J6

Langoiran - Bordeaux

23 km

J6 : l'étape

Départ de Langoiran : 14 h

Arrivée Bordeaux : 16 h 30

Dernière étape. La plus courte mais certainement la plus chargée en émotions.

Le temps est mauvais, le ciel gris, il pleut, le vent s'est calmé. La matinée nous a servi à récupérer et attendre. Attendre que le jusant nous accompagne jusqu'à notre rendez-vous avec la Fête et les Grands Voiliers. Nous allons quitter la campagne pour arriver en ville. La ville et ses dangers. Pour des frêles embarcations comme des kayaks ou des canoës, le Pont de Pierre est toujours un passage délicat, qui ne s'improvise pas. Il faut d'abord tenir compte de la marée, de son coefficient, de la présence d'hydroliennes, du trafic maritime en pleine Fête du Fleuve et de l'occupation des quais. Nous avons bien à l'esprit que les conditions sont aujourd'hui réunies pour faire de ce passage un moment dangereux. Le coefficient est de 109, la Garonne est haute et puissante, derrière les arches du Pont les berges sont pleines de pontons et les pontons pleins de voiliers. Des marmites nous attendent. Ce sont de forts remous dus à la différence de plusieurs mètres de profondeur entre l'amont et l'aval du pont, dont les piles favorisent l'accumulation d'alluvions. Pour nous servir de guides, les Marins de La Lune, locaux de l'étape, seront sur leur Stand Up Paddle (SUP) avec nous. Christophe Mora en tête se joint au briefing du dernier départ. Nous quittons Langoiran avec comme consigne de naviguer en unité marine jusqu'aux travaux du pont Simone Weil.

L'ambiance est détendue et l'excitation nous gagne à l'approche de la ville. Ces derniers kilomètres sont très chargés en émotion. Nous savons que nous sommes sur le point de terminer notre aventure, fiers d'être arrivés jusqu'ici. Dans des conditions difficiles, qui ont fait renoncer plus d'une vingtaine d'aventuriers depuis Toulouse, nous avons fait preuve de sagesse en prenant des décisions, parfois contrariantes, mais toujours prudentes et responsables. Un groupe d'aventuriers libres s'est formé. Nous nous sentons forts du chemin parcouru et fragiles face à la dernière épreuve que nous réservent les éléments, face aux géant des mers que nous allons croiser. Nous sommes heureux de l'aventure et des moments vécus et tristes de réaliser que la parenthèse va se refermer. Chacun de nous s'est lancé dans cette aventure avec des appréhensions légitimes, et la farouche envie de se dépasser, physiquement d'abord et puis de se mesurer à une nature imprévisible et un peu dure cette année. Nous étions tous dans la secrète et intime espérance qu'il se passe quelque-chose qui nous change un peu. Le changement a opéré, nous nous en rendons compte au cours de ces derniers instants. Nous ne sommes pas partis loin et pourtant le voyage a été immense.

Le pont Simone Weil est déjà là et un bateau de la sécurité de Bordeaux Fête le Vin, vient à notre rencontre. Il porte les dernières consignes. Nous passerons le pont entre la 4° et la 5° arche rive droite, au milieu des marmites qui sont bien présentes. Hors de question de passer plus près de la berge, à cause du fort courant et des pontons chargés. Les seaguards seront présents pour nous sécuriser au besoin. Des seaguards ? Nous ne savons pas si nous devons être rassurés ou pas, ce qui nous recharge un peu plus en émotion. Le pont se rapproche, les appareils photos sont rangés (tant pis pour la photo), deux mains ne seront pas de trop pour négocier ce passage. Les arches se dessinent au dessus de nos têtes et le comité d'accueil est impressionnant. Des bateaux de sécurité, les jets-skis des seaguards, ça fait tout d'un coup beaucoup de gilets fluos sur l'eau. Les premiers SUP passent. 1, 2 puis 3, chutes! Chacun son tour comme convenu, on vise le centre de l'arche, concentrés sur nos gestes pour ne pas commettre de faute. Puis tout va très vite, un premier kayak passe, puis un second qui se retourne, les suivants passent ou se font retourner suivant la force des marmites. C'est la confusion, il y a du monde à l'eau. En quelques secondes les seaguards interviennent pour sécuriser la zone, et déjà nous sommes presque au niveau des pontons quand ceux qui ont plongé remontent dans leur kayak ou leur canoë. Tout le monde terminera le voyage dans son bateau. Certains au sec, ébahis par la majestueuse grandeur des Grands Voiliers dont les coques ne sont qu'à quelques mètres. D'autres mouillés et hagards d'avoir été choisis par la Garonne pour être renversés. A peine le temps de flâner un peu en centre ville, et de se rapprocher des coques rive gauche qu'il faut déjà reformer une file pour rejoindre la rive droite et la cale des Chantiers de la Garonne avant la renverse attendue dans moins d'une demie-heure. La miole chargée des tonnelets qui n'aura pas connu les péripéties du franchissement du Pont de Pierre, peut enfin commencer à aiguiser la curiosité des équipages des Grands Voiliers ne paradant dans le Port de la Lune, fièrement quelques mètre plus bas. Elle prendra sa place au coeur de la Fête du Vin et y connaîtra son petit succès pendant 48 heures jours sur le ponton d'Honneur!

Rive droite, cette dernière sortie signe l'arrivée des aventuriers. Une fin riche en émotions. Les proches qui ont pour certains assistés à des baignades forcées depuis le Pont de Pierre, sont émus et impressionnés. Nous aurons le temps de faire retomber la pression, mais pour l'heure les regards sont intenses. Chacun se cherche pour partager une dernière accolade, marquer d'un geste la fin d'un chapitre, d'un autre la mise en route de la machine à souvenirs. Après un dernier "écrémage", le chargement des bateaux sur les remorques, une douche, vient le temps du buffet agrémenté de vins du Haut-Pays et de Bordeaux biologiques, de la musique et enfin du feu d'artifice. Nos amis ostéopathes de Bord'Ostéo auront pu constater des bienfaits sur nos organismes de 6 jours de navigation. Aucun bobo, à constater, seules une ou deux contractures à résorber. Certains iront retrouver leur lit, d'autres une cabine dans un voilier, et d'autres encore choisiront un dernier bivouac au bord de la Garonne.

Demain fera place à d'autres émotions, nous avons rendez-vous avec l'Histoire !