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Le personnage et sa famille
Lors de nos promenades dominicales, nos pas nous conduisaient, souvent, vers le port du Légué. Pour le rejoindre nous descendions la côte de « Goalès » et nous arrivions au pont Baratoux (le Pont-Tournant). Dans nos esprits d'enfants, « Le Goalès » était la dénomination d'un lieu-dit, comme les « Hauts de Rohan » qui s'élèvent à la droite du chemin. En fait, il s'agissait d'un monde tellement différent du nôtre que nous n'avions jamais entendu parler des gens du « château ».
Dans l’article précédent, nous avons raconté les obsèques d'« Une personnalité briochine oubliée : Alain Le Gualès »1. Les innombrables articles de presse et autres documents nous permettant de cerner le personnage sont tellement nombreux que nous avons scindé notre propos en 3 chapitres : le personnage et sa famille, l'armateur, le conseiller municipal et autres fonctions.
Un des rares portraits de Le Gualès
Alain Ange Marie Le Gualès de Mézaubran
L'enfant naît le 7 juillet 1860 à Plérin, au port du Légué, dans une demeure d'armateur.
Il est le fils de feu Ange Jean Marie, colonel au 67e Régiment d'Infanterie de Ligne à Cherbourg2, et de Claire-Thérèse de Kerautem, 46 ans. La déclaration de la naissance est faite par la sage-femme, Joséphine Le Duc, femme Leclaire, demeurant à Saint-Brieuc. Les témoins sont Victor Rouxel, 46 ans, négociant demeurant à Plérin et Charles Rouxel, 60 ans, également négociant, demeurant lui aussi à Plérin. Ils sont tous deux apparentés à Claire. Le couple a un autre fils, Adolphe Eugène Michel Marie Édouard, né à Givet (08) en 1857.
La veuve et ses enfants vivent chez la grand-mère maternelle, au port du Légué, côté Plérin. Madame veuve Adélaïde de Kérautem, née Rouxel de la Villehellio, était la fille d'un armateur et ancien maire de Plérin.
1 de Mézaubran, ce titre lui est donné, ainsi qu'à son frère, le comte, très tôt dans la presse, l'administration…
2 Il décède à Cherbourg le 8 novembre 1859, âgé de 54 ans.
Le samedi 19 novembre 1859, le Publicateur des Côtes-du-Nord reproduit un article, paru dans La Foi bretonne, relatant les funérailles du colonel. Elles ont été célébrées le lundi 14 novembre, dans l'église du bourg de Plérin. Le général de Malherbe, commandant le département, est présent, ainsi que Louis Denis, maire de Plérin, Bonnefin maire de St-Brieuc, le comte de Rivaud de la Raffinière, préfet du département. Le deuil est conduit par Edouard Le Gualès, son frère, chef d'escadron des cuirassiers, en retraite... Les honneurs militaires sont rendus par des compagnies d'artillerie et des pompiers de St-Brieuc et par un détachement du 59e R.I. de ligne en garnison à St-Brieuc... « Une foule nombreuse de parents et d'amis assistait à cette triste cérémonie, marquant ainsi la part très vive qu'elle prenait à la juste douleur de l'honorable famille de Kerautem à laquelle le colonel s'était allié (...). Son affabilité, un esprit de justice, tempéré par une grande bonté de cœur le font vivement regretter dans son régiment. »
La maison natale d'Alain Le Gualès, située 31 rue Arsène Simon au Légué
Nous pouvons voir au recensement de 1861 quels sont les habitants de la maison :
Rouxel de la Villehellio Adélaïde, propriétaire, 70 ans,
De Kérautem Claire, 47 ans,
Le Gualès Adolphe, 3 ans,
Le Gualès Alain, 10 mois.
À la suite nous trouvons les trois domestiques : Jeanne Guibert, Marie Olivier et Louis Lizambert.
Durant son enfance, le petit garçon accompagnait, sans doute, ses oncles et cousins sur le port et approchait les goélettes en partance ou au retour de Terre-Neuve ou d'ailleurs. Il ne faut pas oublier que le Légué, comme les ports de Saint-Malo, Dahouët et Binic armait pour la pêche à la morue ; à cette époque très peu de navires du Légué partaient à Islande.
