Le 18 février 2021 marquera le 20e anniversaire du rappel à Dieu du père Florent Koladé Nascimento (1963-2001), un prêtre du diocèse de Cotonou dont le souvenir du charisme, aujourd’hui encore, reste vivace dans les esprits.
En prélude à cette commémoration, le père Anaclet Lisboa, prêtre du diocèse de Cotonou, actuellement en mission d’études en Italie et auteur de l’ouvrage Un pasteur selon le cœur de Dieu. Hommage au Père Florent Koladé Nascimento paru en 2017 aux Editions Glory à Cotonou présente une synthèse de la vie et l’œuvre de ce prêtre.
Né le 03 Janvier 1963 à Cotonou, l’abbé Florent Koladé Nascimento fit ses études primaires et secondaires à Cotonou. Après l’obtention du baccalauréat en 1984, il honora le service militaire d’intérêt national et fit ensuite un stage au ministère de l’enseignement de 1984 à 1985. Entré au Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah le 15 Octobre 1985, il sera ordonné prêtre le 30 novembre 1991 à Cotonou, par Mgr Isidore de Souza, alors Archevêque de Cotonou. Il entama ainsi un ministère sacerdotal immense et dense.
En très peu de temps (10 ans de ministère), le père Florent Nascimento s’est occupé avec un amour inconditionnel des brebis du Seigneur tel un bon pasteur. Il a été respectivement vicaire sur les paroisses Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Godomey (Cotonou), Saint Michel (Cotonou) et curé fondateur de la paroisse Saint Louis de Gbèdégbé (Cotonou). En plus de ses charges de vicaire à la paroisse St Michel et curé de la paroisse St Louis, il fut nommé premier aumônier diocésain de l’Enfance missionnaire du diocèse de Cotonou. Dans ce ministère auquel il s’est complètement dévoué, tout en réorganisant pratiquement tous les groupes d’enfants, il a structuré de manière extraordinaire l’Enfance missionnaire diocésaine. Comme le Christ, il laissait vraiment venir à lui les petits enfants pour les aider à prier, à découvrir qui est Jésus et à l’aimer. Ami de tous les enfants, il leur apprenait à évangéliser les pauvres et les malheureux.Il les faisait chanter et danser; il leur communiquait, sa joie de vivre et d’être chrétien, son bonheur d’être prêtre, aimable visage du Christ au milieu d’eux.
Il a mené un farouche combat pour l’amélioration des conditions de vie des enfants dits « placés », en l’honneur de qui il a composé un chemin de croix en l’an 2000. Par ailleurs, son élan missionnaire l’amenait à motiver les jeunes pour aller annoncer l’Évangile à ceux qui attendent de connaître le Christ. Il a alors créé de nombreux groupes missionnaires, lui-même en tête. Les vocations sacerdotales et religieuses également étaient pour lui une priorité. En plus de ses charges pastorales en paroisse et celles diocésaines de l’Enfance missionnaire, il était aussi l’aumônier de la commission diocésaine des vocations.
En outre, son amour pour les malades et les pauvres s’est fait remarquable. Malgré la fragilité de sa santé –parce qu’il souffrait de drépanocytose– il s’est consumé dans ce ministère. Cet apôtre au cœur sensible et attentif, sacrifiait la majeure partie de ses journées à soulager, pour ne pas dire guérir les malades de toutes catégories sociales. Il passait le temps à écouter, à prier et à confesser de 9h à 18h parfois sans manger. Il était aussi exorciste. Sa spiritualité, ressort qui lui permettait de tenir toutes ces charges, peut se résumer en trois dimensions : un dévot de l’Eucharistie et du Saint Sacrement, un homme de louange, et un amoureux de la Vierge Marie. Mais complètement épuisé et consumé par le ministère, il décède le 18 février 2001.
Après le décès du pasteur au cœur d’or, la grande affluence de fidèles souvent enregistrée autour de sa tombe, montre que nous sommes en face d’un intercesseur de qualité et, probablement, d’une figure de sainteté. Que ce soit individuellement ou en groupes, ils s’organisent dans un élan de pèlerin pour aller prier sur sa tombe. Parents et amis, mouvements ou associations, ceux qui ont bénéficié d’une manière ou d’une autre des grâces de son ministère accourent pour implorer son intercession. Chaque 18 février, date anniversaire de son rappel à Dieu, une foule en quête de Dieu, un flot d’hommes et de femmes inondent le cimetière du Grand séminaire Saint Gall de Ouidah où il a été inhumé. La grande vénération portée à son endroit est si manifeste. Sa tombe est souvent ornée de fleurs, signe de l’amour que lui portent les fidèles. Aussi pourrait-on se demander, si cette ruée vers sa tombe n’est pas l’expression de sa sainteté ? Tant les témoignages fusent de partout pour reconnaître en lui un saint prêtre.
