L'ascendance de Jean Riga
GÉRARD RIGA & CATHERINE MATHY
LÉONARD RIGA & MARGUERITE DEFAY
GÉRARD RIGA & ANNE BAILLEN
JEAN RIGA & JEANNE LOMBA
Gérard Riga, né le 26 avril 1680 à Grâce-Montegnée; décédé le 26 mars 1707, à l’âge de 26 ans. Marié le 2 février 1704 à Grâce-Montegnée, avec Catherine MATHY †1713, dont Léonard Riga 1706-1770.
Léonard Riga, né le 21 février 1706 à Grâce-Montegnée; décédé le 25 avril 1770 à Grâce-Montegnée, à l’âge de 64 ans. Marié avec Marguerite Defay †1781, dont Gérard Riga 1739-
Gérard Riga, né le 28 mai 1739 à Grâce-Montegnée; marié, à Grâce-Montegnée, avec Anne Baillen, dont Jean Riga 1771-1834
Jean Riga, né le 16 juillet 1771 à Grâce-Montegnée; décédé le 22 janvier 1834 à Grâce-Montegnée, à l’âge de 62 ans; marié le 2 mars 1794, à Grâce-Montegnée, avec Jeanne Lomba 1774-1813, dont Anne Marie Riga 1794-
Il a été bourgmestre de la commune de Grâce-Montegnée.
Source: André Gielen
Almanach du département de l'Ourte et de la cour impériale de Liège pour l'an 1814
Maire, adjoints, juges-de-paix, greffiers, notaire & bureaux de bienfaisance de l'arrondissement de Liège
Grâce & Montegnée J. Riga, maire
Bureau de bienfaisance à Grâce-Montegnée Riga, m.
“L’an 1808 le 27 du mois de février, pardevant nous maire officier de l'état-civil de la commune de GRACE-MONTEGNEE, canton de Hollogne-aux-Pierres, département de l'Ourte, sont comparus Arnold MARCOTTY, âgé de 31 ans, houilleur, demeurant et né en cette commune le 7 janvier de l'an 1777, fils majeur de Arnold Antoine MARCOTTY, son père ci-présent et consentant et d'Ailid JAMAR, sa mère, profession de houilleur, demeurant ensemble au même domicile en cette commune et Marie Elisabeth LEDENT, âgée de 30 ans, bottresse, demeurant et née en cette commune le 10 janvier de l'an 1778, fille majeure de Pierre Joseph LEDENT, décédé en cette commune le 2 décembre 1795 et de Marie Elisabeth COUMANNE, bottresse, sa mère ci-présente et consentante, demeurant au même domicile en cette commune.
En présence de: Mathieu LEDENT, âgé de 28 ans, tailleur, frère de la contractante, Nicolas Paschal ANTOINE, âgé de 26 ans, cultivateur, Jean Joseph GALLER, âgé de 8 ans, houilleur et Christian RIGA, âgé de 34 ans, tous domiciliés en cette commune. (Ils signent tous sauf Arnold Antoine MARCOTTY, père).”
Source: Geneachtimi
JACQUES ANTOINE LAMBERT GALAND & JEANNE MARIE RIGA
Marie Elisabeth Galand *1826
Antoine Galand *1828
CHRISTIAN RIGA & JEANNE GROSJEAN
Né vers 1767 Décédé le 8 janvier 1855 - Liège , à l’âge de peut-être 88 ans, Cultivateur
Marié avec Jeanne GROSJEAN †1848 dont
François Joseph Riga †1861
Philippe Lambert Riga 1805-1849
Anne Riga 1808-1880
ETIENNE RIGA & ANNE LHOEST
Etienne Riga is geboren op 3 mei 1687 - Horion- Hozemont en overleden op 11 oktober 1747 te Horion-Hozemont
Zoon van Gérard Riga (1665-1728) & Marie Fieve (†1733)
Gehuwd te Horion-Hozémont met Anne Loeis/Lhoes (1684-1767)
Kinderen: Marie Agnès Riga 1710-, Gérard Riga 1711-, Paschal Riga 1714-, Etienne Joseph Riga 1717-1784, Agnès Riga 1719-, Marie Riga 1722-, Henri Riga 1726-
JEAN RIGA & 1777 ELISABETH MÉAN
Jean Riga is geboren op 28 april 1749 te Xhendremael en overleden op 4 mei 1787 te Horion-Hozémont
Hij is gehuwd op 8 juni 1777 te Horion-Hozémont met Elisabeth MÉAN 1751-
Hun kinderen: Marie Elisabeth RIGA 1780-, Marie Elie RIGA 1787-
Bron: Chantal Humblet
Almanach du département de l'Ourte et de la cour impériale de Liège pour l'an 1814
Maire, adjoints, juges-de-paix, greffiers, notaire & bureaux de bienfaisance de l'arrondissement de Liège
Horion-Hozémont V. Riga adj. (vermoedelijk Vincent)
VINCENT JOSEPH RIGA & ANNE MARIE CATHERINE HOTTIA
Vincent Joseph Riga wordt vermeld als schepen van Horion-Hozémont. Bijvoorbeeld in de volgende akte:
L'an mil huit cent quarante, du mois d'avril le treizième jour à huit heures du matin, par devant nous Vincent Joseph Riga échevin, remplissant les fonctions d'officier de l'état civil de la commune d'Horion Hozémont, canton de la justice de paix de Hollogne aux pierres, arrondissement et province de Liège est comparu Mathieu Wéry Joseph Delbrouck maçon, âgé de cinquante ans, domicilié en cette commune, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, ne le douze avril mil huit cent quarante, à onze heures du soir, à Hozémont, cheflieu de la commune, de lui déclarant et de Marie Joseph Maréchal journalière, âgée de quarante huit ans, domiciliée au dit Hozémont son épouse; et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Emérence-Joseph. les dites déclaration et présentation faites en présence de Gilles Streel journalier, agé de soixante huit ans, et de Arnold Jeukenne maçon, agé de quarante neuf ans, tous les deux domiciliés à Horion-Hozémont. après avoir reçu lecture du présent acte, le déclarant et les deux témoins ont dit ne savoir écrire ni signer.
Source: Christophe LACROIX
Le maire de Grâce-Montegnée
Avant la conquête de nos provinces par Dumouriez et immédiatement après celle-ci, la majorité de la population liégeoise avait manifesté des sentiments francophiles, qui s'étaient traduits, entre autres façons, par des votes d'annexion volontaire à la France. La restauration des institutions d'Ancien Régime, qui survint après le retour des Autrichiens à Liège (5 mars 1793), et les représailles du Prince contre les républicains avaient exalté ces sentiments. Mais après la seconde invasion de la Belgique et la réoccupation de Liège par les armées françaises (27 nov. 1794), nos contrées furent traitées en pays conquis. Les réquisitions rigoureuses, les extorsions de toutes sortes, le cours forcé des assignats, la loi du maximum, bref l'exploitation organisée de nos provinces, aliénèrent à la France bien des sympathies. Après l'annexion (décret de la Convention du 9 vendémiaire an IV-ler oct. 1795), la politique jacobine et sectaire du Directoire souleva encore de vifs mécontentements, mais l'avènement du Consulat amena « des mesures d'apaisement et de modération qui commencèrent à rassurer les esprits ». Les décisions prises par Bonaparte, Premier Consul, pour le relèvement économique de notre pays, ses réformes administratives et judiciaires, sa politique religieuse — le Concordat et le rétablissement du culte catholique — réconcilièrent nos pères avec l'ordre nouveau. Cependant « il resta encore bien des dissidents; il subsista encore bien des partisans de l'ancien régime ou de l'autonomie ».
Notre village connut de ces opposants, même à l'époque où la puissance napoléonienne — d'Austerlitz à Wagram — allait atteindre son apogée.
La commune de « Grâce et Montegnée » (appellation courante : Grâce-Montegnée) avait été constituée après l'annexion par la réunion de trois juridictions distinctes.
Sous l'administration du premier « agent », Henry Marcotty, de Montegnée, elle fut déchirée par des rivalités parfois sanglantes entre « royalistes » et républicains. Si, par la suite, les esprits se calmèrent, une opposition subsista, larvée, mais tenace. Ce fut Georges Wathieu, de Montegnée, le maire choisi par le premier Préfet de l'Ourthe, Desmousseaux, pour remplacer Marcotty destitué, qui souvent la représenta. Il manoeuvra avec circonspection et prudence, en évitant de heurter de front l'autorité et en résistant passivement aux ordonnances de la préfecture, qu'il estimait contraires à ses convictions ou aux intérêts de sa commune. Il sut être assez habile pour garder son mandat jusqu'à la fin de 1807.
