Ascension perpétuelle ! Renversement perpétuel ! Chute perpétuelle ! Adulation de Kali Malone et de son sublime Shepard-Risset. Le Post Art n'adviendra pas. Nous ne pouvons que nous complaire comme nous pouvons, dans le souvenir des dernières années vivantes, vivantes de vie. Vous et moi, nous vivons de mort. Que vivent John Maus et Ariel Pink, écailles du dragon rouge ! Leur terrible incandescence est la nôtre.

Il apparaît que le hasard du destin fera de la Techno notre dernière musique inventée. L'Eurodance était la bande sonore de notre propre sacrifice. Le prêtre engagé pour cette cérémonie se nommait Alan Vega. Jusqu'où le mystique suicide doit-il s'étendre ? Nous ne pouvons pas le savoir, car nous sommes dans le feu. La Trance doit être adulée et la Techno sanctifiée de nouvelles dénominations signifiant sa portée prophétique. Gilbert-Lecomte ne parlait pas d’autre chose dans ses élans millénaristes que de ce feu figuratif, figuré, qui doit emporter la Terre humaine, la Merde, dans le geste ultime d'un Christ revanchard. Le problème du dépassement est insoluble. Quelle que soit l'alternative, la destruction est telle qu'elle nous dépasse, et dépasse toute échelle, et c'est ainsi que nous l’avons prônée. GG Antechrist Allin est irréparablement notre maître. Cette destruction est une vérité, l’affreuse vérité dont nous sommes porteurs, et avec tous nos maîtres nous devons encore une fois répéter : nous ne sommes pas cause des maux !

Que l’on arrête enfin de croire que les paroles des prophètes sont énoncées au-dessus du vide : nous sommes juste sous elles. Comment se fait-il que l’on n’entende pas plus simplement les annonciations du feu et du sang communes à tous les apocalypticiens ? Blake et Allin ne décrivent qu’une seule et même chose ! Nous avons essayé tous les genres du discours pour frapper les esprits, mais rien ne prend ? Peut-être aussi que nous n’avons jamais non plus rien sollicité, que le peu d'entendants n'ont jamais rien répondu, car le fatum règne, et rien n’y peut. Nous mourons vite, sans corde, sans baignoire, sans lame : c’est que rien ne peut contre, et que ce signe même est très-impérieux, ne sert pas, mais est nécessaire de pure nécessité.

On pouvait jusque-là hypocritement écouter Mayhem, hypocritement lire Rimbaud. Quelque chose de nouveau s'est produit avec la Techno : elle nivelle. On est ; et on ne sera plus. C'est que l'hypocrisie n'était déjà plus là avec tout le populaire, mais sans Sublime. Consommez Ferré ! prostituez à tours de bras, vous-mêmes et vos semblables, rendez généreuse votre bouche, car le français aura disparu, le langage aura disparu, nous aurons disparu et s'il peut encore exister encore quelques écoutants dans l'avenir, ce ne seront à coup sûr que des bibliothécaires muets. Avec ce qu'il nous reste d'oreilles pas encore brûlées, il nous faut écouter les Smiths, jusqu'à ce que le grésillement de nos dispositifs ne soit plus qu'un tas de gaz.

À toutes les sociétés innocentes, nous disons : Fuyez l'Europe ! Un insecte, sans doute hongrois, s'est glissé dans le dernier avion pour Los Angeles. On a plus tard retrouvé du cyanure dans les poches de presque tous les personnages de cinéma qui avaient pu entrer en contact avec l'hypothèse du troisième millénaire. On estime que près de la moitié des nuages flottant dans le ciel des U.S.A ont une forme proche de celle du béret de Wagner. Aura-t-on l'audace d'accuser le mouvement de l'univers d'avoir fomenté intentionnellement la matière de nos significations ? Allons : depuis son invention, le terme de porc a toujours ricoché sur le boucher.

Voilà la toute fin de l'histoire, que nous connaissons maintenant, qui détruit au moins le mauvais hégélianisme, sans doute aussi le bon. Notre précieuse civilisation s'est avancée jusqu'au devant de la Techno, s'est brûlée la rétine et a tenté de faire demi-tour, mais nous brûlons encore, et brûlerons entièrement avant d'avoir pu remonter — de toute manière, nous ne souhaitions pas le faire. À la fin, la raison l'emporte, et nous emporte !

