Les Prairies d’or مروج الذهب
al-Masudi, 947
al-Masudi, 947
Al-Mas’ûdî a rédigé son œuvre majeure, Les Prairies d’or مروج الذهب en arabe, autour de 943-947.
Ce manuscrit nous apprend que le nard "comporte diverses variantes et mises en place."
وفي ايامه عملت النرد واحدث اللعب بها وجعل ذلك مثلا للمكاسب فانها لا تنال بالكيس ولا بالحيل في هذه الدنيا وان الرزق لا يتاتى فيها بالحرف وقد ذكر ان اردشير ابن بابك اول من لعب بالنرد ووضعها وراى تقلب الدنيا باهلها واختلان امرها وجعل بيوتها اثني عشر بعدد الشهور وجعل كلابها ثلثين كلبا بعدد ايام الشهور وجعل الغصين مثالا للقدر وتقلب باهل الدنيا وان الانسان يلعب بها فيبلغ باسعاد القدر اياه في مراده باللعب بها ما يريد وان للحاذق الفطن لا يتاتى له ما يتاتى لغيره اذا اسعده القدر وان الارزاق والحظوظ في هذه الدنيا لا تنال الا بالجد
C'est à l'époque [de Bahboud, le 2ème roi légendaire de l'Inde antique au 3ème millénaire av. J.-C.] que fut inventé le nard, et il fut introduit comme une allégorie des gains [ici-bas] : cela montre qu’ils ne s'obtiennent ni par l’intelligence, ni par la ruse dans ce monde, et que la subsistance ne s'y acquiert pas par le seul artifice.
On rapporte qu'Ardashir, fils de Pabag, fut le premier à jouer au nard et à en concevoir les règles. Il y voyait une représentation de l'inconstance de ce monde envers ses habitants et de l'instabilité de ses affaires.
Il divisa le plateau en douze cases, selon le nombre des mois, et créa trente pions, selon le nombre des jours du mois. Il fit des dés un symbole du destin et de ses volte-faces pour les gens d'ici-bas : l'homme y joue, et par les faveurs du destin qui l'assiste dans ses intentions, il atteint ce qu'il souhaite. Il arrive que l'homme habile et sagace n'obtienne pas ce qu'obtient un autre moins doué, si le destin favorise ce dernier. En somme, les subsistances et la fortune en ce monde ne s'acquièrent que par le sort.
اما ما قيل في النرد واوصافها فقد قدمنا فيما سلف من هذا الكتاب كيفية نصبها والمحدث للعبها على ما حكى من التنازع في ذلك عند ذكرنا اخبار الهند وفيها عند ذوي المعرفة بها ضروب من اللعب وفنون من الترتيب ووجوه من النصب الا ان عدد البيوت واحد لا زيادة فيها ولا نقصان على ما تقدم في ذلك من علمها والمعهود من اصولها وان الغصين فيها محكمان واللاعب بهما وان لم يكن مختارا ولا خارجا عن حكم الغصين وقضائهما محتاج الى ان يكون صحيح النقل وسابقه محيح للحساب حسن الترتيب جيدّه
Quant à ce qui a été dit sur le nard et ses caractéristiques, nous avons déjà présenté, dans les parties précédentes de cet ouvrage, la manière de le disposer et l'identité de celui qui en a instauré le jeu, selon les récits contradictoires à ce sujet que nous avons rapportés lorsque nous traitions des traditions de l'Inde.
Pour les connaisseurs, ce jeu comporte diverses variantes et mises en place. Cependant, le nombre de cases (maisons) demeure, sans ajout ni soustraction, conformément aux connaissances déjà exposées et aux principes établis de ce jeu.
Les deux dés y sont souverains, et le joueur, bien qu'il ne soit ni maître de son choix ni en mesure d'échapper à l'arbitrage et au verdict des dés, doit néanmoins être doté d'une mémoire précise, d'un esprit prompt au calcul, d'une bonne capacité d'organisation et d'une excellente habileté.
وقد قيل في لعبها ووصفها واحكام الغصين فيها وقضائهما على لعابها اشعار كثيرة بلغوا بالقول فيها واغرقوا في استيعاب معانيها فمن ذلك قول بعضهم
لا خير في النرد لا يغني ممارسها فضل الذكاء إذا ما كان محروما
تريك أفعال قضّيها بحكمهما ضدّين في الحال ميمونًا ومشوما
فما تكاد ترى فيها أخا أدب يفوته القمْر إلّا كان مظلوما
On a composé, au sujet de ce jeu, de sa description, des règles des dés et de leur verdict sur ceux qui s'y adonnent, de nombreux poèmes où les auteurs sont allés très loin et se sont épuisés à en explorer toutes les significations. Parmi ceux-ci, il y a cette parole de l'un d'entre eux :
"Dans le Nard, nul bien ; le plus fin des esprits
Ne sert à rien au joueur, s'il est privé de chance.
