La masturbation est-elle un massage ?

La masturbation est-elle un massage ?


Il faudrait plutôt à mon sens inverser la question et se demander comment la masturbation pourrait ne pas être un massage, se constituer en autre chose ? Il faudrait aussi se demander dans quel état général se trouve notre représentation occidentale et judéo-chrétienne du corps pour en être encore à se là se poser, à devoir écrire dessus ?


Alors bien sûr qualifier la masturbation de massage semble impliquer qu'il faudrait s'y livrer au court de nos séances et ce, jusque dans nos instituts en faisant fi de la problématique éthique, prostitutionnelle, du proxénétisme et de sa légalité. En fait, mon approche est purement rhétorique.

Je suis à la fois un homme avec tout ce que je peux charrier consciemment ou non de prérequis masculins, je dispose de ma propre énergie sexuelle pour un matériel en demande, je suis un masseur professionnel en institut et chercheur en massage au CFDRM de Paris. C'est toujours utile de rappeler cette spécificité de recherche en massage puisqu'elle me place dans une dynamique d'écriture qui se doit de dépasser le cadre des jugements de valeurs et du qu'en dira-t-on.


Masturber c'est masser

A cela personne n'échappe mais dire que masturber c'est masser ne signifie pas qu'il faut nécessairement l'adopter ou s'y résoudre de guère lasse et ce, pas plus dans la sphère privée que dans la sphère professionnelle, il s'agit d'un fait pas d'un conseil. Ici je me contente de présenter les outils qui permettent d'associer la masturbation à une définition purement générique sous son acception massage et de savoir ce qu'elle impliquerait professionnellement si on la pratiquait.

Qu'il s'agisse de masturber avec la main, entre les doigts, les articulation des coudes, des genoux, avec la bouche, avec la langue, avec les lèvres, avec les pieds, avec les seins, avec tout le corps rampant sur la verge toute tendue en ses désirs superbes, masser avec l'espace inter-crural (pris entre les cuisses et le périnée) ou avec l'anus, cet oculus controversé et poétique, le massage reste convoqué. De cela nous ne pouvons y échapper. Qu'il s'agisse de satisfaire notre propre génitalité ou celle d'autrui, (masturbation particulière), qu'il y ait jouissance ou pas, que cela se fasse chez soi, au bureau ou dans un institut de massage, qu'elle soit une gestuelle parmi d'autres sans plus d'intentions ou qu'elle clôture une séance réelle ou cette autre devenue prétexte, si vous branlez, vous massez.

On peut appeler ça prostitution, corruption, perversion, inféodation, délectation, addiction, finition, art de vivre ou de baiser, l'homo sapience sapience a toujours ressenti le plaisir, le besoin de s'assouvir par moult procédés ou de le faire à ses congénères, de les assouvir pour l'expérience, le compagnonnage, par envie, obligation, exhibitionnisme, soumission consciente ou pas. On peut appeler ça homosexualité, bisexualité, hétérosexualité, quoi qu'il en soit, ça relève d'une pratique de socialisation et de massage.

Masturber le membre viril d'un homme, la vulve chaude et si doucement entre-ouverte d'une femme ou bien encore leur anus consiste en une succession rythmique de va-et-vient, de fouille, d’enserrements sous divers angles visant au plaisir flatteur de s'en amuser d'abord puis ensuite de conduire à l'orgasme, cette fleur du souffle que coupe la jouissance pour s'éteindre sur l'absence de ce seul instant fugacement éternel. Le gland est sollicité par une succussion du prépuce qui, comme une petite bouche toute faite à cela, s'enroule amoureusement autour s'en allant puis s'en revenant, frotté jusqu'à ce que la tension se meuve en vérités simples et que l'esprit cède sa part de refus à un corps concupiscent et distordu.

Là encore je ne fais que manipuler une réalité physiologique, interroger des pratiques qui ont accompagné le massage avant-même que toute une batterie de termes ne se soit forgée au court des millénaires et ne vienne la spécifier dans toutes les langues. Masturber c'est conduire en ses deux sens opposés l'organe qui les oriente, raidir l'organe jusqu'à raidir le corps jusqu'au paroxysme et que tout s'apaise dans un silence proche de la disparition. Le massage n'existait pas encore en tant que pratiques que nos sexes demandaient déjà à être assouvis des manières les plus variées et plaisantes qui soient.