L'effervescence était continuelle sur le port, tant du côté Plérin que du côté Saint-Brieuc. À chaque marée les bateaux de pêche de « Sous-la-Tour » rapportaient les poissons que les femmes attendaient avec paniers et charrettes pour les récupérer et les vendre au bourg de Plérin ou à Saint-Brieuc. Des navires apportaient du bois, du charbon « de terre »... repartaient avec du froment, des pommes de terre, oignons, avoine… pour les ports normands mais aussi pour les ports anglais. Le journal, le Publicateur des Côtes-du-Nord indique, le 30 novembre 1873 que, sur les 21 bâtiments présents dans le port, 15 sont à destination de l'Angleterre.
Issu de vieilles familles de la noblesse bretonne, le jeune homme reçoit une éducation en rapport avec son milieu. Charles Collin, titulaire des grandes orgues de la cathédrale St-Etienne, à Saint-Brieuc, également professeur de piano, lui donne des cours. Malgré la différence d'âge, une certaine amitié les lie. Plus tard, le Maître sera reçu à la villa et a, sans doute, exécuté quelques pièces sur le piano de la maison. Il ne semble pas qu'il y ait donné des concerts. Alain connaissait également les enfants de l'organiste. Il était plus particulièrement ami avec Yves. Ils pratiquaient ensemble l'équitation, souvent sur les hauteurs dominant le port3. Serait-ce là l'origine de son idée d'acquérir le manoir et les terres de Rohannet ?
Le vicomte se marie au Bourg-d'lré (49) le 29 février 1889. La jeune épouse, Madeleine Mélanie d'Armaillé, est née au château de la Douve le 17 mai 1867, fille du marquis Ambroise de La Forest d'Armaillé et de Gabrielle de Busseret Steenbecque de Blarenghien originaire de Thiennes (59). Guy, le premier enfant du jeune couple naîtra en ce même château le 10 mai 1890. Puis une petite fille viendra agrandir la famille le 10 mai 1892, au Légué en Plérin : Yolande Claire Gabrielle Marie Joseph.
Le recensement de 1896, à Plérin, nous donne la composition du foyer. La demeure se situe au n° 22, sur le port à Plérin. En plus des quatre Le Gualès (Guy a 5 ans et Yolande 3 ans), nous relevons la présence de trois domestiques : Guillaume Merdy, Marie Duchesne, femme de chambre et Jeanne Lesquelin, cuisinière.
La mère, Claire de Kerautem, veuve du comte Le Gualès, habite le n° 134, également au Légué. La domesticité se compose de Constance Thépault, femme de confiance, Marie Nédellec, femme de chambre et Jean-Marie Boizard, cocher. Lorsque décède le 24 février 1897, en son hôtel, la comtesse Le Gualès de Mézaubran douairière, le journal La Croix l'annonce en termes plutôt dithyrambiques « (...) comme d'une couronne d'honneur, elle était entourée de ses enfants et petits-enfants. Elle leur laisse des traditions d'honneur, de charité et de vertu (....). Les pauvres, attirés par sa bonté, connaissaient l'accès de sa demeure, qui n'était ignorée par aucun (…) ».
Se sent il à l'étroit dans son habitation ? Vie familiale… travail, obligations diverses et vie mondaine… Toujours est-il que le 1er mai 1899, par-devant Me Huet, notaire à Saint-Brieuc, le vicomte Alain Le Gualès de Mézaubran et son épouse, la vicomtesse Madeleine, née La Forest d'Armaillé, achètent à Cornélie Rouxel4 le domaine de Rohannet situé au Légué Saint-Brieuc : le manoir et les terres. Prix : 2 000 F, auquel s'ajoute une rente viagère de 800 F qui sera versée jusqu'au 4 mai 1908, date du décès de la venderesse5.
