Le massage par l'absurde

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Écrit et lu par le poète queer ⚣ Alain Cabello-Mosnier le mercredi 6 mars 2019 à Paris.


Synopsis :

Faut-il continuer à masser quelqu'un lorsqu'il à tendance à disparaître en séance ? Je veux dire, quelqu'un qui a tellement fait le vide dans sa tête et dans son corps qu'il finit par devenir totalement inexistant ?

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Faut-il donc continuer à masser quelqu'un lorsqu'il à tendance à disparaître en séance ?

Je veux dire, quelqu'un qui a tellement fait le vide dans sa tête et dans son corps qu'il finit par devenir totalement inexistant ? Oh pas brusquement, ça commence une diaphanisation de sa peau, par un effacement progressif jusqu'à extinction in toto de toute trace de corporéité ?

C'est ce qui m'est arrivé pas plus tard qu'hier ! Pour tenter de stopper sa disparition je lui proposais de se retourner, la position peut-être me disais-je dans ma tête ne lui convient ? Mais ce fut pire, au fur et à mesure qu'il pivotait, son dos s’éteignait comme une sorte de lune qui n’aurait pas finit son cycle. D'abords pleine, puis, de plus en plus fine jusqu'à ce que, tout-à-fait allongé il eut entièrement disparu. Je voyais la marque de sa tête sur l'oreiller comme une courbure de l'espace-temps d'Einstein, mais pas de corps, il n'y avait rien et paraissait très à l'aise. Je continuais le plus professionnellement du monde (auquel il n'appartenait visiblement plus) cet étrange massage. C’était la première fois où, commençant par masser quelqu'un je terminais par personne, personne qui n’était plus là où il se trouvait encore mais en moins dense qu’il n’était entré.

C'est ce qui m'est arrivé pas plus tard qu'hier ! Pour tenter de stopper sa disparition je lui proposais de se retourner, la position peut-être me disais-je dans ma tête ne lui convient ? Mais ce fut pire, au fur et à mesure qu'il pivotait, son dos s’éteignait comme une sorte de lune qui n’aurait pas finit son cycle. D'abords pleine, puis, de plus en plus fine jusqu'à ce que, tout-à-fait allongé il eut entièrement disparu. Je voyais la marque de sa tête sur l'oreiller comme une courbure de l'espace-temps d'Einstein, mais pas de corps, il n'y avait rien et paraissait très à l'aise. Je continuais le plus professionnellement du monde (auquel il n'appartenait visiblement plus) cet étrange massage. C’était la première fois où, commençant par masser quelqu'un je terminais par personne, personne qui n’était plus là où il se trouvait encore mais en moins dense qu’il n’était entré.

_ Pouvez-vous me masser davantage la poitrine ? J'adore qu'on me masse la poitrine !

_ Où-est-elle ? bredouillais-je !

_ Où vous voulez. Mon anatomie ne dépend que de vous mais ne vous inquiétez pas, où que vous la massiez ce sera très bien, j'adore vos mains…

_ En même temps, si je pouvais voir les-vôtres…

_Désolé, j'ai souvent les mains baladeuses, dès que je me fais masser elles vont se nicher partout dans l'univers.

_ Le problème n’est pas tant de savoir où elle se trouvent, après tout, ça ne me regarde pas mais c’était juste pour me faire une idée de là où elle aurait put être en étant là où vous êtes si peut que je doute qu’il y eu encore quelqu’un.

_ Regardez-moi comme début qui n’aurait pas de fin, comme un massage à l’atome incomplet dont vous seriez la charge positive et le mouvement complexe qui ne saurait exister sans vous et vous, être sans moi.

Vôtre gêne a la politesse de l’hésitation. Une caléfaction de l’évidence face à l’imprévu qui peine à déréaliser.

Au fond, je vous envie. Le masseur est un matérialiste qui part de rien pour arriver là où il veut. En fait, si l’on y réfléchi, tout votre monde tient dans une seule et toute petite improbable goutte d’huile, dense et lourde comme un précipité alchimique. Une oléagineuse variante qui se balance entre le pendule de Foucault et un globe de boule-à-neige que vous remuez entre vos mains de Sphinx pour la chauffer afin que l’hiver de sa consœur lui serve à ne jamais oublier la part de soleil qui s’agite dans toutes ses parties. Mais voilà, pour qu’il y ait Paris sous la neige, encore faut-il quelqu’un pour le regarder tourbillonner, l’œil hypermétrope qui scrute derrière le polycarbonate ce froid légendaire en polystyrène. Vous êtes la version apodictique de l’aveu, vous vous prouvez à l’aune de la détente des autres qui vous reconnaissent comme le messager ultime de leurs errances. Moi, je ne vous crois qu'au nom de la présence des autres. On confesse au prêtre ses péchés, au masseur, ses silences.

_ Vous êtes la version apodictique de l’aveu, vous vous prouvez à l’aune de la détente des autres qui vous reconnaissent comme le messager ultime de leurs errances. Moi, je ne vous crois qu'au nom de la présence des autres. On confesse au prêtre ses péchés, au masseur, ses silences.

_ Vous nous prêtez des pouvoirs que nous n’avons pas. Je ne suis silencieux que pour me taire. Nous avons pour quais de gares que vos nudités complètes. Nous ne faisons que vous attendre en vos retours. Dans chacune de nos mains huilée brille la fenêtre d’un train qui s’en va. Vos yeux sont dans nos paysages. On se confond de partout. Corpus symbolicum d’une sous-jacence du massage au terme de laquelle le temps devient nécessairement projectif et immerscif. L’ubiquité de soi, être partout tout en désirant être nulle part parce qu’il n’y a que là que soi prend un sens, le sens de tous les autres. Aucun toucher ne peut advenir sans parfum, sans cri, sans le goût de l’infini, la vue du noir en surcouche lorsque deux se complètent dans une action commune.

▌mercredi 6 mars 2019

Par Alain Cabello-Mosnier