Le conseiller municipal, Léonard Renson, de Grâce, nommé en septembre 1804 instituteur de l'école primaire officielle, fut un des thuriféraires du régime nouveau. Ses protecteurs le curé de Grâce, François Joseph Detilleux et Jean Riga, également de Grâce, successeur de Wathieu à la mairie, partageaient ses convictions. Par contre Eustache Masset, nommé curé de Montegnée lors de la division en deux « succursales », montra moins de zèle que son confrère de Grâce.
C'est à l'occasion de la création de l'école primaire officielle que l'attitude du maire Wathieu et celle de l'instituteur Renson se précisèrent.
Le préfet Desmousseaux, par ses arrêtés du 26 prairial et du 11 fructidor an XI, avait prescrit aux maires d'organiser un enseignement primaire dans leurs communes. Wathieu se fit défenseur des écoles privées d'ancien régime ouvertes à Montegnée et à Grâce et retarda autant qu'il le put la création de la nouvelle institution. Il dut cependant s'incliner devant les ordres de la préfecture et céder au voeu de la majorité des conseillers municipaux, qui appuyaient la candidature au poste d'instituteur de leur collègue, L. Renson. Il montra la même répugnance à obéir aux ordres du préfet, lorsqu'il lui fut enjoint de fermer les écoles privées dont les maîtres ne respectaient point la loi. Il ne prit donc aucune part à l'installation à Grâce de l'école primaire, ni à la nomination de Renson comme instituteur. Toutefois après la fermeture des écoles privées, à laquelle il avait dû consentir, il crut de bonne politique d'inviter ses administrés, dans une proclamation publique, à envoyer leurs enfants à l'école de Grâce et de patronner les distributions des prix organisées par l'instituteur.
Il voulut prendre sa revanche en cherchant noise à Renson. Il trouva des alliés dans les membres du Conseil, que l'attitude autoritaire et tracassière de leur ancien protégé, les sympathies agissantes qu'il affichait pour l'ordre nouveau, avaient indisposés. Il groupa les mécontents dans la maison du « chirurgien » Toussaint Marnette, conseiller municipal, où il réunissait habituellement le Conseil, ou dans le café tenu par Jacques Joseph Préalle, ancien adversaire de Marcotty, également conseiller.
La maison Marnette et le café Préalle devinrent bientôt les lieux de rassemblement des mécontents et de tous ceux qui, malgré les victoires napoléoniennes, ne croyaient pas à la solidité du régime. Renson vit avec amertume et colère l'opinion se dresser contre lui. Instigués par Wathieu, les conseillers voulurent réduire des 2/3 l'indemnité de 140 f., qu'ils lui avaient votée l'année précédente. L'instituteur animé d'une indignation, que redoublaient les atteintes à ses intérêts personnels, s'éleva contre les procédés du maire et de ses « créatures » et le dénonça à la vindicte préfectorale.
Le préfet eût remercié Wathieu, s'il avait à ce moment-là trouvé un homme capable, pour le remplacer. A l'instigation de Denizet, chef de la lre Division de la préfecture, qui s'érigea en protecteur de Renson, il défendit l'instituteur contre les attaques dont il était l'objet, le soutint dans ses revendications et, malgré les protestations indignées du Conseil, il porta son traitement à 300 fr. (7 juillet 1806).
Le Conseil eut beau renouveler ses doléances (3) (22 jan- vier 1807) et s'élever contre cette augmentation abusive, « une exorbitance frappante », la décision fut maintenue. Wathieu dut s'incliner devant l'ukase préfectoral, mais pour « tracasser » Renson, il voulut le contraindre à changer de domicile en obtenant du préfet le transfert à Montegnée de l'école de Grâce. La manoeuvre échoua. Sentant qu'il n'était pas le plus fort, il cessa ses attaques. Mais il ne laissa pas pour autant de contrecarrer les initiatives de la préfecture. Il ne manifesta qu'un zèle fort tiède dans la recherche des conscrits réfractaires ou déserteurs.
D'autre part, il montra une mauvaise volonté évidente à procéder au remplacement des conseillers, qui « pour cause de parenté ou d'alliance ne pouvaient rester au conseil ». Le préfet dut insister à plusieurs reprises et le menacer des foudres du Ministre de l'Intérieur pour qu'il s'exécutât.
Renson se plaint également avec acrimonie du receveur communal Pierre Piron, ancien adjoint de Wathieu et son « intime ami », qui acquitte son indemnité avec beaucoup de retard. Mais il ne l'accuse pas d'être un ennemi du régime.
Fatigué d'un fonctionnaire aussi peu docile, il profita du « renouvellement quinquennal » des maires pour le remplacer par Jean Riga, second adjoint depuis trois mois (2 septembre), en qui il trouva un instrument plus souple (30 décembre 1807). Le nouveau maire en effet, grand ami de Renson, ne chercha pas comme son prédécesseur à assurer l'indépendance du pouvoir communal et à le dégager de l'emprise de la préfecture. Il fut, au contraire, un chaud partisan du régime et jusqu'à la chute de l'Empire, il manifesta un zèle qui ne se démentit point.
Cependant, dans les premiers mois de sa gestion, il montra plus de bonne volonté que de compétence. Il s'était adjoint Renson en qualité de secrétaire et Denizet avait fait ratifier sa nomination par le préfet, qui lui octroyait pour ce poste 250 frs de traitement (3 février 1808). Les opposants ne laissèrent pas passer une occasion aussi favorable de partir en guerre contre les tenants du régime.
Dirigés par le premier adjoint Jacques Joseph Hellin, ils soulevèrent aisément l'opinion contre le secrétaire-instituteur, son esprit « arrogant et tracassier », son appétit à cumuler les charges lucratives et submergèrent les bureaux de la préfecture de leurs récriminations écrites et verbales pour obtenir sa destitution ainsi que celle du maire, qu'ils dépeignaient comme un administrateur incapable aux ordres de son subordonné (Le préfet ébranlé cassa, après enquête, les arrêtés du 7 juillet 1806 et du 2 février 1808 « pris clandestinement par Denizet » et « entachés d'irrégularité » ; il engagea le maire à se démettre, renvoya l'instituteur à ses élèves et réduisit son indemnité à 150 fr.
L'opposition triompha, mais pas pour longtemps. Malgré les appuis « qu'elle se vantait d'avoir à la préfecture », elle n'obtint pas la place de maire qu'elle convoitait.
Riga, dont la probité était reconnue par ses adversaires, fit amende honorable, renonça aux services de Renson et fut maintenu en fonctions. Entretemps, le parti français au conseil municipal avait été renforcé par la nomination, comme conseiller, du curé de Grâce, Detilleux. D'autre part Renson, ulcéré et indigné d'être la victime de « cabaleurs », qui « mettaient leurs espérances dans les Prussiens et les Russes », avait protesté avec véhémence contre le sort qui lui était fait. Denizet, un instant désarçonné, reprit l'offensive. Il parvint à arracher au préfet en faveur de son protégé la promesse d'une « gratification » (28 juillet 1808). Six mois plus tard, le préfet accorda à l'instituteur, avec l'approbation du maire et de Detilleux, une gratification de 150 fr. pour 1809 ; il lui en octroya une seconde du même import en 1810 et en 1811 il rétablit son indemnité à 300 fr. Mais pour ne pas provoquer de nouvelles dissensions, il ne le réintégra point dans son emploi de secrétaire. L'opposition ne fut qu'à demi satisfaite; mais le parti français au Conseil était le plus fort; elle se résigna à le supporter.
L'autorité religieuse montra, elle aussi, quelque réticence à l'égard du régime. Alors que le curé de Grâce est tout à fait rallié, les vicaires et marguilliers de sa paroisse, Gaspar Renson et Georges Galand, ne manifestèrent pas une sympathie bien profonde pour le gouvernement. Ils avaient perdu les prébendes dont ils jouissaient sous l'ancien régime et voyaient en outre avec impatience l'état s'immiscer dans l'administration des biens des fabriques et édicter des règles strictes pour leur gestion. Renson, qui entra en conflit avec eux, après avoir été pendant deux ans leur collègue au conseil de fabrique de l'église de Grâce, attribuait à cette diminution de leurs prérogatives et de leurs revenus, la raison de la « haine profonde » qu'ils nourrissaient contre les institutions. Aussi comptaient-ils sur une victoire des ennemis de l'Empire pour retrouver leurs privilèges et leur liberté d'action (1807).