La construction de son habitation, sur la colline de Rohannet, est une excellente idée d'autant plus qu'une terrasse va occuper la totalité du sommet. Cela lui permettra de surveiller les entrées et sorties des navires, les siens et les autres ( les Allemands s'accapareront ce point stratégique de 1940 à 1944 ). Et pour rejoindre le port rapidement, il lui suffira de descendre le chemin de Rohannet6.
C'est donc une villa à l'italienne, mêlant harmonieusement briques et pierres, qui commence à s'élever assez rapidement, ainsi que l'agencement d'un parc descendant jusqu'au manoir. En effet, le Moniteur des Côtes-du-Nord, à la date du 15 octobre 1899, nous informe qu'un éboulement a eu lieu chez M. Le Gualès de Mézaubran. « Le terrassier Mermillon a été enseveli sous une énorme masse de terre. Dégagé rapidement par ses camarades il a été blessé assez grièvement et transporté à l'hôpital, après avoir reçu les soins d’un médecin ».
3 Informations recueillies auprès de Mme Jocelyn Ourvois qui écrit un livre sur les Collin, organistes de père en fils.
4 Cornélie Rouxel : fille de Louis-François Rouxel de Maisonneuve et de Thérèse Catherine Rouxel de Villeféron. Ils étaient propriétaires des lieux depuis le 9 octobre 1805. M. Rouxel avait acheté la propriété à Mme de Maillé, de la seigneurie de Boisboissel dont une partie de ses biens avaient été confisqués par la République, (24/3/1798) son fils ayant émigré. Louis-François décède le 8/12/1819 et son épouse le 15/7/1841. Leurs héritiers, 4 garçons et 4 filles, sont tous célibataires. Cornélie, la survivante de la fratrie, vend le manoir et les terres aux Le Gualès de Mézaubran.
5 Article paru dans Ouest-France du 26 juillet 1977 lors de la destruction du manoir : « Rohannet : une page importante de l'histoire briochine ».
6 Chemin de Rohannet : rapidement les habitants, non seulement des rues proches, mais aussi des autres quartiers, l'ont rebaptisé « côte de Goalès ». Ce surnom est resté jusqu'au moment où devenu une rue, vers 1965, il reçoit le nom (absurde) de Rohannec'h ! De nos jours il n'est pas rare d'entendre des personnes désigner encore la villa sous le nom de « château de Goalès » et la rue de « chemin de Goalès ».
Construit dans une propriété de 13,5 ha, dominant le port à 78 m de hauteur, le château de Rohannec’h possède une surface habitable de 1150 m2 .
Rohannec'h
Le vicomte aurait donné ce nom fantaisiste à la villa afin que sa demeure ne soit pas confondue avec le manoir de Rohannet.
En 1939, la propriété est vendue. La vicomtesse s'installe en ville.
La situation stratégique de la villa intéresse au plus haut point les Allemands qui l'investissent dès leur arrivée à Saint Brieuc, en 1940. Ils y resteront jusqu'à l'arrivée des Américains en 1944 qui s'y installent à leur tour.
L'ensemble de la propriété est racheté par le département en 1946.
Après travaux, une école publique d'enseignement ménager fonctionne dans les locaux. Des jeunes filles, dès l'âge de 15 ans, reçoivent un enseignement dédié aux arts ménagers (couture, cuisine... ), des rudiments agricoles puisqu'elles seront fermières un jour. Plus tard, en 1969, l'école devient C.F.A. (Centre de Formation Agricole) puis en 1979 est transformée en lycée. Il devient mixte à partir de 1985. En 1989 en plus des sections de C.A.P. et B.E.P., on peut aussi préparer un B.T.A. option comptabilité-gestion et services. Des bâtiments d'élevage de poulets permettent aux élèves une expérimentation concrète de leur futur métier. Le lycée de Rohannec'h ferme en 1994. Des réfugiés bosniaques y seront accueillis pendant quelque temps. Il faut attendre 1999 pour que Rohannec'h reprenne vie en accueillant une exposition. À partir de 2005, le parc de 7 ha est nettoyé de ses arbres morts ou abattus (plus de 200) à l'aide de chevaux de traits bretons, vu la très forte pente du site. Les sentiers sont reconstruits et permettent de rejoindre le port du Légué, depuis 2007. Des espèces remarquables ont été recensées : un araucaria du Chili, un séquoia géant, un cèdre de l'Atlas... Quant au château, il est ouvert au public depuis 2010, pour des évènements culturels7 .
