Le contexte culturel et économique de la Renaissance favorise un vaste mouvement d’exploration et de colonisation. Les réseaux d’échange qui se mettent en place entre les métropoles européennes et leurs colonies constituent une première forme d’économie-monde. Les territoires et les sociétés colonisés, en Afrique ou en Asie, sont profondément affectés par l’arrivée des Européens. L’étude de la colonisation et de ses conséquences politiques et économiques permet de saisir la portée des relations économiques à l’échelle mondiale.
La période de la Renaissance, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, amène une nouvelle vision de l’Homme, mais aussi de sa conception de monde et de l’Univers. De nouvelles théories ont été ainsi développées en astronomie.
En effet, depuis l’Antiquité, la théorie du géocentrisme (qui place la Terre immobile au centre de l’Univers) est communément acceptée. Cependant, Copernic (un prêtre polonais) élabore la théorie de l'héliocentrisme lors de la Renaissance. Rappelons que cette théorie place le Soleil au centre de l'Univers.
Galilée appuie l'idée de Copernic grâce à sa lunette astronomique. Il affirme aussi que la Terre tourne sur elle-même tout en tournant autour du Soleil. Il sera finalement jugé devant le Tribunal de l’Inquisition pour avoir soutenu les idées de Copernic sur l’héliocentrisme. Ses principaux ouvrages seront également inscrits dans l'Index.
Kepler, pour sa part, ajoute que la Terre effectue tourne autour du Soleil de manière elliptique. Finalement, Isaac Newton élabore la théorie de la gravitation universelle. Cela explique pourquoi la Lune ne tombe pas sur la Terre lors de sa rotation autour de celle-ci.
En 1453, les Turcs de l’Empire ottoman prennent possession de Constantinople, capitale de l'Empire romain d'orient. Cela met fin au Moyen-Âge.
Cette ville, située stratégiquement à l’entrée de la mer Noire, est le port par lequel tous les navires européens passent afin de se rendre en Asie. La noblesse européenne prisait énormément les épices (telle que le poivre), des vêtements de soie et des pierres précieuses. En prenant le contrôle de ce passage, les Turcs imposent dorénavant des taxes sur les produits importés et exportés. Elles étaient si élevés que les profits des marchands diminuaient. Ainsi, les Européens commencent à chercher une nouvelle route vers l’Asie en passant par l'Océan Atlantique ou en tentant de contourner l’Afrique.
Nous pouvons donc constater que :
Le passage vers l'Asie, bien que possible, coûte cher aux marchands qui désirent importer des produits de luxe vers l'Europe ;
Le désir de trouver une nouvelle route vers l'Asie émerge.
Capsule réalisée par M. Louis Carignan, M. Julien Haket, M. Jérôme Lajoie ainsi que Mme Sarah Goupil de l'Université du Québec à Montréal
Navire utilisée par les Portugais et les Espagnols ;
Facile à manœuvrer grâce au gouvernail d'étambot ;
Embarcation préférée des navigateurs pour l’exploration des nouveaux territoires.
C’est un instrument qui donne la latitude exacte où l’on se trouve grâce à l’angle formé par l’horizon et un corps céleste ;
Il donne également l’heure le jour et/ou la nuit.
Une boussole est un instrument de navigation constitué d'une aiguille magnétisée qui s'aligne sur le champ magnétique de la Terre ;
Elle indique ainsi le Nord magnétique et, par le fait même, l'Est, le Sud et l'Ouest.
Un portulan est une sorte de carte de navigation, utilisée du 13e siècle au 18e siècle ;
Elle sert essentiellement à repérer les ports ;
Également, elle est utilisé afin de connaître les dangers qui peuvent être présents près des côtes : courants, hauts-fonds, etc.
Les motivations qui poussent les Européens à explorer de nouvelles routes maritimes et de nouveaux territoires sont nombreuses. Ces motivations sont d'origine économique, religieuse ainsi que politique.