L'attitude du curé Fr. Jos. Detilleux fait contraste avec celle de ses subordonnés. Il respecte les lois et obéit aux ordonnances de la préfecture. Déférant à l'invitation du préfet et de Riga, il donne lecture au prône, les dimanches, des instructions et arrêtés préfectoraux. Il lit en chaire de vérité les mandements de l'Evêque touchant la conscription. Il chante le Te Deum pour les victoires et, après la grand'messe dominicale, il chante le Domine Salvum fac Napoleonem imperatorem nostrum. Les événements qui marquèrent la rupture de Napoléon avec le Pape, l'excommunication de l'Empereur (10 juin 1809), l'enlèvement de Pie VII (5 juillet), ne modifièrent point son attitude. Au conseil municipal, le préfet n'eut pas de meilleur soutien ni Riga de plus ferme appui. Il resta fidèle à la ligne de conduite qu'il semble s'être tracée : servir l'autorité établie. Ses convictions déplurent à maints de ses compatriotes. Sans doute, comme le dit Renson avec quelque exagération, ne l'eussent-ils point « exterminé », ni Renson avec lui. Les violences à l'égard des ralliés au régime furent purement verbales ; il n'y eut point de tués ni de blessés pour fait de collaboration.
Le comportement du curé de Montegnée plut davantage aux opposants. Eustache Masset en effet ne manifeste pas le même zèle. Il ne chante pas la prière pour l'Empereur. Il ne chante pas les Te Deum d'actions de grâce «ordonnés par sa Majesté pour les victoires». Il ne lit pas au prône les circulaires du Mémorial qui intéressent la conscription. Il permettait toutefois à son vicaire Lambert Coune de se charger de cette lecture. Mais après le débarquement des Anglais dans l'île de Walcheren, où ils s'étaient maintenus pendant près de deux mois (fin juillet-fin septembre 1809), il ne permit plus à Coune de les lire et refusa fermement à Riga « de publier dans son église ce qui a rapport au civil ». L'incident est curieux. L'apparition des Anglais si près de nos côtes avait diversement agité l'opinion.
Chez Masset, il provoqua un raidissement de sa résistance et renforça en lui la conviction que la puissance de Napoléon n'était pas éternelle.
Il serait intéressant, pour une enquête de ce genre, de pouvoir retracer les divers courants de l'opinion et de connaître les sentiments qui animaient la foule anonyme ou encore les propos que tenait « l'homme de la rue » dans les tavernes comme sur les places publiques. C'est là évidemment un but impossible à atteindre. Au reste nous pensons que pour une grande partie de la population de notre village, « pauvre commune rurale que le fléau de la guerre a particulièrement frappée », composée de « houilleurs presque tous nécessiteux », où le nombre de personnes réputées indigentes s'élevait à plus de 1100, où enfin plus des 3/4 des habitants ne savaient ni lire ni écrire, le souci du pain quotidien devait primer toutes les autres préoccupations. Les contingences de la politique extérieure ou intérieure ne l'intéressaient que dans la mesure où elle en était la victime ou la bénéficiaire. Les excès de la fiscalité la rendent nerveuse, comme le montrent les « attroupements séditieux » qui se firent à Montegnée les 25 et 27 avril 1809 à l'occasion de la saisie de ballots de tabac, opérée par des préposés aux droits réunis, chez Lambert Dupont, cabaretier demeurant sur la Chaussée.
Mais c'est le fardeau de la conscription qui lui pèse le plus, fardeau que les exigences de l'armée qui allaient croissant rendent de plus en plus lourd. Alors qu'au 25 pluviôse an XII, il y avait 8 militaires sous les drapeaux (dont 7 de Montegnée et 1 de Grâce), on en compte 11, le 1er janvier 1806 ; 22, le 1er janvier 1807 et 27, le 1er jan-vier 1808; 33, le 1er janvier 1810 (22 de Montegnée, 7 de Grâce et 4 du Berleur) ;35, le 1er janvier 1811 (24 + 7 + 4) ; 46,1e 1er janvier 1812(31 + 10 + 5) (5) et enfin 68,1e 1er janvier 1813 (48+14 + 6) (6). Les volontaires sont peu nombreux : il y en avait 5 au 1er janvier 1807 (3 de Montegnée et 2 de Grâce) et au 1er janvier 1813, leur nombre n'avait pas augmenté. Ici comme ailleurs, les recrues cherchent à échapper à la conscription; nous relevons les noms d'une vingtaine de réfractaires ou de déserteurs appartenant aux classes de l'an XIII à 1810 inclus que la gendarmerie traque. Ici comme ailleurs, « elle patrouille en permanence à leur recherche ; des garnisaires sont logés au domicile des parents dont le fils a disparu, à leurs frais s'ils peuvent payer, aux frais de la commune s'ils sont insolvables ». Une demi-douzaine de ces recrues, voulant bénéficier des mesures de clémence prises par l'autorité à leur égard, se présentent pour rejoindre leur corps. Le sabotage qui, au cours de la dernière guerre, est devenu une forme hautement appréciée de la résistance civile à l'occupant, fut aussi pratiqué à cette époque. Nous relevons les noms de Jacques Thiry et de son fils Jean, de Montegnée, tous deux cordonniers qui, avec un certain Bovy, de Voroux, au service de l'entrepreneur J. J. Redouté de Liège, lui-même fournisseur d'un nommé Garreau « entrepreneur de la chaussure des troupes à Paris », confectionnent des souliers, dont les cambrures contiennent du carton, du bois ou des morceaux de feutre. On en saisit 84 paires contenant « des corps étrangers ». Ces civils furent-ils guidés uniquement par l'appât du gain ou voulaient-ils saboter, si l'on permet cet anachronisme, « la machine de guerre » napoléonienne?
Quelle fut l'attitude de l'autorité municipale à l'égard des réfractaires à la conscription ? Wathieu ne secondait guère le préfet dans la recherche des conscrits; Riga, au contraire, mettait tous ses soins à les pourchasser, si bien qu'il nous apparaît comme un agent recruteur. Le préfet, plus d'une fois, se plaint de Wathieu qui ne fait pas toutes les démarches « pour s'assurer de la résidence des conscrits »; qui n'effectue pas « les perquisitions et diligences nécessaires pour découvrir leur lieu de retraite »; qui ne paie pas les garnisaires dont la commune doit supporter les frais de séjour ou qui demande que ces « militaires en exécution » soient retirés. Il n'encourage pas le volontariat : un certain Martin Malpas, âgé de 18 ans, avait contracté à l'insu de ses parents un engagement volontaire dans le régiment des chevau-légers belges du duc d'Arenberg. Wathieu, au nom du père Malpas, demande au préfet que cet engagement soit annulé. Il donne le moins de publicité possible aux circulaires préfectorales intéressant la conscription; il se borne à les afficher à la porte de l'église et ne demande pas au curé de les lire au prône le dimanche, ainsi que le préfet le recommande. Lorsque Riga lui succéda, il ne lui facilita pas la besogne: il ne lui remit « ni les listes, ni les tableaux des conscrits de toutes les classes — sauf la liste des conscrits de 1809 — qu'il prétendit ne pas avoir gardés, ni une ligne de la correspondance, ni aucun renseignement par écrit sur l'état des affaires ».
Riga, poussé par le préfet, s'occupa de faire rentrer dans le devoir les réfractaires « si scandaleusement tolérés par son prédécesseur ». Tantôt il agit envers eux par la persuasion «pour qu'ils se rendent à l'obéissance». Il en conduit lui-même quatre au préfet dont les nommés Ramioulle et Remy Joliet (14 novembre 1808) et le surlendemain, il lui adresse un certain Joseph Renson en « le priant de le pardonner et de ne lui faire subir aucune peine que de le rendre à son corps ». Il donne « la plus grande publicité » aux arrêtés du préfet ; il rappelle à ses administrés « les dangers auxquels ils s'exposeraient en donnant asile aux déserteurs et aux réfractaires » ; il « publie et affiche » à la mairie et aux portes des églises les avis de désertion et invite le clergé paroissial à lire du haut de la chaire les arrêtés qui concernent les conscrits. Il ne paraît négliger aucun moyen de persuasion, car on le voit au cours d'une cérémonie exhiber un brave militaire blessé à Essling et « le présenter comme un modèle, pour inspirer à ses jeunes conscrits l'esprit martial» (23 avril 1810).
Tantôt aussi, il excite le zèle de la gendarmerie, car « il ne veut souffrir aucun réfractaire ou déserteur dans sa commune ». Il les lance à la poursuite du déserteur Lambert Vandewelle et du réfractaire Michel Renson ; il les « fait guetter », car il cherche à tout prix à « les faire saisir ». Et lorsque ce Renson, qui est le dernier conscrit de Grâce-Montegnée à figurer sur l'état des réfractaires, est enfin capturé par les gendarmes (19 décembre 1810), il demandera au préfet que le nom de sa commune soit rayée de la liste donnée par le Mémorial: car il veut mériter le certificat accordé aux communes, « où il n'existe ni réfractaire, ni déserteur », qui doit servir de « monument honorable du zèle des maires et de l'obéissance des administrés ».
