Mai 2022 : Pays de Galles - Ile de Man

Après les paysages de l'archipel des Scilly, nous quittons la mer Celtique pour entrer en mer d'Irlande. Nous pensons faire trois étapes au Pays de Galles en nous arrêtant près des pointes Ouest sur notre route vers le Nord : Milford Haven (Pembrokeshire), Aberdaron (Snowdonia) et Holyhead (Anglesey).

Pays de Galles

Reconnaissez-vous les 8 régions Celtes toutes se référant au Triskel (emblème à trois branches) ?

Mais un point essentiel va modifier nos escales : la météo ! (cela n'a rien d'étonant), et surtout les courants forts de la mer d'Irlande qui vont guider nos voiles. Nous traversons le 27 avril en direction de Milford.

Et puis rien ne nous oblige à faire des stops dans des ports ou des marinas : nous décidons donc d'éviter la marina de Milford Haven et d'aller directement sur l'île Skomer (pointe sud du Pembrokeshire), réserve naturelle d'oiseaux marins et de phoques gris. A peine approchons nous du mouillage, que nous naviguons au milieu de centaines d'oiseaux : des guillemots de Troïl, des pinguoins torda, des macareux, des goélands, des cormorans. Difficile de les prendre en photos, car à l'approche de notre étrave, ils plongent ou s'envolent. Nous qui en avions vu quelques-uns aux Sept Iles en Bretagne nord, l'année dernière, nous sommes "scotchés" par la richesse de cette réserve. il nous est même permis d'ancrer (incroyable ces Anglais) : Rémi ancre au plus près de la plage au milieu des cailloux et nous restons plus d'une heure à observer cette faune dans l'eau et sur les falaises.

Macareux à G et Guillemots de Troil et Pingouins Torda, ci desssus

Guillemots

Pingouin Torda

Les guillemots perchés sur la falaise vont par deux, mais en nous tournant le dos ! Nous avons du mal à faire la différence entre guillemots de Troïl et pingouins Torda. Alors que les guillemots ont un bec pointu, les pingouins Torda ont un bec plus épais, aplati latéralement avec des lignes blanches. Mais quand ils volent, c'est un corps de pingouins avec des battements d'ailes très rapides que nous voyons. Désormais, nous arrivons à les reconnaître.

Les macareux nagent en groupe et plongent à notre approche : ce sont tous d'excellents nageurs-plongeurs.

" Oh ! une bouée noire devant nous, non deux, et trois... ? " Ce ne sont pas des bouées mais des têtes de phoques gris qui sortent à peine de l'eau, curieux de notre visite.


Nous décidons de laisser tranquille tout ce petit monde bien sympathique et bien bruyant( en fait Sylvie n'a pas envie de voir le taud beige de Belissima repeint par les excréments de ces centaines d'oiseaux !!!) et reprenons le chemin du Nord en passant par le Jack Sound, (passage étroit entre la pointe de Milford et l'ile Skomer : nous vivons en live nos premiers "Overfalls" (tourbillons provoqués par des courants forts) notés sur notre carte marine. Ce n'est pas le bon moment pour les courants mais notre moteur nous aidera à passer. C'est aussi impressionnant que les courants de marée à l'entrée du Golfe du Morbihan !


Nous faisons un arrêt près de l'île Ramsey à Pothlysgi bay, avant de profiter de courants favorables (5 nds) pour prendre le passage de Ramsey et venir mouiller devant Whitesands bay, grande baie sablonneuse comme son nom l'indique. Nous avons de la chance, les vents étant d'Est, de profiter seuls, de ce mouillage grandement ouvert à l'ouest :

Le temps est clément mais nous restons à bord 2 jours, un peu fièvreux après quelques chauds et froids contractés aux Scilly en débarquant de l'annexe pieds nus dans l'eau pas si chaude que cela. Dommage, les balades semblaient superbes !

Nous repartons le 29 avril vers le Nord-Est à Fishguard sur la côte du Pembrokeshire pour une petite étape en attendant le vent favorable pour notre prochaine traversée vers le nord du Pays de Galles, le Snowdonia.

Le samedi 30 avril, après une belle promenade sur les hauteurs de Fishguard (ancien grand port de la pêche aux harengs), du vent bien établi de sud-sud-ouest nous est promis avec courant favorable. Nous partons très tôt le dimanche matin sous seul gennaker tangonné : grâce au courant nous avancons entre 8 et 10 noeuds mais le vent monte et notre attache de point d'amure du gennaker (à l'avant du bateau) lâche ! Nous vous passons nos péripéties pour rentrer nos 70m2 par 20 noeuds de vent mais tout se passe bien et nous remplacons le gennaker par le génois lui aussi tangonné pour stabiliser le bateau.

