Il y avait, à quelques rues de ma modeste faculté de médecine, une grande université qui m’attirait bien plus que je ne voulais l’avouer.
Je n’y étais pas inscrit, je n’y avais pas de cours à suivre, pas de rendez-vous, ni d'obligations. Et pourtant, j’y allais souvent.
Peut-être parce qu'elle semblait plus vaste, plus vivante, plus belle…
Mais surtout, parce qu’elle était habitée d’une élégance douce et désarmante : celle de ces jeunes filles qui la traversaient chaque jour, en riant, en parlant, en lisant, en vivant.
Elles semblaient danser entre deux instants, passer d’un amphi à une bibliothèque comme on passe d’un rêve à un autre, sans bruit.
Elles portaient des sacs remplis de livres, des cheveux décoiffés par le vent, des regards sérieux mêlés d’éclats de lumière.
Elles étaient là, présentes, lumineuses, inaccessibles et pourtant si proches.
Un jour, sans trop savoir pourquoi ni comment, je me suis assis dans leur bibliothèque.
J’avais un manuel de physiologie à la main, mais la vérité, c’est que je lisais autre chose.
Je lisais dans leurs gestes, dans leurs silences, dans leurs regards qui frôlaient les livres.
Deux jeunes femmes se sont installées à ma table. Elles riaient doucement, feuilletaient des romans, prenaient des notes, faisaient semblant de travailler ou travaillaient pour de vrai…
Je ne sais plus.
Ce que je sais, c’est que je ne pouvais pas m’empêcher de les regarder.
Leur présence m’envahissait. Mon cœur battait trop fort, mes mains étaient moites, et mes pensées… confuses.
Je me suis sali.
Pas au sens physique, non. Mais au sens de celui qui, dans l’excès de sa jeunesse, se laisse emporter par des vagues intérieures incontrôlables.
Cette énergie-là, brute, électrique, désordonnée, presque honteuse… mais si humaine.
Quand on est jeune, on est plein de feu.
On veut aimer, comprendre, être vu, tout explorer d’un coup.
Mais parfois, ce feu ne sait pas où se poser.
Et moi, ce jour-là, j’ai compris quelque chose :
La bibliothèque, les livres, la lecture... c’est peut-être ce qui peut canaliser ce feu.
📚 Lire, c’est regarder le monde sans brûler.
C’est se laisser traverser par des histoires sans se perdre dans ses propres désirs.
C’est poser son regard ailleurs que sur la peau, pour chercher ce qui est au-dedans.
Ce jour-là, je n’ai pas parlé aux deux filles. Je suis parti un peu confus, un peu honteux, un peu changé.
Mais j’ai commencé à lire autrement. À m’écouter autrement. À comprendre que la lecture peut devenir une boussole quand tout en nous tourne trop vite.
Aujourd’hui encore, je repense à ce moment,
à cette table,
à ces yeux que je n’ai jamais vraiment oubliés.
Et je souris. Parce qu’au fond, c’était aussi ça, grandir.
"Ma lecture dans tes yeux", ce n’était pas une histoire d’amour.
C’était une histoire de transformation.
👉 Et vous ? Avez-vous connu ce moment où la lecture vous a sauvé de vous-même ?
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