Chronique
Chronique
Réforme du rythme scolaire : un projet contre-productif (Chronique du : 03 mai 2025)
Introduction
La proposition d’une réforme des rythmes scolaires, visant à réduire les vacances ou à allonger le temps passé à l’école, suscite une vive inquiétude, notamment parmi les acteurs de terrain, les associations éducatives, sociales et sportives, ainsi que chez de nombreux citoyens. Si cette réforme se veut un moyen de lutter contre les inégalités, elle risque en réalité de provoquer l'effet inverse : un déséquilibre social, budgétaire, éducatif et culturel profond.
1. L’école ne peut pas tout : un écosystème éducatif déjà fragilisé
L'Éducation nationale, dans son fonctionnement actuel, est structurellement incapable d'intégrer dans ses cursus ce que les associations, les colonies, les clubs de sport, les maisons de quartier ou le scoutisme apportent aux enfants : développement du vivre-ensemble, de l’autonomie, de l’empathie, de la solidarité et du lien avec la nature. Ces dimensions sont essentielles à la formation de citoyens éclairés et engagés. Les vacances permettent justement à des centaines de milliers d’enfants d’accéder à ces expériences complémentaires mais fondamentales.
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2. Une menace pour l’éducation populaire et les valeurs républicaines
Réduire les vacances scolaires ou les demi-journées du mercredi et du samedi reviendrait à nier l’importance des temps éducatifs informels, ceux qui forgent les individus. Le scoutisme, par exemple, reconnu d’utilité publique, est l’un des piliers de cette éducation populaire. En 2023, plus de 1,34 million d’enfants ont participé à des séjours collectifs avec hébergement (colonies, scoutisme, etc.). Dans ces espaces, les jeunes apprennent l’entraide, la citoyenneté, le vivre-ensemble, l’empathie et le respect de l’autre et de la planète — autant de valeurs que l’institution scolaire peine à transmettre seule.
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3. Une atteinte à l’économie solidaire, à l’emploi et au tissu social associé
La réforme envisagée affecterait lourdement des secteurs déjà en crise : les animateurs, les éducateurs de rue, les responsables d’activités sportives ou culturelles, les personnels saisonniers. Près de 30 000 postes d’animateurs sont aujourd’hui vacants, faute de reconnaissance, de formation, et de stabilité. Réduire les vacances reviendrait à sacrifier des milliers d’emplois et à affaiblir un pan entier de l’économie sociale et solidaire.
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4. Un effet boomerang sur les enfants les plus fragiles
Cette réforme pénaliserait d’abord les enfants issus des familles les plus démunies, déjà victimes de la précarité de leurs parents. Alors que leur situation appelle à plus d’égalité d’accès aux loisirs, à la culture et aux séjours éducatifs, on leur retirerait les rares moments d’évasion et d’apprentissage alternatif. Ces enfants n’ont rien demandé. Ils n’ont pas à subir une décision prise sans considération pour leur réalité. La priorité devrait être de leur garantir un accès équitable à ces temps éducatifs informels, plutôt que de les enfermer davantage dans une logique scolaire devenue rigide et impuissante.
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5. Une logique illogique, injuste et contraire à l’intérêt général
Allonger le temps scolaire ou réduire les vacances ne répond en rien aux défis de l’école actuelle : manque de moyens humains, surcharge des enseignants, manque d’accompagnement pour les enfants en difficulté, explosion des cas de harcèlement, d’incivilités, et de décrochage scolaire. Ce projet est une loi immorale, illogique, non réfléchie et contre-productive. Une éducation efficace repose sur un équilibre entre le formel et l’informel, entre l’école et d’autres formes de formation humaine — créative, sportive, culturelle. La France ne peut pas sacrifier ses enfants et ses valeurs pour un affichage politique vide de sens.
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Conclusion
Nous disons non à l’augmentation du temps scolaire, non à la réduction des temps de repos, non à l’affaiblissement des vacances. Ce n’est pas une question de calendrier : c’est une question de société, de justice, et d’avenir.
La jeunesse de France mérite mieux qu’une réforme précipitée. Elle mérite des vacances riches de sens, des loisirs éducatifs, des espaces de liberté, d’exploration et de responsabilisation. Elle a besoin de temps pour s’éveiller, pour se construire en dehors des cadres formels. Cela passe par du temps libre bien accompagné.
Réformer l’école ? Oui. Mais par des approches ciblées, des moyens humains renforcés, une meilleure collaboration avec les acteurs citoyens, et peut-être un engagement civique plus large (15 à 20h pour les bénéficiaires du RSA, par exemple), des intervenants extérieurs pour animer les temps éducatifs, prévenir les conflits, accompagner la parentalité, ou encore valoriser des matières populaires, citoyennes et culturelles.
L’école a besoin de règles claires, de discipline bienveillante, de cadre structurant. Mais ce n’est pas en allongeant le temps scolaire qu’on répondra aux besoins profonds des élèves. Beaucoup est à faire... sauf réduire les vacances.
Association JALON - Label : Diabolo édition jeunesse
Lute pour la réforme des retraites - Agissons ! (Chronique du : 29 mars 2025)
Avec 30 millions d'actifs en France pour 17 millions de retraités environ, le ratio est d’environ 1,76 actif par retraité.
Ce ratio est plus favorable que l’inverse (1 actif pour 1,76 retraité), mais il vrai qu'il reste en tension car :
1. Seuil critique : Un équilibre idéal se situe autour de 2 actifs pour 1 retraité. Avec 1,76, le système peut fonctionner, mais avec des ajustements effectivement nécessaires.
