Une chronique de Jacques Attali: "Conclave et démocratie"
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/conclave-et-democratie-2164220
https://www.attali.com/geopolitique/conclave-et-democratie/
Extraits choisis, le gras est de "mon choix"😉
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Et dans les pays démocratiques? A priori, rien de semblable. Et on ne peut évidemment imaginer répliquer la limitation du corps électoral à quelques-uns, ni imposer le secret des débats précédant les votes. Par contre, trois caractéristiques de l'élection papale pourraient fournir une utile matière à réflexion aux institutions démocratiques:
D'abord, lors de ce scrutin, aucun des électeurs n'est candidat, en tout cas ouvertement. Ensuite, les électeurs peuvent voter en secret et librement pour celui qu'ils préfèrent d'entre tous les autres électeurs.
Ensuite, la campagne électorale sert d'abord à faire le bilan de l'institution, puis à choisir les orientations que les électeurs veulent lui donner à l'avenir. Enfin, seulement, on passe au vote. Secret. Sans influence extérieure ; sans que personne ne soit candidat. Et on peut avoir à voter un nombre très élevé de fois, jusqu'à ce que se dégage une majorité qualifiée sur un nom.
Peut-on imaginer répliquer ces principes pour l'élection d'un maire, ou d'un président? Cela voudrait dire commencer la campagne électorale par un long débat entre les électeurs sur le bilan du mandat précédent, sur ce qui furent des succès et des échecs, puis à débattre de la situation du pays, à définir des priorités pour l'avenir. Sans avoir de candidats déclarés. Cela voudrait dire ensuite écouter tous ceux, parmi les électeurs, qui auraient quelque chose à dire sur tout cela, qu'ils soient politiciens professionnels, militants de partis, militants associatifs, salariés, entrepreneurs, professeurs, médecins, retraités, ou tout autre.
Cela voudrait dire enfin laisser émerger, peu à peu, au cours de ces débats, des candidats implicites, qui n'auraient jamais à se déclarer, et qui sortiraient du lot par leur éloquence, l'importance de leurs analyses et la pertinence de leurs propositions.
Les électeurs voteraient ensuite pour l'un d'entre eux, sans que nul parmi eux ne se soit, en principe, jamais déclaré candidat. Et comme les voix seraient très vraisemblablement dispersées entre des milliers de non-candidats, on devrait faire des centaines de tours pour parvenir à un résultat majoritaire.
Débattre et écouter
C'est sans doute impossible à répliquer, sinon, peut-être, pour les élections municipales dans des communes de petite taille, pour désigner le maire, qui choisirait ensuite son équipe¹. On peut cependant en tirer quelques leçons essentielles utiles en démocratie à tous les niveaux.
Primo: l'analyse de la situation, des problèmes et des programmes doit passer avant le choix d'un Président ou d'une Présidente. Secundo: le Président, ou la Présidente, devrait pouvoir être choisi sans avoir à être candidat, parmi les électeurs qui pourraient susciter par leurs votes des candidatures hors de la classe politique.
On pourrait donc imaginer une première phase de campagne limitée à des débats de fond, sur l'analyse de la situation et l'élaboration de programmes. Puis on demanderait aux électeurs de faire connaître les noms de ceux qu'ils rêveraient d'avoir comme Président pour mettre en œuvre ce programme.
Puis, seulement après, on voterait sur des noms. Plus simplement formulé encore, il y aurait deux votes successifs: d'abord un vote sur un programme, puis un vote sur le nom de celui ou celle qui serait le mieux à même de le mettre en œuvre. En agissant ainsi, on aurait grandement amélioré le processus électoral. On aurait incité à se concentrer sur les programmes, qui sont les grands oubliés de toute campagne électorale.
Jacques Attali est écrivain et essayiste.
1 Toujours cette idée de l'homme ou la femme plus ou moins providentielle ou d'autorité qui choisit son équipe, même quand Jacques Attali essaie d'être plus “délirant” que moi dans ses propositions, il garde ses vieux réflexes☺️