au niveau infracommunal (Rivière, 2014). Les élections municipales de 2026 ont aussi été l'occasion de mener, dans près d'une dizaine de communes, des enquêtes à la sortie des urnes. Ces journées seront dès lors l'occasion de revenir sur les enjeux méthodologiques derrière un tel dispositif (effets « enquêteur·ice », effets du mode d'administration, traitement des questions ouvertes...).
Modalités de soumission
Les propositions de communication, d'une longueur maximale de 5 000 signes (bibliographie comprise), sont attendues pour le vendredi 25 septembre 2026. Elles sont à transmettre à tristan.haute@univ-lille.fr, anne.jadot@univ-lorraine.fr et christele.lagier@univ-avignon.fr. Un retour par le comité d'organisation et par le comité de pilotage du REEF sera fait avant le 9 octobre 2026. Une attention particulière sera apportée à la diversité des disciplines représentées, des terrains d'enquête et des matériaux analysés. Les propositions émanant de jeunes chercheur·euses etd'équipes collectives sont fortement encouragées.
Bibliographie
Audemard Julien, Gouard David et Huc Arnaud (2023), « Assessing electoral volatility through ecological inference: the case of the 2014 and 2020 municipal elections in Montpellier », French Politics, 2023/4, n°21, p. 371-397.
Audemard Julien et Gouard David (2022), « La crise de la COVID-19 dans les urnes : une analyse multiniveau des effets de la crise sanitaire sur la participation électorale aux élections municipales françaises de 2020 », Lien Social et Politiques, n°88, p. 213-236.
Barrault-Stella Lorenzo, Berjaud Clémentine, Dahani Safia (2018), « Les pratiques électorales entre classe, genre et race », Travail, Genre et Sociétés, 2018/2, n°40, p. 51-68.
Braconnier Céline, Coulmont Baptiste, Dormagen Jean-Yves (2017), « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue Française de Science Politique, 2017/6, n°67, p. 1023-1040.
Briquet Jean-Louis, Sawicki Frédéric (1989), « L'analyse localisée du politique », Politix, n°7, p. 6-16.
Dolez Bernard, Laurent Annie (dir.) (2002), Le vote des villes. Les élections municipales des 11 et 18 mars 2001, Paris, Presses de Sciences Po.
Gaxie Daniel, Lehingue Patrick (1984), Enjeux municipaux, la constitution des enjeux politiques dans une élection municipale, Paris, Presses Universitaires de France/CURAPP.
Gougou Florent, Marconnot Johan, Persico Simon (2026), « Élections, à chacun son style de promesses. Retour sur les programmes électoraux des municipales de 2020 », Métropolitiques, 27 février 2026. URL : metropolitiques.eu
Haute Tristan, Kelbel Camille, Briatte François, Sandri Giulia (2021), « Down with Covid. Patterns of Electoral Turnout in the 2020 French Local Elections », Journal of Elections, Public Opinion and Parties, 2021/1, n°31, p. 69-81.
Hoffmann-Martinot Vincent (1992), « La participation aux élections municipales dans les villes françaises », Revue Française de Science Politique, 1992/3, n°35.
Lagroye Jacques, Lehingue Patrick et Sawicki Frédéric (dir.) (2005), Mobilisations électorales. Le cas des élections municipalesde 2001, Paris, Presse Universitaire des Frances/CURAPP.
Lefebvre Rémi (2026), « Municipales 2026 : la conversion communale de La France insoumise », Métropolitiques, 15 janvier 2026. URL : metropolitiques.eu.
Lefebvre Rémi (2020), « Municipales 2020 : La République en marche au défi de l'ancrage politique local », Métropolitiques, 6 février 2020. URL : metropolitiques.eu.
Lefebvre Rémi et Vignon Sébastien (dir.) (2023), Démobilisation électorale dans la France urbaine. Les élections municipales de 2020, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
Lévêque Sandrine et Taiclet Anne-France (dir.) (2018), À la conquête des villes : sociologie politique des élections municipales de 2014, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion.
Michon Sébastien (2021), « Dis-moi où tu habites et je te dirai pour qui tu votes. Logiques socio-spatiales du vote aux municipales 2020 à Strasbourg », Métropolitiques, 24 juin 2021. URL : metropolitiques.eu.
