Si vous la visitez, c’est que vous avez récemment été contacté(e) et interrogé(e) par des membres de notre équipe de recherche dans le cadre du projet CivLead qui vise à sensibiliser les femmes enceintes et les parents de jeunes enfants au problème du plomb et à ses effets sur la santé.
Vous trouverez sur cette page des informations détaillées sur ce sujet ainsi que sur les mesures que vous pouvez prendre pour limiter l’exposition au plomb et prévenir ainsi les risques de saturnisme (intoxication par le plomb).
Le plomb est un métal présent naturellement en petites quantités dans le sol que les hommes ont longtemps extrait et utilisé dans une grande variété de produits destinés aux intérieurs et aux maisons, à la peinture, à l’essence et à d’autres substances.
Mais on a malheureusement fini par découvrir que le plomb était toxique et qu’il pouvait causer divers problèmes pour l’organisme humain. Les gouvernements ont donc considérablement restreint son utilisation. Grâce aux mesures prises telles que l’interdiction de l’utilisation du plomb dans des produits comme l’essence ou la peinture, la situation s’est améliorée. Mais le problème demeure, en Côte d’Ivoire comme dans d’autres pays.
Le plomb prend beaucoup de temps à se dégrader dans l’environnement et même s’il n’existe plus de plomb émis par les gaz d’échappement de l’essence au plomb, les personnes peuvent toutefois y être exposées d’autres manières telles que :
La peinture à base de plomb : beaucoup de maisons ont été peintes avec de la peinture à base de plomb et de nombreuses structures extérieures sont toujours peintes avec de la peinture à base de plomb. Avec le temps, la peinture part, s’écaille et produit de la poussière de plomb dans l’air. La peinture à base de plomb dans les logements demeure une source commune d’exposition au plomb pour les enfants.
La contamination du sol et de l’air : la poussière de plomb est toujours présente dans l’air en raison du vent qui souffle les particules du sol contaminé. Le plomb ayant été largement utilisé dans l’essence, des millions de tonnes de plomb ont été émises dans l’environnement sous forme de gaz d’échappement des véhicules. Le sol autour de votre maison peut absorber le plomb à partir de sources telles que la peinture extérieure.
La contamination de l’eau et des aliments : le plomb peut contaminer les aliments si vous utilisez des produits contenant du plomb tels que les ustensiles de cuisine, les boîtes en fer blanc, la poterie, les articles de verre. Le plomb peut aussi pénétrer l'eau potable si l’eau est passée au travers de tuyaux ou d’éléments de plomberie en plomb ou soudés avec du plomb.
Les contenants en cristal au plomb, les récipients en céramique avec glaçure au plomb et certains bijoux bon marché en métal.
L’exposition sur le lieu de travail : les adultes peuvent être contaminés s’ils travaillent dans des usines qui utilisent toujours le plomb. L’exposition au plomb peut survenir lors d’activités telles que le soudage, les rénovations, les remaniements, la fonderie, les champs de tir, la fabrication ou l’élimination des batteries de voitures ainsi que l’entretien et la réparation des ponts et des châteaux d’eau.
La viande de chasse, c'est-à-dire le gibier abattu par balle de plomb, est une source sérieuse de contamination au plomb dans les pays où elle est consommée.
Certains cosmétiques traditionnels sont fabriqués à base de plomb (khôl, surma, tiro, etc.)
Les enfants de moins de 7 ans, et plus particulièrement entre 1 et 3 ans, constituent la population la plus à risque car :
ils portent spontanément mains et objets à la bouche et ingèrent ainsi de grandes quantités de poussières qui peuvent contenir du plomb ;
les effets toxiques du plomb chez l’enfant sont plus importants et plus sévères que chez l’adulte, pour une même imprégnation, en raison des processus de développement cérébral ;
près de 50 % du plomb ingéré passe dans le sang chez l’enfant contre 10 % uniquement chez l’adulte, cela est dû à l’immaturité de l’appareil digestif de l’enfant et à son métabolisme.
Les femmes enceintes sont également une population à risque car une exposition au plomb, pendant leur enfance ou leur grossesse, peut être à l’origine d’une contamination de l’enfant qu’elles portent et d’effets indésirables sur la grossesse.
L’intoxication au plomb (ou saturnisme) peut avoir des conséquences graves, mêmes aux plus faibles doses d'exposition, chez les enfants (baisse du quotient intellectuel, baisse de l’audition, problèmes de croissance, troubles neurologiques, anémies et digestifs), et les femmes enceintes (accouchement prématuré, avortement, retard cognitif pour l’enfant).