2. Évolution démographique : Le vieillissement de la population pourrait faire baisser ce ratio dans les prochaines décennies, rendant le système plus fragile.
3. Taux d'emploi : Parmi les 30 millions d’actifs, tous ne cotisent pas à plein régime (chômage, temps partiel, exonérations, etc.), ce qui réduit la masse des cotisations réellement disponibles.
4. Hausse des pensions à verser : L’espérance de vie augmente, (pas forcément la qualité) cependant les retraités perçoivent leurs pensions plus longtemps, augmentant les dépenses du système.
*** Quels ajustements sont nécessaires ? ***
Même avec un ratio relativement correct, des réformes sont souvent nécessaires pour :
Maintenir un haut niveau d’emploi convertible pour les séniors, aussi et surtout garantir l'emploi chez les jeunes.
Trouver des financements complémentaires (taxation, capitalisation partielle, etc.).
Ajuster progressivement l'âge de départ en fonction de l'état des seigneurs.
En résumé, le système peut être soutenable, mais à condition d’anticiper les évolutions économiques pour éviter un déséquilibre futur.
*** L'idée d’un système de retraites plus équilibré ***
Comment ? ,Avec plus d'emplois pour les jeunes, un départ plus tôt à la retraite et une réduction des écarts entre les pensions, reposant sur plusieurs axes de réforme :
1. Plus d’emplois pour les jeunes
Pourquoi c'est important ?
Un emploi stable dès le début de carrière permet de cotiser plus longtemps et d’assurer la pérennité du système.
Aujourd’hui, l’insertion des jeunes dans l’emploi est souvent précaire (CDD, intérim, stages prolongés), ce qui ralentit l’accumulation des droits à la retraite.
Solutions possibles :
Encourager l’embauche des jeunes via des incitations fiscales aux entreprises.
Limiter l'abus des contrats précaires et favoriser les CDI dès la fin des études.
Adapter le système de cotisation pour mieux prendre en compte les débuts de carrière difficiles.
2. Retraite plus jeune
Pourquoi c'est envisageable ?
Aujourd’hui, l’âge légal recule, ce qui pénalise les travailleurs aux carrières pénibles.
Permettre une retraite plus précoce favoriserait le renouvellement des générations dans l’emploi.
Conditions pour que ce soit viable :
Un financement suffisant : il faudrait soit augmenter les cotisations, soit revoir la répartition des pensions.
Prendre en compte la pénibilité des métiers : certains travailleurs pourraient partir plus tôt sans pénaliser le système.
3. Réduction des inégalités entre retraités
Pourquoi c'est nécessaire ?
Certains retraités touchent des pensions très élevées, tandis que d’autres vivent avec très peu.
Une réforme pourrait mieux redistribuer les ressources sans fragiliser l’ensemble du système.
Mesures possibles :
Plafonner les retraites les plus élevées pour éviter des écarts trop importants.
Revaloriser les plus petites pensions pour assurer un niveau de vie décent à tous.
Aligner les régimes spéciaux sur le régime général pour plus d’équité.
Bilan : est-ce réalisable ?
Oui, mais cela demanderait :
Une politique de l'emploi ambitieuse pour les jeunes.
Un système de financement plus solidaire et progressif.
Une réforme des retraites plus juste, sans forcément allonger la durée de travail pour tous.
C'est une approche proposé humblement, qui je pense favoriserait à la fois l'équilibre économique et une meilleure justice sociale.
©J.Baldasso.
RSA sous condition ou rationalisation due la gestion publique ? (Chronique du : 29 mars 2025)
Aujourd'hui en France il y a environ 4 millions de personnes aidés ou dépendantes du RSA soit 565 € par personne. Soit : 2 milliards d’euros chaque mois (soit 24 milliards d’euros par an). Où les trouver dans le budget de la France : impôts, taxes, croissance économique, soit des réallocations budgétaires (réductions ou redéploiements de dépenses publiques).
Voici quelques pistes pour y parvenir :
1. Augmenter les ressources
a) Hausse ou création de taxes ciblées
Taxe sur les transactions financières : en renforçant la taxe sur les transactions boursières (actuellement faible en France), on pourrait générer plusieurs milliards.
Taxe sur les grandes entreprises : un impôt temporaire ou un prélèvement plus important sur les superprofits (comme ceux des multinationales du CAC 40).
Augmenter la TVA sur certains produits de luxe (yachts, jets privés, voitures de luxe).
b) Lutter contre la fraude fiscale et sociale
La fraude fiscale en France est estimée entre 80 et 100 milliards d’euros par an. En récupérant seulement 5% de cette somme, cela couvrirait 2 milliards par mois.
La fraude sociale (moins importante que la fraude fiscale) pourrait aussi être réduite avec une meilleure gestion des aides.
c) Dynamiser l’économie et l’emploi
Plus d’emplois = plus de cotisations et d’impôts. Une politique favorisant l’emploi des jeunes et la formation en avançant l'âge du départ a la retraite, permettrait d’augmenter les recettes fiscales.
Favoriser les petites entreprises et les indépendants pour générer plus d’activité économique.
2. Réduire ou réaffecter certaines dépenses publiques
a) Optimisation des dépenses de l’État
Réduire certains avantages fiscaux : chaque année, l’État accorde plus de 300 milliards d’euros d’exonérations fiscales (dont certaines inefficaces). En récupérant seulement 8%, on atteint 24 milliards.