Telle fut, à la lumière des sources que nous avons pu consulter, l'attitude de quelques « notables » pendant les années 1805 à 1810. Il resterait à connaître l'état des esprits au cours des événements qui marquèrent les dernières années de l'Empire: le mariage autrichien, la naissance du Roi de Rome, la campagne de Russie, la bataille de Leipzig et l'invasion du territoire par les armées alliées.
L'opposition a-t-elle grandi à mesure que le régime « s'imposait plus lourdement ? ». Après la retraite de Moscou et la campagne d'Allemagne, les opposants furent-ils plus nombreux à douter de la stabilité de l'Empire? Il n'est pas interdit de le croire. Les textes sont muets sur ce point. Les noms des Wathieu et consorts n'apparaissent plus. Préalle d'ailleurs est mort au début de 1810 (le 13 février).
Deux conseillers municipaux E. Thiry, remplaçant de Préalle, et H. J. Mathy démissionnent dans le courant de 1811.
Mais, fait à noter, J. J. Hellin, qui mena en 1808 une lutte sévère contre Riga et son secrétaire, est toujours premier adjoint et le 31 décembre 1812, il accepte d'être prorogé dans ses fonctions. Riga, réélu maire, Detilleux et Renson, toujours membres du Conseil, continuent à collaborer avec le régime qu'ils ont si bien servi ; on ne surprend chez eux aucun signe de lassitude ou de désaffection. Par ailleurs que pensèrent les opposants, qui avaient fait des voeux pour la victoire des Prussiens, des Autrichiens et des Russes, lorsque les Cosaques cantonnèrent dans leur village et que l'artillerie prussienne s'installa dans leurs campagnes? La commune qui avait dû livrer des fournitures et du charroi aux troupes françaises en retraite, fut contrainte « de faire face aux dépenses extraordinaires et urgentes » causées par le passage des troupes « des hautes puissances alliées ». Pendant de longs mois, elle fut soumise à des réquisitions et des prestations de toute sorte.
A l'époque de Waterloo, des cultivateurs furent tenus de fournir des voitures et des chevaux pour le transport des effets militaires et des troupes. Riga administra la commune pendant cette période difficile. Il resta maire sous le régime hollandais. La plupart des conseillers qui avaient siégé sous le régime précédent, restèrent en fonctions.
Le 20 mars 1815, ils adressèrent un hommage au nouveau roi des Pays-Bas. Enfin, un an et demi plus tard, le 5 août 1816, — quatorze mois après Waterloo —, après une séance publique, au cours de laquelle maints habitants s'étaient bruyamment élevés contre la gestion de la commune et avaientmanifesté contre le gouvernement, ils rédigèrent une solennelle protestation de fidélité au monarque et au régime établi. Nous la reproduisons ici: « Les membres soussignés... déclarent qu'ils ne reconnaissent d'autre ordre de choses, que l'ordre établi par le gouvernement de S. M. le Roi des Pays Bas, leur auguste souverain, qu'ils ne veulent et ne voudront jamais être rebelles à ses ordres, à ses lois et à ses instructions, qu'ils se conformeront constamment à tout ce que ''autorité supérieure daignera leur prescrire à cet égard ». Au bas de la motion, on lit, parmi d'autres, les signatures de Riga, maire et de Renson, conseiller-secrétaire. L'Empire était bien oublié. Maurice PONTHIR.
ANNEXE
LETTRE DE RENSON AU PRÉFET, 4 janvier 1806:
...Les étranges procédés (i. e. du maire Wathieu) à mon égard sont l'effet d'un ressentiment injuste qu'il a conçu contre moi. Il est devenu mon ennemi parce que, comme lui, je ne me laisse pas influencer par des êtres qui conservent encore des espérances chimériques; parce que dans toutes les occasions, où m'ont appelé mes fonctions de conseiller municipal, je n'ai jamais voulu violer la loi, ni vosarrêtés; parce que je l'ai constamment, mais vainement, stimulé à se conformer à vos instructions et à faire disparaître cette négligence, cette coupable indifférence qu'il a coutume de manifester toutes les fois qu'il s'agit du bien public; enfin parce qu'il s'imagine que je suis du nombre de ceux qui vous l'ont fait connaître. Il m'a juré ainsi que toutes ses créatures qui composent le conseil municipal une haine implacable parce que j'ai fait et que je n'ai voulu faire que mon devoir; c'est un crime chez ces gens-là que d'être attaché au gouvernement...
LETTRE DE RENSON AU PRÉFET, 4 septembre 1806:
...Je ne suis tracassé que par le maire lié avec des cabaretiers et buveurs de genièvre qui sont membres du conseil municipal; il fréquente surtout les cabarets du sieur Préal et du sieur Toussaint Marnette tous deux conseillers. C'est là qu'il assemble le conseil municipal, c'est là qu'en haine de mon dévouement à votre autorité il médite et délibère avec ses cobiberons sur les moyens de me nuire et de me tracasser... C'est sous l'égide de votre autorité, Monsieur le Préfet, que j'exerce mes fonctions. Toute ma sollicitude est de travailler constamment à mériter par mon zèle et par une conduite sans reproche l'estime et la bienveillance dont vous voulez bien m'honorer...
RIGA AU PRÉFET, 22 décembre 1809:
J'ai l'honneur de vous informer que, pour donner la plus grande publicité à vos instructions et arrêtés, dont la connaissance intéresse les habitants de ma commune, je les ai non seulement publiés et affichés à la maire et aux portes des deux succursales, mais que suivant l'importance des affaires j'ai invité les ministres du culte à en donner lecture au prône les dimanches. Le curé de Grâce s'est constamment prêté à cette lecture ainsi que M. Coune prêtre à Montegnée, mais ce dernier n'a plus osé le faire dès l'époque où les Anglais se sont montrés sur les côtés, parce que M. Masset, desservant de Montegnée, lui fit alors défense de les lire. Vous avez souvent prescrit, M. le Préfet, ces sortes de lecture aux prônes dans les mémoriaux et il en résultoit tout l'effet désiré. En général les habitans de la campagne ne savent lire et occupés pendant la semaine à différents travaux, ils étoient instruits, les dimanches, par cette lecture, des choses qu'il leur importoit de savoir et cela dans le moment qu'ils étoient réunis pour assister à l'office divin. D'un autre côté M. Masset ne chantant pas les te deum ordonnés par Sa Majesté pour les victoires, tandis que cette cérémonie religieuse a toujours eu lieu dans la succursale de Grâce toutes les fois qu'elle a été prescrite, il en est résulté un mauvais effet dans la commune. Le curé de Grâce m'en a fait plusieurs fois des plaintes avec raison...
LETTRE DE RIGA AU PRÉFET, 30 avril 1810:
...J'ai publié et affiché à la mairie et aux portes des églises la désertion du sieur Jean Bourdouxhe ...j'en ai donné particulièrement connaissance à mes adjoints et au garde champêtre, en le prévenant que vos arrêtés contre les déserteurs et les réfractaires, qui n'auront pas profité de l'amnistie, seront rigoureusement exécutés dans cette commune, où je ne veux en souffrir aucun, ainsi que je vous l'ai prouvé, M. le Préfet, depuis que vous m'avez fait l'honneur de m'appeller à cette mairie. Vous scavez avec quel empressement et diligence j'ai remis dans vos mains ces vieux réfractaires qui y avoient été si scandaleusement tolérés par mon prédécesseur. Je m'estime heureux, M. le Préfet, de pouvoir dire que parmi ces braves de ma commune que j'ai fait partir, qui sont sous les drapeaux, il en est revenu un qui pensionné pour ses services et pour une honorable blessure, qu'il a reçue sur la rive gauche du Danube, lorsque les ponts ont été emportés, a mérité les suffrages de la commission de ce canton pour participer aux bienfaits du décret impérial du 25 mars dernier. J'ai éprouvé, M. le préfet, une véritable satisfaction en le présentant en tout comme un modèle et en le comblant d'honneurs et d'attentions pendant toutes les cérémonies de la fête du 23 de ce mois; en me conformant en cela aux intentions de Sa Majesté, j'inspirois en même temps à mes jeunes conscrits l'esprit martial, pour qu'ils se piquent de suivre l'exemple de ce brave militaire, afin de mériter les mêmes honneurs et les mêmes avantages, que j'aime à leur faire espérer. J'ai donné, M. le préfet, ainsi que vous me l'avez prescrit, la plus grande publicité à vos arrêtés des 20 vendémiaire, 17 ventôse an 12 et 15 9bre 1808, à l'amnistie, et à tout ce que vous prescrivez à cet égard. En annonçant à mes administrés tous ces objets, je leur ai rappellé les dangers auxquels ils s'exposeroient en donnant asyle aux déserteurs et aux réfractaires, mais ils étaient déjà parfaitement instruits de toutes ces choses, que je leur ai souvent répétées et dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte plusieurs fois et à différentes reprises. J'ai l'honneur d'être...