À des niveaux élevés, observés le plus souvent sur des sites miniers ou des lieux où des batteries au plomb sont recyclées, le plomb provoque des maladies graves invalidantes. Les enfants qui survivent à une intoxication aiguë au plomb risquent de souffrir de retards mentaux et de troubles du comportement.
À des niveaux d’exposition plus faibles, qui n’entraînent pas de symptômes évidents, on sait maintenant que le plomb altère de diverses manières de nombreux organes. En particulier, il peut affecter le développement du cerveau chez l’enfant, ce qui entraîne une baisse du quotient intellectuel, des changements comportementaux (réduction de la faculté de concentration et hausse des comportements antisociaux, par exemple) et une baisse des résultats scolaires. L’exposition au plomb cause également anémie, hypertension et déficience rénale et a des effets toxiques sur le système immunitaire et l’appareil reproducteur. On pense que les effets neurologiques et comportementaux sont irréversibles.
Les signes d’intoxication par le plomb sont peu spécifiques et la plupart du temps non détectables à l’examen clinique, ce qui rend le diagnostic clinique difficile. Le diagnostic ne peut être établi que par le dosage de la plombémie suite à une prise de sang (mesure de la concentration en plomb dans le sang) en présence de facteurs de risque d’exposition, individuels ou environnementaux.
Il n’existe pas de concentration de plomb dans le sang qui soit sans danger. Même des concentrations sanguines faibles sont parfois associées à une baisse de l’intelligence de l’enfant, à des problèmes comportementaux et à des difficultés d’apprentissage À mesure que l’exposition au plomb augmente, la diversité et la gravité des symptômes et des effets s’accroissent également.
Il est possible de mesurer le plomb présent dans un lieu ou un environnement donné en laboratoire ou grâce à des spectromètres de fluorescence à rayons X (XRF en anglais) à main (voir photo). Mais cela nécessite de faire appel à des spécialistes et peut être coûteux.
Exemple de spectromètre de fluorescence des rayons X
La bonne nouvelle, c’est qu’il est également possible de tester soi-même son environnement à l’aide de kits (voir photo ci-dessous). Ces kits sont très simples d’utilisation : il suffit d’appliquer un réactif sur la zone ou le produit à tester à l’aide d’un vaporisateur, puis de regarder avec une lampe torche à UV si le réactif devient vert fluorescent. Si tel est le cas, alors du plomb est présent dans la zone ou le produit testé.
Exemple de kit pour tester soi-même la présence de plomb
Avant toute chose, il importe de voir dans quelle mesure votre environnement, et notamment votre lieu d’habitation, est concerné par la présence de peinture à base de plomb. Pour cela, le plus simple est d’utiliser le kit qui vous a été remis.
Si la présence de peinture à base de plomb est avérée, plusieurs mesures simples, listées ci-dessous, peuvent être prises pour limiter l’exposition au plomb et prévenir l'occurrence du saturnisme.
Veiller à ce que votre enfant n’ait pas accès à de la peinture écaillée ou à des surfaces peintes avec de la peinture à base de plomb et qu’il pourrait mâcher. En effet, il s’agit là de la source la plus importante de saturnisme chez les enfants ;
Recouvrir la surface d'une nouvelle peinture sans plomb (voir ci-dessous la liste des peintures avec et sans plomb recensées récemment à Abidjan chez les grossistes et les détaillants), après avoir préalablement nettoyé la surface à peindre. En cas de ponçage de peinture au plomb, fortement déconseillé s’il n’est pas effectué par des professionnels, il est indispensable de tenir les enfants éloignés et de bien fermer les pièces concernées pour éviter la propagation de la poussière. Pour les personnes en charge des travaux, il est important de porter des équipements de protection appropriés pour se protéger de tout danger.
Bien séparer les zones de jeu et de vie quotidienne et les zones qui sont sources de plomb, de façon à ce que les enfants soient le moins en contact possible avec le plomb. Une solution peut être de fermer et verrouiller les portes des pièces concernées, afin d’éviter que les enfants ne soient exposés à des écailles de peinture ou des poussières contenant du plomb ou ne puissent eux-mêmes écailler ou décoller la peinture des murs. Vous pouvez également installer des protections temporaires comme du papier contact ou du ruban adhésif pour couvrir les trous dans le mur ;
Passer la serpillère de manière régulière et nettoyer avec un torchon humide les fenêtres, cadres et vitres compris. La poussière domestique étant une source importante de plomb, il est important de passer très régulièrement la serpillère et de nettoyer avec un torchon humide les surfaces horizontales. Les appuis de fenêtre et les encadrements de soupirail peuvent également contenir des niveaux élevés de poussière contenant du plomb. Il est nécessaire de les garder propres. Si cela est faisable, les fenêtres doivent être maintenues fermées afin de prévenir l'usure des surfaces peintes ;
Couper les ongles de vos enfants, laver leurs mains et leurs jouets de manière régulière. Les mains et les jouets peuvent être contaminés par la poussière de l’habitation ou du sol à l’extérieur. Les deux constituent des sources de plomb ;
Éviter que les femmes enceintes et les enfants ne se trouvent dans des bâtiments qui font l’objet d’une rénovation. Éviter qu’ils participent à des activités qui endommagent de la peinture ancienne ou qui consistent à nettoyer des débris de peinture après que le travail ne soit accompli.