Les dés, par leur arrêt, avec une arrogance,
Montrent qui est béni, et qui est mal épris.
Et parmi les savants, nul ne perd sa mise
Sans qu'il ne soit, par le sort, victime d'une injustice".
وأنشدني أبو الفتح محمود بن الحسين السندي بن شاهك الكاتب المعروف بكشاجم وكان من أهل العلم والدراية والمعرفة والأدب أنه كتب إلى صديق له يذم النرد وكان مشتهراً أبياتاً وهي
أيها المعجب المفاخر بالنرد ليزهى به على الإخوان
قد لعمري حرصت جهدي لو لم ... تواتك الغصّان
غير أنّ الأريب يكذبه الظنّ ... ويبكي لشدّة الحرمان
وإذا ما القضاة جاءت بحكم ... لم يجد عن قضائها للخصمان
ولعمري ما كنت أوّل إنسان ... تمنى فأخلفته الأماني
Abou al-Fath Mahmoud ibn al-Husayn al-Sindi ibn Shahak, le scribe connu sous le nom de Kushajim — qui était un homme de science, d'érudition, de connaissance et de lettres — m'a récité des vers qu'il avait écrits à un ami pour blâmer le jeu du Nard, dont cet ami était passionné. Ces vers sont les suivants :
"Ô toi qui t'enorgueillis et te vantes du Nard,
Pour ainsi briller devant tes frères et tes pairs,
Tu as certes, par ma vie, déployé tous tes efforts,
Mais les deux dés ne t'ont point été favorables.
L'homme habile est pourtant trahi par son instinct,
Et pleure l'amertume d'une cruelle privation.
Et quand les juges [les dés] rendent leur verdict,
Les deux adversaires ne peuvent échapper à leur arrêt.
Par ma vie, je ne suis pas le premier homme,
Qui a formé des vœux, et que ses espoirs ont trahi."
وأنشدني أبو الفتح أيضاً لأبي نواس
ومأسورة بالأمر تأتي بغيره ... ولم تتبع في ذاك غياً ولا رشدا
إذا قلت لم تفعل وليست مطيعةً ... وافعل ما قالت فصرتُ لها عبدا
Abou al-Fath m'a également récité ces vers d'Abou Nuwas :
"Elle est enchaînée par le sort, mais fait tout autrement,
Sans suivre dans ses actes ni l'erreur ni la sagesse.
Si je dis : "Ne fais pas cela", elle n'obéit point,
Mais si elle dit : "Fais-le", je deviens alors son esclave".
وقد قدّمنا في باب أخبار ملوك الهند فيما سلف من هذا الكتاب قول من قال في النرد والغصّين أنها جعلت مثلاً للمكاسب وأنها لا تنال بالكيس ولا بالحيل وما ذكر عن أردشير بن بابك في ذلك أنه أوّل من لعب بها ورأى تقلّب الدنيا بأهلها وجعل بيوتها اثني عشر على ترتيب عدد الشهور وأن كلابها ثلاثون كلباً بعدد أيام الشهور وأن الغصّين مثلاً للقدر وتلعبه بأهل هذا العالم وغير ذلك مما وصفنا من أحوالها وقد قدّمنا من ذكرها في هذا الكتاب وغيره مما سلف من كتبنا وذكر بعض أهل النظر من الاسلاميين أن واضع الشطرنج كان عدلياً مستطيعاً فيما يفعل وأن واضع النرد كان مجبراً فتبين باللعب بها أنه لا صنع له فيها بل تصرفه فيها على ما يوجبه القدر علمه بها
Nous avons déjà exposé, dans le chapitre consacré aux rois de l'Inde au début de cet ouvrage, les propos de ceux qui considèrent le nard et les deux dés comme une allégorie des gains [ici-bas] : ils montrent que ceux-ci ne s'obtiennent ni par l'intelligence, ni par la ruse. Nous avons également rapporté ce qui est dit d'Ardashir fils de Pabag : qu'il fut le premier à y jouer et qu'il y vit une représentation de l'inconstance de ce monde envers ses habitants ; il divisa le plateau en douze cases, selon le nombre des mois, et créa trente pions, selon le nombre des jours du mois. Les deux dés, quant à eux, symbolisent le destin et la manière dont il se joue des habitants de ce monde, ainsi que les autres caractéristiques que nous avons décrites. Tout cela a déjà été mentionné ici et dans nos autres ouvrages précédents.
Certains penseurs musulmans ont avancé que l'inventeur du jeu d'échecs était partisan du libre arbitre ('adli) et conscient de ses actes, tandis que l'inventeur du nard était un fataliste (mujbir). Ainsi, par le jeu lui-même, il est apparu clairement qu'il n'avait aucun pouvoir d'action sur ses mouvements, mais que sa pratique était entièrement soumise aux impératifs du destin, dont il avait connaissance à travers ce jeu.