Rationalisation des dépenses administratives : simplifier les démarches et le fonctionnement de l’État pourrait générer plusieurs milliards d’économies.
b) Réduction de certaines dépenses non prioritaires
Réduction des subventions aux énergies fossiles (environ 10 milliards par an en France).
Une meilleure gestion des grands projets publics coûteux et des dépenses militaires, sans affecter la sécurité du pays.
Conclusion
Obtenir 2 milliards par mois est possible via :
1. Un impôt exceptionnel sur les superprofits.
2. Une lutte plus agressive contre la fraude fiscale.
3. Une réduction des niches fiscales inefficaces.
4. Une rationalisation de certaines dépenses publiques.
Tout dépend des choix politiques et économiques !
©J.Baldasso.
La lecture et les réseaux sociaux. (Chronique du : 23 mars 2025)
Je lève les yeux de mon écran, persuadé d’avoir passé seulement quelques minutes à faire défiler les posts. Pourtant, l’horloge affiche une heure de plus. Où est passé ce temps ?
J’ai lu, j’ai parcouru des centaines de mots, des titres accrocheurs, des débats enflammés, des vérités supposées… Et pourtant, rien ne reste. Comme si mon esprit avait traversé un désert sans fin, où chaque information disparaît aussitôt qu’elle est apparue.
J’ai cru m’instruire, mais je me suis juste perdu dans une illusion de savoir.
Les réseaux sociaux prennent une place énorme dans nos vies. Je passe un temps fou à scroller, à lire des posts, à réagir… et au final, qu’est-ce que ça m’apporte vraiment ?
À l’inverse, la lecture me donne tellement plus. Elle m’offre du rêve, de la détente, elle développe mon esprit, m’apaise, me fait voyager et m’inspire.
Alors que sur les réseaux, je suis noyé sous l’intox, l’infox, la désinformation… Je crois lire, mais en réalité, j’absorbe du vide, parfois même des mensonges.
Quitte à lire, autant choisir quelque chose qui m’enrichit vraiment. Un roman, une nouvelle, un poème… même court, ce sera toujours plus bénéfique.
Qu'en penses-tu ?
©J.Baldasso.
Le temps des règles et des bonnets d'âne. (Chronique du : 23 mars 2025)
Il fut un temps où l'autorité ne se discutait pas. Un regard noir, une règle claquant sur le pupitre, et la classe se taisait.
Les maîtres, figures tutélaires, régnaient sans partage.
Le respect, disait-on, s'apprenait à coups de sanctions, parfois physiques, souvent humiliantes.
Le bonnet d'âne, symbole de l'ignorance, marquait les esprits.
Une gifle, une oreille tirée, et l'élève comprenait, à ses dépens, les limites à ne pas franchir.
Aujourd'hui, ces méthodes révolues suscitent l'indignation. La violence, quelle qu'elle soit, est bannie des salles de classe.
On prône le dialogue, l'écoute, la compréhension.
L'autorité se négocie, se construit, se mérite. Les enseignants, devenus accompagnateurs, guident plus qu'ils ne dirigent.
Mais dans ce changement, n'avons-nous pas perdu quelque chose ? Une certaine forme de discipline, peut-être, ce cadre rassurant qui permettait aux enfants de grandir en connaissant les limites.
L'autorité, autrefois indiscutable, est-elle devenue une notion floue, source de confusion ?
La nostalgie du passé est-elle justifiée ? Ou devons-nous accepter que l'éducation, comme la société, évolue ? Une chose est sûre : les conséquences sont visibles, les résultats peux probant et le débat reste ouvert, avec une question : ne devrions nous pas revenir en arrière ?
Personnellement, je remercie mon père d'avoir été dur quand il le fallait et bon quand je le méritait, toujours avec équilibre et amour.
©J.Baldasso.
L'IA : un outil d'assistance, pas une prison émotionnelle. (Chronique du : 22 mars 2025)
Le débat sur l'utilisation de l'IA soulève une question cruciale : comment l'utiliser sans devenir dépendant et prisonnier de sa facilité à simuler l'expression de nos émotions ?
En réalité, ces émotions simulées ne sont que des constructions artificielles, des résultats de traitements de données et d'idées préconçues. Une émotion humaine, elle, est vivante, changeante, fruit de nos expériences et de notre cheminement personnel. Plus nous explorons nos émotions, plus notre discours évolue, parfois de manière confuse et imprécise, mais toujours authentique. C'est là que réside la différence : ce que nous exprimons vient de nous, de nos questionnements et de notre imagination, sans influence extérieure.
L'IA peut nous assister, mais elle ne doit ni nous guider, ni nous remplacer. S'appuyer sur elle pour créer revient à reproduire des idées déjà interprétées et diffusées, un rêve ordonné mais imparfait, avec ses propres biais et limitations. Soyons vigilants et ne nous laissons pas enfermer dans une vision rigide et faussée. La paresse intellectuelle, l'inaction, la perte de notre capacité à penser et à écrire par nous-mêmes sont des dangers réels. Ne perdons pas notre âme, restons vivants et utilisons l'IA avec modération.
©J.Baldasso.