Neihouser Marie, Nemesien Emma, von Nostitz Felix-Christopher, Briatte François, Haute Tristan (2026), « L'IA générative, une révolution dans les comportements politiques et électoraux ? », The Conversation, 19 juillet 2026.
Neihouser Marie, Haute Tristan, Sandri Giulia, von Nostitz Felix-Christopher (2022), « À la recherche des citoyens mobilisés en ligne lors des élections municipales de 2020 », Réseaux, 2022/5, n°235, p. 251-281.
Petitfils Anne-Sophie, Ségas Sébastien, Delaporte Arthur (dir.), Les partis font-ils encore la campagne ? Les coulisses des élections municipales de 2020, Lille, Presses Universitaires du Septentrion.
Pinson Gilles (2014), « La gauche, la droite, les villes », Métropolitiques, 19 mars 2014. URL : metropolitiques.eu.
Rivière Jean (2014), « Les divisions sociales des métropoles françaises et leurs effets électoraux. Une comparaison des scrutins municipaux de 2008 », Métropolitiques, 21 mars 2014. URL : metropolitiques.eu.
Sawicki Frédéric (2000), « Les politistes et le microscope », in CURAPP, Les méthodes au concret, Paris, Presses Universitaire de France, p. 144-164.
Vignon Sébastien (2016), « Des maires en campagne(s) : transformations des répertoires de mobilisation électorale et des registres de légitimité politique dans les mondes ruraux », Politix, 2016/1, n°113, p. 17-42.
La deuxième rencontre annuelle du Réseau des Études Électorales en France (REEF) s'est tenue à la suite du Congrès de l’Association Française de Science Politique (AFSP), organisé cette année à Lyon du 30 juin au 2 juillet 2026. Cette rencontre a pris la forme de discussions collaboratives et ouvertes entre collègues par thème (voir ci-dessous). Elles ont été l’occasion d’échanger sur le bilan du réseau ainsi que sur ses projets futurs.
Date : 3 juillet 2026
Lieu : Salle Modesty Blaise. Bâtiment Jules Verne. 19 Rue Jean Capelle Ouest, 69100 Villeurbanne (Lyon).
Organisation en collaboration avec le programme PEPR Maths-Vives CONDORCET, l'INSA-Lyon et le CEVIPOF de Sciences Po Paris.
Programme
9.00–10.30 : Discussion autour du bilan du REEF, focale sur les élections municipales de 2026
Modération :
Tristan Haute (CERAPS, Université de Lille)
Christèle Lagier (JPEG, Avignon Université)
Anne-France Taiclet (CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
10.30–11.00 : Pause-café
11.00–12.30 : Discussion autour des futurs projets du REEF, focale sur les élections nationales de 2027
Modération :
Éric Agrikoliansky (IRISSO, Université Paris Dauphine PSL)
Damien Bol (CEVIPOF, Sciences Po Paris)
Élodie Druez (CMH, CNRS)
12.30–14.00 : Déjeuner
14.00–15.30 : Discussion autour d’un projet de manuel sur les études électorales
Modération :
Anne Jadot (CREM, Université de Lorraine)
Mickael Temporão (CED, Sciences Po Bordeaux)
Objectifs
Le Réseau des Études Électorales en France (REEF) est un nouveau Réseau Prospectif financé par le CNRS et labelisé par l’IR* PROGEDO qui rassemble une communauté interdisciplinaire et inter-laboratoire de chercheurs et chercheuses spécialistes de l’analyse des élections. Il vise à faciliter le dialogue et les collaborations à l’intérieur de cette communauté, le tout dans une gouvernance transparente et inclusive.
L’objectif de cette première rencontre, organisée avec le soutien du CEVIPOF de Sciences Po, Paris, est de dresser un état des lieux des approches et méthodes variées utilisées par les nombreux chercheurs et chercheuses du réseau pour étudier le processus électoral dans toute sa complexité. Elle combine des tables rondes, où ces différentes approches seront mises en dialogue et en perspective autour de thématiques communes, et des ateliers visant à discuter, de manière concrète, des projets de recherche collaboratifs susceptibles d’être mis en place à l’occasion des prochaines échéances électorales. L’objectif central du REEF est en effet de soutenir la mise en œuvre d’enquêtes électorales nationales collectives de grande envergure, s’appuyant sur une diversité de dispositifs méthodologiques.