La masturbation ne va pas sans sa finalité et sa finalité sans bousculer le massage dans ce qu'il a de spirituel, de cadeau à ces éternels moments.

En fait, ce n’est pas la masturbation qui pose problème en massage mais ce que sa rythmique amène malgré elle de subversivement symbolique. Puisqu'en effet, la finalité qui en découle donne un orgasme à des inconnus qu'une chronologie historique et sociale prêtait encore il y a peut aux gens de mauvaises vies acceptant de donner à tous ce que les conventions voulaient que l'on accord à personne. Je dis bien à personne quand on se souvient de ce qui fut véhiculer à son sujet. Ambroise Tardieu au 19e siècle parlait de dégénération de la race, se masturber pouvait tuer, preuves scientifiques à l'appuies. D'ailleurs, il est amusant de se rappeler que c'était le même argument que soutenez l'Ordre des kinésithérapeute de France pour interdire le massage jusqu'à ce que le législateur mette fin à cette spoliation en 2016. D'ailleurs, les étymologies de masturbation ou d'onanisme n'étaient que condamnation de la pratique.


MASTURBATION et MASSAGE du sexe agissent comme une métonymie de référence et une synecdoque de l'orgasme (la finition)

En linguistique une métonymie est un synonyme par destination qui renvoie par effet de boucle à un sens commun ou une relation logique avec le terme qu'il remplace et qui, dans le cas présent induit une péjoration. Ainsi, masturbation ou massage génital portent en germe leur destination finale sous-entendue par une pratique comprise des deux parties. Masturber juste pour masser différemment ne semble pas très exploitée en tant que technique puisqu'elle n'est jamais amenée que comme un mode opératoire nécessaire à l'orgasme et comprit dans la signalétique même de la gestuelle qu'elle implique. La masturbation est un massage retourné jusque dans son procédé de relaxation.

"Massage du sexe" sonne comme le trope d'une métonymie, une permutation langagière qui soigne l'apparence pour ménager les susceptibilités qui s'agrègent au plaisir.

Pourtant même le mot massage comme élément neutre peut devenir alternativement une pratique générique ou une synecdoque généralisante. "Se faire faire un petit massage", "doigts de fée", on ne compte plus les expressions qui convoquent à la sexualité par divers sous-entendus.

J'aimerai beaucoup travailler sur la place du massage dans la linguistique car lui aussi, n'en doutons pas, dispose de sa propre sémiotique mais là ça nous amènerait trop loin. Mais, si le mot "massage" est déjà ambiguë par l'infinité des mécanismes qu'il charrie, imaginez l'expression "massage du sexe" ou "masturbation" même neutrale ?


Base de travail : « le toucher est un proto-massage »

En 2009 j'avais établi un massage classificatoire en réponse à l'ancienne chronologie historique du massage proposée par G. Berne et Dujardin-Beaumetz dans Le Massage, EO de 1894. En gros j'avais proposé cinq stades possibles aidant à stratifier le massage et c'est donc en troisième position que venait le proto-massage.

Déjà, peut-être pourrait-on commencer par distinguer le toucher en tant que sens de toucher en tant que verbe. Le toucher c'est le sens directionnel du sensible, une expression de la mobilité de la perception dans l'espace alors que toucher c'est actionner ce sens pour sentir, c'est la rencontre entre le mouvement et le contact. Le postulat de base que je développais alors et que je maintiens toujours en 2019, c'est que « toucher est un proto-massage », c'est-à-dire la jonction primitive entre une volonté de rejoindre la matière, ici la peau, et la matérialisation de cette peau activée sous les percepteurs du sensible (corpuscules).

Un proto-massage c'est un massage qui ne dit pas encore son nom mais procède de lui sans le savoir en combinant le toucher en tant que sens et le mouvement en tant que direction perceptible dans une intention informationnelle. C'est une unité sensible, un massage dégradé, ancien, non encore définit comme tel mais en devenir. Ce genre de texte permet justement de commencer à le circonscrire, à le légitimer dans son hypothèse.

Si « toucher c'est masser, et que branler c'est toucher, alors branler c'est aussi masser. »

Le syllogisme est implacable, dérangeant mais jamais vraiment discuté de cette manière.