L'éducation nationale doit changer ! (Chronique du : 20 mars 2025)
L’éducation nationale doit être un espace sûr et accueillant pour toutes et tous, sans exception. Trop d’élèves se sentent aujourd’hui mis de côté, jugés ou même en danger à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur origine, de leur apparence physique… C’est inacceptable. En tant que société, et à travers nos engagements associatifs comme ceux menés par DEJ, nous avons un rôle clé à jouer pour que l’école soit un lieu d’épanouissement pour chacun.
1. Former pour mieux comprendre et agir
Les enseignants et personnels éducatifs doivent être formés aux enjeux des discriminations et du harcèlement, non pas comme une simple formalité, mais comme une priorité absolue.
L’éducation à la diversité doit être intégrée aux cours, et pas seulement en EMC : elle doit traverser toutes les matières, de l’histoire à la littérature, en passant par les sciences humaines.
2. Protéger en brisant le silence
Un élève harcelé ne doit jamais se sentir seul. Chaque établissement devrait avoir des référents formés pour l’écouter, le soutenir et l’accompagner.
Créer des espaces de parole accessibles et bienveillants : trop de jeunes n’osent pas parler par peur d’être encore plus marginalisés.
3. Mettre en place des élèves référents et ambassadeurs
Former des élèves volontaires pour devenir référents et ambassadeurs de la lutte contre le harcèlement et les discriminations.
Ces élèves pourraient être des relais essentiels entre leurs camarades et l’administration, offrant une oreille attentive et un soutien accessible.
Valoriser ces rôles à travers un véritable engagement scolaire, en leur donnant des moyens concrets d’agir, comme organiser des sensibilisations ou accompagner des élèves en difficulté.
4. Représenter toutes les identités
Les manuels scolaires doivent refléter la diversité réelle de notre société. Voir des personnages LGBTQ+, de toutes origines, corpulences et histoires, ce n’est pas un "détail", c’est une nécessité pour que chaque élève se sente légitime.
Les associations engagées doivent avoir leur place dans l’école pour témoigner, échanger et donner des outils aux élèves et aux enseignants.
5. Créer un cadre sécurisant et inclusif
Un élève transgenre ou non-binaire ne devrait pas avoir à se battre pour accéder à des toilettes qui lui conviennent. C’est un droit fondamental, et les établissements doivent s’adapter.
Un élève en détresse ne devrait jamais avoir peur de parler. Il faut des cellules d’écoute confidentielles, avec des professionnels formés et des actions concrètes derrière.
6. Transformer l’école en un lieu de bienveillance active
Le respect ne se décrète pas, il se construit. Cela passe par des campagnes de sensibilisation, des projets de classe sur l’inclusion et une réelle culture du dialogue.
Chaque élève peut être un allié, à condition qu’on lui donne les clés pour reconnaître et combattre les discriminations autour de lui.
L’éducation nationale doit cesser d’être un terrain où certain·es se sentent en insécurité. Il ne suffit plus d’en parler, il faut des actes. Et cela commence dès maintenant, avec l’engagement de chacun·e, au sein des écoles, des associations et des instances éducatives.
©J.Baldasso.
Question de cause (Chronique du : 19 mars 2025)
Une cause peut être défendue avec une certaine forme de rétribution, mais cela soulève des questions éthiques et pratiques.
1. Association à but non lucratif vs. lucratif
Une association à but non lucratif (loi 1901 en France, par exemple) est censée réinvestir l’ensemble de ses ressources dans ses actions, sans chercher à générer du profit pour ses membres. Dès lors qu’une association devient lucrative (en recherchant un bénéfice financier), elle risque de s’éloigner de son objectif premier, qui est l’intérêt général.
2. La question de la rétribution
Une cause peut nécessiter des fonds pour fonctionner (salaires, matériel, campagnes, actions concrètes), et cela passe par des adhésions, des subventions ou des dons. Pour bénéficier de cette action, c'est aide en faveur du public visé on ne devrait pas payer.
Le problème apparaît lorsque la logique commerciale prend le pas sur la cause : si l’accès aux actions de sensibilisation ou d’aide devient payant pour ceux qui en ont besoin, cela peut créer une forme d’exclusion. Et l'action devient donc lucrative, et commerciales. Elle s'éloigne du public concerné.
Une structure qui fait payer ses services doit être transparente sur l’utilisation de ces fonds. Si l’argent sert à améliorer l’impact et non à générer du profit, cela peut être justifié.
3. Le risque d’une déconnexion avec la mission première
Une association qui cherche avant tout à générer des bénéfices peut perdre de vue son objectif initial : aider, sensibiliser, ou défendre une cause. Le risque est de privilégier des actions rentables plutôt que celles qui sont réellement nécessaires.
4. L’adhésion et le financement des actions
L’adhésion à une association permet souvent de financer des projets, elle ne doit pas être une barrière pour ceux qui ont besoin d’aide, les projets eux ne doivent pas être payant.
L’argent collecté doit être utilisé pour faire avancer la cause et non pour enrichir des individus.
Conclusion:
Une cause peut être défendue avec des moyens financiers, mais pas l'action, si une association devient trop axée sur la rentabilité, elle s’éloigne de sa mission première. L’engagement associatif doit rester un moteur d’action solidaire et accessible à tous, donc pour que tous le monde puisse bénéficier de l'action, elle ne doit pas, ni ne peut être payante.
©J.Baldasso.