D'emblée, ce sont des raisons économiques qui poussent les empires coloniaux à se lancer dans de grandes explorations. Le commerce des métaux précieux, des épices et de la soie permet d'enrichir plusieurs pays européens de l'époque. Ces produits proviennent, entre autres, de l'Asie. Les nombreux conflits en Afrique du Nord et la prise de la ville de Constantinople par les Turcs en 1453 poussent plusieurs pays à chercher une solution afin de continuer à faire du commerce. C'est pour cette raison que la recherche d'une nouvelle route vers l'Asie devient un enjeu important.
Source : Allo Prof
Les Européens ont aussi des motivations religieuses. À partir de la découverte de nouveaux territoires, les Européens s'aperçoivent que la religion chrétienne n'est pas répandue partout dans le monde. Les autorités religieuses se donnent comme mission d'évangéliser les peuples qui ne sont pas chrétiens.
Source : Allo Prof
Politiquement, les royaumes de l'époque accumulaient beaucoup de pouvoir et de prestige en détenant une grande quantité de territoires autour du monde. Le désir d'expansion des grands États européens est donc bien réel et représente une motivation politique des grandes explorations.
Source : Allo Prof
Dès la fin des années 1400 et pendant plus d'un siècle, la connaissance de la géographie de la Terre a progressé à pas de géant. Christophe Colomb, Jean Cabot et Amerigo Vespucci ont fait entrer les Amériques dans l'histoire. Vasco de Gama a été le premier navigateur européen à atteindre l'Asie par l'océan Indien. Quant à Fernand de Magellan et Francis Drake, ils ont successivement fait le tour du globe par la mer.
Au cours de ce siècle d'exploration à travers le monde, des peuples différents se sont rencontrés pour la première fois. Certaines alliances ont vu le jour, le commerce s'est développé, des conflits ont éclaté et l'esclavage est apparu. Ces rencontres ont posé les jalons de notre monde moderne et globalement interdépendant.
L'analyse d'Évelyne Ferron, historienne (baladodiffusion)
Des dates historiques les plus connues, celle de 1492 trône au sommet des palmarès. Comme nous l'explique l'historienne Evelyne Ferron, le portrait longtemps véhiculé de premier découvreur de l'Amérique, y apportant la civilisation, la vision de Christophe Colomb a bien changé.
Ses statues sont déboulonnées en raison de son mauvais traitement des peuples autochtones et on réalise qu'il s'est borné toute sa vie à dire qu'il avait atteint les Indes. Cette semaine, profitons de son arrivée dans les Amériques il y a 528 ans pour nous intéresser cette fois à l'état du monde auquel Christophe Colomb appartenait lorsqu'il est arrivé dans les Bahamas avec son esprit à la fois de voyageur curieux et celui teinté par sa mission évangélique et civilisatrice européo-chrétienne.
Le traité de Tordesillas de 1494 et le partage du Nouveau-Monde
Après la découverte des Antilles par Christophe Colomb, l'Espagne et le Portugal sont en concurrence pour la colonisation du Nouveau Monde. En 1493, la bulle Inter caetera du pape Alexandre VI stipule que les terres se trouvant à l'ouest d'un méridien passant à cent lieues des îles du Cap-Vert reviennent aux Espagnols, et celles se trouvant à l'est reviennent au Portugal.
Le roi Jean II de Portugal, s'estimant lésé par cette décision, qu'il estime favoriser les souverains d'Espagne, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, demande que la limite soit repoussée. Finalement, le traité de Tordesillas lui accorde que les terres se trouvant à 370 lieues des îles du Cap-Vert soient sous contrôle portugais.
