Hommage à Stephen King

Avertissement - Ce texte a été produit au début des années 90 lors d’un atelier dont le thème était centré sur la nouvelle, en particulier sur le concept du contraste entre un avant « normal » et un après "anormal". Écrit en environ 90 minutes, il n’a pas été retouché, ce qui explique les faiblesses syntaxiques, les répétitions et les errements dans les temps de verbe. Il a seulement été tapé tel qu’il a été écrit.

Cette histoire n’avait pas de titre, mais je me souviens très bien que le jour où elle a été écrite, je sentais que le thème de l'atelier et l'idée que j'avais en tête allaient me conduire dans le Maine, contrée de Stephen King. Et c'est donc tout naturellement que le récit a pris une direction, une forme et une structure qui se sont avérées être une sorte d’hommage, que je n’avais pas réalisé sur le coup, mais que je redécouvre aujourd'hui, alors que je vois le texte apparaître à l'écran. C’est pourquoi j’ai décidé de lui donner ce titre, sans aucune prétention.

Hommage à Stephen King

Je savais que j’aurais dû dormir toute la journée. Passer la journée au lit, en sécurité. Mais pour mon malheur, ce n’était ni samedi ni dimanche. Pour me donner du courage, je m’allumai une cigarette aussitôt le pied gauche posé par terre. Son goût était affreux. Il me fallut mon café matinal pour me rappeler qu’il existait autre chose que l’haleine du matin. Puis une douche, pour me rappeler qui je suis.

Pas le goût de me faire à manger; je suis allé au resto. Bacon, œufs, rôties, un autre café.

Je devais livrer une voiture à un concessionnaire. Un modèle européen rare et dispendieux.

Bel emploi, me direz-vous. En effet, j’aime les voitures et j’aime la route. Mais je hais profondément celle qui traverse la frontière au sud. Je ne sais pas pourquoi, c’est un blocage.

Quand j’ai su qu’il fallait que je me rende aux États-Unis, j’ai maudit le type qui avait commandé ce véhicule de ne pas se satisfaire de tous ceux qu’il pourrait avoir dans son propre pays. Mais c’est mon travail, alors je ne discute pas.

Je traverse le pont et je prends la 73.

Curieusement, ce bout de chemin a passé très vite. 2 heures que je n’ai pas vues passer. J’ai montré mes papiers de livraison au douanier et il m’a laissé passer. La première fois, il avait démonté toute la voiture. C’est depuis ce temps que je porte les cheveux courts.

À partir de là, le seul endroit…« civilisé » que je rencontrerai sera Jackman. La voiture du shériff était encore dans la cour de sa demeure; j’aurais gagé n’importe quoi. Elle est ancrée à cet endroit. Elle n’a peut-être même pas de moteur.

J’ai traversé Jackman rapidement; c’est d’un ennui mortel. J’aime mieux la campagne. Là, il y a des chances qu’il se passe quelque chose.

Ça m’a pris du temps à me rendre compte qu’il y avait quelque chose qui clochait. Normalement, après 3 heures de route, j’aurais dû emprunter la Turnpike, en direction de Portland, mais je suis toujours sur la même route; il n’y a que des arbres. Il y a longtemps que j’ai croisé une voiture. Je n’ai même pas vu de bestioles écrasées le long de la route. En fait, j’aurais été content de respirer l’odeur de mouffette écrasée, j’aurais donc été sûr qu’il y avait de la vie animale dans ce coin.

À bien y penser, sur les 3 heures, il y en a au moins la moitié pendant laquelle je n’ai pas reconnu la route. Je croyais en avoir oublié une partie, mais après 3 heures, il n’y avait plus de doute : je n’étais plus sur la bonne route.

Pourtant, je n’avais pas pu me tromper, je n’avais rencontré aucune intersection.

Je commençais à avoir faim. En temps normal, j’aurais déjà dîné au resto de l’un des « fuel and food » qu’il y a sur la Turnpike.

Sur ma carte routière, il n’y avait pourtant que la même route, celle qu’empruntent des milliers de vacanciers chaque été. À croire que la route ne fonctionne qu’au même rythme qu’Old Orchard.

Que faire? Retourner sur mes pas? Qu’est-ce que j’aurais fait avec ma livraison? De toute façon, je devais faire le plein, et je n’avais pas assez d’essence pour retourner à la dernière station-service.

J’ai donc continué, me disant qu’il devait bien y avoir une fin.

Je n’avais toujours pas rencontré de bestioles, ni d’oiseaux. Mon réservoir à essence criait famine.

Après la panne sèche, j’ai du continuer à pied. En novembre, il ne fait pas chaud, et le soleil ne me permettait plus de voir de lui qu’un bout de ciel teinté de rouge au-dessus des arbres.

Je crois que vers 18 heures, j’ai paniqué. Pas une voiture, pas un animal, pas de vie. Sauf les arbres.

Je me suis fait un feu, que j’ai entretenu jusqu’à ce que je m’endorme, vers minuit et demie.

Ce matin, il fait froid, il n’y a pas de cris d’oiseaux, les branches des arbres ne craquent pas sous le vent. J’écris ceci sur les pages du manuel d’instruction de la voiture, en attendant. En attendant…quoi? Quelqu’un découvrira-t-il un jour ce manuel?

Je n’ai plus de cigarette, ni de feu. Maudit soit ce type.