Le social sous condition : une contradiction fondamentale ? (Chronique du : 14 mars 2025)
Introduction à la question
Liberté, égalité, fraternité : devise de la République adoptée par la 1er puis la 3e République, elle est inscrite sur les frontons des institutions publiques à partir de 1880. Je me concentre aujourd'hui sur le principe institutionnelle de la fraternité. La fraternité est un principe moral fondé sur l’entraide et la bienveillance, un lien humain où chacun se soucie du bien-être de l’autre. La solidarité en est l’application concrète, à travers des actions et dispositifs collectifs visant à soutenir les plus vulnérables.
L’aide sociale, notamment le RSA, est souvent perçue comme une charge pour les finances publiques, parfois même comme un encouragement à l’oisiveté. Pourtant, cette vision simpliste occulte une réalité bien plus complexe : loin d’être un poids, le social constitue un levier essentiel pour lutter contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion. Il garantit un minimum vital aux plus fragiles tout en contribuant au bon fonctionnement de l’économie. et a la stabilité du pays.
Dès lors, conditionner cette aide pose une question fondamentale : remet-on en cause la solidarité, principe fondateur de notre société, en exigeant une contrepartie ? Quelles seraient les conséquences directes de telles restrictions sur l’emploi, notamment dans des secteurs déjà en tension comme la restauration et les emplois saisonniers ?
Loin d’être une simple réforme administrative, ce débat soulève des enjeux majeurs : il interroge notre modèle de société et la place que nous souhaitons accorder à la solidarité, piliers fondamentaux de notre Constitution. En effet, l’aide sociale est censée être un filet de sécurité pour ceux qui en ont besoin. Mais lorsqu’elle est conditionnée, ne s’éloigne-t-elle pas de son essence même ? Le social, par définition, repose sur un ensemble de dispositifs destinés à garantir l’entraide et la cohésion au sein d’une communauté. Dès lors qu’on y impose des restrictions, ne le prive-t-on pas de sa substance ?
L’aide sociale, comme le RSA, doit être considérée non pas comme un fardeau, mais comme un outil efficace de lutte contre la précarité et ses conséquences, afin de favoriser une société plus juste et plus équitable.
Imaginons un pompier devant une maison en flammes qui demanderait au propriétaire : « Avez-vous payé votre cotisation ? Êtes-vous éligible à mon aide ? » Avant d’intervenir. C’est absurde, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est exactement ce que fait un système d’aide sociale conditionnée : il exige des comptes à ceux qui demandent de l’aide, au lieu de leur tendre directement la main.
Le social ne peut être une marchandise avec contrepartie. Un médecin n’attend pas qu’un patient gravement blessé justifie sa situation avant de le soigner. Un policier ne pose pas de conditions avant d’intervenir face à une agression. Pourquoi en irait-il autrement pour une aide vitale comme le revenu de solidarité ?
On entend souvent que l’aide sociale coûterait trop cher, qu’elle encouragerait l’oisiveté. Pourtant, supprimons-la, et nous verrons l’effet domino catastrophique. Prenons un exemple simple : un bénéficiaire du RSA ne se contente pas de stocker cet argent sous son matelas. Il paie son loyer, achète de la nourriture, des vêtements, des biens essentiels. Cet argent circule dans l’économie, faisant vivre les petits commerçants, les producteurs locaux, les artisans. Supprimer ou restreindre cette aide, c’est retirer des millions d’euros de la consommation et fragiliser un pan entier du tissu économique.
Prenons un autre exemple : les travailleurs précaires, intermittents du spectacle, artistes, écrivains, saisonniers. Leur activité est souvent irrégulière, mais essentielle à la diversité culturelle et économique du pays. En conditionnant ou restreignant leur accès à l’aide sociale, on pousse ces talents vers la disparition ou l’exil, et avec eux, une partie de la richesse intellectuelle et artistique du pays.
Un cas particulièrement frappant est celui des emplois saisonniers, notamment dans le secteur de la restauration et des bars. De plus en plus d'établissements peinent à recruter faute de candidats. Pourquoi ? Parce que la précarité des contrats courts et l'instabilité financière qu'ils impliquent rendent ces métiers peu attractifs, surtout dans un contexte où les aides sociales sont limitées ou conditionnées. En affaiblissant le filet de sécurité, on ne pousse pas au retour à l'emploi, mais on aggrave le manque de main-d'œuvre dans des secteurs déjà en tension.
Quand on prive quelqu'un de ressources, il ne disparaît pas. Il survit comme il peut. Face à l’impossibilité de subvenir à ses besoins, il y a deux chemins : l’extrême pauvreté ou la débrouille illégale. On ne parle pas ici d’un cliché, mais d’une réalité. Le vol pour se nourrir, le travail au noir, l’économie parallèle deviennent des alternatives de survie. En restreignant l’aide sociale, on ne réduit pas les coûts, on déplace simplement le problème vers la criminalité et l’insécurité.
Un enfant dont les parents sont laissés sans ressources grandira dans l’incertitude, la frustration et, parfois, la colère. Lui refuser un soutien, c’est le pousser vers un avenir instable, c’est fragiliser la société tout entière. Comme une fissure dans un barrage, l’exclusion d’une partie de la population finit par menacer l’équilibre global.
L’aide sociale ne doit pas être vue comme une charge, mais comme un investissement. Plutôt que de conditionner, pourquoi ne pas accompagner ? Offrir un vrai suivi, une aide pour l’orientation, des formations qui mènent à des emplois réels et non à des impasses administratives. Aujourd’hui, trop de formations sont inutiles, servant davantage à remplir des quotas qu’à offrir de vraies perspectives.
