Qu'est-ce que les algues vertes ?
Aussi appelées ulva harmoricana, il s’agit d’algues naturellement présentes dans l’écosystème marin. Trois ingrédients favorisent leur prolifération : des nutriments présents dans l’eau, du soleil, et un bassin versant avec une eau peu profonde et claire. Chaque été, elles reviennent massivement sur plusieurs côtes bretonnes, toujours avec cette même odeur désagréable d’œuf pourri lorsqu'elles se décomposent.
Pourquoi dit-on qu’elles sont dangereuses ?
Au bout de 48 heures, la décomposition de ces algues sur les plages crée des poches de gaz toxique : l'hydrogène sulfuré (H2S). Ce gaz peut entraîner la mort s’il est inhalé en grande quantité. Les algues sont donc suspectées d’être à l’origine du décès de nombreux animaux et même de trois hommes : Jacques Thérin, Thierry Morfoisse et Jean René Auffray dont nous avons pu rencontrer la veuve pour notre enquête.
Qui en est à l’origine ?
L’agriculture est responsable à 90 % des algues vertes selon plusieurs instituts de recherche (IFREMER, INRAE). C’est en particulier lié à l’épandage des déjections animales, comme le fumier ou le lisier de porc. Ces excréments d’animaux épandus en grande quantité dans les champs pour fertiliser les sols produisent du nitrate. Lorsqu'il pleut, le nitrate ruisselle dans les rivières jusqu'à la mer. Problème : le nitrate, en trop grande quantité, est un puissant engrais naturel pour les algues vertes.
Les algues vertes ne sont qu'en Bretagne ?
Non, la Normandie ou les Pays de la Loire sont des régions aussi concernées par le phénomène, même si ce sont des espèces d'algues vertes différentes. On retrouve majoritairement les marées vertes en Bretagne car il s’agit de la première région d’élevage en France.
Il y a toujours eu de l’agriculture mais pas d'algues vertes ? Pourquoi ?
Dans les années 60, des décisions politiques sont prises afin d'augmenter la production alimentaire pour rester compétitif et souverain lors de l'après-guerre. Un exemple : en 1962, l'Europe créer la Politique Agricole Commune (PAC), avec des subventions à l'hectare pour les agriculteurs, ce qui les pousse à s'agrandir. À partir de ce de là, des logiques productivistes sont mises en place dans tout le secteur agricole breton, avec comme fer de lance les coopératives et leurs soifs de rendements. Pour la première terre agricole française, l’ère de la modernisation est vue sous le prisme de la prospérité. Grâce à la mécanisation et le remembrement des terres bretonnes, c’est une véritable « révolution » régionale (pour reprendre le terme de l’économiste rural Pierre Daucé que nous avons interviewé). Les surplus d'excréments d’animaux sont rapidement épandus dans les champs pour les fertiliser, entraînant le nitrate en mer. La première marée verte est officiellement déclarée en 1971, soit dix ans après le bouleversement agricole en Bretagne. Dix années, soit le temps suffisant pour que le nitrate ruisselle des nappes phréatiques jusqu’à la mer.
Pourquoi certains parlent d’omerta ?
Certains lanceurs d’alertes évoquent une omerta autour de ce sujet lorsqu'il s'agit de dénoncer des pratiques des instances agricoles, des coopératives, des banques ou des pouvoirs publics sur la question des algues vertes.
Certains tentent, malgré les pressions, d’enquêter sur le phénomène des algues vertes. C'est le cas du média d'investigation breton "Splann!" ("clair" en breton), mais aussi des journalistes Inès Léraud et Nicolas Legendre, du citoyen Fabrice Hamon, des membres du collectif Halte aux Marées Vertes ou encore de Pierre Philippe, premier médecin urgentiste à alerter sur ce phénomène. Plusieurs d'entre eux ont reçu des courriers anonymes menaçants. D'autres se sont fait déboulonner leurs pneus.
Que font les pouvoirs publics face à cela ?
Après le décès d’un cheval à la plage de Saint-Michel-en-Grève en 2009, l’Etat décide de s’investir dans des PLAV, plans de lutte contre les algues vertes. Trois séries de plans de lutte se succèdent avec des montants à géométrie variable. Le premier plan a été estimé à 95 millions d’euros. Le second à 60 millions d'euros. Le dernier qui couvre la période 2022-2027 a doublé suite au manque effectif de résultat, s'élevant à hauteur de 125 millions d'euros.
Y’a-t-il des évolutions ?
Sur près de 30 ans, le nitrate a baissé de 46% dans les cours d'eau bretons. Une évolution en partie liée aux changements de pratique des agriculteurs dans le cadre des subventions des PLAV. En revanche, il faudrait que le taux de nitrate soit inférieur à 20mg/l pour espérer ne plus voir des proliférations d'algues vertes sur les côtes bretonnes.