En vertu du traité de Tordesillas, les îles Madère, les Açores, Porto Santo et le Cap-Vert reviennent à la couronne du Portugal. En 1500, le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil. Conformément au traité, sa partie occidentale se trouvant à l'est du fameux méridien revient aux Portugais. En revanche, la partie se trouvant à l'ouest devrait être espagnole. Mais au début du XVIe siècle, les mesures étaient peu fiables, et l'on ne savait pas jusqu'où allaient les terres du continent sud-américain. L'Espagne n'a pas pu empêcher la progression de la colonisation portugaise du Brésil bien au-delà de la limite fixée par le traité de Tordesillas.
Source : Futura sciences
La France obtient une dérogation pour coloniser
« [L]es ambassadeurs du roi [de France] est d’obtenir une modification [du traité de Tordesillas de 1494], dont la papauté est à l’origine. Et, effectivement, François Ier obtient en 1533, à la grande fureur des Espagnols, qu’il [peut traverser le traité de Tordesillas]. »
Source : Véronique Larcade, Catherine Salles et Thierry Pécout, « Jacques Cartier prend pied dans le Nouveau Monde », dans Nadeije Laneyrie-Dagen (dir.), Les grands explorateurs, Paris, Larousse, 2007, p. 125
Cette carte illustrant les possessions coloniales des puissances européennes au 18e siècle nous permet de constater que :
Le traité de Tordesillas permet à l'Espagne de coloniser la majeure partie du continent sud américain ;
Le Portugal ne peut coloniser que le territoire équivalent au Brésil moderne ;
L'Angleterre, la France ainsi que les Pays-Bas possèdent également des colonies en Amérique du Sud ;
Il est également possible de constater une conséquence actuelle du Traité de Tordesillas de 1494. En effet, la langue maternelle des habitants de l'Amérique du sud est aujourd'hui déterminée, en grande partie, part ce traité.
Avant de recourir aux esclaves africains, les colons espagnols forcent les habitants autochtones à travailler dans les mines et sur les plantations agricoles. Les pratiques agricoles visent d'abord et avant tout la rentabilité économique. Par conséquent, les colons développent de plus en plus de grandes plantations de canne à sucre et ont rapidement besoin de main-d'oeuvre en très grande quantité. Toutefois, les Amérindiens recrutés meurent rapidement, soit parce qu'ils avaient contracté une maladie mortelle, soit parce qu'ils ont succombé aux lourdes tâches physiques qu'ils devaient accomplir.
Comme le nombre d'employés nécessaires sur les plantations ne faisait qu'augmenter, les colons devaient rapidement trouver des alternatives lorsque les Amérindiens vinrent à manquer. La première solution mise en place fut celle d'engager des Européens sans-le-sous. Ces derniers avaient accès aux nouveaux territoires à la condition de travailler 36 mois sur les plantations.
Source : Allo Prof
Le commerce triangulaire se développe entre les colonies européennes en Amérique, les métropoles européennes et l’Afrique.
En effet, les métropoles européennes exploitent, dans les colonies, plusieurs ressources naturelles de grande valeur : sucre, tabac, rhum, café, minéraux. L’Europe envoie des armes, des tissus et de l’alcool en Afrique en échange d’esclaves. Ces derniers sont alors expédiés dans les colonies afin d’y exploiter la canne à sucre, les métaux ainsi que le tabac.
Il faut comprendre, dans ce commerce triangulaire, qu’il n’y a que la métropole européenne qui tire des profits. Elle cherche à augmenter sa puissance et son prestige face aux autres royaumes européens. C’est ce qu’on appelle le mercantilisme.
Les navires marchands qui servaient au transport d'esclaves s'appellent négriers. Ces navires étaient conçus pour transporter facilement aussi bien les marchandises que les groupes d'esclaves. Les navires en provenance de l'Europe effectuaient un premier arrêt sur les côtes africaines. C'est là que les marchands échangeaient des biens contre des esclaves forts et en santé. Environ 600 esclaves étaient d'abord marqués au fer rouge pour ensuite se trouver enchaînés dans les cales des navires. Ils y étaient entassés, sans lit, sans eau, sans toilette et sans réelle possibilité de mouvement. La traversée de l'Atlantique pouvait durer ainsi entre 3 et 6 semaines pendant lesquelles tant les esclaves que les membres de l'équipage succombaient aux conditions de vie éprouvantes et non hygiéniques. Le taux de mortalité chez les esclaves était environ de 10% à 20%.
