Articles / Portraits / Le Gualès de Mézaubran / Ses bateaux / Attala
Articles / Portraits / Le Gualès de Mézaubran / Ses bateaux / Attala
Attala, ex Susquehanna.
On l’a vu précédemment, Alain Le Gualès de Mézaubran exerça une activité importante d’armateur à Saint-Brieuc pendant une cinquantaine d’années, entre les 19e et 20e siècle. Celle-ci se déclinait en plusieurs volets et parmi ceux-ci, celui de la Jersey-France Line qu’il possédait et qui a assuré une activité de transport par ferry entre Jersey et la France (ports de Granville et Saint-Malo) de 1923 à 1932. Pour ce faire, trois navires à vapeur ont été principalement mobilisés les premières années : le Dinard, le Saint-Brieuc, et l’Attala. Celui-ci avait été repris à la société qui exploitait auparavant cette ligne de navigation, la Compagnie Transinsulaire de Navigation.
L’Attala a été lancé en 1887 en Amérique sous le nom de Susquehanna. Construit par le chantier Harlaw & Hollingsworth de Wilmington (Delaware). Il s’agit alors d’un yacht de plaisance appartenant à M. Joseph Stickney.
Ses dimensions sont :
Longueur : 46,20 m
Largeur : 6,60 m
Tirant d’eau : 3,51 m.
Le Susquehanna sous grand pavois en août 1892
En 1917, la marine nationale française en fait l’acquisition auprès de son propriétaire d’alors, la compagnie Ocean Fisheries de Wilmington, et l’utilise comme patrouilleur sous le nom d’Atala.
En 1920, il est cette fois-ci enregistré sous le nom d’Attala (avec 2 « t ») et appartient à la maison d’Allain Vallée de Granville. Ce sont ses débuts pour la desserte de Jersey.
En 1921, il devient la propriété de la Compagnie Transinsulaire de Navigation (C.T.N.), société dirigée également par Allain Vallée et dont le siège est à Paris. Cette compagnie exploite deux autres vapeurs et assure notamment un service entre les îles Anglo-Normandes, Granville, Saint-Malo et Saint-Brieuc. Cette même année, l’Attala se voit doté de deux nouveaux salons et l’électricité est généralisée à bord.
Première traversée Granville-Jersey pour l'Attala de la société Allain-Vallée le 25 août 1920 - Jean-Louis Goëlau (la Manche libre)
Mais la Compagnie Transinsulaire de Navigation est liquidée en 1923, et Le Gualès reprend les activités de cette ligne par la société lui appartenant, la Jersey-France Lines, et au moyen, ici aussi, de trois navires : l’Attala, le Dinard et le Saint-Brieuc. Cette ligne permettra de relier Jersey à Saint-Malo ou Granville et fonctionnera jusqu’en 1932. Il n’en ira pas cependant de même pour l’Attala.
L’Attala au départ de Granville
Les faits relatés ci-dessous sont traduits du site : http://doug-jersey.freeservers.com/Atala.htm . Les titres et les précisions sur la localisation (en italique) sont d’Histoire Maritime du Légué.
L’Attala, parti de Saint-Malo pour Jersey, heurte des rochers par temps de brouillard.
Vers 21h00, le vendredi 2 octobre 1925, le SS1 Attala, un petit navire à vapeur, à l'origine un dragueur de mines américain, appartenant au vicomte Le Gualès de Mézaubran et exploité par la ligne maritime France-Jersey a heurté des rochers au large de la côte sud-est de Jersey. Il avait quitté Saint-Malo pour Jersey juste après 17h00 avec un équipage de douze hommes et deux passagers, M. J.F. Dutot et M. J. Jerrom. La cargaison comprenait trois chevaux de course achetés par M. Jerrom pour M. PG Poingdestre d'Ann Street, Saint-Hélier et deux automobiles.
