Articles / Portraits / Le Gualès de Mézaubran / Ses bateaux / Breiz
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Breiz, ex Iron-King.
Le Breiz, qui changera trois fois de nom (Iron-King, Breiz et Agadir) a été construit par le chantier Alisa Shipbuilding à Troon en Écosse et lancé le 21 août 1890 pour le compte de l’armateur Henry Howie d’Harrington.
Il passe rapidement (août 1891) aux mains de Robert Simpson suite au décès de son premier propriétaire. Il subit de nombreuses transformations jusqu’en 1898, il passe de 450 à plus de 500 t. Fin 1906, celui-ci décède à son tour et le bateau est acheté par John H. Brown de Whitehaven (nord-ouest de l’Angleterre).
Les plans du Breiz déposés au registre de la Lloyds confirment l'usage réservé à ce navire, le transport de marchandises. Ici, pas de cabines à passagers comme sur le Saint-Brieuc.
Il est armé au Légué fin 1907 sous le matricule SB 936. Il remplace le vapeur l’Hirondelle, devenu trop petit et assure le service du Légué vers Saint-Malo, Morlaix et Bordeaux. C’est à ce jour le plus gros vapeur inscrit au port du Légué.
Le navire fait 48 m 191 de long pour 7 m 92 de large avec un port de 451 tonnes, son tirant d’eau est de 3 m 44 ; il est équipé d’un moteur à triple expansion de chez Muir & Houston de Glasgow.
Il est intéressant de noter sur ce récapitulatif « schooner - 2 masts » (goélette à deux mâts)
En janvier 1908, devant une nombreuse assistance, M. Guillaume Corfec et Mlle Bernadette de la Motte-Rouge deviennent les parrain et marraine de ce fleuron de la flotte de M. Le Gualès de Mézaubran ; s’en suit un repas servi dans sa maison de Rohannec’h.
Le capitaine est Yves Cozic.
Certains locaux s’intéressent de près aux cargaisons du Breiz en provenance de Bordeaux et la nuit, les fûts et barriques de vin entreposés sur les quais sont percés de trous, gageons que le liquide n’est pas perdu pour tout le monde ! Arrivent aussi des bidons d’essence et divers produits commandés par les établissements Le Bigot. Ces produits sont assurés, certains sous le terme de « paquets cerclés ! ». Parmi les différentes marchandises exportées vers Bordeaux nous retrouvons des pavés de grès d’Erquy.
De 1906 à 1923, ce furent deux vapeurs du Légué : l’Hirondelle et le Breiz qui assurèrent le transport de ces pavés vers les ports de La Rochelle et de Bordeaux.2
Ce vapeur, comme beaucoup d’autres à cette époque, sera victime d’incidents voire plus grave. En 1909, il aborde une gabarre au mouillage entre Bordeaux et le Bec d’Ambès, dans l’accident, l’un des gabariers périt.
Après avoir quitté le Verdon pour Morlaix lors d’un de ses voyages en 1910, le second capitaine Pierre Marie François Audouard, 29 ans, de Pordic, tombe à la mer et ne peut être repêché comme le confirme le rapport de mer du capitaine : « Aujourd’hui vingt et un du mois de janvier l’an mil neuf cent dix à 8h30 du matin, étant en rade du Verdon (Gironde). Par devant nous, Cozic Yves, capitaine du vapeur Breiz, armé à Saint-Brieuc, agissant en vertu de l’article 88 du Code Civil, a comparu le dénommé Lesage René, lequel nous a déclaré que le nommé Audouard Marie François … domicilié à Pordic … inscrit au quartier maritime de Binic N° 2603, porté sur le rôle d’équipage en qualité de second capitaine, a disparu aujourd’hui à 4h30 du matin… ».
Le 13 mars 1914 au port du Légué le mécanicien, M. Combault, se retire dans sa cabine pour s’y reposer après déjeuner. Dans l’après-midi, sa femme qui habite près du port, vient le voir et le trouve sans connaissance. Transporté à son domicile, il reçoit les derniers sacrements et la visite du médecin qui déclare que le défunt a été frappé de paralysie et congestion cérébrale.
Dès la fin de 1915, les bateaux du comte sont réquisitionnés par le ministère de la guerre, la zone de navigation du Breiz s’élargit vers le sud (Bayonne, Ferréol, Bilbao), vers le Pays de Galles (Cardiff) et vers Le Havre et cela au gré des besoins de la guerre mais souvent pour ramener les matériaux nécessaires aux usines d’armements de la région. Des conflits apparaissent entre les armateurs et l’État, celui-ci, en cas de perte du navire ne rembourse qu’au prix du navire estimé avant 1914, de plus les défraiements pour transport lors de réquisition ne couvrent pas toujours les frais réels…
En 1916, la ligne régulière Le Havre, Saint-Malo, Le Légué est rouverte (accord du Ministère de la Guerre) et le 29 février, le Breiz est le premier vapeur à reprendre le voyage. Ce sera ensuite l’Hirondelle qui fera la ligne car le Breiz est alors affecté au transport de charbon par le ministre.
Début 1917, alors que M. Le Gualès de Mézaubran a demandé le retour du Breiz sur la ligne Saint-Malo et Le Havre, le ministre le maintient dans son transport de houilles.
Le Breiz sous les remparts de Saint-Malo
C’est lors d’une de ces traversées que le 19 novembre 1917, il est victime d’une collision. Alors que le bateau se trouve à 3 miles de Portland (Dorset, Grande Bretagne) le capitaine Cozic, apercevant un bateau en route de collision sur son bâbord, manœuvre pour l’éviter mais l’abordage avec le Cato, vapeur de Bristol se rendant à Dunkerque, est inévitable. Le Breiz pris par le travers au niveau de la chaudière se remplit d’eau ; le chauffeur Louis Roussel est tué, le mécanicien Fusé grièvement blessé, le reste de l’équipage est indemne. Contrairement à ce que dira la presse dans un premier temps, le bateau n’a pas coulé, le lendemain un remorqueur le ramène au port où il subira de nombreux et onéreux travaux.
En 1921, l’armateur désarme provisoirement quatre de ses bateaux devant le marasme des affaires commerciales. En septembre le Breiz reprend ses navigations vers Bordeaux et Morlaix.
En 1925, il prend le nom d’Agadir pour V. & D. Castella basé à Agadir. Le bateau fait du cabotage sur la côte ouest du Maroc : Safi, Casablanca et Port-Lyautey (Kénitra), Mazaganit, Mogador…
En 1935, il est vendu à une entreprise de démolition de Gènes.
1 Au début du 20e siècle, le pied anglais correspond à 30,48 cm.
2 Site https://patrimoine.bzh
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