Branlez-vous trois fois...

Lorsque la masturbation fait partie du ductus technique je parlerai de massage inclusif, et décrirai pour se faire trois types de masturbations qu'il me paraît possible de déplier autour du massage :

- 1. Massage inclusif à gestualisation poly-masturbatoire

présentant une masturbation factuelle mais non décisive disposant de tout le spectre gestuel mobilisable, froide, désincarnée, elle se constitue des univers de gestuelles disponibles intervenant sous divers angles mais n'amenant pas à l'éjaculation du sujet

- 2. Le massage inclusif supplétif

désigne une utilisation généralisante de la masturbation à finalité sexuelle mais toujours inscrite dans le déroulé technique d'une vraie séance au sein de laquelle vient s'incruster une jouissance comme ajout à la relaxation, une duplication de celle-ci

- 3. Massage inclusif focal

faisant de la masturbation une unité de pratique délibérément sexuelle et assumée comme telle. Elle est intrinsèquement associée au massage même s'il n'est pas conscient ou présenté comme tel dans la sphère intime ou professionnelle




1. Massage inclusif à gestualisation poly-masturbatoire

Premier type de masturbation(Alors je ne parlerai pas de Gestuelle masturbatoire mais bien de Gestualisation masturbatoire dans le sens où gestuelle renvoie à un schéma connu, déjà emprunté, alors que gestualisation implique un apprentissage, une maîtrise, une technicité permettant de faire varier les sensations en jouant sur les appuis.)

Ici il s'agit d'identifier une forme de massage qui va contenir dans la multitude de ses gestuelles, une pratique du va et vient sur la verge qu'il est légitime de qualifier de poly-masturbations non conclusives, factuelles, désincarnées.

A titre d'exemple, en Massage-Français et particulièrement dans sa version Organique qui est la plus aboutie concernant le travail du sexe, on dit qu'il ne doit jamais être "ni érotique, ni sensuel, ni éjaculatoire". Si l'on considère le sexe en le plaçant sur l'échiquier égalitariste post-révolutionnaire comme un organe parmi les autres en affirmant : "Tous les organes naissent libres et égaux en dignité et en droit..." ce n’est pas pour lui donner une satisfaction physiologique. Par contre, la masturbation est une gestuelle admise en M-F-o tant que cela va dans le sens de la diversité des mouvements et de l'interprétation des sensations procurées mais jamais jusqu'à l'orgasme et toujours en binome avec l'anus.

Je pense qu'il est important de continuer à nommer ce massage comme masturbatoire, il s'agit de branler, d'en revendiquer l'approche et le droit afférent qui permet d'explorer de nouvelles sensations en les décorrélant de toute intention sexuelle. Le sexuel est ici non pas annulé puisqu'on éteint pas la sexualité comme un téléphone portable mais de la déplacer tout en bénéficiant de sa zone d'influence. Entre rejeter la sexualité au nom de l'expression culturelle, traditionnelle ou spiritualiste du massage et s'y livrer sans restriction, il doit exister un espace contiguë exploitable et riche d'enseignements à défricher. Revendiquer la masturbation c'est l'exploiter, interdire l'éjaculation c'est l'expliquer. La masturbation prolonge, l'éjaculation est une association des désirs par accaparement.

Nous parlerons aussi de masturbations massoïdes présentant un polymorphisme de mouvements.

Implications casuistiques : cette pratique demande un certain travail de pédagogie initial afin que l'interlocuteur (le massage est un langage) ne soit pas surprit par ce qu'il pourrait prendre pour un changement de cap et tenté de répondre par des gestuelles similaires. L'éthique est ici sollicitée de manière détournée puisque si masturber n'est qu'une segmentation de plus potentiellement applicable à tous, elle doit se méfier de la débâcle des intentions et des attendus associés. Il faut alors bien expliquer que masturber c'est ici masser et non exciter.




2. Le massage inclusif supplétif

Deuxième type de masturbation

Dans ce deuxième stade la masturbation s'inscrit dans un déroulé technique qui n'exclue pas l'orgasme mais l'installe soit comme une finalité possible purement conclusive, soit comme une relaxation additionnelle et mitoyenne à l'esprit du massage qui, disons-le tout de suite n'est pas desservit dans ses fondamentaux. Ce n’est pas la peine d'opposer les postures habituelles inter-chapelles pour hiérarchiser les gens pas plus que les pratiques en les stigmatisant inutilement. Ce qui est sexuel n'en est pas moins philosophique et l'on peut tout-à-fait envisager l'éjaculation comme un amené respectant les besoins fondamentaux du corps.