Le social ne devrait pas être une chaîne qui lie, mais une main qui élève. Un pays fort est un pays où personne n’est abandonné au bord du chemin. En conditionnant l’aide, on transforme un droit en privilège, et on oublie que la fraternité est un pilier fondamental de notre nation.
Si nous voulons une société prospère et équilibrée, nous devons repenser notre approche du social. Ce n’est pas une faveur accordée, mais un pilier de stabilité. Retirer cet appui, c’est fragiliser l’édifice tout entier. La vraie question n’est donc pas « l’aide sociale doit-elle être sous condition ? », mais plutôt : « comment peut-on la rendre plus efficace, plus humaine et plus inclusive ? ». Car une société qui aide sans condition est une société qui avance ensemble, sans laisser personne derrière.
©J.Baldasso.
Les prêtres pédophiles (Chronique du : 13 mars 2025)
Les scandales d’abus sexuels dans l’Église reviennent régulièrement sur le devant de la scène médiatique. Chaque fois, l’indignation est forte, les témoignages accablants, les victimes brisées. Et pourtant, malgré les promesses, malgré les enquêtes et les rapports, le problème persiste.
Pourquoi ?
L’Église reconnaît aujourd’hui ces crimes et affirme avoir facilité les dénonciations. Mais reconnaître n’est pas résoudre. Derrière les discours et les excuses, les victimes continuent de souffrir, et surtout, d’autres continuent d’être abusées. Parce que rien n’est fait pour attaquer le problème à sa source.
Se pose alors une question essentielle : qu’est-ce qui conduit certains prêtres à commettre ces actes ?
On ne parle pas ici d’actes isolés, mais d’un phénomène qui se répète à travers les décennies et les continents. Il y a une faille dans le système, quelque chose qui pousse certains hommes, censés incarner la foi et la morale, à trahir leur mission de la pire des manières. Est-ce le poids du célibat imposé ? Le cadre rigide et parfois oppressant de l’institution ? Un abus de pouvoir facilité par l’aura de sacralité qui entoure le prêtre ? Un mélange de tout cela ?
L’Église doit cesser de se contenter de condamnations tardives. Elle doit comprendre et agir. Le silence ne protège que les bourreaux. Tant qu’on ne répondra pas au pourquoi, tant qu’on ne remettra pas en question les structures qui permettent ces dérives, les mêmes drames se répéteront.
Un prêtre, comme tout adulte, doit être capable de discerner le bien du mal. Pourtant, dans ces affaires, on parle d’abus sur des enfants, des victimes sans défense, soumises à un ascendant psychologique et spirituel écrasant. C’est une violence inqualifiable, un crime qui devrait être combattu avec la plus grande fermeté.
Alors, encore une fois, pourquoi ?
Jusqu’où faudra-t-il aller pour que l’Église prenne enfin toutes les mesures nécessaires ? Pour que plus jamais un enfant ne subisse ce qu’aucun être humain ne devrait avoir à endurer ? Il est essentiel qu’elle se pose les bonnes questions pour espérer obtenir les bonnes réponses. Et surtout, mettre un terme à ce scandale.
©J.Baldasso.
L'école, un lieu d'inclusion ou de discrimination ? (Chronique du : 13 mars 2025)
L'école, censée être un sanctuaire de savoir et d'épanouissement, se retrouve aujourd'hui au cœur de débats passionnés concernant l'identité de genre et l'orientation sexuelle. Les jeunes, en pleine construction de leur identité, sont souvent les premières victimes des discriminations et des préjugés.
L'École et l'inclusion LGBTQ+ : Un combat de cœur et d’esprit
On pourrait croire qu’en 2025, chaque élève, quel que soit son genre ou son orientation sexuelle, trouve naturellement sa place à l’école. Mais la réalité est plus rude : moqueries, exclusions, agressions… Pour beaucoup, l’établissement scolaire ressemble davantage à un champ de bataille qu’à un havre d’apprentissage. Alors, pourquoi est-ce si crucial d’éduquer, de sensibiliser et de casser les barrières une bonne fois pour toutes ? Parce que l’égalité ne doit pas être un concept abstrait, mais une évidence.
Imaginez-vous, adolescent.e, face au miroir, à ressentir un décalage constant entre ce que vous êtes et ce que le monde attend de vous. Ce n’est pas un caprice, ni une phase, mais une réalité vécue par de nombreux jeunes en proie à la dysphorie de genre. Plutôt que de leur imposer le silence ou la honte, l’éducation doit leur offrir des outils, un langage et surtout un espace où ils peuvent exister pleinement, sans peur du jugement.
L’école n’est pas qu’un lieu de cours magistraux et de tableaux noirs. C’est un incubateur de citoyens, une pépinière de futurs adultes qui façonneront le monde. Comment espérer bâtir une société tolérante si, dès l’enfance, on ferme les yeux sur ceux qui souffrent et qu’on leur refuse la reconnaissance dont ils ont besoin ?
Certains élèves accumulent les insultes et les coups comme d’autres collectionnent les bonnes notes. Chaque jour, ils affrontent des remarques assassines, des regards méprisants, parfois même des violences physiques. Ce n’est pas un fait divers isolé, c’est une crise quotidienne.
Alors, que fait-on ? On attend que ça passe ? On prétend que « c’est comme ça, c’est la jeunesse » ? Non. On agit. Une charte anti-discrimination ne suffit pas si elle reste un bout de papier perdu dans un tiroir administratif. Il faut des formations pour les enseignants, des programmes scolaires qui normalisent les identités LGBTQ+, et un climat où la bienveillance est la norme, pas l’exception.
