François Rouault (1881 - 1958 )
François Rouault le 25/01/1957
Fils aîné d’une famille de huit enfants, François est né le 18 octobre 1881 à la Ville Nizan en Plérin. Son père, François, est marin pêcheur à la grande pêche à Islande. Sa mère, Marie Le Saulnier, est mère au foyer mais effectue de multiples travaux pour améliorer la subsistance de sa grande famille, y compris la pêche aux crevettes la nuit dans la baie des Rosaires ou de Binic.
À 12 ans, il commence à naviguer sur les bateaux de Sous la Tour, comme novice. À 16 ans, il effectue sa première campagne dans le golfe du Saint Laurent et sur les côtes du Labrador à la pêche aux homards. Au cours d’une campagne, ils pêchaient de 45 à 50 000 homards, payés 5 francs le mille à Saint Malo. Après un an de service militaire à Brest, il embarque sur les goélettes pour la pêche à la morue. Il a alors 21 ans et fait partie des équipes de dorissiers pour élonger les lignes. Il embarque tour à tour sur la « Curieuse » de Binic, capitaine Thomas, sur la « Binicaise », capitaine Malot, l’ « Idéal » de M. Verry, l’ « Actif », capitaine Mégat de Plouézec, l’ « Edelweiss » de M. Galern, sur lequel il fait trois campagnes.
À bord de l’ « Idéal », un jour de tempête, tout fut arraché sur le pont ; il ne restait que la barre à bras et les hommes de quart amarrés par des sauvegardes. À bord de l’ « Actif » les cloisons cèdent sous un coup de mer et le sel de la cale glisse sur le même bord. Le bateau prend une forte gîte. Dans le sel jusqu’au ventre, l’équipage le déplace à la main faute de pelles suffisantes et la goélette se redresse.
En plein hiver, l’ « Edelweiss » essuie un coup de vent terrible qui le fait chavirer. La voile couchée dans l’eau fait poche et empêche la goélette de se redresser. Pour dégager le bateau, il faut percer la grand voile au couteau. L’eau s’échappe par ces trous et la goélette se redresse. La guerre de 1914 le surprend sur le « Pontrieux », capitaine Conan. Il est mobilisé puis reprend la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve sur la « Surprise ».
En 1916, il est affecté sur la goélette « Alfred de Courcy », naviguant au bornage entre Bayonne, La Rochelle et Bordeaux, le plus souvent avec un chargement de charbon. Cette goélette, capitaine Kermarrec de Kérity, était armée par sept hommes, tous des Côtes du Nord. Le 25 novembre 1916, par gros temps, cette goélette est arraisonnée puis coulée au canon par un sous-marin allemand. L’équipage en dérive dans le canot de sauvetage à 20 milles d’Ouessant est recueilli par un cargo norvégien qui le débarque à Belle-Île. En 1917, François repart sur la « Glycine » vers les bancs de Terre-Neuve.
En 1919, il met son sac sur les « Quatre Frères » du Légué. En 1922, il embarque sur la « Normandie », un chalutier de Fécamp. Mais, le 20 avril, il a l’épaule gauche écrasée par une pochée de chalut. Il est alors rapatrié par la « Ville d’Ys », le navire hôpital et d’assistance. Il se fait alors construire le « Bon Espoir », un bateau de sept tonneaux sur lequel il pêche en baie de Saint Brieuc jusqu’en 1931. Puis il embarque sur d’autres chalutiers du Légué. En 1952, il fait sa dernière marée sur le « Saint Laurent » de Francis Méheust. Il totalise soixante deux années comme inscrit maritime dont quatre campagnes à Terre-Neuve et quinze à Islande. Sans doute impressionné par « les sillons tracés dans la chair de ses bras par les bords coupants de son ciré, aiguisés par le sel », un journaliste de Ouest France recueillera les souvenirs du marin en 1957. Sa fille, Mme Guérin raconte le jour où, lors de son premier voyage à Terre-Neuve, François Rouault se retrouve avec son père sur le même doris. Celui-ci tombe l’eau et, ne sachant pas nager, se met à crier « Oh ! Ne m’laisse pas m’neille, mô petit gars ! Ne m’laisse pas m’neille ! ». François ne tarde pas à réagir, lance une aussière et déhale ainsi son père jusqu’au bateau.
La carrière de François Rouault :
La goélette " Alfred de Courcy " dans le port de Paimpol.
Elle sera capturée et sabordée par un sous-marin allemand (UC26) le 25/11/1916 dans le N.O. de Ouessant
L’ « Aventure », construit en 1899 à Roscoff, est entre les mains de cinq copropriétaires : François Clairet, Pierre Pulluard, Mathurin Philippe, François Quémard et Ollivier Méheust.
La bisquine « Vice-Le » (SB-798), construite au Légué en 1903, remonte le chenal sous voile. François Rouault embarque pour les deux dernières saisons du bateau. Elle sera dépecée en 1913.
Le « Laissez-Dire » (SB57), sur lequel François Rouault fait une saison en 1926. Construit au chantier Kéranfors de Roscoff, on le voit ici pavoisé, le jour de sa mise à l’eau en 1912.
René Rouault