Faire réseau, mettre en commun des capacités, des connaissances, des contributions afin d’informer de manière adéquate …(Pape François en 2022)
En ce temps de Pâques, où la nature elle-même semble hésiter entre les vestiges de l’hiver et la promesse du printemps, notre regard sur le temps se fait plus profond. La Bible nous invite à voir au-delà du simple tic-tac de l’horloge et à contempler le temps sous trois dimensions sacrées : le Chronos, le Kairos et l’Aïôn. Ces trois réalités trouvent dans la Résurrection du Christ leur accomplissement et leur sens.
D’abord, ce temps est linéaire, souvent vécu dans la routine ou la précipitation, est le cadre de l’histoire du Salut. Dieu s’y est inscrit patiemment, guidant son peuple à travers les générations. Le Chronos est le terreau où la promesse germe. Pâques nous rappelle que Dieu respecte notre histoire humaine – Il a choisi un jour précis, dans un lieu précis, pour y accomplir l’acte décisif de l’humanité.
Ce temps du présent, ce chronos rythmé par les symboles. Les 40 jours jusqu’à l’Ascension marquent le passage des apparitions de Jésus ressuscité au temps de l’Église ; les 50 jours (7 semaines plus un, signe de perfection divine) mènent à la Pentecôte, effusion de l’Esprit Saint. Le Temps pascal, de Pâques à Pentecôte, est un « temps fort » de joie, où le tombeau vide appelle à vivre la Résurrection ici et maintenant (Marc 16:1 ; Jean 20:1-10). En cette fête, prions ensemble dans nos paroisses : que l’Esprit ponctue notre quotidien mativinien de miséricorde.
Ensuite, le temps de l’histoire, ce kairos décisif où Dieu intervient. La Pâque juive célèbre la sortie d’Égypte : l’agneau sacrifié, le sang sur les linteaux, la mer Rouge traversée – un passage de l’esclavage à la liberté (Exode 12). Jésus accomplit cela en se faisant l’Agneau de Dieu, crucifié à Pâques et ressuscité le troisième jour, ouvrant l’histoire sainte à tous les peuples (Matthieu 27:50-54 ; Actes 10:40). Puisque nous mesurons ce temps : les jours, les saisons, les années, cette mémoire nous invitent à relire notre propre histoire : de quelles « Égyptes » sommes-nous sorties et quelles « Mers Rouges » avons-nous traversées ?
Si le Chronos est la quantité, le Kairos est la qualité du temps. C’est le moment opportun, la porte qui s’ouvre, l’instant de grâce où Dieu intervient et nous appelle à répondre.
C’est le « temps favorable » dont parle saint Paul (2 Co 6,2).
La Résurrection est l’événement-Kairos par excellence : elle brise la fatalité du Chronos et crée un avant et un après éternels. Pâques est cet instant où la mort est traversée et vaincue, nous offrant à chacun, aujourd’hui, un Kairos de conversion, de joie et de décision pour le Christ. C’est le temps de saisir l’essentiel.
Enfin, le temps de l’avenir, la parousie promise. Pâques préfigure la venue finale du Christ, au-delà de l’histoire : Résurrection comme première figure, Pentecôte comme don de l’Esprit à l’Église, et seconde venue comme achèvement de toute chose (Jean 14:3). C’est l’espérance d’une vie éternelle, délivrance du péché pour qui se repent. Ce temps inspire la prière pour la paix.
Le mot Aïôn évoque non pas une durée infinie, mais un mode d’existence entièrement différent : celui de la vie éternelle de Dieu. C’est la dimension du « déjà, mais pas encore ».
Par la Résurrection, le Christ a fait irruption de l’Aïôn dans notre Chronos. Dès maintenant, par la foi et les sacrements, nous goûtons à cette vie éternelle. Pâques est la grande fête de l’Aïôn, car elle est la victoire de la Vie sans fin sur toute mort. Elle oriente notre regard vers la plénitude du Royaume, où « il n’y aura plus de temps » (Ap 10,6), mais seulement la présence de Dieu.
En ce dimanche de Pâques, nous ne célébrons pas seulement un souvenir. Nous proclamons que le Christ ressuscité habite et transfigure nos trois temps :
- Il donne un sens à notre Chronos (notre histoire, nos quotidiens).
- Il nous offre sans cesse des Kairoi (des occasions de Le rencontrer dans la prière, dans le frère, dans la beauté de la Matawinie).
- Il nous ouvre les portes de l’Aïôn (l’espérance indestructible de la vie éternelle).
Le temps de Pâques nous rende attentifs à ce temps divin : passé qui sauve, présent qui fortifie, avenir qui appelle. Alléluia ! Heureux temps pascal parmi nos lacs et nos forêts.