La masturbation est ici assumée dans ses tenants comme dans ses aboutissants, jouir est une satisfaction qui s'ajoute, un plaisir cumulatif. Le sperme ou productions féminines, à l'instar de toutes autres productions corporelles, viennent compléter l'apport végétal ou animal des crèmes ou huiles employées nativement. Il devient un élément actif du massage, se symbolise dans son éjection comme dans sa propagation. Le masseur prend alors le sperme du massé comme une information supplémentaire, un matériaux de sens qu'il exploite comme un intrant naturel et positif. Cette onction de soi sur soi rejoint comme une nature la perception de ses propres productions semblables à un retour aux origines par lequel il est légitime d'envisager le massage.

Pourtant, se rejoignent là la des questions au croisement de la philosophie, de l'éthique, de l'histoire des professions, des humanités qui se bousculent et discutent encore de sa nécessité. Néanmoins, sous prétexte d'ouverture d'esprit, il n'est pas davantage possible de balayer d'un revers de main ce qui crée de l'incertitude ou d'ignorer la légitimité des besoins.

La prostitution, mais j'y reviendrai dans un autre papier, n'est jamais qu'une question de société et la société un tissu en perpétuel renouvellement (chaque génération abordant la sexualité à sa façon), de ressentie et d'arbitraire dont la violence des expressions ne se limite pas à ceux qui la pratiquent ou s'y livrent mais aussi à ceux qui la condamne ou la conseille, tout n'est qu'une question de points de vues mais encore faut-il accepter de les confronter.

Je parlerai là de massage inclusif à restitution orgasmique.

Implications casuistiques : ici les enjeux sont plus mouvants. Il faut se faufiler entre ce que le droit permet ou peut être amené à en savoir au gré de ses évolutions, les répercutions sociales liées aux a priori, la constance d'une telle pratique dont le quotidien peut modifier le massage dans sa durée et dans sa qualité. Ce qui est plébiscité par l'homme ne doit pas nécessairement lui être accordé à moins d'être raccord avec ces attentes de nature. Les boucles de décisions du massage ne doivent pas être prises à la légère.

Les questions éthiques se posent indépendamment de nos propres interrogations. Lorsqu'une pratique génère un sentiment de malaise vis-à-vis d'une action à venir ou attendue, c'est l'éthique qui s'exprime par le corps pour d'atteindre l’esprit. Faire jouir c'est participer à une sexualité tiers sans retrait possible, seulement, être professionnel-le c'est pouvoir masser tout le monde, tous les sexes, indépendamment de ses préférences sexuelles puisqu'elles ne sont pas sensées êtres convoquées. En les convoquant vous ouvrez la boite de Pandore même si dans le cas présent il s'agit juste de faire jouir mais la manière dont on fait jouir est déjà une implication. L'autre viendra vous chercher souvent plus loin que vous n'auriez aimé l'être. Donc, même si aller sur le terrain de la sexualité n'implique pas nécessairement que vous les embrassiez toutes, vous devrez assumer celle-ci avec tout le monde.

Lorsque vous proposez un massage ce n'est jamais qu'une technique que vous amenez, le massé vient s'y glisser, il en est l'élément mobile, résolument passif et vous, l'axe formel. Ce que vous proposez vient de vous et lui n'apporte que sa corporéité. Mais lorsque vous proposez un massage inclusif, à fortiori supplétif, la personne vient avec ses propres attendus sexuels, vous n'êtes plus seul dans l'initiative.




3. Massage inclusif focal : Exclusivité réductive à la seule expression génitale

Troisième type de masturbation

Très clairement il s'agit pour le massé de ne passer que pour se faire jouir ou pour le masseur de réduire son intervention aux inférences du sexe réduit à sa fonction d'organe ou à quelques hédonismes théoriques. Je parlerai donc de massage de relais, comme faisant suite à un besoin naturel satisfait par une économie tournée et réduite au plaisir de l'autre.

