PURE HYBRIDITY / HYBRIDITÉ PURE

De deux mythes et deux passions, un objet

Si un mythe nous raconte une histoire, toujours la nôtre in fine, le vélo 2 CV fait naître l’émotion de la réunion de deux mythes français devenus mondiaux. La 2 CV et le vélo.

La 2 CV, est une voiture mythique car elle nous raconte notre histoire. En un récit fabuleux que ses formes font émerger de notre mémoire, elle convoque en nous les trente glorieuses, car elle est la voiture que tous nos parents ont eu, la voiture que l’on transmet, que l’on bricole, que l’on voyait partout, dont on se moquait, dont on sourit encore, et qui continue de déclencher le bonheur et les signes d’approbation le long des routes. C’est un « escargot de fer blanc », pour les anglais, un « canard » pour les allemands, la « deudeuche » pour nous. La 2 CV nous raconte l’histoire d’un passé en commun, des premières filles aux premières vacances, des femmes enceintes qui faisaient un tour en 2 CV pour déclencher la naissance, des bonnes sœurs dans la Grande vadrouille, de Bourvil dans le Corniaud qui lance à de Funès « Bah maintenant elle va marcher beaucoup moins bien, forcément ». C’est aussi celle de James Bond en Provence, qui pilote, « rien que pour (les) yeux » de Carole Bouquet… Finalement la 2 CV n’est pas que typique, elle est une icône française, elle est so french. Même élue par les américains « voiture la plus laide de tous les temps » elle nous plaît ! Si pour Roland Barthes, la DS 19 est un mythe et « tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif »[1] alors la 2 CV est manifestement son contraire - l'anti-héroïne-, elle vient de la terre[2] et se présente comme un objet minimal et populaire.

Ce mythe est une passion familiale, voiture de ma mère la 2CV puis la Dyane l'ont accompagné pendant toute sa carrière professionnelle... Elle m'a donné sa dernière 2CV en 1987. Je l'ai conservée...

Le vélo est lui aussi une histoire française, non pas parce que ce sont les frères Michaux qui l’ont inventé mais à cause du Tour de France, qui a structuré notre histoire populaire car il donne à voir les hommes et les paysages, liés ensemble par l’effort. Là où les hommes s’usaient à la culture de la terre ils s’usent désormais à la parcourir, les deux sont du « hard labour » [3]. Une fois par an, aux yeux du monde entier, ils glissent sur la route comme des sphères dans l’espace. Le vélo raconte à chacun l’histoire et les souvenirs des dangereux premiers coups de pédales, aidé par un père ou une mère essoufflé(e)… Le vélo nous raconte les promenades des soirs d’été et la liberté des premières amours avec la chanson « A bicyclette » d’ Yves Montand.

Ce mythe est ma passion, des grands cols des Vosges aux routes du Rhin et de Danube, ce sont des milliers de km de sentiers, de compétitions, de randonnée, pour le plaisir...

Le vélo 2 CV, « C’est véritablement utile puisque c’est joli »[4]

Lorsqu’un de mes proches m’a associé, au gré d’un rêve étrange, à une 2 CV qui s’était transformée en vélo (car j’adore ces deux objets), un désir s’est imposée à moi. J’allais construire un vélo 2 CV. Le désir a suffi. Le reste c’est du dessin, de la soudure, du ponçage, encore du ponçage, de la peinture, de la mécanique, de l’assemblage… Il fallait passer de « 4 roues sous un parapluie » à « 2 roues sous une selle ». Le plaisir du design, la permanence du travail intellectuel de création n’auront été concurrencés que par le caractère sensuel du façonnage, de la peinture et de l’assemblage final. Un double mythe est-il né ?

Une chose est certaine, lorsque le public découvre le vélo 2CV la réaction est toujours forte, le fou rire pour gérer l'étonnement est le plus fréquent, mais il y a aussi souvent la stupéfaction, puis viennent les questions sur la réalisation.


[1] Roland Barthes, Mythologies, La nouvelle Citroën

[2] « Faites étudier par vos services une voiture pouvant transporter deux cultivateurs en sabots, cinquante kilos de pommes de terre ou un tonnelet à une vitesse maximum de 60 km/h » Pierre-Jules Boulanger, concepteur de la 2CV.

[3] Albert Londres citant les Frères Pélissier sur le Tour 1924, in Tour de France, tour de souffrance.

[4] Antoine de St exupéry, Le petit prince