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Les corderies
Pour la seule année 1852, qui marque l’apogée de la pêche à Terre-Neuve au port du Légué, les registres d’armement recensent 36 bateaux pour un total de 1934 hommes embarqués. On comprend que le développement constant de cette activité, amorcé dès 1816, va entraîner une demande toujours plus grande de fournitures pour l’armement des navires. L’implantation de corderies sur le port du Légué et aux environs répond à ce besoin d’autant que les armateurs mesurent bien l'intérêt de s’approvisionner localement.
Sur ce plan de cadastre de 1813, une corderie est mentionnée sur le Gouët, à proximité du moulin de Colvé, bien en amont du port.
L’affaire de la corderie des quais au Légué
Par une permission spéciale du duc de Penthièvre (seigneurie de la Roche-Suhart, dont relevait Plérin), en date du 24 septembre 1773, une corderie exploitée par Siméon Collet s’installa sur les quais du Légué. Un an plus tard, l’armateur Jacques Rouxel de Maisonneuve intenta une procédure d’expulsion auprès du sénéchal de la Roche-Suhart, René Quintin de Binic, au prétexte que cette corderie gênait le halage et le débarquement des navires. Après une instruction rondement menée, le sieur Collet fut condamné à quitter les lieux et à payer les dépenses du déplacement du sénéchal.
Extrait du compte rendu consultable aux archives départementales :
« ...Le Sénéchal décida qu’il descendrait au Légué les 21, 22 et 23 septembre 1774, si nécessaire accompagné des nommés ci-dessus (Rouxel et Collet, ndlr), de leurs procureurs, lesquels ayant rempli de part et d’autre nos appointements et produit chacun dix témoins entendus en présence des parties, les frais de la descente au Légué s’élèveraient à deux cents livres.
Le sénéchal sera transporté en compagnie du sieur procureur fiscal demeurant à Binic, du greffier demeurant au village de la ville Gourio à Etables, de Durand, huissier audiencier, de Guillaume Lebreton l’un des sergents demeurant à Plérin et du sieur Perroud, ingénieur du port de Saint Brieuc jusqu’au havre du Légué. Ils seraient descendus à l’auberge qui a pour enseigne La Croix rouge pour se vêtir de leurs robes et se mettre en état de remplir juridiquement leur commission.
Le sieur Rouxel était accompagné de Jacques Allenou, son procureur et de maître Dagorne avocat conseil. Siméon Collet lui était assisté de son procureur maître François Marie Touroux.
Après bien des complications, au mois de décembre de la même année, la sentence tomba. Siméon Collet devait quitter et laisser libre disposition et jouissance au sieur Rouxel du terrain sur lequel la corderie est établie. Il est aussi condamné à payer les dépenses résultant du mémoire et des taxes soit 28 livres 5 sols.
Cette condamnation permettait au sieur Rouxel de le faire expulser et déguerpir par tous les moyens de justice. »
Sur ce plan de 1770, la corderie Collet est implantée sur toute la longueur de l'actuel quai Gabriel Péri.
La corderie de Robinot de La Lande
Installé et enregistré au Légué comme armateur depuis 1773, l’armateur Robinot de La Lande, déjà propriétaire du manoir de Rohanet et du four à chaux de l’île aux lapins, achète à Pierre Guichet du Chalonge une corderie sur la rive droite du Gouët peu avant 1780. Du fait de la disparition de l’atelier Collet, il se retrouve en position de monopole sur cette activité. Cette corderie devait se situer au niveau de la zone de levage du port de commerce actuel.
Copie extrait cadastre Saint Brieuc 1847 section B
La corderie de Jacques Simon Bitel :
Dans un procès verbal émanant de la préfecture des Côtes du Nord en date du 02 février 1802*, il est fait mention d’une autorisation d’installation d’une corderie sur la promenade du port de Saint Brieuc. La cabane du citoyen Bitel pourra s’établir entre le quai et les terrains des citoyens Sebert et Le Mée (en jaune sur le plan). Cette proximité avec les personnalités les plus influentes du port n’a pas que des avantages. Il est précisé que le citoyen Bitel « devra, à la première réquisition qu’il lui sera faite, soit par le Maire de Saint Brieuc, soit par les citoyens Sebert et Le Mée » démolir son installation et remplacer les arbres qui manquent à la promenade par de jeunes pousses de la même espèce.
* Archives municipales de Saint Brieuc
Sur ce plan de 1796, les lots numérotés de 1 à 10 sont attribués à l'armateur Sebert associé au citoyen Le Mée.
La corderie de la famille Rouxel de La Villeféron
Au 19e siècle, la famille Rouxel de Villeféron fait construire sur la colline côté Plérin, au lieu dit le Grand Couvran, une corderie qui a pour particularité d'être la seule de la région à être couverte. Ce bâtiment d'une centaine de mètres de long va abriter de manière constante une vingtaine d'ouvriers sous la responsabilité d'un contremaitre, Mr Beaucorps, venu de Saint Malo prendre la direction de l'atelier, et ce, pendant plus d'une décennie. Cet atelier recevra même, en 1849, dans le cadre de l'exposition départementale des produits de l'industrie, une médaille d'argent pour la qualité de ses productions. Le correspondant du Publicateur note : « Ces produits résultant presqu'exclusivement de chanvres du pays sont parfaitement confectionnés et ils peuvent rivaliser avec ceux des fabriques les plus renommées tant sous le rapport de la perfection du travail que sous celui des prix. »
Ici, seront donc fabriqués des funins blancs et goudronnés de différentes grosseurs, écoutes, drisses, haubans et galhaubans des gréements mais également les lignes et avançons utilisés par les pêcheurs que les armateurs locaux n'auront plus à commander au loin.
Construite sur un terrain appartenant à la famille Rouxel de La Villeféron, la corderie est assez éloignée du port. Son activité sera fortement dépendante de la pêche à Terre-Neuve et disparaitra avec le déclin de celle-ci.
Transformée pour un usage agricole, l'ancienne corderie est encore visible de nos jours (photo 2017). Certaines ouvertures ont été obturées et le bâtiment a perdu quelques mètres.
Publicateur des Côtes du Nord - 1839
Philippe SAUDREAU