S. Knafo électrique
Analyse de propos tenus le 4 septembre 2024 face à la Commission Européenne
Analyse de propos tenus le 4 septembre 2024 face à la Commission Européenne
Un propos de S. Knafo est ici reproduit sous cette forme (caractères gras).
Notre analyse correspondante sera formulée sous cette forme.
Je viens d’entendre la représentante de la Commission nous dire : « nous nous demandons comment nous allons passer l’hiver ». Voilà où nous en sommes aujourd’hui, en Europe, le continent de la science et de la révolution industrielle !
qui a privé notre continent d’une énergie abondante, peu chère, décarbonée, souveraine, qui se nomme le nucléaire ?
Le nucléaire est «peu cher» à condition de ne considérer que le prix public de l'électricité qu'il produit.
Son coût réel total, exprimé en argent public donc obtenu par taxes et impôts (y compris ne relevant pas du secteur de l'électricité ni même de l'énergie), est considérablement supérieur et seul importe.
C'est ce qui encolère depuis longtemps l'Allemagne, qui y lit concurrence déloyale (car, en France, de l'argent public paie une plus grande part de l'électricité donc des industriels sont favorisés). Pour autant elle ne peut pas peser sur notre politique nucléaire.
Qui a fait monter le prix des factures d’électricité pour les Européens, en particulier pour les Français ?
Divers facteurs pèsent: crise, guerre en Ukraine, indisponibilité du nucléaire français (corrosion sous contrainte)...
Qui nous rend dépendants des Russes pour le gaz, des Américains et des pétromonarchies pour les hydrocarbures ?
Cette dépendance découle de notre très ancienne préférence accordées aux hydrocarbures, très performants (extraction, raffinage, stockage et transport maîtrisés, nombreuses applications, bonne densité énergétique...) tant que l'on néglige leurs émissions de gaz à effet de serre et de polluants.
Donner le nucléaire pour notre sauveur, en place ou potentiel, est difficile à étayer.
Qui, enfin, est en train de tuer l’industrie allemande, après avoir détruit l’industrie française ?
Cette industrie repose pour bonne part sur les constructeurs de voitures, qui n'adaptèrent pas leurs gammes de produits donc leurs outils à l'émergence du véhicule électrique.
Ce qui plombe l'industrie est son manque de vision.
Elle n'adapta quasi pas son offre donc outil de production au développement du marché du véhicule électrique, ni à la fulgurante croissance des capacités industrielles pertinentes de nations à présent de plus en plus concurrentes et de moins en moins clientes (Chine en tête).
Le reste est surtout piètre alibi.
La crise amplifie l'effet dévastateur de cette inadéquation.
L'augmentation du coût de l'énergie (crise, transition énergétique...) est un facteur secondaire servant ici de bouc émissaire. Dans l'industrie le coût correspondant constitue en moyenne environ 15% du coût de production (il n'en dépasse pas 40% même dans l'électro-intensif), et dans notre France où le contribuable paie une grande part du coût total de l'élecricité, ce qui la rend peu chère, la désindustrialisation est depuis les années 1980 plus rapide et forte qu'en Allemagne. Cela révèle la vanité de la fable donnant le nucléaire pour un avantage déterminant au point de préserver voire d'attirer l'industrie, et ce constat perdure.
Un coupable, et un seul : l’idéologie. C’est l’idéologie verte : l’idéologie verte, qui a condamné le nucléaire
Cette accusation creuse relève d'une propagande grossière.
pour mieux rouvrir les centrales à charbon
Sur le fond la critique ne tient pas car en matière de renoncement au charbon la France n'est pas plus habile que l'Allemagne.
De plus la France connaît des épisodes similaires, portant sur des quantités de charbon considérablement certes moindres car nos gisements sont depuis longtemps épuisés donc par impossibilité plutôt que volonté. Il s'agit de 2 centrales à charbon (Cordemais et Saint-Avold) réouvertes mi-2023 jusqu'à fin 2024 afin de réduire le risque d'insuffisance de production.