Père Anaclet Lisboa
Par Dimitrov Myanaud TODEMIN
Ordonné prêtre de Jésus-Christ le 30 Novembre 1991 par Mgr Isidore de Souza, alors archevêque de Cotonou, le Révérend père Florent koladé Nascimento aura marqué le cœur de tout une génération d’enfants, de jeunes et d’adultes qui, vingt ans après son départ pour l’Eucharistie éternelle, témoignent de ses charismes de compassion et de joie.
« A nos pèlerinages diocésains de l’Enfance Missionnaire sur l’esplanade du Centre marial d’Allada, j’avais une immense joie à écouter ce père au cœur sensible et simple. Il utilisait beaucoup d’images empruntées à l’expérience de notre vie en famille, à l’école, ponctuait ses enseignements de chants spontanés et repris par nous tous sur des airs joyeux … » témoigne Christelle au sujet du père Florent Nascimento, alors aumônier de l’Enfance Missionnaire.
Basile Atinde, lui, se souvient de l’événement du chemin de la croix à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000. « Ce jour-là, en compagnie du père Florent, de certains séminaristes, nous étions nombreux, venus de toutes les paroisses du diocèse de Cotonou à vivre ce chemin de la croix depuis la Basilique de Ouidah… » a-t-il partagé. « Mon nom est écrit dans le livre de vie… » fredonne-t-il, l’air joyeux et reconnaissant, se souvenant de quelques recueils de chants du père Florent Nascimento.
Né le 03 janvier 1963 à Cotonou au Bénin, et après ses études, le jeune Florent entra au Grand Séminaire Saint-Gall de Ouidah le 15 Octobre 1985. Il sera ordonné prêtre de Jésus-Christ le 30 Novembre 1991. Le père Florent Nascimento a été respectivement Vicaire sur les paroisses Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Godomey, saint Michel Gbèto, et Curé fondateur de la paroisse Saint Louis de Gbèdigbé dans l’archidiocèse de Cotonou.
Le père Florent a travaillé longtemps à l’éclosion de nombreuses vocations sacerdotale et religieuse. « Il a mené un farouche combat pour l’amélioration des conditions de vie des enfants dits « placés », en l’honneur de qui il a composé un chemin de croix en l’an 2000 » rappelle le père Anaclet Lisboa, auteur de l’ouvrage Un pasteur selon le cœur de Dieu. Hommage au Père Florent Koladé Nascimento paru en 2017 aux Éditions Glory à Cotonou. « Complètement épuisé et consumé par le ministère, le père Florent Nascimento entra dans la Béatitude éternelle le 18 février 2001 » ajoute la même source. Il est souvent cité par de nombreux fidèles comme un intercesseur de qualité au Ciel.
Par Père Mathieu C. AÏFAN
Dix ans après le brusque départ de l’illustre père Florent, nos cœurs continuent de vibrer au rythme du souvenir : souvenir d’un véritable soldat du Christ qui, en cet inoubliable dimanche 18 Février 2001, a définitivement déposé les armes - après un âpre combat - pour entrer dans l’éternelle et inaltérable Gloire du Vainqueur par excellence : Jésus-Christ !
LE COMBAT DU PERE FLORENT NASCIMENTO
Dix ans après la fin du combat du père Florent, les yeux de notre esprit, plongés dans les abysses et les abîmes du passé se fixent sur un événement, un lieu et une date : la session diocésaine des animateurs « Samuel » à Sèhouè en Août 1994. C’est là qu’il nous enseigna cet admirable chant qui, en réalité, résume toute sa logique et sa vision du combat (spirituel) : « Marchons au combat à la Gloire, marchons sur les pas de Jésus, nous remporterons la victoire et la couronne des élus ! ». Il fallait voir l’expression profonde de son visage, ce jour-là, pour se rendre compte qu’il exprimait ainsi une conviction intime. La conviction que le combat - son combat -, n’est pas le sien, mais celui du Christ. La conviction aussi que ce combat ne peut que conduire à la victoire ! Pour le père Florent, la vie chrétienne est décisivement un combat, mais non un combat extérieurement ‘exorciste’. C’est plutôt un combat intérieurement ‘exorciste’. Il s’agit, dans sa vision, de s’affranchir soi-même - avec la Grâce de Dieu- de l’Esclavage du Péché. Le premier couplet du chant qu’il nous enseignait alors, l’exprime avec éloquence : « Pourquoi languir dans l’esclavage ? Pourquoi porter des fers honteux ? Régner au Ciel est le partage du chrétien brave et généreux ! »
Nous qui avons été si proches de lui, et qui l’avons vu à l’œuvre dans ce combat spirituel, nous connaissons son ardeur enflammée à lutter contre le péché dans sa propre vie. Nous connaissons aussi la fascination qu’il éprouvait pour saint Paul, et son admiration pour la densité spirituelle des lettres de l’apôtre. Et nul doute que sa conception du combat spirituel ait été fortement influencée par la lettre de l’apôtre de Damase aux chrétiens d’Ephèse. Une fois identifié l’Ennemi à combattre et à abattre, le Diable, Père du péché, l’écho de la voix de saint Paul résonnait continûment dans son cœur : « Tenez-vous debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Evangile de la Paix ; ayant toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Eph 6, 14-18).
