Articles / Portraits / Le Gualès de Mézaubran / Ses bateaux / L'Arvor
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L'Arvor.1
Au tournant du siècle, Le Gualès fait évoluer sa flotte en achetant neufs ou d’occasions des vapeurs, synonyme d’horaires de livraisons réguliers et de volumes transportés conséquents. Malgré tout, il prend des parts de copropriété sur un ketch en bois de 20 mètres, l’Arvor, qui pratique le cabotage et assure quelques voyages au Pays de Galles pour ramener du charbon.
Construit à Paimpol en 1897 au chantier Pilvin frères pour le compte d’armateurs du Havre, l'Arvor est revendu en 1911 à Jean Marie Kervizic de Plounez, son capitaine armateur pour les deux tiers et Le Gualès actionnaire pour le tiers restant.
Le compromis de vente précise que : « le capitaine Kervizic prendra le commandement de l’Arvor avec pleins pouvoirs pour accepter ou refuser tout fret qu’il lui conviendra ; faculté de faire la pêche au thon pendant la saison et de reprendre la navigation au cabotage quand il lui conviendra, si les résultats de ladite pêche sont avantageux pour l’armement.
Le navire naviguera au tiers franc, c’est-à-dire que les deux tiers du fret brut ou du produit de la pêche reviendront au capitaine pour payer et nourrir l’équipage, payer les frais de port et de rivière lorsque le navire fera le cabotage national.
L’autre tiers, et le tiers des gratifications, reviendra au navire après déduction des frais de réparations nécessaires pour la mise en état du navire, achat ou réparations de voilure, cordage, filin, etc.…frais d’armement pour la pêche et frais de visites.
Il reste en outre convenu que lorsque le navire fera du cabotage international, le tiers revenant au navire entrera pour sa part dans les frais de port, de rivière, remorquage, lestage et courtage, tant à l’étranger qu’à son entrée en France, venant de l’étranger ou y allant. Le capitaine choisissant et engageant seul son équipage, sera responsable de ses hommes sauf cas d’accident ou de maladie incombant au navire.
Le capitaine s’engage à envoyer tous les trimestres à son coassocié, M. le Vicomte Le Gualès de Mézaubran à Saint-Brieuc, un compte rendu exact de tous les règlements de fret de l’Arvor ainsi que tous les frais incombant au navire ».
En 1902, à l’occasion d’un voyage entre Granville et Le Havre l’Arvor fera parler de lui dans la presse :
Autre petit incident en 1909, l’Arvor revient au port quelques jours après son départ :
Nouvel incident en 1911, cette fois, devant Le Havre :
L’Arvor finira sa carrière coulé par un U-boat comme de nombreux navires marchands.
Le 16 mars 1918, passé le cap Lizard, alors qu’il louvoie à toucher terre au cours de ce voyage retour de Swansea avec un chargement de charbon, il est pris en chasse par un sous-marin (U-57) qui l’arraisonne et le coule. Ce jour-là, il est en compagnie de deux autres bateaux, le Anne Yvonne de Paimpol et le dundee Beata de Tréguier, qui vont subir le même sort.
Comme souvent, le sous-marin tire un coup de semonce, signal sans équivoque qui donne l’ordre à l’équipage d’évacuer le bord dans le canot, ce qu’il fait. Il rejoint la terre toute proche sans encombre et débarque à Cadgwith. L’équipage, sain et sauf, est recueilli par le garde maritime et conduit chez le consul de France à Falmouth le soir même. Il sera rapatrié par le patrouilleur Cécile et débarqué à Lézardrieux.
L’équipage ce jour-là :
Le Guilcher Albert de Tréguier, capitaine.
Chevauton Jean Marie de Tréguier, second.
Le Corre Pierre de Paimpol, matelot.
Bourel Jean de Saint-Brieuc, mousse.
Rapport du capitaine Le Guilcher:
"Je soussigné Le Guilcher, capitaine du navire ARVOR de Saint Brieuc, armateurs Monsieur le Vicomte Le Gualès de Mézaubran et Monsieur Kervizic, déclare avoir quitté Swansea pour Saint Brieuc via Falmouth le 16 Mars 1918 à 09h00 avec un plein chargement de charbon. Passé Lizard à 17h00 et mis le cap Est-Nord-Est pour passer à 1 mille au large de la bouée des Manacles. À 18h00, aperçu un sous-marin qui nous tire un coup de fusil pour évacuer. Tandis que nous mettons le canot à la mer, il tire deux autres coups. Pris place dans le canot tandis que le sous-marin vient à 10 m sur bâbord et tire un coup de canon par le milieu de la coque. Ensuite, il se dirige sur la goélette ANNE YVONNE, puis sur le dundee BEATA. À 20h00, ne voyant plus mâture et voilure de mon navire, je le présume chaviré et coulé. Nous avons atterri dans une petite baie au sud-ouest de Blackhead, avec beaucoup de difficultés vu l'état de la mer et la nuit. Déhalé le canot sur la plage, plus haut que la pleine mer. À 20h30, entendu une nouvelle canonnade au large.
Les habitants locaux nous conduisent à un village où étaient déjà les équipages d’Anne Yvonne et Beata. Vers minuit nous sommes conduits à Falmouth."
1 Caractéristiques : Longueur : 19 m 70. Largeur : 5 m 80. Tirant d’eau : 2 m 62.
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