Extrait de: Maurice Ponthir, Contribution à l'étude de l'esprit public à Grâce-Montegnée sous le Régime français (1805-1810), Chronique archéologique du pays de Liège, 10me année, Publication de l'Institut Archéologique Liégeois 1949.
GRÂCE-HOLLOGNE
Source: Maurice Ponthir et Maurice Yans, La Seigneurie laïque de Grâce-Berleur, Les seigneurs, le domaine, les houillères, Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, Tome LXXII, 1957-1958, Liège, Maison Curtius.
Note de houillerie : Marques " d'establire "
Qu'entend-on par « establire ? ». Le nom — et la chose — étaient bien connus dans l'ancienne houillerie : les textes d'archives du 18e siècle, en particulier, le signalent fréquemment. (…)
Le manuscrit 527 de l'Université de Liège qui contient une description des ouvrages de houillerie, donne certaines précisions supplémentaires : « c'est une planche longue de 7 à 8 pieds et un de large, reiée d'un bout à l'autre, chaque ligne distante un poulce l'une de l'autre, entre lesquels les marques des maîtres sont rangées à proportion de leur part, par exemple un maître aiant une quatrième parte aura toujour le quatrième trait sortant du
bure, un autre possédant une huitième parte ou la huitième partie de la ditte fosse, aura le huitième trait » (…)
Les textes d'archives nous donnent parfois des renseignements circonstanciés.
Par décret du 17 mars 1703, les directeurs de la Cathédrale nomment un certain Jean Ledent « creneur », c'est-à-dire vérificateur-comptable, des houillères où le Chapitre a des
intérêts. Ledent devra « faire rapport chaque quinzaine des traits qui se trouveront tirés ». De plus, il tiendra « un bon et fîdel registre contenant la quantité et qualité des denrées qui reviennent au chapitre »... Mais, au préalable, on lui fait obligation « de faire mettre les marques du chapitre aux estableries tant des dittes fosses qu'à celles qui se travailleront cy après ». Par un autre décret du 21 janvier 1722, le Chapitre prévoit que « le creneur ne permettra qu'aucune fosse fasse hoppe ; scavoir que l'on ne fasse aucun trait sans
être rabattus à l'establerie pour que lesdits seigneurs ne perdent leur tantième » (…)
Henry Pirotte (1728) a été désigné par les maîtres de la fosse delle Rampioulle, au Berleur, « pour menner et conduire l'establiere». Il déclare «d'avoir toujours annoté comme il fait encore actuellement à l'establiere de la ditte fosse le quatre vingtième trait... pour le cens d'areine ». Les paniers ont été déversés en paire. Il a agi conformément aux ordres de Jean Riga « creneur du seigr arnier torette ». Les paniers «ont été enlevez par ordre de monsr le bourguemaître de Cartier» (…)
Nous trouvons des exemples de ces enseignes dans un registre aux comptes de la fosse du Mavy, à Montegnée. Un compte du 24 décembre 1707 nous donne le nom des maîtres, leur « tantième » et leur marque. Nous le reproduisons ci-après :
Source: Maurice PONTHIR, Histoire de nos charbonnages, Chronique archéologique du Pays de Liège, n° 1, janvier-mars 1955
HISTOIRE DE NOS CHARBONNAGES HOUILLÈRES A GRÂCE-MONTEGNÉE SOUS LES RÉGIMES FRANÇAIS ET HOLLANDAIS
Exploitations en activité sous le régime français
Le décret de l'Assemblée Nationale sur les mines des 27 mars, 15 juin et 12 juillet 1791, sanctionné par la loi du 28 du même mois, fut publié dans le département de l'Ourthe
le 25 frimaire an 4-16 décembre 1795, deux mois et demi après l'annexion de nos provinces à la France (9 vendémiaire an 4-1" octobre 1795).
Mais l'Administration Centrale provisoire du pays de Liège, qui s'était constituée à l'arrivée des armées françaises, s'était déjà intéressée à nos houillères. Elle séquestra dans toutes les mines de son arrondissement les parts compétentes aux émigrés et aux absents, ainsi que les droits de terrage et cens d'areine. En outre, dans le but d'activer l'extraction de la houille « dont le besoin était urgent, journalier et indispensable » et de faire exécuter les réquisitions «de cette partie de nos richesses territoriales de la part des divers agens de la République française », elle prescrivit à tous les exploitants, dans son arrêté du 8 brumaire an 3-29 octobre 1794, de déclarer les noms des sociétaires, d'user des moyens les plus efficaces pour que les travaux ne soient pas interrompus par l'absence des propriétaires émigrés, de veiller « à ce qu'il ne se fasse aucun enlèvement ni déprédation de houilles appartenantes aux absents qui devaient être mises sous séquestre ». En
outre « pour mettre ses concitoyens à portée de se procurer la houille au prix le plus favorable possible », elle établit un maximum du prix du charbon. Il semble bien qu'un certain nombre de propriétaires de fosses s'abstinrent de répondre à ces injonctions : en tout cas nous ne possédons que les déclarations des maîtres du Cockay à Montegnée et du Mavy à Grâce. (…)
Il ne parait pas que l'Administration Centrale (installée le 24 novembre 1795) ait réussi à faire appliquer avec rigueur la loi du 28 juillet 1791, ni non plus l'arrêté du Directoire du
3 nivose an 6-23 décembre 1797 qui la précisait et qui, en autres prescriptions, ordonnait aux demandeurs en concession et permission de justifier de leurs facultés et des moyens qu'ils employeraient pour assurer l'exploitation.
Plusieurs exploitants cependant adressèrent à l'Administration une demande régulière, mais aucune ne nous est parvenue. On possède néanmoins une liste de 22 fosses existant dans la commune. Elle ne porte pas de date, mais elle remonte vraisemblablement à 1796 ou 1797. Nous la reproduisons ci-après :
Montegnée :
11. bure du Gosson au citoyen Dejaer et consors.
12. bure Gille Goffin proche du Gosson.
13. bure appartenant aux enfants L. Plateus.
14. une bure du citoyen G. Ledent.
15. bure Gilles Ledent et consors.
16. bure delle Croufe au citoyen henry Mathy et consors.
17. bure delle poeêt proche du houmvent au citoyen j. joiris.
18. bure du petit cokay au citoyen sior jamar et consors.
19. bure de l'Espérance au citoyen Despas et consors.
20. bure du citoyen jean Couman aile spinette.
21. bure mathieu planchar.
22. bure jean jamar en Chantraine et gérard jamar son consors au Berleur.
Berleur :
23. bure Michel Antoine.
24. bure Arnould Marcotty dans une pièce de terre appartenant à l'ex-Cathédrale possédée par le citoyen pagnoulle.
25. bure paquay Antoine.
Grâce :
26. bure du mavy au citoyen Quoilin Marnette et consors.
27. bure Bia (= Biar).
28. bure du citoyen Rigo et consors.
29. bure du citoyen thiry monon.
30. bure du citoyen Joakim.
31. bure delle pouille au citoyen Stassart.
32. bure du citoyen Riga et consors.
33. bure delle malle plaque proche de nawlinchand (= Aulichamps, nawlîtchamp).
(…)
« Vieux bure Riga ». — Jean Riga et son frère Christian exploitaient cette fosse située à « lèrisse » (Elle était également connue sous la dénomination de « Vieux bure à
I.airisse ».) dans une pièce de terre qui leur appartenait. Elle avait été creusée par leur grand-père Jean Riga. Leur père Gérard et eux-mêmes avaient toujours exploité la houille. Deux ouvriers travaillaient à la fosse, un troisième conduisait le charbon qui était extrait à bras. La veine exploitée était xhorrée. « Il montait d'un jour à l'autre 6 goges de Jemeppe à 8 sous la goge ». La bure était profonde de 40 pieds. (…)
Dans cette liste de quelque quarante fosses, il y avait, on le voit, peu de grandes exploitations. Deux étaient équipées de machines à vapeur: le Gosson et le Chantraine; deux autres en avaient été munies: l'Espérance et le Cockay; mais elles avaient été submergées par les eaux. Toutes les autres étaient des fosses à bras, même celles qui avaient été pourvues de « grand athour » à chevaux, comme le Vieux Jonay et le Mavy. Certains d'entre elles étaient des exploitations fort modestes, telles les bures « al tèroûle ». (…)
Exploitations autorisées et exploitations illicites.
(…) En mai 1808, le maire Riga fit cesser les travaux entrepris dans un jardin situé au Berleur appartenant au même Biar. Ces travaux se prolongeaient sous deux pièces de terre qui étaient la propriété de la famille Vander Heyden à Hauzeur; ils y avaient provoqué des éboulements et formé une excavation « de plus de 20 pieds de profondeur ».