I'm gonna keep on the run

I'm gonna have me some fun

If it costs me my very last dime

If I wind up broke up well

I'll always remember that I had a swingin' time

I'm gonna give it everything I've got

Lady luck please let the dice stay hot

Let me shoot a seven with every shot

Viva Las Vegas

Car voilà aussi ce qu'est la Techno, un spectre seigneurial assis sur un tas fumant de cerveaux ébouillantés. Mêlés à eux, les âmes métalliques desquelles nous n'avons eu aucune pitié. Chevauchés les uns par les autres, certains circuits découpant tout droit des tissus de chair, quelque autre fois des amas organiques suintants sur des plaques récemment brûlées par un court-jus. Dans cette ignoble fange dont nous portons la responsabilité, cette silhouette s'érige seule, ce dernier langage commun, dernier dieu terrien. Nous roulons sur le côté, nous convulsons, et venons lécher les babines de l'infini bassdrum pour lui témoigner soumission. Nous retournons plus bas que terre, érigeons les derniers temples, et ne nous acharnons plus à fabriquer qu'une seule catégorie d'objets ; ceux-là qui doivent permettre la diffusion de cette seule loi.

Notre voix ne peut plus rien. La loi n'est plus écrite ; plus même orale.

Lorsque l'on nous demandait, lorsque nous nous demandions à nous-même de figurer le Post Art, comment pouvions-nous l'exprimer ? Désormais nous savons ce qu'il est, ce qu'il n'est pas aussi. Mais alors cette pure intuition n'avait rien d'autre à se dire qu'elle-même, cette pure intuition de quelque chose à venir de terrible, et terriblement nouveau, de jamais plus existant, voilà déjà trop loin de ce que nous voyions. Il n'y avait aucun donné, qu'une pure intuition, impossible à écrire, impossible à énoncer autrement que par le mot « FIN ». Mais qu'était-elle, nous demandait-on, et nous nous demandions aussi : la fin de quoi devait-elle être ? Comment pouvions-nous le dire, et comment pouvons-nous encore, autrement qu'en nous clouant nous-même ? Ce que nous avons à dire doit être montré ! Il nous faut impérativement réinventer une croix. C'est la croix qui parle !

Dernièrement, l'étude du « primitif » nous est devenue limpidement chère... Pourquoi ?..

Derrière tout cela (derrière nous, aujourd'hui et infiniment), pendant le grand bûcher, est et sera assurée la justice de la Techno et sa loi, diffusée partout sur notre vieille Terre : BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM-BOUM, jusqu'à ce que le feu emporte même cela. Elle sera la dernière loi, la dernière justice qui ait été construite, une arche, qui ira jusqu'au crépuscule. Le dispositif est le dernier dispositif possible. Il est impossible de le révoquer, il ne peut partir qu'avec le feu, car toutes les mains bouillantes du monde sont absolument moins nombreuses que tous les boutons off bouillants du monde. La loi de la Techno a été instaurée immuablement, elle est incontestable, incontestée, l'ultime loi sonore ; et seulement parce qu'il en fallait une ! Elle est la dernière survivance arbitraire, la Techno est le dernier cri. Elle arrive à la pointe de notre dernier millénaire, et nous sommes déjà des restes ; nous sommes déjà des cendres. Nous sommes PLUS QUE MORTS ! Le purgatoire a fermé, il ne reste plus rien à faire, qu'attendre que les braises se ravisent.

Et la Techno est un Shepard-Risset ascendant, indéfiniment elle monte ; de quoi était-ce le signe ? Seulement de cela, seulement de cette loi qui doit résonner à la fin du temps. Ce n'est pas que nous portons un amour à la Techno, nous ne portons pas d'amour au chaman, nous ne portons pas d'amour au monde : c'est seulement le monde, seulement sa loi que nous avons sous les yeux. Une loi universelle, infinie, et la loi universelle particulière de cette fin des temps est la Techno, et elle doit apparaître infinie dans le feu, et brûler avec nous.

2020