7 Le journal de Saint Brieuc Le Griffon, septembre 1989 et Ouest France, juillet 2010 et juin 2015.
Une autre propriété de la famille, Le Tertre Rogon à Morieux
Le Château du Tertre-Rogon a été construit au 18e siècle pour Jean-Baptiste-Louis-Auguste Le Denays, gouverneur et capitaine de Lamballe, sur le site d'un manoir acquis de la famille Rogon par son père vers 1750.
Il relevait de la châtellenie de Lamballe avec chapelle et colombier (disparus) et prééminences dans l'église de Morieux.
Devenu propriété de sa fille Adélaïde-Octavie au début du 19e siècle, le Tertre-Rogon fut acquis par la famille Rouxel de la Ville-Ferron, armateurs au Légué, puis passa par héritage à Alain Le Gualès de Mézaubran en 1903.
En 1936, Il devint la propriété de Paul Hutin-Desgrées du Lou, fondateur du journal Ouest-France, qui entreprit des travaux de restauration après 1945.
Château à quatre travées et double orientation dominant la baie de Saint Brieuc, construit en granite.
Inachevé, il se présente sous la forme d'une ébauche de logis de type ternaire à sept travées.
Travée de droite sommée d'un toit à l'impériale et percée d'une porte architecturée à fronton triangulaire.
Travée de gauche couronnée d'un toit en pavillon.
Alternance de frontons-pignons triangulaires et cintrés percés chacun d'un oculus éclairant l'étage de comble.
La travée de droite abrite un escalier en maçonnerie monumental à volée unique, tournant avec jour, à balustres.
La construction du Château est interrompue par la Révolution et ne sera jamais poursuivie.
La presse nous apprend que le 6 mars 1903, il y a eu, à la mairie de Saint-Brieuc, adjudication pour exécuter l'ouverture du boulevard de Rohannet (qui deviendra le bd Pasteur par la suite) qui va du rond-point du docteur Rochard au château de M. Le Gualès de Mézaubran.
Le recensement de l'année 1906 à St-Brieuc nous donne, en plus des propriétaires, la composition du nombreux personnel qui travaille et demeure dans la propriété, exception faite du couple de jardiniers :
Nous ne connaissons de la vie familiale que bien peu de choses. Les journaux sont très discrets. Il faut un évènement particulier pour citer dans leurs pages l'épouse ou les enfants du vicomte :
Le Moniteur des Côtes-du-Nord titre, le 5 septembre 1903 : « Le feu au château de Rohannet ». Il a pris un soir de la semaine dans le cabinet de toilette de la vicomtesse. Une lampe à pétrole s'est enflammée et a mis le feu aux vêtements de Mme Le Gualès. Sans perdre son sang-froid, elle a réussi à l'éteindre. Lorsque les domestiques sont accourus, tout danger était écarté. Mme Le Gualès s'en tire avec des brûlures aux mains.
Le même journal mentionne le « mariage de Mlle Yolande Le Gualès de Mézaubran avec M. François de la Morandière, enseigne de vaisseau ». Le mariage civil a eu lieu le lundi 1er décembre 1913 devant le maire Servain. Quant au mariage religieux, il est célébré le lendemain dans l'église St-Michel. La bénédiction nuptiale est donnée par Mgr Morelle. « Les marins du Saint Brieuc, du Breiz, de l'Armor et de l'Hirondelle, habillés de neuf, formaient une haie d'honneur ». Familles, amis, invités se retrouvent à Rohannec'h pour la réception. Les cadeaux sont exposés et beaucoup admirés. La corbeille de la mariée contenait un collier de perles, un diadème en brillants, (...), des bagues d'émeraude (...), des fourrures (zibelines, renard blanc, manteaux de loutre...) offerts par les 2 familles.