Riga ne fut pas toujours aussi respectueux des règlements. C'est ainsi qu'à la même époque, il fut accusé de tolérer certaines exploitations illicites et d'être lui-même en contravention. (…)
Cependant les efforts de l'autorité pour lutter contre les exploitants clandestins ne furent pas toujours couronnés de succès : une liste de 21 de ceux-ci, datée du 9 septembre 1813 et reproduite par le Mémorial, en est une preuve éloquente.
D'ailleurs, nombre de ces exploitants étaient d'humbles ouvriers, incapables de payer les redevances, qui trouvaient dans le fruit de ces rudes travaux de quoi soulager leur indigence. (…)
Condition sociale de l'ouvrier mineur
Les houilleurs étaient particulièrement nombreux dans le village. D'après une statistique du 5 floréal an 11, on en comptait 473 en 1789 et 521 en l'an 9. En 1804 il y en avait plus de 600: 397 à Montegnée, 103 à Grâce et 108 au Berleur.
Quelles étaient leurs conditions d'existence? Et tout d'abord comment étaient-ils payés? Le taux des salaires n'était pas uniforme; il a varié d'après les époques, les exploitations et la nature du travail fourni. (…)
Malgré les périls et les fatigues de leur profession, ils ne percevaient pas de salaire supérieur à ceux des autres corps de métier.(…)
Grâce au travail des femmes et des enfants, le ménage pouvait vivre. On devine à quel prix: plus de vie de famille, instruction nulle ou insuffisante (les 3/4 des habitants ne savaient ni lire, ni écrire) leur hygiène était déplorable (« leurs enfants sont tous nuds et croupissent dans la crasse » écrit l'instituteur Renson); et ils menaient une existence misérable dans les taudis où ils s'entassaient.
Dans les correspondances de l'époque, l'expression « houilleurs presque tous nécessiteux » revient comme un cliché. En cas de chômage le bureau de bienfaisance ne pouvait guère les soutenir; la modicité de ses ressources ne le permettait pas.
Au reste, eût-il pu sans des revenus considérables secourir tous ceux qui méritaient son aide, puisque le nombre de personnes réputées indigentes atteignait le 1/3 de la popu-lation.
Aussi maints houilleurs cherchaient-ils à se créer des ressources supplémentaires. Les uns creusaient des fosses malgré les arrêtés préfectoraux. L'ingénieur Blavier constatait en effet que « parmi les exploitants illicites il existait des ouvriers qui après avoir fait leurs tâches dans quelques-unes des grandes exploitations se permettaient d'ouvrir des bures partout où ils le pouvaient et souvent même clandestinement ou de force au milieu d'ouvrages autorisés ». D'autres travaillaient sous leur propre bien; tel ce Dieudonné Joiris qui avait creusé sans autorisation une bure dans son jardin et qui demandait la permission «d'en continuer le déhouillement», car son travail était essentiel à la subsistance de sa famille. D'autres encore nous l'avons signalé — pour se mettre à l'abri de toute surveillance, travaillaient à leur fosse pendant la nuit et vendaient la houille au-dessous du prix ordinaire. Quelques-uns enfin, des jeunes et des vieux, s'en allaient chercher au loin un travail plus rémunérateur.(…)
Les dangers de la profession rendaient plus pénible encore leur existence précaire. Dans les catastrophes minières tristement célèbres qui se produisirent au Beaujonc à Ans, au
Champay et au Horloz à Saint-Nicolas, la commune paya son tribut. Sur les 263 mineurs qui trouvèrent la mort dans ces deux dernières exploitations entre 1801 et 1842, on en compte 25 de Grâce-Montegnée. Si on n'eut pas à déplorer dans le village de semblables catastrophes, des explosions de grisou, des coups d'eau, des éboulements étaient toujours à craindre et les accidents étaient monnaie courante. Philippe Bourlet est atteint à l'œil gauche par un éclat de pierre alors qu'il travaillait à la bure de Lagasse. Léonard Marcotty fut blessé au pied par la chute d'une grosse pierre, la gangrène se mit dans le membre atteint, il resta neuf mois immobilisé et pendant un an il dut marcher à l'aide de béquilles. Nicolas Joay, 26 ans, perdit le bras droit dans une mine; il avait deux enfants en bas âge et la misère s'installa à son foyer. Gilles Goffin fut tué à la houillère du Gosson. Le 14 sept. 1812 à la même houillère un chargeur à la taille, Joseph Michel est tué par « une partie de la veine qui s'est détachée du toit ». Le 19 janv. 1813 à la houillère de Lagasse un bloc de houille cassa la cuisse d'un autre chargeur Nicolas IHouard. Le 27 février un autre ouvrier eut le bras cassé par la chute d'une pièce de bois (horon). Le 1er juin, à la même houillère, Joseph Verdin, 45 ans, fut mortellement atteint par une pierre « vulgai-
rement nommée ligue qui s'était détachée du toit de la veine ». La victime laissait 6 enfants en bas âge. (…)
Les périls quotidiens auxquels les houilleurs étaient exposés dictaient au préfet un arrêté qui prescrivait aux maîtres de fosse, maîtres ouvriers ou marqueurs de veiller « expressément à ce que les pères et tous leurs enfants ne soient point employés en même temps dans le même moment ». Les uns travailleraient le jour, les autres la nuit « de manière que tous les mâles d'une même famille ne soient point exposés à périr simultanément ».
Et il ajoutait : « si un père a plusieurs garçons il pourra en prendre un avec lui; les autres ne descendront dans le bure qu'après que leur père et frère en seront sortis ».
Bien éloquent aussi est l'argument que faisait valoir en octobre 1804 le conseil municipal, pour défendre le maintien des deux « succursales » qui venaient d'être instaurées. Après
avoir donné comme motifs la population des deux villages, leur étendue et l'éloignement des deux églises, le conseil écrivait : « Les deux succursales sont indispensables et d'autant plus nécessaires que les houilleurs, composant la majeure partie de la population, nécessitent par leur état la présence d'un desservant dans l'un et l'autre endroit, comme étant exposés dans les houillères à des accidents périlleux qui les mettent souvent dans l'extrême besoin des secours spirituels qui ne sauraient leur être trop promptement administrés ».
Une habitude funeste qui aggravait leur misère (peut-être voulaient-ils y trouver une consolation) était la fréquentation des cabarets qui existaient en grand nombre dans la commune. « L'argent qu'ils gagnent, constatait l'instituteur Renson, ils le dépensent largement dans les cabarets à boire, à jouer et à danser... Il n'y a peut-être pas un dimanche qu'il ne se dépense plus de 500 frs (sic) dans les tavernes». Lorsque Riga fut
nommé second adjoint (sept. 1807), il décida de « fixer l'heure à laquelle les cabarets devraient être fermés et les buveurs congédiés ». Il aurait voulu « être autorisé à défendre les jeux de cartes qui sont comme la boisson la cause de la ruine des familles et principalement des houilleurs qui dépensent largement leur argent à boire et à jouer tandis que leurs femmes et leurs enfants sont dans le plus cruel besoin ». Il espérait « parvenir à les ramener à un genre de vie plus raisonnable et plus conforme à leur bien-être ».
Nous ne croyons pas qu'il y parvînt. En tout cas, devenu maire, il s'efforça d'appliquer strictement les instructions préfectorales du 28 janvier 1808 « relatives à la fermeture des cabarets, auberges et estaminets ». Le 20 février il arrêtait que « les cabarets et estaminets de la commune seraient fermés à 9 h. du soir pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février et à 10 h. pendant les autres mois de l'année».
Procès-verbaux seraient dressés « surtout contre les cabaretiers qui se permettraient de tenir chez eux le public après les heures fixées ». (…)
Cette époque vit naître un timide essai de législation sociale. Pour assurer des moyens d'existence aux ouvriers invalides et aux familles de ceux qui trouvaient la mort dans les mines, une caisse de prévoyance fut fondée par décret impérial du 16 mai 1813. Un arrêté préfectoral du 11 août le rendit obligatoire dès le 1er octobre suivant. Il prévoyait que les ressources du nouvel organisme se composeraient des fonds de bienfaisance (le préfet à l'aide de ces fonds acheta mie rente de 2227 frs sur l'Etat), du produit d'une retenue de 2 % sur les salaires, ainsi que du produit d'une taxe de 1/2 % calculé sur le montant des salaires, à payer par les propriétaires d'exploitation. Toutes les personnes occupées dans les fosses du département qui en feraient la demande au 1er octobre prochain pourraient y être affiliées. L'ouvrier malade ou blessé, susceptible d'obtenir un secours, serait visité par l'officier de santé attaché à l'exploitation. La quotité et la durée du secours seraient proportionnées à l'état du malade et aux besoins de sa famille. Il jouirait d'une pension s'il était hors d'état de travailler. Les veuves pourraient obtenir un secours mensuel ou annuel. Les secours et les pensions seraient payés par la caisse de prévoyance ; leur payement ne dépendrait plus des maîtres de fosses ni de la durée des travaux.
