Massage du dos

Massage du dos, le Versailles du corps, un jardin à la Le Nôtre que nos doigts de masseurs parcourent comme de petits jardiniers infatigables et laborieux. C'est un coléoptère qui rampe sur ses coudes. Un scarabée d’Égypte à la peau dorée, endormi dans son massage.

Le dos est un livre ouvert semblable à un scripturaire et le masseur en est le copiste. Vous massez le dos comme l'on marche dans la neige, à patte lourde, péniblement dans cet hiver sans fin. Partant de la nuque il se termine dans la contrescarpe de la raie, judicieuse noirceur.

Pour les reins il suffit de s'en emparer comme une gerbe de blé et d’appuyer sur sa taille pour la lier. Seulement, peut-on masser un dos sans aller chercher jusque dans ses contre-forts le fossé de l'aisselle sauvage lorsque tout la-haut, l'oreille reste sagement posée comme une faucille dans les fourrages ? La colonne elle s'élance vertigineuse dans la plaine qu'elle marque de son andainage, chaque vertèbre rassemble son petit talus appelé à devenir une botte de paille.

Masser un dos c'est parcourir la campagne quand les fesses émergent comme un corps de ferme à la chaume virile et à l'adorable fumier qui attend endormi que l'on vienne s'y réchauffer.

Dans ces champs je suis sûr qu'il y a des morts, des gisants attentifs et des masseurs endormis.