Le chroniqueur mondain de l'Indépendance bretonne, présent à Paris pour assister à la « grande semaine hippique » envoie un compte-rendu, non pas sur les courses, mais sur les élégantes qu'il a remarquées. Certaines de ces dames ne lui sont pas totalement inconnues : elles appartiennent à la haute société briochine. L'article est publié le 20 juin 1914. Le journaliste décrit leurs tenues : « (....) Il fait froid et les robes d'été ne sont pas sorties. (...) Vicomtesse Le Gualès de Mézaubran, costume de moire bleue, grand chapeau noir avec paradis (plumes d'oiseaux de paradis), renards blancs ; Mme Cornu (l'épouse du préfet), tailleur à carreaux noirs et blancs, petit chapeau de satin blanc ; comtesse Adolphe Le Gualès de Mézaubran, tailleur damiers noirs et blancs, canotier de satin blanc (…) ».
Le 8 janvier 1916 paraît, dans Le Moniteur des C.D.N., un entrefilet qui annonce que Guy Le Gualès de Mézaubran est promu capitaine-pilote-aviateur, à titre définitif. « Il est le fils du conseiller municipal ».
Il ne faut pas croire que le quotidien de notre armateur se déroule tel un « long fleuve tranquille ». Loin de là ! Il lui faut batailler souvent et souvent revenir à la charge pour obtenir des améliorations au port, dans la marine... Et lorsqu'il sera conseiller municipal, il relaiera, auprès de ses collègues, les réclamations et sollicitations de ses concitoyens ; ainsi il interviendra pour soutenir la demande des habitants du boulevard Pasteur qui désiraient l'installation de réverbères. C'était toujours en attente en 1928 !
Il sera soutenu par ses pairs, par les journaux dans leur ensemble. Cependant Le Républicain et particulièrement l'Avenir des C.D.N., deviennent de plus en plus acerbes, dans leurs propos. À leur lecture, on pourrait croire qu'ils n'existaient que pour passer en revue les moindres faits et gestes du vicomte, le critiquer, détourner à son désavantage ses propos... Ces articles ne sont jamais signés…
Le Gualès s'est intéressé, en 1901, aux mines de plomb argentifère de Trémuson, commune proche de Saint-Brieuc. Le 11 avril l'Indépendance bretonne publie une lettre, à la demande de Le Gualès, afin de répondre à ces 2 journaux qui, une fois de plus, l'attaquent. Le vicomte a appris que le bruit court qu'il s'occupe « d'une combinaison financière pour l'exploitation des mines ». En fait, avec l'autorisation du propriétaire, un ami et lui ont fait venir un ingénieur des mines pour effectuer une étude de terrain. Simple curiosité sur leur rentabilité ? À cette époque les mines ne sont pas à vendre…
Lors d'élections qui ont lieu en 1911, le journaliste de l'Avenir prétend que le vicomte est propriétaire de la moitié de la commune de Morieux et son ami le comte de Saint-Pierre, de l'autre moitié ; que le « maître » a obligé ses « manants » à voter pour lui, mais qu'il n'a récolté que 90 voix alors qu'un cultivateur en a remporté un plus grand nombre. Avec ironie, Le Gualès répond dans ce journal. Il commence par remercier les 90 électeurs qui ont voté pour lui alors qu'il n'était pas candidat et il en est « flatté ». Il continue sur le même ton, remerciant de l'intérêt que lui porte « l'inconnu », qui ne signe jamais que par un surnom « Pif » ou « Paf», de l'importance qu'il lui attribue et qu'au final il sera certainement un jour président de la République.
Quels que soient les articles, et ils sont nombreux, sur ses moindres faits et gestes, ou les intentions qu'on lui prête, il reste toujours courtois lorsqu'il reprend point par point les informations erronées ou mensongères que ces journaux divulguent à son encontre. Tout de suite après la guerre, ce journal ira très loin, trop loin, et cela finira par un procès retentissant.