En chemin nous traversons une zone de tirs de l'armée anglaise : nous croisons des cibles à l'allure de vieux bateaux rouillés surmontés d'un mât et équipés d'un émetteur AIS (signal automatique d'identification).

Une difficulté n'arrivant jamais seule, c'est notre attache de point de drisse du génois (tout en haut du mât) qui cède. Comme me dit Sylvie je devrais n'utiliser que des bouts (ficelles...) neufs ! Cela m'apprendra...

Nous enroulons le génois et restons sous grand voile et artimon. Finalement nous abandonnons l'idée de nous arrêter à Aberdaron, mal protégé des vents effectifs, pour chercher un mouillage confortable et permettre à Rémi de monter en haut du mât ! Heureusement il ne reste plus beaucoup de distance à parcourir pour rallier Porth Dinllaen, grande baie protégée des vents du Sud.

Nous sommes chanceux ! Nous arrivons dans un mouillage atypique avec des maisons blanches et colorées construites à même la plage. C'est digne d'un décor de cinéma ! Effectivement, le film "Half Light" 2006 avec Demi Moore a été tourné sur ces lieux.

Le soir de notre arrivée, nous aurons la joie de voir passer des marsouins dans le mouillage.

Profitant du peu de vent, Rémi monte au mât pour faire les réparations nécessaires. Le génois est rehissé, le bâteau rangé.

Tout est OK sur le bateau. Nous allons enfin pouvoir aller fouler les landes du Pays de Galles.

Le petit village de Porth Dinllaen est envahi non seulement par les touristes mais aussi par les chiens : quel est le couple d'anglais qui n'a pas son chien, parfois même deux. " OK des chiens, mais à l'anglaise " : pas une seule crotte dans l'herbe ou dans le sable. Nous pouvons marcher tranquille, le nez au vent. Nous observons tout ce petit monde du haut de la falaise qui surplombe le village.

Le soleil à travers la brume et la mer d'huile ferait rêver plus d'un peintre !

Après ces deux jours à Porth Dinllaen, est-ce que nous allons nous arrêter à Holyhead comme prévu ?

Et bien oui, mais encore quelques surprises à venir : la route est dans la brume et nous ne verrons rien jusqu'à la pointe Ouest de Holyhead marquée par le phare de South Stack sur un promontoire. Nous entendons la corne de brume bien sûr, lugubre comme il se doit. Nous percevons le phare en dépassant la pointe

Quelques minutes plus tard, le soleil apparaît et nous découvrons un paysage incroyable : de majestueuses falaises très colorées tombant à pic dans une eau émeraude alors que depuis ce matin nous naviguions dans des eaux noires. Une fois de plus, nous sommes seuls du moins c'est ce que l'on croyait jusqu'à ce que l'on aperçoive des escaladeurs suspendus au milieu de la face la plus abrupte. (suivez les flèches !!!). Nous ne sommes pas au bout de nos surprises : à la Pointe de South Tack, nous naviguons à nouveau au milieu de dizaines de ..... ( à vous de les reconnaitre) et découvrons des cormorans en train de nidifier. C'est une grande chance de passer aussi prêt !

Vous les voyez nos petits escaladeurs jaune et bleu ?

Pointe de South Stack

cormorans dans leurs nids

guillemots de Troïl ou pingouins Torda ?

En contournant la pointe sud, nous voyons au loin le phare du port de Holyhead. Nous espérons y trouver une belle marina pour y faire le plein de gasoil (d'après le site Navily)... C'est sans compter la tempête de 2018 qui rasa complètement la marina, laissant quelques pontons en béton non utilisables. Les voiliers présents sont sur bouées et un long ponton flottant est à la disposition des visiteurs pour 48 £ la nuit pour un 52 pieds. Mais de gasoil, nenni.

La météo étant clémente, nous préférons aller passer la nuit au mouillage au delà du port commercial.

Loin du quai des ferries ( Irish Ferries -StenaLine), nous entendrons leurs moteurs tourner une bonne partie de la nuit, les bruits nous arrivant par la coque sous l'eau. Nous ne sommes pas étonnés que les cétacés et autres mammifères marins soient désorientés en entendant tous ces bruits bizarres !

Surprise : sur fond de marina, les ruines d'un château digne des contes de fées !