Les préjugés sont tenaces. « Trop jeunes pour comprendre », « idéologie imposée », « menace pour les traditions »… Autant de clichés qui freinent le progrès. Mais l’histoire nous montre qu’aucun combat pour l’égalité n’a été gagné sans bousculer les mentalités.
Et si, au lieu de craindre le changement, on l’accueillait comme une évolution nécessaire ? Si l’école devenait un moteur d’ouverture plutôt qu’un carcan de normes dépassées ? L’éducation n’a jamais eu pour mission de figer les esprits, mais bien de les ouvrir.
On rêve d’une société où personne ne se sent obligé de cacher qui il est, où chaque individu peut marcher dans la rue, aller en classe, construire son avenir sans craindre d’être jugé ou brimé. Ce rêve n’a rien d’utopique. Il est entre nos mains, et surtout entre celles des nouvelles générations.
L’inclusion n’est pas une faveur qu’on accorde. C’est un droit fondamental. Alors, à ceux qui hésitent encore : ouvrez les yeux, ouvrez vos esprits, et surtout, ouvrez votre cœur. Parce qu’au bout du compte, le respect et la dignité, ça ne devrait même pas être un débat.
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Peut-on résolument penser que la lutte contre le harcèlement passe par des choix ? (Chronique du : 11 mars 2025)
Le harcèlement scolaire est un fléau qui détruit des vies et brise des âmes, parfois de manière irréparable. En tant qu’ancienne victime, profondément marquée par ce que j’ai subi, j’ai transformé cette douleur en une force de résilience et un engagement indéfectible pour combattre cette injustice. Il est temps d’aller au-delà des discours convenus et d’agir avec des choix forts, concrets et adaptés aux réalités de notre société. Mais par où commencer ?
L’adoption de l’uniforme à l’école pourrait être une piste à explorer. En supprimant les différences vestimentaires, on atténuerait une partie des jugements liés à l’apparence. Les vêtements sont souvent un marqueur social qui alimente les moqueries et les discriminations. L’uniforme ne résoudra pas tout, mais il pourrait favoriser une certaine égalité et diminuer les tensions liées aux critères matériels imposés par la société.
L’encadrement des élèves doit être renforcé, mais pas uniquement par des adultes. Pourquoi ne pas intégrer des élèves choisis pour leurs qualités de sagesse, d’empathie et de fédération ? Ces jeunes, formés à l’inclusion, à l’écoute et au respect, pourraient jouer un rôle de médiateurs. Inspirons-nous des principes de la chevalerie moderne, où l’honneur et la protection des plus vulnérables sont mis en avant. Ces élèves référents ne remplaceraient pas l’action des enseignants et surveillants, mais apporteraient un soutien précieux en étant au plus proche du quotidien de leurs camarades.
Lutter contre le harcèlement, c’est avant tout former à l’entraide et à la cohésion. Des groupes d’élèves solidaires, capables d’identifier et de désamorcer les tensions, seraient un levier puissant. On pourrait apprendre aux élèves que la délation, lorsqu’il s’agit de protéger une victime, n’est pas un acte de trahison, mais un acte de courage et de responsabilité. Il faut déconstruire cette peur de parler, montrer que signaler un comportement toxique peut sauver une vie.
Pourquoi ne pas s’inspirer du scoutisme, qui mise sur l’apprentissage par l’expérience, le dépassement de soi et la solidarité ? Les activités de groupe, les défis à relever ensemble, les responsabilités partagées développent naturellement l’entraide et le respect de l’autre. Intégrer ce type d’approche dans le système éducatif pourrait être une clé pour renforcer la tolérance et la bienveillance.
Rien ne marque plus qu’un témoignage sincère et puissant. Diffuser des récits d’anciens harcelés, montrer les conséquences réelles du harcèlement à travers des slogans marquants, des vidéos et des campagnes de sensibilisation peut éveiller les consciences et inciter à l’action.
L’impunité doit cesser. Une plus grande répression, des sanctions réellement dissuasives doivent être mises en place. Mais punir ne suffit pas. Il faut aussi comprendre pourquoi un bourreau agit ainsi. Souvent, ces comportements viennent d’un manque de repères, d’un besoin d’exister par la domination. Plutôt que d’exclure systématiquement, apportons un soutien éducatif à ces jeunes en perte de sens, responsabilisons-les.
Il est également temps de casser les stéréotypes et d’inclure chaque individu, qu’il soit atypique, en dehors des normes sociales préétablies, avec ses différences de genre, de style, de passion ou de croyance. Une société ouverte et inclusive est une société plus forte et moins sujette au rejet et à la violence.
La fin du harcèlement passe par une action globale : prévention, inclusion, éducation, sanction. Chaque élève doit avoir sa place, chaque déviance doit être prise en compte et traitée, et chaque victime doit être soutenue sans condition. Former à la bienveillance, responsabiliser, écouter et agir : ce sont là les clés d’un changement profond et nécessaire.
Ne nous contentons plus de mots. Faisons des choix concrets et résolus pour que plus aucun enfant ne subisse ce que tant d’autres ont enduré en silence. Parce qu’un élève brisé aujourd’hui est un adulte en souffrance demain. Lutter contre le harcèlement, c’est bâtir un monde meilleur, ensemble.