Dans un prochain article nous porterons à la connaissance des lecteurs la vie de l'armateur, ses navires, ses combats pour la défense de la pêche et du commerce maritime. Mais aussi les actions du conseiller municipal pendant la guerre.
À suivre…
Henriette Herland
Annexes
Le manoir de Mézaubran à Minihy Tréguier
Arbre généalogique des Le Gualès
Michel-François Le Goalès/Le Gualès ( 1734-1819 )
Naissance le 11 août 1734 à Ploubezre, fils d'écuyer Michel et d'Anne Emmanuelle Gabrielle Le Provost, seigneur et dame de la Villeneuve. Il est le dernier de la fratrie.
Michel Le Goalès et Anne Emmanuelle Le Provost se marient le 21 octobre 1715 à Trélévern. D'où 5 enfants.
(Le 12 avril 1763, à Notre-Dame St-Jean de Lamballe, leur fils « écuyer messire Michel Le Gualès, chevalier, seigneur de la Ville Neuve de la paroisse de Ploubezre, évêché de Tréguier » épouse Mlle Charlotte Françoise de Lossieux, d'où 5 enfants. Elle décède en 1779).
Le 11 octobre 1798, à Pommerit-Jaudy, évêché de Tréguier, Michel-François épouse en seconde noce Marie-Alexandrine-Charlotte Trolong. D'où, 2 enfants : Ange-Jean-Marie-Adolphe et Edmond qui sera avocat.
Michel-François décède le 29 mai 1819 à Lannion.
Famille de très vieille noblesse. Le premier à être cité est un certain Guillaume, chevalier en 1180, de l'évêché de Tréguier. Ils sont maintenus nobles en 1669, par preuve de 12 générations.
Sur Internet, nous avons relevé dans un texte émanant de l'association de la noblesse bretonne « Liste des 400 familles nobles bretonnes authentiques subsistantes au XXIe s. » ce qui suit :
Jean Le Goalès, sieur de Kerversault, vivant en 1320. Sa filiation se divise en 5 branches : celle des Mézaubran étant l'une d'elle et la 5e celle des seigneurs de Villeneuve : d'où descend le chevalier Michel Le Gualès.
Devise des Le Gualès de Mézaubran : « Faventibus astris » (à la faveur des astres)8.
Les armes : « de gueules à un croissant d'argent, accompagné de 6 coquilles de même, 3 et 3 en pointe ».
Marie-Alexandrine-Charlotte Trolong ( 1765 - 1828 )
Naissance le 4 mai 1765 à Hengoat, fille de messire Pierre-Joseph-Marie de Trolong, chevalier, seigneur du Rumain et de Mlle Marie-Jeanne Mascarene de Rivière, dame du Rumain. Elle est l'aînée d'une fratrie de 3 enfants.
Pierre de Trolong épouse Marie-Jeanne Mascarene de Rivière le 30 mai 1763 à Tréméoc, évêché de Quimper.
(Le comte décède le 25 juin 1791 en défendant le château du Rumain investi par la garde nationale de la Roche-Derrien venue s'emparer des armes. À l'aide de mortiers, donnés par le roi à sa famille, il les fait fuir et la garde bat en retraite. Cependant, on retrouvera Pierre de Trolong mort. Le procès de ses assassins fut instruit par le tribunal du district de Pontrieux9).
Marie Alexandrine décède le 28 avril 1828 à Lannion.
Les Trolong sont maintenus nobles en 1669, évêché de Tréguier.
Devise des Trolong du Rumain : Ractal « Sur le champ » ou « Trolong ractal » 10
Les armes : « écartelé : 1 et 4 d'argent à 5 tourteaux de sable posés en sautoir ; 2 et 3 d'azur au château d'argent ».
Ange Jean Marie Adolphe Le Gualès ( 1800 - 1859 )
Naît le 30 mai 1800 au manoir de la Ville Neuve en Ploubezre, fils de Michel François Le Goalès, sieur de la Villeneuve et de Marie Alexandrine Charlotte Trolong.