C'est sur cette dernière image que nous quittons le Pays de Galles le mercredi 4 mai. Nous y sommes restés une petite semaine. Les quelques anglais que nous avons rencontrés, nous ont parlé en anglais et non en gallois. Heureusement, car les traductions dans les magasins sont imprononçables pour nous.

Amoureux de la nature, des paysages de falaises abruptes, d'îles pittoresques au large des côtes escarpées, de plages fabuleuses, de grandes balades dans les landes , sans oublier une faune riche et variée, c'est une destination pour Vous.

Mais " nid ydym yn gwarantu yr haul i chi bob dydd " (nous ne vous garantissons pas le grand soleil tous les jours...)


Et maintenant place à l'île de Man : attention ! nous ne sommes plus tout à fait complètement dans le Royaume Uni...

Nous envoyons par avance et par mail nos informations d'arrivée comme s'il s'agissait d'un nouveau pays, ce qui est presque le cas dans les faits (notification d'arrivée sur les sites de l'île de Man : immigration@gov.im marineoperationcentre.DOI@gov.im et generalaviation.customs@gov.im à notre arrivée). Nous obtenons des réponses très aimables en nous remerciant de nos informations (nom du bateau, immatriculation, nombre de personnes à bord, dates de naissance, nationalité, numeros de passeport, dernier port de depart, port d'arrivée + date-heure, port de départ futur avec date-heure : rien que d'habituel pour nous). Compte tenu des vents nous allons mouiller à Port St Mary au sud.

19h : il était temps que l'on rentre, notre annexe est en supension le long du grand quai et presque à sec

L'île de Man est un territoire formé d'une île principale et de quelques îlots situés en mer d'Irlande, au centre des îles Britanniques. C'est une dépendance directe de la Couronne Britannique, en étant une propriété du souverain britannique qui agit en qualité du "Seigneur de Man". L'île de Man jouit d'une large autonomie politique et économique. Du fait de ce statut et d'une politique fiscale très avantageuse, elle est connue comme paradis fiscal. Mais ce n'est pas cet aspect là que nous retiendrons.

L'île de Man a un peuplement celtique depuis la nuit des temps (- 500 à + 500 après JC) ; elle devient un royaume viking vers l'an 800.

Les scandinaves y ont fondé un système politique basé sur le principe des " citoyens libres " et s'organisant autour du Tynwald qui serait le plus ancien parlement en fonctionnement au monde.

L'île de Man fait aujourd'hui partie des 8 nations celtiques ( avec l'Irlande, les Cornouailles, la Bretagne, l'Ecosse, le Pays de Galles, la Galice et les Asturies) reconnues par le Congrès celtique et la Ligue celtique.

Le jour de notre arrivée nous partons à la découverte de Port St Mary à pied.

Maisons Victoriennes sur " La Promenade " en bord de mer.

Pour emprunter les sentiers, on marche en bordure de champs en franchissant les murs de pierre et on traverse un golf public. Ajoncs et jacynthes sont encore en fleurs.

Notre mouillage étant bien adapté aux conditions météo nous décidons d'explorer le lendemain jeudi 5 mai l'île en empruntant les lignes de bus (nombreuses, bien desservies et très confortables). Première destination, la capitale Douglas qui tire son nom des deux rivières y arrivant : la Dhoo et la Glass.

En chemin nous passons à Castletown l'ancienne capitale avec son chateau princier au bord du port. Les rois vikings vécurent ici même.

>>>> Et nous découvrons sur la promenade de Front de mer les statues des frères Gibb, les " Bee Gees " natifs de Douglas

le fameux clip en cliquant ici >>>>>>

Nous visitons le grand musée " Manx" dédié à l'histoire de l'île depuis l'arrivée des Celtes jusqu'à nos jours : très riche culturellement et doté d'une belle scénographie. Un beau souvenir.

L'emblème de l'île de Man reste une énigme : les 3 jambes rappellent le Triskell Celte. Il est apparenté aussi à l'emblème de Sicile...

Toujours sur le front de mer l'Opéra Théâtre La Gaieté et la salle de concert Villa Marina.

A la sortie du Port " La Tour du Refuge " : en mémoire de l'institution RNLI, pour le sauvetage des marins Mannois en mer d'Irlande.

Le vendredi, jour de pluie, nous restons sur le bateau et apercevons l'arrivée de bateaux français, irlandais ; un ancien trois mats de fabrication française (1948) sous pavillon britannique vient aussi mouiller dans la baie : " Pelican of London ". Comme quoi, nous ne sommes pas les seuls à naviguer en cette saison !

