Les miasmes par Rajan Sankaran

Que sont, véritablement, les miasmes du Dr. Rajan Sankaran ?

L’avancée clinique et pratique que le Dr. Rajan Sankaran de Mumbai (anciennement Bombay) a effectué avec la notion de miasme me paraît particulièrement intéressante. Malheureusement, elle se trouve, lourdement, entachée d’une formulation qui ne peut que la rendre, je pense, totalement impossible à énoncer hors du monde homéopathique.

Pire, cette formulation empêche, complètement, d’espérer faire comprendre le grand intérêt que cette avancée présente du point de vue de la connaissance de l’être humain. Je ne suis, d’ailleurs, pas sur que le Dr. Rakan Sankaran en raison de cette formulation vague et confuse, ait, lui même, pris toute la mesure de ce qu’il a découvert. Et c’est très regrettable.

En effet, une discipline ne possédant pas un vocabulaire "exportable" est condamnée à rester, au sens propre, une discipline "ésotérique", c'est à dire, qui se trouve réservée et n’est accessible qu’aux seuls « initiés .

Comment le Dr. Rajan Sankaran(RJ) décrit-il, lui même, ce qu’il entend par miasmes ?

Pour faire simple, l’on peut dire que, dans l’idée de miasme, RJ désigne un ensemble de manifestations comportant le rythme d’évolution de la pathologie (aigu, intermittent, plus ou moins chronique), le degré d’espoir ou de désespoir du patient face à ce qu’il vit, un certain « profil psychologique » ainsi que la tendance plus ou moins destructrice de la pathologie.

Je rappellerai, très succinctement, quatre « profils » de miasmes, sur les dix décrits, selon RJ.

Le miasme aigu : le patient vit chaque situation comme s’il était frappée d’une maladie aigue, grave et menaçante à court terme. De ce fait, il a très peur, sent une forte menace. Cependant l’accès étant aigu, il peut, aussi, récupérer rapidement. Le désespoir est intense mais aigu. La pathologie est vécue comme dangereuse, à court terme, mais peut, de ce fait, guérir rapidement.

Le miasme malaria : le patient alterne des périodes de calme relatif et des attaques aigues. Il finit, ainsi, par se vivre « plus ou moins » persécuté, dans la crainte du retour des « attaques aigues ». La pathologie n’e menace pas vraiment l’intégrité physique mais elle ne laisse que peu de phases de tranquillité au patient.

Le miasme sycotique : le patient sait qu’il est atteint chroniquement et qu’il a peu de chances de se débarrasser de ses troubles. Mais la pathologie n’est pas vécue comme de grande gravité. Le patient cherche, donc, à s’adapter à la situation, à « a faire avec », surtout s’il parvient à la cacher aux autres.

Le miasme syphilitique : la pathologie est, ici, destructrice, le patient le sait et se comporte, lui même, de façon destructrice. Le moral est atteint et le patient est plus ou moins désespéré.

Intérêt et limite de la notion.

Il faut savoir que cette description "miasmatique" a trouvé son champ de découverte et d’application maximale et d’utilité clinique dans le registre des remèdes homéopathiques végétaux. Ici, en effet, dans le système de RJ, le "croisement" de la sensation et du miasme conduit "mécaniquement" au vécu intime du patient et donc au médicament à prescrire.

Par contre, selon moi, pour les médicaments animaux et minéraux, cette dimension miasmatique ne joue à peu près aucun rôle réel. Dans le cas des médicaments animaux, pour accéder au vécu le plus intime du patient, la clé est de repérer la famille animale en jeu et, à l’intérieur de celle-ci, de se laisser guider par le patient jusqu’au "spécimen" précis dont il exprime, à son insu, le comportement "vital" instinctif. Mais, pour ce faire, RJ, lui même, ne recourt guère au croisement entre famille animale et miasme comme il le fait pour les végétaux. En tout cas, la prise en compte du "miasme" est, ici, beaucoup plus mineure.