Source : Allo Prof
Les maîtres des esclaves ne les ont jamais réellement traités avec pitié ou compassion. Ces sentiments étaient jugés inutiles puisque les esclaves n'étaient tout simplement pas considérés comme des humains. Pour les propriétaires des plantations, les esclaves n'étaient qu'une marchandise parmi d'autres dont on espère un bon fonctionnement et que l'on tient en inventaire.
Dès leur sélection à bord du navire, les familles peuvent être séparées en tout temps. Les maîtres des plantations vont sélectionner les meilleurs éléments sans jamais prendre en considération les liens qui unissent les parents et les enfants. Les esclaves habitaient sur les terres de leurs maîtres et vivaient à l'intérieur de petites maisons sans meuble dans lesquelles le sol servait de lit. Les conditions hygiéniques sont déficientes et plusieurs maladies infectieuses touchent de nombreux esclaves.
Source : Allo Prof
Mise en contexte
Lorsque les Européens arrivent sur le continent américain pour la première fois, ils croient être arrivés en Inde par une nouvelle route. C'est pourquoi, quand ils entrent en contact avec des habitants du nouveau continent, ils les appelleront Indiens. Plus tard, lorsque les Européens réalisent qu'ils ont débarqué en Amérique et non en Inde, ils changent le terme pour Amérindiens.
Avant l'arrivée des Européens, il existait déjà des civilisations bien implantées sur le territoire de l'Amérique. On assiste donc à un véritable choc culturel entre les premiers Européens à mettre le pied en Amérique et les peuples y étant déjà installés. Alors qu'au nord de l'Amérique, près du Canada actuel, ce sont les Iroquoiens et les Algonquiens qui habitent le territoire, plus au sud, dans l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud actuels, les Aztèques et les Incas se partagent la région.
Source : Allo Prof
Perte de culture
Dès leur arrivée sur le territoire américain, les Européens vont considérer les habitants comme un peuple inférieur. Ils vont imposer leur culture, leur mode de vie et leurs croyances aux autochtones. En fait, les autochtones, qui étaient autrefois nomades, sont obligés de se sédentariser.
Source : Allo Prof
Épidémies et guerres
Les autochtones sont aussi, malheureusement, pris comme esclaves ou exterminés sauvagement dans de véritables massacres. D'autres fois, ce sont les maladies, contre lesquelles les Amérindiens n'ont pas développé d'anticorps, qui font des ravages chez les populations amérindiennes.
Les conséquences des grandes explorations européennes sur les peuples autochtones sont très négatives. Les Européens de l'époque utilisent le territoire américain et sa population comme s'ils les possédaient et ne tiennent pas compte des intérêts des populations déjà en place.
Ces populations ont également subit d’autres conséquences négatives telles que la perte de leurs territoires, la perte de leur autonomie politique, la perte de leurs richesses naturelles, la perte de leur identité culturelle. En effet, les Européens les obligeaient à parler leur langue et à se convertir à la religion catholique. Ils subirent donc l’acculturation.
Capsule pédagogique réalisée par Mme Flavie Lemieux, Mme Carole-Anne Dubreuil, Mme Anouk Bégin ainsi que par M. Benjamin-Charles Corriveau.
Dans le cadre du défi didactique de M. Danny Legault, des étudiants de l'UQAM ont produit un jeu d'évasion à l'aide de Genial.ly pour le dossier l'Expansion européenne dans le monde en 2e secondaire. Il s'agit de Carole-Anne Dubreuil, Jean-Philippe Nadeau, Louis-Philippe Rousselet et Zoé Desjourdy.