Massage "des visages"

Le visage est un carrousel à lui tout seul et, comme pour le sexe et son emblème générique on perd à considérer le tout quand on gagnerait à passer du temps sur chacune de ses parties.

En fait, il n'y a que pris individuellement qu'elles deviennent uniques et considérées comme telles. D'ailleurs, n'y a-t-il qu'un visage, global ou peut-il y avoir autant de visages qu'il y a d'endroit, un visage du nez, un visage du front, un visage des lèvres, un visage du menton etc ?

Je m'imagine me plaçant derrière vous pour m'emparer de votre oeuf puis devant, puis de côté et par en-dessous et au-dessus en angles si divers que vous serez à chaque fois quelqu'un autre.

  • Massage nasal. Mon grand rêve de masseur-horloger serait que quelqu'un ne prenne rendez-vous que pour un massage du nez. Ce serait ubuesque, décalé et champêtre. "_ Bonjour, je voudrais prendre un rendez-vous de trente minutes pour un massage, du "nez" s'il-vous plait. Oui, tout-à-fait, vous avez bien entendu, je veux que l'on me masse le nez, qu'un masseur s'en empare, me le fasse glisser entre ses doigts, me le lèche si cela se devait et ce jusque au plus profond de mes narines, ces terriers de mes amplitudes de respireur, bref, je veux que l'on s'occupe de tout ce qui compose mon nez." Les trous de nez me fascinent, m'attirent parce que peu les fouillent en prenant le temps des les connaître, les tapissent de soins et d'expression. L'échauguette perchée au-dessus du visage plait aux promeneurs de visages que nous sommes, mais, le triste mâchicoulis dont les éternuements déplaisent à nos orgueils me placent en curieux. Donc, massons nez en creux.
  • Massage du front, ah, le front, effronté ou frondeur, qui comme une demi lune se fronce au jour puis se détend à la nuit ! Le front me fait penser à une cithare ou à une viole de gambe qui raisonne de la symphonie de nos idées, de nos philosophies et de nos plus horribles pensées, parfois noires, parfois roses.
  • Massage des oreilles. L’auriculothérapie est connue mais quid de l'oreille massée pour elle-même, sans intention de soin ? Tragus et Anti-tragus peuvent-ils être beaux ? Pris pour lui-même ? Tirée, raillée, elles sont pourtant à elles seules les deux petits Bouddhas assis en nos entendements. Lorsque je m'empare d'une oreille, je deviens l'entomologie d'un monde évanouit, l'escaliéteur d'un colimaçon dont la descente ne me verra sortir du magistral dédale que par l'autre.
  • Massage des joues. Ici aussi, les joues sont toujours prises dans un ensemble étroit mais jamais vraiment exploitées pour ce qu'elle sont. Deux petits ventres spéculaires pour deux joues de porcelaines ou de paillasses s'enfermant chacune dans une paume huilée et chaude. La pommette saillante comme ventre s'avance parfois toute rose et nous défie d'y poser un baiser.
  • Massage des yeux. Les yeux se massent avec une petite pointe de doigts, un bout de langue à l'apex visiteur selon la proximité des Êtres. Un baiser parfois suffit à dire "j'aime et j'embrasse ce que tu vois.". La thérapeutique a parlé de massage oculaire, à travers la paupière, l’œil atteint se voit délicatement massé comme l'on caresserait le verre fragile d'un contenant d'alcool dans un cabinet de curiosité. Pourtant, la paupière en ses fusains si mollement entendue sur le cerce à broder de l'orbite du tisserand de nos jours mérite la broderie de nos doigts. "La paupière fendue en ses deux kylix grecs - Dont la coupe ronde se remplissait d'amandes - Des motifs à l’affût d'impassibles fennecs - S'emparaient de vous comme les Mayas des Andes." Le grand jaguar rouge 2018.