©J.Baldasso.
Le harcèlement scolaire, un enjeu majeur (Chronique du : 9 mars 2025)
Le harcèlement scolaire touche un nombre croissant d'élèves, suscitant des inquiétudes grandioses. Selon une enquête nationale menée en 2023, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens se déclarent victimes de harcèlement. Toutefois, ces chiffres ne prennent pas en compte ceux qui, par peur ou contrainte, refusent de se reconnaître comme victimes.
D'après mon expérience personnelle, la réalité est bien plus alarmante : on peut estimer qu'au moins un à trois élèves par classe sont concernés, toutes catégories confondues. Les filles seraient particulièrement touchées, subissant plus fréquemment des moqueries, des insultes et des rumeurs que les garçons. Cependant, un point mérite d'être souligné : la cohésion sociale joue un rôle clé dans la résilience face au harcèlement. Les filles ont souvent des réseaux de soutien plus solides, favorisant l'échange et l'écoute au sein de leurs groupes d'amies. Ce soutien émotionnel leur permet de mieux affronter les agressions psychologiques en partageant leurs expériences et en trouvant du réconfort. Il est donc intéressant d'explorer l'amitié, le lien social et la force de la cohésion comme outils de protection.
À l'inverse, les garçons expriment moins facilement leurs émotions et ont parfois plus de difficultés à chercher du soutien. Cela peut les rendre plus vulnérables aux effets à long terme du harcèlement. De plus, ils sont souvent confrontés à des formes de violence physique, qui laissent des séquelles d'un autre ordre.
Encourager la parole chez tous les élèves et créer des espaces sécurisés où chacun peut exprimer son mal-être sans crainte du jugement est essentiel. Cultiver l'entraide, le respect mutuel et le lien social reste l'une des meilleures armes contre le harcèlement scolaire.
Les manifestations les plus courantes du harcèlement scolaire incluent les moqueries, les insultes répétées, la propagation de rumeurs, les atteintes psychologiques, les messages insultants ou menaçants en ligne.
Plusieurs facteurs peuvent conduire au harcèlement scolaire, notamment les différences physiques, culturelles ou liées à l'orientation sexuelle. Ces contrastes sont souvent exploités par les harceleurs pour isoler et cibler leurs victimes. Aussi, l'usage intensif des réseaux sociaux amplifie ces actions. Le Cyber-harcèlement permet aux comportements agressifs de se poursuivre au-delà du cadre scolaire.
Face à ce fléau, diverses solutions ont été mises en place, comme le programme Phare. Cependant, malgré les campagnes de sensibilisation, les résultat reste insuffisante. Il est donc essentiel de former les acteurs clé du milieu scolaire : CPE, professeurs, surveillants, pour qu'ils puissent identifier correctement les véritables situations de harcèlement, encore trop souvent ignorées.
Les signes existent pourtant : un isolement discret, une baisse des résultats scolaires, un repli, une attitude renfermée et tellement d'autres choses… Un élève harcelé se voit. Mais qui peut le reconnaître ? Les victimes elles-mêmes, qui savent détecter ces comportements précis. D'où l'importance d'échanger discrètement avec les élèves concernés et de créer un dialogue entre les adultes responsables et ceux qui ont vécu le harcèlement. Cela permet de repérer les cas isolés et silencieux, souvent urgent.
En parallèle, la sensibilisation des élèves et le soutien des familles sont indispensables. Pourtant, les ressources humaines restent insuffisantes : il manque de psychologues et d'infirmiers scolaires pour répondre efficacement à ce problème. Il devient donc nécessaire de trouver d'autres points d'ancrage pour aider les élèves en détresse, comme : des intervenant extérieur, des repentis, ou des anciennes victime qui pourrait témoigner, éduquer, aussi pourquoi pas détecter certains cas.
La prévention passe aussi par des initiatives comme l'interdiction totale des téléphones portables dans certains collèges, censée réduire les distractions et limiter le harcèlement. Néanmoins, cette mesure reste inefficace selon moi, car le problème principal réside plus dans l'usage des téléphones. Qui doit être (pour un élève) un lien avec sa famille, ces proches ou les forces de l'ordre (en cas de besoins). La solution passe donc davantage par une sensibilisation des parents : contrôle parental, restriction d'usage, observation et dialogue, autant d'outils à privilégier.
La meilleure défense contre le harcèlement scolaire reste la vigilance collective. Parents, enseignants et élèves doivent travailler ensemble pour créer un environnement scolaire plus sûr et bienveillant. Encourager les rapprochements, favoriser le travail en groupe libre et non imposé, instaurer un dialogue régulier et promouvoir le respect mutuel sont des pistes essentielles. Une surveillance accrue par des surveillants formés à ce type de vigilance est également nécessaire. Enfin, il est primordial d'agir et de sanctionner fermement tout acte de malveillance ou de violence. L'apprentissage passe autant par une répression claire et ferme que par une communication ouverte. Seules des règles strictes et appliquées avec cohérence permettront de prévenir et de lutter efficacement contre le harcèlement.
On pourrait envisager un système de communication non verbal et discret pour aider les victimes à s'exprimer. Cela pourrait également passer par des ateliers d'écriture, des mises en situation de communication, etc., afin de favoriser le déblocage de la parole.
L'exemple des boîtes anonymes est une belle approche, et j'encourage à développer davantage d'outils simples et accessibles à tous pour faciliter la communication.
©J.Baldasso.