Peintures à faible teneur en plomb à Abidjan À PRIVILÉGIER (Septembre 2023)
(peintures de la marque Maestria Ikarlac, Seigneurie Soydor et Pantinox, C2CI Titan, Sippec Champion, sncp PEROLAC+ et Drocolor Topline)
Peintures à forte teneur en plomb à Abidjan À ÉVITER (Septembre 2023)
(peintures de la marque INDUSTRAP Delux, Glycero brillant, Glycero mat, Email et Trap Line)
Afin de limiter votre exposition et celle de vos enfants à d’autres sources de plomb, il importe également de :
Éviter d’utiliser des remèdes traditionnels faits maison et des produits cosmétiques qui pourraient contenir du plomb ;
Eviter de faire dormir votre enfant dans un berceau en bois peint, sans vous être assurée que la peinture utilisée n’était pas sans plomb ;
Éviter d’utiliser des contenants, des ustensiles ou des articles de table qui pourraient contenir du plomb pour stocker ou cuisiner des aliments ou des liquides ;
Éviter la viande de brousse et veiller à bien équilibrer l’alimentation des enfants (poisson, viande, légumes, etc.), cela réduit le risque lié au plomb ;
Se doucher et changer de vêtements après avoir effectué des tâches qui impliquent de manipuler des produits à base de plomb.
Il existe des médicaments qui peuvent éliminer le plomb dans l’organisme, mais malheureusement ils n’annulent pas tous les dégâts déjà causés et ils sont utilisés uniquement dans le cas d’intoxication grave.
Toutes les informations fournies sur cette page web proviennent de sources publiques et officielles, consultables aux liens suivants :
Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : Intoxication au plomb et santé
Organisation des Nations Unies (ONU) : Intoxication au plomb : près d’un million de morts chaque année | Métal toxique, le plomb menace la santé et l'avenir des enfants (OMS)
Santé Publique France : Diagnostiquer et prévenir le saturnisme avant 18 ans
Santé Canada : Saturnisme
Office fédéral de la santé publique - Suisse : Le plomb - Toxique mais inévitable
L’équipe en charge de ce projet associe des chercheurs ivoiriens et français travaillant au sein des institutions suivantes : l’Université Félix Houphouët Boigny (UFHB), le LANEMA, l’Ecole Nationale de Statistique et d’Economie Appliquée (ENSEA), l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP, France), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD, France) et le Lamont-Doherty Earth Observatory (LDEO) de l’Université de Columbia (Etats-Unis).
La liste complète des chercheurs est fournie ci-dessous :
Mathias Kouassi est médecin, professeur de santé au travail et chercheur principal à la faculté de médecine de l'UFHB.
Ernest Kouassi Ahoussi est professeur assistant en hydrogéologie-hydrochimie et géochimie isotopique à l'UFHB.
Mawa Koné est chimiste de formation, maître de conférences à l'UFHB et directrice du LANEMA.
Hugues Kouadio est statisticien et économiste, directeur de l'ENSEA, et expert en évaluation des politiques dans les secteurs agricole et informel de l'économie.
Florence Bodeau-Livinec est docteure en médecine spécialisée dans la santé publique, enseignante chercheure à l’EHESP (Ecole des hautes études en santé publique).
Alexander van Geen est chimiste de l'environnement, professeur de recherche au LDEO et membre du corps enseignant de l'Earth Institute.
Stéphanie Dos Santos est directrice de recherche et démographe à l'IRD et travaille actuellement à l'ENSEA à Abidjan.
Jacques Gardon est médecin, épidémiologiste environnemental, et directeur de recherche à l'IRD.
Véronique Gille est chargée de recherche et économiste à l'IRD.
Flore Gubert est directrice de recherche et économiste à l'IRD.
Camille Saint-Macary est chargée de recherche et économiste à l'IRD.