Pelican of London, navire école

Cliquez sur la photo pour vivre en live un TT : un peu long mais ça vaut le coup !!!

Samedi 7 mai : grand soleil en prévision : nous décidons d'aller en bus à Peel sur la côte Ouest.

En chemin nous empruntons une portion du célèbre parcours moto TT (Tourist Trophy la dernière course moto organisée sur route) : les virages sont munis de protections pour les coureurs en cas de chute...


En arrivant à Peel pour découvrir la ville, l'île St Patrick et le fameux château construit initialement par les Vikings, nous grimpons sur la colline.

Ensuite visite incontournable du musée "House of Manannan " : en plein sur le port, ce musée retrace de manière interactive l'histoire de l'île de Man, à travers son passé celte, viking et maritime.

Entée du musée " Manannan " (fils du dieu de la mer dans la mythologie celtique) évoquant l'arrivée des Vikings sur l'île.

le Drakkar du Millénaire avec son équipage de 12 norvégiens.

Parcours du Drakkar Norvegien de Trondheim à Peel en 1979 pour le millénaire du Parlement Mannois.

Belissima va le faire dans l'autre sens !!!

du jamais vu : une plage de Peel constituée exclusivement de coquilles St Jacques !

Autre spécificité de l'île de Man : le Manx >>>

Vous connaissez ? C'est une race de chat sans queue originaire de l'île de Man. Pendant 3 jours, nous avons regardé partout. Pas un seul Manx en vue ! Vu la chèreté de ces chats, ils doivent rester bien au chaud à l'intérieur.

" La légende dit qu'il serait le dernier animal à monter sur l'Arche de Noé. Au moment où il embarqua, la porte du bâteau se serait refermée sur la queue du chat qui fut sectionnée ". En réalité, cette spécifité serait dû à une mutation génétique naturelle.


<<< Brebis mannoises à tête noire, pattes noires et béliers Manx Loaghtan race typique de Man avec deux paires de cornes parfois trois.


Ces 4 jours à l'île de Man, confortablement installés au mouillage de Port St Mary ont été une belle surprise pour nous. Nous avons ressenti des similitudes avec les Bermudes : les Mannois sont d'un calme impressionnant et d'une grande courtoisie. A l'arrêt des bus chacun se fait la politesse pour laisser passer son voisin. Chaque passager remercie le chauffeur quand il descend, même les ados ! Les voitures ralentissent quand elles vous voit marcher le long des routes et les chauffeurs n'hésitent pas à s'arrêter même si vous n'êtes pas arrivés à l'arrêt du bus. Nous avons été pris en main par Pat à l'arrrêt de bus de Port St Mary (veuve d'un retraité de la Marine Marchande) qui n'a eu de cesse de nous indiquer les incontournables de Douglas. Elle nous a même invité à passer chez elle, ce que nous n'avons pas osé faire.

Avec ses 74 000 habitants, l'île est à la fois peuplée mais a gardé un caractère très champêtre. En ce début de printemps, les verts des champs et des nombreux golfs sont superbes.

En prenant un ticket de bus à la journée, nous avons sans le vouloir (nous nous sommes trompés de trottoir pour reprendre le bus pour rentrer à Port St Mary) fait les trois quart de l'île en bus et ainsi pu profiter des vues sur la côte Est que nous ne pensions pas voir.

Nous avons pris conscience avec la visite de nos musées, de l'importance de la présence Viking à travers les siècles. Ce n'est qu'un début pour nous qui allons suivre, à l'envers la fameuse route des drakkars.

Et puis, à force de voir tous ces matelas de protection le long des routes, dans les virages, sur les arbres, nous nous sommes intéressés à la fameuse TT course, que nous ne connaissions pas.

Les prévisions météo s'annoncent avec des vents très forts du secteur Sud. Nous décidons de quitter Port St Mary qui s'annonce inconfortable pour ne pas dire plus...

Départ le dimanche 8 mai pour s'abriter à Peel avant de rallier l'Irlande du Nord en profitant des courants favorables : le vent est lui ausi avec nous et finalement sur proposition de Sylvie nous décidons de bifurquer vers l'Irlande du nord, direction Bangor à l'entrée de la baie de Belfast.

Arrivée ensoleillée en Irlande du Nord devant le Royal Ulster Yacht Club de Bangor.

L'Irlande du Nord nous accueille trois jours, le temps d'avoir une météo favorable pour nous retrouver en Ecosse : première étape - Bowmore. Qu'allons nous y faire là-bas sur cette île d'Islay, je vous le demande ?

>>>>>> A suivre : l'Ecosse en Mai