Quant aux médicaments minéraux, c’est le repérage du manque, du type de difficulté relationnelle, de la question identitaire en cause, etc. qui est primordiale, ceci dans la droite ligne de la démarche de Jan Scholten auquel Sankaran a manifestement, sur ce point, beaucoup emprunté. Là aussi, la notion de miasme se montre sans grand intérêt clinique.

Certes, RJ, a classifié les remèdes "animaux" et "minéraux" de façon miasmatique mais celle-ci a, plutôt, ici, pour fonction de consolider la cohérence de son système et de montrer que ce que RJ appelle "miasme" a une valeur universelle.

Ma proposition de reformulation de la notion de miasme.

Ce qu’a décrit RJ est, en réalité, une disposition vitale, une disposition fondamentaleque chacun d’entre nous possède. C'est à dire une certaine « manière d’être », une « inclination mentale, de l’esprit ou du caractère ». Ainsi qu’une tendance à appréhender ce qui nous arrive, avec plus ou moins de confiance ou de crainte, et en le considérant comme plus ou moins dangereux pour nous.

Cette disposition vitale constitue, ainsi, une dimension de notre personnalité qui est, dans une certaine mesure, singulière et nous caractérise mais est, en même temps, partagée par des millions d’autres humains.

A quoi peut bien correspondre, du point de vue scientifique, cette disposition vitale ?

Cette question est essentielle. Mais elle a été, jusqu’à ce jour, complètement laissée de côté.

Pourtant, il est évident que cette disposition vitale du sujet ne peut qu’être que la résultante d’un large faisceau de soubassements génétiques, biologiques, émotionnels et psychiques ainsi que de tout ce que les parents et tuteurs du patient lui auront insufflé de "vivifiant" ou de "mortifiant" au cours de son histoire.

Cette disposition vitale exprime, ainsi, une capacité à lutter, un appétit de vivre (une pulsion de vie ?), un optimisme ou un pessimisme singuliers et, aussi, une tendance à vivre les choses comme plus ou moins destructrices.

Il est particulièrement intéressant, aussi, de réfléchir au lien, judicieux, qu’a fait RK entre cette disposition vitale et des maladies emblématiques de l’histoire de l’espèce humaine.

On peut se demander si RJ n’a pas mis, ici, le doigt sur un élément particulièrement intéressant au point de vue scientifique et biologique, à savoir l’inscription dans notre « répertoire » biologique et psychique de dispositions vitales de base, héritées de l’évolution.

Les dix miasmes sankaraniens constituent donc, peut-être, dix dispositions vitales fondamentales décrivant dix modalités fondamentales d’affronter les aléas de la vie héritées de l’évolution de l’espèce humaine qui a eu, pour survivre, à faire face à ces fléaux qu’étaient la malaria, la typhoïde, la syphilis, la tuberculose, etc. Et il semble que nous ayons gardé en nous la tendance à vivre chaque difficulté et maladie, comme si nous étions, nous aussi, confrontés aux maladies qui menaçaient, au quotidien, nos ancêtres.

Nous pourrions, donc, du point de vue scientifique, utiliser la « périphrase » disposition vitale de type « lépreux », « syphilitique », d’un sujet « gravement et soudainement malade », « tuberculeux », etc. On soulignerait, ainsi, que le patient « vit », plus ou moins, toutes les situations, les perçoit, comme le font, généralement, ceux qui sont frappés par ces maladies.

Cette avancée clinique homéopathique, mise au jour par notre confère Rajan Sankaran, est donc un élément d’observation particulièrement intéressant du point de vue médical et biologique dont chacun comprendra, je pense, qu’il est évident qu’il n’a aucune chance d’être pris en compte par les communautés scientifique, biologique et médicale tant qu’il restera formulée sous la dénomination de « miasme typhoïde » ou « miasme syphilitique », etc.

Parler de disposition vitale de base de ces types ne nous donnerait-il pas infiniment plus de chances de nous faire entendre ?

Décembre 2019