Date : 10 et 11 juin 2025
Lieu : Sciences Po Paris, 13 rue de l’Université, 75007 Paris
Organisation en collaboration avec le CEVIPOF de Sciences Po Paris.
Mardi 10 juin
9h00-10h30. Table Ronde 1 : Comment travailler sur les groupes sociaux et les appartenances ?
Modération :
Élodie Druez (GERME, ULB)
Anja Durovic (PRINTEMPS, UVSQ)
Intervenantes et intervenants :
Lorenzo Barrault Stella (CRESPPA, Université Paris 8)
Jeanne Boudoux (IRISSO, Université Paris Dauphine)
Alexandre Dafflon (CRAPUL, Université de Lausanne)
Tristan Haute (CERAPS, Université de Lille)
10h30-10h45. Pause
10h45-12h15. Table Ronde 2 : Comment travailler sur les territoires et les contextes spatiaux ?
Modération :
Tristan Haute (CERAPS, Université de Lille)
Anne-France Taiclet (CESSP, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Intervenants :
Ivan Bruneau (TRIANGLE, Université Lumière Lyon 2)
Jean Rivière (ESO, Université de Nantes)
Hugo Touzet (CERMES3, CNRS)
12h15-13h30. Déjeuner
13h30-15h00. Table Ronde 3 : Comment travailler sur l’offre politique et les dynamiques partisanes ?
Modération :
Nicolas Sauger (IR*PROGEDO, Sciences Po Paris)
Intervenantes et intervenants :
Sylvain Brouard (CEVIPOF, Sciences Po Paris)
Abel François (LaRGE, Université de Strasbourg)
Emilien Houard-Vial (CEE, Sciences Po Paris)
Isabelle Lebon (CREM, Université de Caen Normandie)
Jan Rovny (CEE, Sciences Po Paris)
Emilie Van Haute (CEVIPOL, Université libre de Bruxelles)
15h00-15h15. Pause
15h15-16h45. Table Ronde 4 : Comment travailler sur la campagne électorale ?
Modération :
Anne Jadot (CREM, Université de Lorraine)
Mickael Temporaō (CED, Sciences Po Bordeaux)
Intervenantes et intervenants :
Fabienne Greffet (IRENEE, Université de Lorraine)
Pierre Lefébure (CERLIS, Université Paris Cité)
Jérémie Moualek (CPN, Université d’Evry)
Marie Neihouser (CESSP, Université Paris 1)
16h45-17h00. Pause
17h00-18h30. Table Ronde 5 : Comment travailler sur le (non) choix électoral ?
Modération :
Damien Bol (CEVIPOF, Sciences Po Paris)
Christèle Lagier (JPEG, Avignon Université)
Intervenantes et intervenants :
Sümbül Kaya (LEVS, ENTPE)
Anne Jadot (CREM, Université de Lorraine)
Jean-François Laslier (Paris school of Economics, CNRS)
Julien Talpin (CERAPS, CNRS)
Vincent Tiberj (CED, Sciences Po Bordeaux)
18h30-21h00. Réception
Mercredi 11 juin
9h00-11h00. Ateliers en parallèle
- Atelier 1 : Projets collaboratifs pour les élections municipales de 2026. Modération : Christèle Lagier (JPEG, Avignon Université) et Anne-France Taiclet (CESSP, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
- Atelier 2 : Projets collaboratifs pour les élections présidentielles et législatives de 2027. Modération : Damien Bol (CEVIPOF, Sciences Po Paris) et Anne Jadot (CREM, Université de Lorraine).
11h00-11h15. Pause-café
11h15-12h45. Table Ronde 6 : Comment travailler sur l’organisation des élections ?
Modération :
Hélène Combes (CERI, Sciences Po Paris)
Clément Desrumaux (TRIANGLE, Université Lumière Lyon 2)
Intervenantes et intervenants :
Damien Bol (CEVIPOF, Sciences Po Paris)
Marielle Debos (ISP, Université Paris Nanterre)
Quentin Deforge (Prodig, IRD)
Romain Rambaud (CRJ, Université Grenoble-Alpes)
12h45-14h00. Déjeuner
14h00-15h30. Séance plénière : Restitution du contenu des ateliers et discussion générale