C’est toujours ce même passage de l’Epître aux Ephésiens qui offre le second pôle du combat du Père Florent. Saint Paul, poursuit en effet : « Ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph 6,12).
DU COMBAT A LA VICTOIRE
Situer ces deux niveaux du combat spirituel (identifiés plus haut) permet de mieux comprendre son Engagement. Revêtant l’armure du combat (cf. Eph. 6, 14-18), le bon Père Florent veillait à ne laisser dans sa vie personnelle aucune fissure, aucune porte d’entrée au péché. Et il était absolument conscient que la victoire au combat dépend aussi d’une rigoureuse discipline ‘ascétique’. Et il fallait être très proche de lui pour le ‘surprendre’ quelquefois - malgré sa discrétion - dans ses ‘élans ascétiques’. Ses longues prières, souvent nocturnes et matinales (au petit jour), ses fatigues et ses souffrances - tant morales que physiques - offertes en sacrifice à Dieu, son renoncement aux plaisirs ‘mondains’ (le monde au sens johannique du terme !) de tout genre, ses jeûnes…ont fait de lui un redoutable combattant pour le Malin. Mais il était très loin d’être égoïste, centré sur lui-même, le Père Florent ! Avec quel souci, quel amour, quel tact, il s’évertuait à faire revenir sur le bon chemin ceux qui s’égaraient ! Avec une séduisante douceur et une grande patience, il s’efforçait d’éteindre les flammes du péché, partout où elles sont allumées ! Jamais nous ne l’avons entendu formuler un jugement négatif à l’encontre de quelqu’un.
Dans un échange privé que nous eûmes avec lui, à Gbèdégbé en 1998, il nous confiait qu’il faut toujours s’abstenir de juger l’autre à partir de ses ‘errements’. Car, selon lui, en tout homme qui s’égare, il y a toujours, loin de tout regard extérieur, une souffrance (liée au péché). Et cette souffrance, pour lui, a déjà une valeur rédemptrice.
Quant au second pôle de son combat spirituel (le combat direct contre les esprits du mal), il faut bien se rappeler qu’il est la merveilleuse conséquence de sa FOI en Jésus-Christ. A une époque donnée, dans un contexte d’adversité ‘spirituelle’, pour ne pas dire ‘mystique’, on lui a attribué l’adaptation d’un chant révolutionnaire dans une perspective spirituellement guerrière : « Fun mi nan fun bo ayi nan xon é, fun mi nan fun bo zan nan do égbé ; ayi ba Djésu xo, fun mi nan fun bo ayi nan xon » (Gare à toi, si jamais tu défies et provoques Jésus : ce sera la guerre jusqu’à l’aube, la guerre jusqu’à la tombée de la nuit !).
Les retentissantes « victoires » qu’il a connues dans le combat contre les mauvais esprits, surtout en l’an 2000, sont à comprendre comme la manifestation et la concrétisation d’une grâce demandée et reçue par le Père Florent, dans la perspective de libération étroitement liée au Jubilé de l’an 2000. Dans cette logique, on comprend alors, dix ans après, que sa course terrestre se soit achevée, que son combat spirituel ait pris fin, ce dimanche 18 Février 2001, soit juste après la clôture du jubilé de l’an 2000. Le combattant est couronné par le Roi, après un combat spirituel acharné qui a trouvé son paroxysme dans l’Année jubilaire, Année par excellence de Libération à tous points de vue !
Le mot plein de sens de Victor HUGO résume avec éloquence la dense vie du ‘soldat Florent’ : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont/ Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front/ Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime/ Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime/ Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour/ Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour/ C’est le prophète saint prosterné devant l’arche/ C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche/ Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins/ Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains/ Car de son vague ennui le néant les enivre/ Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. »
Oui, le Père Florent a vécu, parce qu’il a lutté. Il a lutté, parce qu’il a vécu. Qu’il nous aide, du haut du ciel, à vivre pour le Seigneur, résolument engagé dans le combat du Seigneur. Ainsi nous n’aurons pas existé sans vivre ! Ainsi nous aurons été chrétiens ! Simplement chrétiens ! Et pleinement chrétiens !