J5

Bourdelles - Langoiran

47 km

J5 : L'étape

Départ du Relais de Garonne à Bourdelles : 6 h

Pause et sieste à la cale de Lestiac-sur-Garonne : à partir de 12 h

Arrivée au ponton de Langoiran : à partir de 17 h 30

Cette 5° journée va nous faire découvrir une autre Garonne : celle où les eaux saumâtres venues de l'océan se mêlent aux eaux douces des hauts-pays de sa vallée. C'est pour cette raison que pour la première fois nous devons régler notre navigation sur les horaires des marées. Impossible de rejoindre Langoiran et Portets d'une seule traite, depuis Bourdelles, sans rencontrer la marée, qui se fait sentir à partir de La Réole.

Ce jour là d'après nos calculs nous devions rejoindre la cale de Lestiac sur Garonne pour 12h10. Il est 6h, il faut beau, frais, Michel est levé (il n'a pas du se coucher) nous partons sur un eau calme et dans une brume légère : superbe.

Nous passons rapidement La Réole, son pont en centre ville, puis Gironde sur Drop, Caudrot, Castets-en-Dorthe d'où le Canal démarre et qui marque le point de départ de la Garonne navigable. Nous y croisons précisément le premier bateau de passagers depuis les 200 km que nous naviguons depuis Toulouse. Vient ensuite Saint Macaire. La balade se fait d'un bon rythme, les paysages sont dégagés et les pêcheurs sont de sortie. La tourelle rive gauche annonce la station AIRBUS, l'endroit où les barges transportant les pièces de l'A380 arrêtent leur remontée du fleuve depuis Pauillac, pour rejoindre Blagnac par la route, traversant les nuits du Gers.

Nous sommes à Langon, nous marquons une pause sur la première cale recouverte d'une belle crème de floc vaseux. Ce phénomène naturel se produit au mélange des eaux salées chargées positivement en sodium, magnésium et calcium et douces chargées négativement en argile. Chaque marée dépose en se retirant une petite dizaine de centimètre de crème. Le brassage de cette crème donnera sa couleur à la Garonne, puis à la Gironde jusqu'à son estuaire.

Nous observons quelques changements. Les arbres découvrent d'importantes racines sur les berges, nous rencontrons les premiers carrelets, nous ne serons plus dérangés par le bruit des stations de pompage (l'eau saumâtre n'est pas recommandée pour arroser les cultures) et les vignes se font de plus en plus présentes. Sainte-Croix-du-Mont, Barsac, Cérons et le grand Sauterne qui doit son micro-climat unique au passage du Ciron avant qu'il ne se jette dans la Garonne. Cadillac, une nouvelle pause express dans la crème.

L'heure tourne le fleuve prend un couleur orange vif et des airs de mangrove. La cale de Lestiac se profile, nous apercevons de la présence (au loin depuis l'eau, en juin, voir du blanc sur une berge marque la présence humaine: voitures et t-shirts sont de sortie). Il est 12h08 et un bruit étrange nous fait face et se rapproche. Sur les berges une onde remonte, c'est la marée. A la seconde où nous la croisons, nos kayaks se lèvent comme s'ils venaient de franchir une marche. A cette sensation étrange, succède une autre moins agréable... nos coups de pagaie ne portent plus ! Pas le choix, il va falloir sortir les bras sur les 300 derniers mètres.

Nous rejoignons la cale pour nous poser le temps (4 heures) que la marée s'inverse, pour qu'elle passe du flot (montant) au jusant (descendant). Un nouveau comité d'accueil nous attend. L'endroit est bucolique: des prés, des vignes, l'ombre de grands arbres des tables des bancs et des gens autour. Les membres de l'association de la Cale de Lestiac ont gratté la terre pour remettre à jour cette cale et faire revivre ce coin de Garonne. Le pic-nic nous est offert et le vin du cru partagé de bon coeur. Ces nouvelles belles rencontres spontanées sont formidables, mais les 6 heures de navigation et la petite nuit, nous sommes fatigués et la sieste nous appelle.

Nous reprendrons le cours du fleuve pour la dernière les deux derniers grands virages avant Portets, juste en aval de Langoiran où finissent les mascarets.

L'équipe passera la nuit dans les chambres d'hôte du Château de Beausite. Nous y peaufinerons, l'étape du lendemain où au départ et à l'arrivée de nouveaux navigants sont prévus. Nous comprenons que l'aventure va prendre fin. Ce n'est pas tant la distance parcourue depuis Toulouse que nous mesurons, mais plutôt à quel point la nature nous a pris avec elle. Un ravitaillement au supermarché le plus proche, nous donne l'impression de débarquer dans un nouveau monde, un pays étranger, où la culture, la langue, le rythme, le bruit, tout nous semble très différent. Nous n'avons fait qu'emprunter une route parallèle, inhabituelle, mais cette route nous a en fait emmener bien plus loin que nous l'avions imaginé.

Nous voulions vivre une aventure insolite, en pleine nature, en partant de nos centres ville, à pied. Nous mettrons plusieurs jour à "revenir" de si près: incroyable.