Brûler du charbon est coupable sur le plan des émissions, l'Allemagne est inexcusable. Pour autant ce n'est pas le seul critère.
l’idéologie verte qui nous interdit d’exploiter notre gaz de schiste pour mieux l’importer des États-Unis
C'est absurde car les «Verts» ne souhaitent ni l'exploiter (car jugent son impact sur l'environnement rédhibitoire) ni en importer.
l’idéologie verte qui a conduit François Hollande et Angela Merkel à brader nos parcs nucléaires pour de pauvres accords politiques avec les écologistes
Ce n'est pas étayé, et pour cause car c'est faux pour ce qui concerne l'Allemagne comme dans le cas de la France où seule la centrale de Fessenheim a été fermée parce qu'EDF n'en voulait plus.
l’idéologie, qui préfère, comme chaque fois dans l’Histoire, le dogme à la science ; les slogans aux raisonnements.
Donner le nucléaire pour soutenu par la science, bien entendu sans étayer, est mensonger.
Même les plus enthousiastes reconnaissent qu'il n'est ni partout ni toujours pertinent, et il n'y a pas de consensus en sa faveur.
C’est aussi l’idéologie de la concurrence : l’idéologie de la concurrence, au nom de laquelle, vous, la Commission européenne, avez voulu imposer à la France d’augmenter les prix de l’électricité pour les Français.
Une mise au point s'impose car la disposition visée (l'«ARENH») a été conçue en France (par une commission présidée par P. Champsaur). L'histoire de tout cela est éclairante, et donner EDF pour lésée ahurissant.
Nous avions appris, dans nos cours d’économie, que la concurrence était utile parce qu’elle faisait baisser les prix. À la Commission européenne, vous avez inventé la concurrence qui fait monter les prix.
D'une part il faut considérer le coût total (y compris la part acquittée grâce à du denier public) et non les prix, d'autre part Mme Knafo doit exhiber la part d'augmentation découlant de l'ouverture à la concurrence (et non à d'autres causes telles que crise, guerre en Ukraine...), et pour convaincre il faut aussi montrer que dans l'avenir la concurrence ne réduira pas le coût total.
Car vous avez estimé que l’énergie n’était pas assez chère en France. C’est logique : votre idéologie ne supporte pas que les Français aient le moindre avantage, un avantage pour lequel ils ont pourtant travaillé d’arrache-pied, depuis le général de Gaulle.
L'avantage évoqué n'existe tout simplement pas car les Français sont écrasés de taxes et d'impôts, dont une part nourrit la filière du nucléaire (EDF en tête).
Votre idéologie a donc forcé la France à vendre son électricité à bas prix à ses propres concurrents, sous prétexte que nos concurrents n’arrivaient pas assez à nous concurrencer !
Ce n'est pas «la France» qui vend ainsi, mais EDF. La nuance est de taille, et cette confusion révélatrice: EDF bénéficie des faveurs de l'État, entre autres du contenu des caisses publiques.
Cette idéologie revient, en réalité, à demander aux Allemands de baisser le niveau de leurs écoles d’ingénieurs, parce que leur excellence les avantage ; à dire aux Espagnols de mettre des parasols sur leurs champs de tomates car le soleil les favorise. Bref, à empêcher chaque nation d’exceller, de profiter du fruit de son travail, d’engranger les bénéfices de son Histoire.
Cette envolée lyrique est d'autant plus aérienne qu'elle ne repose sur rien. La vidéo n'offre malheureusement pas d'effet de manchette.
Cette idéologie, la Commission européenne nous l’a imposée, contre nos intérêts et pire, contre toute rationalité. Elle n’est pas seulement inutile : elle est nuisible.
Comme rappelé la France s'est imposée cette approche (ARENH), et l'objectif (privatiser) ne peut être rejeté qu'en considérant l'État meilleur gestionnaire que le secteur privé.
L’idéologie verte est censée décarboner l’énergie, et elle la carbone.
Ce n'est pas argumenté. Selon Mme Knafo l'EPR serait une bonne affaire, en matière financière comme de décarbonation!