Cette initiative louable, mais encore imparfaite, ne rencontra pas l'accord unanime des ouvriers. Elle ne fut pas, semble-t-il, mieux accueillie dans les petites exploitations que dans les grandes, si nous en jugeons par les chiffres que nous connaissons. (…)
Nous ignorons clans quelle mesure les houilleurs de la commune purent bénéficier des avantages, encore fort minces, que leur reconnaissait la nouvelle loi.(…)
Grandes exploitations sous le régime hollandais
Il est malaisé, sinon impossible (nous l'avons déjà constaté) de suivre, en l'absence de sources, l'évolution des petites houillères. Par contre, nous sommes mieux renseignés sur
l'histoire des grandes entreprises qui se partagèrent l'exploitation de la majeure partie du sous-sol de la commune : le Gosson, l'Espérance, les Sarts (Corbeau) et le Bonnier. Notre
étude nous eût paru incomplète, si nous n'avions cherché à retracer brièvement l'extension prise sous le régime hollandais par ces importantes houillères. (…)
Le 10 déc. 1817 les sociétaires du Bonnier, parmi lesquels on retrouve les noms d'anciens « exploiteurs », Guillaume Rigo, Dieudonné Renson, Jean Riga, Christian Riga, de Grâce-
Montegnée, Georges Galand, prêtre à Hollogne et Jacques François Bottin de Liège, formulèrent une demande de concession. (…) La procédure traîna en longueur. (…) Le 21 août 1826, le Bonnier forma une première demande (…). Une seconde demande
(…) fut introduite le 21 février 1829. (…) Les Etats adressèrent le dossier à La Haye avec avis favorable (24 avril 1830). A la suite des événements qui amenèrent la séparation
des provinces belges, le dossier resta immobilisé à La Haye pendant plusieurs années.(…) Le 20 mars 1840 il fut adressé au Ministère des Travaux publics à Bruxelles. Enfin
un arrêté royal du 20 nov. 1840 concéda à la société du Bonnier les mines de houille gisant sous des terrains d'une étendue de 158 ha 55 a 54 ca dépendant de Grâce-Montegnée et Loncin.
Deux autres grandes sociétés englobèrent dans leur concession une partie du territoire de la commune: celle de Valentin et celle de la Bonne Fortune.
Le 8 août 1818 Léonard et Marie Thérèse Fourneau de Hollogne et Nicolas Fourneau de Horion-Hozémont exploitant la mine Valentin demandèrent une concession sous le territoire de Mous, Hollogne et Grâce-Montegnée. En septembre 1822 ils s'associèrent Aug. Joneau d'Awans, Théod. Denvoz de Hollogne, Guill. Denvoz de Latinne, Gérard Joseph Riga-Bustin, Jacq. Jos. Riga, et Léonard Mottart de Hollogne, Jean Renson, la veuve Michel Bourdouxhe et Guillaume Renson de Grâce-Montegnée. (…)
Ces grandes exploitations dont nous venons d'esquisser l'historique, vont supplanter les exploitations plus modestes. Le gouvernement hollandais, plus encore peut-être que le
régime précédent, encourage les entreprises disposant de puissants moyens techniques et financiers qui leur permettent de travailler sous des superficies de plus en plus considérables. Les capitaux nécessaires à leur bonne marche sont le plus souvent apportés par des personnes étrangères au village; il n'y a pas en effet dans la commune, sauf exception, de capitalistes capables d'investir de grosses sommes dans ces exploitations. A mesure qu'elles prennent de l'extension, le nombre de sociétaires s'accroît et ils apportent avec eux des capitaux nouveaux.
D'autre part, grâce à l'emploi de la machine à vapeur et à l'amélioration des procédés d'extraction, le volume de la production augmente considérablement: elle doit d'ailleurs
satisfaire aux « besoins accrus de la sidérurgie » et à « l'énorme extension de la consommation ».
Mais le sort de l'ouvrier mineur reste précaire. Il faudra attendre de longs lustres avant que le progrès social n'apporte une amélioration sensible à sa condition misérable.
Maurice PONTHIR.
Source: Maurice Ponthir, Histoire de nos charbonnages houillères à Grâce-Montegnée sous les régimes français et hollandais. Bulletin de l'Institut archéologique Liégeois, Tome LXXVIII, 1965.
DE GRÂCE-MONTEGNÉE À GRÂCE-HOLLOGNE
Suite à la Révolution liégeoise (1790) qui transforme complètement notre société, mettant un terme définitif aux pouvoirs seigneurial et épiscopal, nos quartiers vont connaître des périodes d’instabilité entrecoupées de secousses inquiétantes dues aux passages des troupes étrangères.
À la fin de l’époque napoléonienne notamment, des cavaliers cosaques, en route vers Waterloo, sèment la panique dans les fermes et maisons de la Chaussée. Les habitants, épouvantés par ces petits guerriers à la crinière longue et sentant le suint, se terrent dans les fours des jardins et dans les fosses à charbon.
Pendant cette période de mutation, trois personnages marquent notre histoire locale de leur empreinte: le maire (qu’on nommera bourgmestre à la Période hollandaise), le curé et l’instituteur.
Le maire, Jean Riga, sera apprécié tant des Français (1795-1815) que des Hollandais (1815-1830) mettant un zèle étonnant à obéir à toutes les ordonnances et même à glorifier l’empereur Napoléon. Contrairement à nombre de ses collègues, le curé, François Detilleux, traversera sans difficulté l’orage qui pourfend le clergé, même si on le qualifie d’ « indigne curé ». Il gardera ses droits et sa fortune, participera au gouvernement local et lorsqu’il meurt (1819), il laisse des caisses paroissiales bien vides.
L’instituteur, Léonard Renson, secrétaire communal en outre, se démènera comme un beau diable pour ouvrir la première école officielle, allant jusqu’à organiser les premières remises de prix (1806).
En fait, l’administration française avait divisé le pays en 9 départements (les futures provinces). Le
département de l’Ourte (Ourthe) est, comme les autres, subdivisé en cantons et communes. Les trois
quartiers (Grâce, Berleur et Montegnée), dépendant de la même paroisse, formeront la nouvelle commune de Grâce-Montegnée.
Après la débâcle de Napoléon à Waterloo (1815) et les décisions du Congrès de Vienne, la Belgique est purement et simplement rattachée au royaume des Pays-Bas sous la houlette du roi batave, Guillaume d’Orange-Nassau.
Période d’essor économique: John Cockerill entame l’aventure sidérurgique serésienne et, chez nous, toutes les petites fosses, fermées pour cause de moyens financiers limités, permettent l’éclosion de nos deux géants charbonniers. Le Pery (futur Bonnier) ne fermera ses portes qu’en 1967 et les Sarts (futur Corbeau) arrêtera son exploitation suite à un terrible coup d’eau (1933).
1830 – réveil national, les Volontaires belges chassent les Hollandais. Sept garçons de Grâce-Montegnée accompagnent Charles Rogier jusqu’à la bataille du Parc (septembre 1830). Le bourgmestre, Jean Riga, encore lui, reçoit des mains du premier roi, Léopold 1er, un drapeau tricolore en remerciement de notre participation à la libération du pays.
Cette précieuse relique, exposée occasionnellement dans le musée de la Commission historique, est déposée dans les locaux de l’Hôtel Communal…de Saint-Nicolas. L’union Grâce-Montegnée tenait du «mariage forcé» et ne pouvait résister aux nombreuses sources de mécontentement (les gens de Grâce se plaignent que TOUT profite aux habitants de Montegnée). Le folklore local y jettera son grain de sel. À Montegnée, nombreux artisans et meuniers utilisent les services d’un petit âne pour leur transport. À Grâce et au Berleur, la tradition veut que chaque famille engraisse son nourrain (porcelet).
On ne parle plus que du pays des Âgnes et de celui des nourrains et on se dispute à coups de braiments et des grognements.
L’arrêté-loi de 1846 entérine la séparation de Grâce-Berleur et Montegnée. Jean-François Degive, du Berleur, dernier bourgmestre de Grâce-Montegnée et officiellement premier de Grâce-Berleur, cédera aussitôt, pour cause de maladie, l’écharpe mayorale au médecin, Mathieu de Lexhy.
Les premières équipes administratives accompliront la prouesse de « créer » tout ce qu’une commune nécessite: un hôtel communal, des bâtiments scolaires, un cimetière public, des places et des
routes, des règlements élémentaires...
Sur le plan paroissial, le 19e siècle est placé sous la garde du curé Jacques Bussy de 1826 à 1879. Outre un rôle important pendant les nombreuses épidémies qui décimèrent les quartiers, l’organisation de processions fastueuses, ce dernier procédera à la destruction de l’église romane du 11e, à la reconstruction d’un nouvel édifice (1840-1842)… remplacé en 1907 par l’église actuelle.