Ils avaient rencontré un épais brouillard au nord des Minquiers et avaient mal jugé leur position lorsqu'ils ont touché des rochers et se sont échoués. Presque immédiatement, l’eau a pénétré dans le navire à partir d’une entaille de 27 pieds (8,1 m) du côté tribord. L'un des canots de sauvetage a été placé sur le côté et les deux passagers avec six membres de l'équipage M. Durand, le second maitre, Charles Jezequel, le chef mécanicien, Louis Courre, chauffeur, Joseph Philippe et Allain Mat, matelots, et René Grimauly, le cuisinier ont embarqué. Il leur a fallu trois heures d'aviron contre les vents et les courants pour atteindre la rive. Ils ont atterri à La Hocq (Sud de Jersey) où ils sont allés à l'hôtel pour demander de l'aide. L'agent de la société française M. Buesnel s'est immédiatement rendu à l'hôtel et un remorqueur est parti à la recherche du navire naufragé.
1 Steam Ship, bateau à vapeur.
Le navire continue sa route mais rencontre une nouvelle roche.
Le capitaine Gicquel, P. Cadiou, le mécanicien, Marcel Morin, chauffeur, et deux autres marins et le mousse restèrent à bord de l'Attala qui s'était libéré et se dirigeait vers la tour Seymour (défense côtière placée sur un ilot à 2 kms dans le sud-est de Jersey). Il a heurté une deuxième roche à environ deux milles de l'endroit où l'accident initial s'était produit. Les hommes quittèrent le vaisseau vers 4 heures du matin et ramèrent vers Gorey (côte Est de Jersey). Au moment où le remorqueur arrivait à l'épave, seul la cheminée et la timonerie étaient au-dessus de l'eau. Les trois chevaux de course se sont noyés, l'un d'eux a été retrouvé à Bouley Bay (côte nord de Jersey).
Plus tard, le samedi 3 octobre, à basse mer, les membres de l'équipage ont récupéré la plupart de leurs affaires et les travaux de réparation des dégâts ont commencé. Le capitaine Gicquel, M. Buesnel et un agriculteur, M. Perredes, ont contacté Albert Barnes du Garage Barnes dans New Street (Saint-Hélier, Jersey) pour réparer les dégâts.
À noter les deux voitures garées sur le pont, frein à main serré très certainement.
Le renflouement du vapeur
Utilisant le bateau de l'agent de Lloyd Harold Benest (le Diana) comme plate-forme de travail, ils ont trouvé l'Attala sur un banc de sable. Il avait une entaille de 27 pieds de long d'où l'eau s’échappait comme d’une fontaine. Pour réparer la carène, il était nécessaire de vider le navire d'eau de sorte qu'un carré de 18 pouces (45 cm) a été découpé dans la coque. Quand ils sont revenus à la marée basse suivante, l'Attala s'était vidé. Cela a permis de réparer les dommages et de souder une nouvelle plaque sur le carré de drainage. Quand ils sont revenus le lendemain, l’Attala flottait à l’ancre.
Le vapeur a alors été remorqué jusqu’au port de Gorey par le capitaine Marret, commandant du paquebot Corbière. Après les querelles juridiques sur les frais de sauvetage, Albert Barnes a reçu 80 livres par la compagnie d'assurance française. Parmi ceux qui ont aidé M. Barnes figurent Frank Le Quesne, Frank Lawrence, Eddie Ahier, Harold Benest et Gilbert More, le père de l'acteur Kenneth More2. Quand l'Attala est arrivé à Gorey juste après 8 heures du matin le 8 octobre, il avait une allure pitoyable. Sa cheminée et sa timonerie avaient disparu, les montants en fer étaient repliés, la cargaison avait été immergée. La dernière phase de l'histoire a eu lieu le 23 novembre 1925 lorsque l’Attala a été remorqué dans son port de Saint-Malo par le Saint-Brieuc pour être démantelé.
Épilogue :
L’Attala n’a pas cependant complètement disparu suite à ce dernier épisode : le 24 janvier 2001, la Poste de Jersey émet une série de 6 timbres sur les bateaux et ferries pour la France. Parmi ceux-ci, un timbre de 45 pences représente l’Attala...
2Pour les cinéphiles, l'acteur Kenneth More.
Sources :
- http://www.channelislandsshipping.je (Channel Islands Shipping—le trafic maritime des îles anglo-normandes)
- http://doug-jersey.freeservers.com (partie SHIPWRECKED )
Version PDF imprimable, cliquez ci-dessous :