Au début du XXᵉ siècle, la région d’Épinal fait partie du dispositif défensif face à l’Empire allemand.
Le terrain de Dogneville, alors simple champ de manœuvres, devient rapidement un site idéal pour accueillir une “station d’aviation” destinée à l’observation et au réglage de tir de l’artillerie.
Pendant la Grande Guerre, le terrain sert de base arrière pour les opérations dans les Vosges.
On y érige des hangars Bessonneau et on y stationne notamment des unités d’observation sur avions Maurice Farman.
Fait marquant : Dogneville est si proche de la ligne de front que les équipages décollent parfois sous les trajectoires des obus français.
En 1920, l’Aéro-Club de l'Arrondissement d'Épinal voit le jour.
Il devient rapidement un pôle aéronautique important avec ses meetings spectaculaires et ses vols populaires.
Le terrain est alors à la fois militaire et civil — situation courante dans l’entre-deux-guerres.
René Fonck, né à Saulcy-sur-Meurthe, est resté très attaché à sa région. Son prestige de "héros de la Grande Guerre" (As des As français avec 75 victoires) a été le meilleur argument de communication pour le club lors de sa création en 1926.
En tant que député des Vosges (élu en 1919), Mr Fonck a utilisé son poids politique pour favoriser le développement des infrastructures aéronautiques locales. Son soutien a été déterminant pour transformer le terrain de Dogneville en un véritable centre de formation.
Bien qu'il ait été très occupé en 1926 par sa tentative de traversée de l'Atlantique, il a agi comme une figure tutélaire pour l'ACV, encourageant les industriels locaux à soutenir financièrement l'achat des premiers appareils.
En 1940, l’Armée de l’Air utilise brièvement le terrain avant l’avance allemande.
La Luftwaffe l’occupe ensuite, mais la piste en herbe limite son intérêt pour les chasseurs et bombardiers.
En 1944, les forces américaines s’en servent comme terrain de liaison pour leurs petits appareils (type Piper L-4), avant restitution progressive aux autorités françaises.
Cette plaque est un puissant rappel de la double identité de l’aérodrome de Dogneville : un lieu de loisir aujourd'hui, mais un poste de combat hier. Elle honore la mémoire du Master Sergeant Thomas Virnelli, dont le destin lie à jamais le Massachusetts au sol vosgien.
Si cette plaque « trône » aujourd'hui à l'aéroclub Vosgien, c'est pour nous rappeler que chaque décollage sur cette piste en herbe s'inscrit dans une longue lignée de courage. Thomas Virnelli ne repose pas loin d'ici : il fait partie des 5 255 soldats qui dorment au cimetière américain de Dinozé, à seulement quelques kilomètres au sud d'Épinal.
En faisant vivre l’Aéroclub Vosgien, nous faisons battre le cœur de ceux qui, comme Thomas, ont aimé ce ciel jusqu’à leur dernier souffle.
Avec l’arrivée du jet, le terrain devient inadapté aux besoins militaires.
Dans les années 1970, l’ouverture de l’aéroport de Mirecourt Aéroport Épinal Mirecourt capte le trafic important et Dogneville aurait pu disparaître.
Mais l’aérodrome survit grâce à la Commune de Dogneville et l’énergie de ses bénévoles :
vol moteur léger
vol à voile
ULM
formation et découverte aérienne
aéromodélisme
Aujourd’hui, le terrain garde son charme historique : piste en herbe, proximité de la ville, ambiance des débuts de l’aviation.