Dès 1886, des réunions à caractère politique tenues dans les cabarets de la Chaussée et dans le café Collard (place Crucifix) informent les mineurs et autres travailleurs de la naissance d’un nouveau parti, le Parti Ouvrier Belge (P.O.B., futur parti socialiste). Les militants locaux, menés par Adrien Materne, participent activement à toutes les grèves et manifestations en faveur du suffrage universel. D’élection en élection, la nouvelle équipe va rogner l’avance des administrateurs traditionnels et gagner la majorité à la consultation de 1907. La désignation du nouveau mayeur tarde. En 1908, les «défaits » gardent le pouvoir avec deux élus présents seulement.
1922 - Adrien Materne a patienté 14 ans pour ceindre l’écharpe qu’il avait démocratiquement gagnée et la conservera jusqu’à sa mort
(1935). Entre-temps, la commune a perdu vingt-cinq de ses enfants sur les champs de bataille de la tuerie mondiale (1914-1918).
La nouvelle équipe résoudra le douloureux problème de l’habitat, de l’adduction en eau potable, du raccordement au réseau électrique, de la création d’un réseau de routes « en dur » et d’une infrastructure sportive (plaine des sports, vélodrome, piscine).
1940-1945- Grâce-Berleur entre dans le théâtre de la seconde tuerie par la présence sur son territoire de plus de cinq cents soldats allemands casernés sur la base de la FLAK du terril du Corbeau. Plus d’une centaine de ses enfants périront dans les combats de l’invasion, dans les camps de la mort, dans les griffes de la Gestapo, dans les bombardements, dans l’odyssée des bombes volantes, dans les assauts de la Résistance,… ou sous les balles d’un collaborateur local, le tueur de Rex, Jean Pirmolin, qui figurera parmi les exécutés des procès d’après-guerre.
Au lendemain de la guerre, le pays entreprend une nouvelle bataille, à caractère économique cette fois,
la Bataille du charbon. Dès 1946, notre commune accueille des centaines d’Italiens, candidats à la
mine, et les case vaille que vaille dans quatre camps de fortune improvisés aux abords des charbonnages avant d’entamer un vaste programme de construction de maisons sociales.
30 juillet 1950 – Notre petite commune ouvrière fait la une de la presse internationale et des tous les journaux radiodiffusés. Par la mort de 4 de ses citoyens, tués par des gendarmes, Grâce-Berleur a dénoué une crise nationale alarmante que nos politiciens nommaient «Question royale».
Après l’euphorie économique des années 1960, la crise montre les dents : fermeture des charbonnages puis des usines sidérurgiques de la vallée mosane, dépôt de bilan des entreprises locales (chaudronnerie, scierie, margarinerie,…). La création du zoning industriel dans la campagne de Loncin apportera un début de solution (zoning en pleine expansion de nos jours).
En 1970, par une fusion volontaire avec sa voisine, Hollogne-aux- Pierres, Grâce-Berleur entre dans
une nouvelle ère communale, celle de Grâce-Hollogne. Dans le cadre du plan des fusions de communes de 1976, Grâce-Hollogne s’agrandit de Bierset, de Velroux, de Horion-Hozémont et de Crotteux.
Il y a eu 40 ans que le charbonnage, en activité depuis 6 siècles, a cessé son exploitation, nous laissant comme seul souvenir, un terril verdoyant.
Une exploitation vieille de plus de 800 ans, née dans nos contrées. La découverte des propriétés calorifères de la «pierre noire» remonte aux temps gallo-romain. Son usage par les forgerons est attesté, en «Pays de Liège», dans des écrits dès les 13e et 14esiècles.
La croissance de la population couplée à celle des industries métallurgiques engendrent de nouveaux besoins. Le bois de chauffage allait tôt au tard manquer ou devenir inabordable à l’achat.
C’est donc à la fin de la féodalité que commence l’ouverture des premières fosses dans nos régions. N’en citons que quelques unes : Lairesse, Malette, Mavy, Pasay, Patar, Pery, Poule, Saou, …
Mais c’est surtout sous le Régime français que l’extraction du précieux combustible prend une grande envergure. À la fin du 18e siècle, les autorités françaises imposent une organisation rigoureuse des sites favorisant la naissance des «géants »: la houillère du Corbeau (dite «des Sarts », plus tard, intégrée à la S.A. des Charbonnages des Kessales), Valentin Cocq (également reprise à Kessales), la S.A. Espérance et Bonne-Fortune, la Société charbonnière de Gosson-Lagasse (toutes deux essentiellement sur Montegnée) et la S.A. des Charbonnages du Bonnier.
Le Bonnier : des hauts et des bas
Après des démarrages difficiles, les sociétaires, J. Bottin (Avocat à Liège), G. Galand (Prêtre à Hollogne-aux-Pierres, J.-D. Renson, C. Riga et Jean Riga (Bourgmestre à Grâce-Montegnée), persévèrent et obtiennent bon gré mal gré les concessions demandées, mais les extractions des fosses du Bonnier, de Bonaventure, de la Beguine ne produisent pas les résultats escomptés.
En 1834, on fonce la fosse du Péry pour recouper une des meilleures couches du gisement (la «Grande veine», à 300 m). Grâce notamment aux nouvelles techniques, on creuse plus en profondeur et après 12 ans d’exploitation, le Bonnier compte 300 ouvriers. Pourtant, la production baisse. En 1854, ils ne sont plus que 142 pour extraire, quotidiennement, 80 tonnes de charbon. L’avenir du charbonnage est menacé. Fin 1903, l’ingénieur Lambert Galand (arrière petit neveu de Georges Galand et arrière petit fils de Jean Riga) remet un rapport au Conseil d’administration du charbonnage dans lequel il propose de nouvelles solutions. Le puits du Péry est transformé et sert dorénavant de retour d’air au grand puits du Bonnier, profond de 780 mètres et de 4,50 mètres de diamètre.
En 1923, le sous-sol de Grâce-Berleur donne 255.560 tonnes de charbon réparties en Bonnier : 92.860, Corbeau: 58.320, Gosson: 79.050 et Espérance: 25.330 (d’après Sinibaldo Basile).
La production annuelle du Bonnier grimpe, en quelques années, de 40.000 à 175.000 tonnes. En 1933, le charbonnage emploie 647 ouvriers pour extraire quotidiennement 433 tonnes. Il est alors désigné comme l’un des plus florissants et des plus modernes de la région: veines aisément accessibles, charbon maigre et anthracite (idéal pour le chauffage domestique), installations perfectionnées, très peu d’accidents, réfectoire et salles d’eau pour les travailleurs, plus de 1000 berlines de 500 kg… À la veille de la seconde guerre mondiale, ce sont 650 tonnes d’un produit de qualité qui sont remontées chaque jour!
Une industrie qui a forgé notre société, bouleversé notre histoire et façonné notre paysage.
Au lendemain de la seconde guerre, la main-d’œuvre manque. Notre pays se tourne vers l’étranger et signe les Accords du Charbon avec l’Italie, dont notre commune a fêté dignement le 60e anniversaire en 2006. Aujourd’hui encore, 30% de notre population est d’origine italienne.
Le témoin physique le plus spectaculaire de ces exploitations est bien sûr l’immense terril du Bonnier qui culmine au cœur de la commune, mais aussi l’ensemble des cités construites pour accueillir les travailleurs.
Epilogue d’une mort annoncée.
Dès les années 50, les charbonnages se livrent un combat pour la main-d’œuvre. Après 30 ans de mine, le travailleur est pensionné. De plus, vu les conditions difficiles et insalubres du métier, les candidats mineurs se font rares. Parallèlement, la concurrence étrangère est rude, les gisements s’épuisent…
Ougrée ferme en 1954, Kessales en 58, Gosson I en 59, Bonne Fortune en 62. Suivent alors Ans-Rocourt et le Gosson II en 1966.
Pierre Galand (petit fils de Lambert, ingénieur des mines au Bonnier de 56 à 60 et actuel liquidateur) nous explique: en 1965, le Bonnier était encore bénéficiaire. Mais l’année suivante fut désastreuse. Le gouvernement refusait l’arrêt de tous les charbonnages en même temps, il mit donc en place un système de subsides pour étaler les fermetures. Le Bonnier en bénéficie 13 mois durant, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus octroyés, le 1erjanvier 1967.
A la fermeture de chaque charbonnage, les ouvriers étaient «récupérés » par ceux qui étaient encore en activité. La fin fut donc «douce» pour les travailleurs, mais elle laissait un vide inquiétant dans l’économie wallonne.
Source: Grâce-Hollogne Magazine 2007