L'instant vient où ça va plus et l'on ne peut plus avancer.
C'est là que nous trouvons jointure et où vous permettez
Qu'on nous emploie aussi, même de force, à votre Croix. Tel Simon le Cyrénéen qu'on attelle à ce morceau de bois.
Il l'empoigne solidement et marche derrière Jésus, Afin que rien de la Croix ne traîne et ne soit perdu.
Introduction :
Le cinquième poème de Chemin de la Croix de Paul Claudel, intitulé "Simon aide Jésus", représente un moment charnière de la Passion du Christ. Ce poème met en lumière l’intervention de Simon de Cyrène, qui, de façon inopinée, vient en aide à Jésus alors que ce dernier est accablé par le poids de la croix. À travers ce geste, Claudel explore plusieurs thèmes : la solidarité dans la souffrance, le rôle des témoins passifs qui se retrouvent engagés dans le sacrifice divin, et l’idée de rédemption à travers l’aide apportée à celui qui porte le poids du monde. Cette analyse se structurera autour de trois axes : le poids de la croix et l’impossibilité d’avancer seul, l’implication involontaire de Simon, et la rédemption par l’aide.
1. Le poids de la croix : l'incapacité à avancer seul
Le poème commence par une scène où Jésus, accablé par le poids de la croix, ne peut plus avancer : "L'instant vient où ça va plus et l'on ne peut plus avancer." Cette phrase exprime l'épuisement physique et spirituel du Christ, portant le fardeau du péché du monde. Le poids de la croix devient ici une métaphore du fardeau insoutenable de l'humanité, un fardeau que Jésus doit porter seul, mais qu'il ne peut plus supporter sans aide. Le passage de Claudel met en exergue l'humanité du Christ, fatigué et proche de l’effondrement. Cette incapacité à aller plus loin est un moment d'une grande intensité où l’aide extérieure devient indispensable.
2. L’implication involontaire de Simon de Cyrène : un geste de solidarité forcée
Simon de Cyrène apparaît comme un personnage auquel le destin impose un rôle qu'il n'avait pas choisi. "Tel Simon le Cyrénéen qu'on attelle à ce morceau de bois." Claudel choisit ici l’image d’un homme contraint par la force de participer au port de la croix. Le verbe "atteler" suggère une forme de contrainte, une action qui n’est pas volontaire mais imposée. Pourtant, Simon de Cyrène ne se rebelle pas, il empoigne la croix "solidement" et marche derrière Jésus. Ce geste involontaire de solidarité soulève des questions sur la nature de l'engagement : à travers Simon, Claudel évoque l’idée que parfois, l’aide et la rédemption viennent de ceux qui ne cherchent pas activement à participer au sacrifice mais se retrouvent, malgré eux, engagés dans ce processus. Simon devient ainsi un symbole de l’homme ordinaire appelé à participer à la souffrance du Christ, illustrant la notion que chacun peut être appelé à aider dans des circonstances de souffrance extrême, même sans l’avoir choisi.
3. La rédemption par l’aide : un partage de la souffrance
Le poème se termine par l’image de Simon portant la croix "afin que rien de la Croix ne traîne et ne soit perdu." Cette phrase, à la fois simple et profonde, implique que Simon ne fait pas qu’aider Jésus à porter un objet matériel, mais qu’il participe à l’ensemble du chemin de la rédemption. Par son acte de solidarité, il prend part à l’œuvre divine du salut. En marchant derrière Jésus et en portant la croix, Simon devient, malgré lui, un collaborateur de la rédemption du Christ, ce qui témoigne du pouvoir de l’aide, même involontaire, dans le chemin spirituel. La croix, symbole du sacrifice et du péché, devient ainsi un moyen de purification et de rédemption pour celui qui porte, ne serait-ce qu'un instant, le fardeau du Christ.
Conclusion :
Dans "Simon aide Jésus", Claudel nous présente un moment où la souffrance de Jésus est allégée par l’intervention de Simon de Cyrène, un geste forcé mais porteur de sens profond. À travers ce poème, l’auteur nous invite à réfléchir sur la solidarité humaine dans la douleur et le rôle que chacun peut jouer, même sans l’avoir cherché. Simon, malgré lui, participe à l’œuvre de rédemption en portant la croix, un acte qui symbolise l’appel à l'aide dans des moments de grande souffrance. Cette scène montre que même ceux qui ne sont pas directement impliqués dans le processus de sacrifice peuvent y prendre part, et à travers ce partage de souffrance, contribuer à la rédemption du monde.