Le 29 janvier 1855, il épouse à Plérin Mlle Claire-Thérèse de Kérautem, fille de feu Eugène et d'Adélaïde Rouxel de la Villehellio, d'où : Adolphe né à Givet en 1857 et Alain au Légué Plérin, en 1860.
Décédé le 8 novembre 1859 à Cherbourg.
Bref aperçu de sa carrière : à 16 ans, il entre comme volontaire dans un régiment d'infanterie. On est en 1816, sous la Restauration. En 1830, alors qu'il est dans la garde royale, éclate la révolution. Il est mis en disponibilité et se retire à Lannion. Il fait partie des officiers qui sont rapidement rappelés. Il part 6 ans en Afrique avec le 10e léger (occupation de l'Algérie). En 1849, il est nommé lieutenant-colonel au 5le qui est en Afrique. Ce régiment d'infanterie en Algérie depuis 1845 y restera jusqu'en 1850 et participera à l'expédition de Kabylie. En 1855, rentré en France, on le retrouve colonel au 67e R.I. à Cherbourg. Il était commandeur de l'ordre impérial de la Légion d'honneur.
Eugène Jean Joseph de Kerautem ( 1783 - 1846 )
Naissance le 3 novembre 1783 à Bothoa, fils d'écuyer Florentin-Claude, chef de nom, et de Jeanne-Yvonne de Rochaezre, demoiselle de Loqueltas.
Ecuyer Florentin-Claude de Kerautem et Jeanne-Yvonne de Rochaezre se marient le 15 janvier 1783 à Bothoa. D'où 5 enfants qui naissent soit au château de Loqueltas, soit au château de Penquer. (Il émigre à l'Armée de Condé en 1793/1795. Rentré en France, il devient chef de division à l'Armée Royale Catholique de Bretagne. Dénoncé par une servante et arrêté au village de Barentel en St-Aignan (56), il est fusillé aussitôt).
Eugène épouse, le 23 avril 1811 à Plérin, Adélaïde Rouxel. D'où 5 enfants ; Claire Thérèse est la puînée.
Eugène de Kerautem a été membre titulaire de la chambre de commerce de 1819 à 1843 et maire de Plérin.
Il décède le 29 juillet 1846 à Bourges (18).
Devise : Mar ar Doué11
François de Kerautem, écuyer, seigneur du Poullinec, puîné de la maison de Kerautem en Carnoët, est maintenu noble en 1669. Les armes deviennent : « d'argent à 3 faces de gueules ».
Adélaïde Rouxel ( 1790 - 1865 )
Naissance le 31 juillet 1790 à Plérin le Légué, fille de Charles-François Rouxel de la Villehellio, négociant, et de Thérèse Jeanne Bazille de St-Servan (décédée en 1792 à Plérin).
Charles-François Rouxel de la Villehellio, fils de Jacques Rouxel sieur de Maisonneuve12, maître de barque, épouse le 17 juin 1770 à St-Servan, évêché de St-Malo, demoiselle Thérèse Bazille. D'où 9 enfants ; Adélaïde est la plus jeune.
Elle épouse Eugène de Kerautem le 23 avril 1811 à Plérin. Au moment de son mariage, son père est maire du bourg. Il y décèdera en 1813.
Adélaïde décède le 30 mars 1865 au Légué en Plérin.
Sauf erreur, nous avons remonté les Rouxel jusqu'à un certain Etienne né en 1598 à Plérin.
8 Livre en salle des A.D. de Saint Brieuc : Noblesse de Bretagne -Hier et aujourd'hui - de Jean de Saint-Houardon.
9 Régis de Saint-Jouan : Dictionnaire des communes - département des C.D.A. -Éléments d'histoire et d'archéologie.
10 & 11 Noblesse de Bretagne -Hier et aujourd'hui.
12 Marie - Thérèse Valletaux, épouse de François Le Pommelec, maire de Saint Brieuc de 1835 à 1848, descendait par sa mère Marie-Thérèse Rouxel de Villeféron, du même Jacques Rouxel de Maisonneuve.