La réduction du champs génital à une masso-masturbation comme modèle phallo-centré avec aboutissement orgasmique est une constante érotique ou pornographique ancienne et non subalterne qui n'est pas sans pratique et technique, et pas davantage sans disposer de son propre espace social, politique. En effet, lorsque la loi discrédite ce genre de pratique, que les mœurs s'en mêlent en la qualifiant de prostitutionnelle, d'atteintes, s'y livrer devient une résistance au système, un pied-de-nez qui passe par l'art de se faire actionner le pénis.

Cela peut avoir lieu chez soi ou chez un professionnel en revêtant toujours cette même forme de survalorisation du génital faisant irruption dans un quotidien fait pour ça.

Le couple constitué sera amoureux, rencontre d'un soir, prostitué ou réduit à l'individu seul qui en sera l'axe central (l'auto-masturbation qui est encore un massage). Ainsi, se masturber seul ou à plusieurs même est tout autant un massage réduit à une zone désignée comme intime et génitale ou anale. Là aussi la résultante d'une telle pratique n’est pas sans donner court à de nombreux jugements de valeurs et parfois en contravention avec la loi.

Implications casuistiques : Dans le précédent massage inclusif supplétif il y avait encore cette distance qui laissait supposer l'existence d'un espace d'expression traditionnel, une détente dont la durée pouvait arguer d'une unité philosophique même théorique mais là l'approche est frontale. Il faudrait savoir si le massage est nature ou culture, s'il est un moyen ou une fin, si jouir est le but ou la jouissance le procédé. Inscrit dans sa nature l'homme l'exprimera toujours de manière primale, archétypique alors que lorsqu'il commence à s'emparer de l'inné qui lui ait naturel, il cherche une construction culturelle, quelque chose qui lui propose d'autres alternatives que celles rugueuses obtenues au détour d'une rencontre.

Lorsque la loi invalide une pratique et là, clairement elle prohibe ce qu'elle qualifie de prostitution, il y a toujours davantage qu'un simple conservatisme, elle constitue une strate, un niveau qui permet de dater l'interdit et s'il est là c'est qu'une affectio societatis, une communauté d'influence s'y trouve et émet à cet instant. De fait, au regard de notre histoire corpo-strato-situationnelle, les "zones dites intimes" empêchent de savoir dans quel ampoule du sablier elles se situent, de les établir comme indemnes. Ainsi, le massage du sexe pose problème parce qu'il brouille le message neutral qui veut que la dominante artistique, traditionnelle, scientifique du massage l'a bien emporté sur la brute en recherche d'assouvissement, que l'esprit à bien pris le dessus sur la nature, qu'il ne se résout pas à elle. S'il s'y résout, cela doit se faire à l'exclusion de tout échange monétaire, c'est-à-dire rester nature et non disposer de sa propre entrée sur le capital. L'argent OUI, c'est un sexe monétique, un des axes du monde, le sexe OUI, c'est l'autre pôle en action, un mème magnétique mais le sexe couplé à un échange d'argent, NON. Le transfert nature/culture est refusé dans sa constance au nom d'un supposé patriarcat, une surexposition du sexe dont le symbole se perdrait dans son obéissance.


Conclusion

Si masturber c'est masser mais masser ce n'est pas nécessairement masturber et l’intrication de ces deux forces valorise une difficulté d'approche et de compréhension des mécanismes humains qui restent sensibles à la question ontologique.

Nous le voyons, la valeur faciale d'une gestuelle implique des mécanismes profonds dont la perturbation est une des constantes du tabou qui ne s'active que lorsqu'on en fait fi et le but ultime du contrarieur qui veut plus que tout ce qu'on lui refuse. Le problème, c'est qu'on lui refuse l'économie qui s'arme entre ses cuisses dès lors qu'elle vient joindre deux aimants entre eux, deux tabous qui se repousse, l'argent et le sexe.

L'inscription sexuelle ou philosophique au registre du massage vient se confronter à cette irrésolvable dualité entre le vil et le vif, le sperme et l'âme, le plaisir et la pensée que seule, la "punition" et l'amende semble pouvoir conjurer dans une superstition forclose et délicieuse l'impérieux désir de vaincre par la bite.


▌©Alain Cabello-Mosnier (MASSEUR & poète gay) ⚣

Jeudi 13 décembre 2018