ZENITH et l'aviation

 ZENITH à la conquête de l'aviation


ZENITH Royal Flying Corps, 30 Hours, Non Luminous, Mark V


En moins de 10 ans, l'aviation balbutiante dans la première décennie du 20e siècle fait une avancée immense lorsqu’éclatent les premiers combats de la Première Guerre mondiale. De sport d’hurluberlus en mal de sensations fortes, l’aviation devient l’outil des héros d’un nouveau genre projetés dans une guerre sanglante, d’une forme qui est à la croisée des guerres des deux siècles antérieurs et de la Seconde Guerre mondiale à venir. 
 
Les avions biplans et biplaces Avro 504 furent parmi les premiers avions équipés d'altimètres ZENITH 
utilisés par les Flying corps de la Royal Navy
 
 
A partir de 1916, ZENITH devient fournisseur de la Royal Air Force pour des montres de bord qui vont s’intégrer aux tableaux de bord rudimentaires des avions et en particulier des biplans Avro 504 qui équipent beaucoup d'armées européennes. Dotées de cadrans noirs non luminescents, les montres Royal Flying Corps, 30 Hours, Non Luminous sont fabriquées pour être lues facilement par les pilotes dans des laps de temps très courts à une époque où le pilotage se fait à la vue. 

La mention de la réserve de marche de 30 heures est là pour rappeler aux pilotes que l'heure précise dont ils disposent dépend du remontage de la montre dans des espaces-temps qui ne doivent pas excéder 30 heures entre chaque armage complet du barillet.


Montre des Flying corps de la Royale Navy dans son surboitier de mise au tableau de bord
 
 
 
 
Si les premières livraisons comportent des cadrans noirs mats avec des chiffres arabes non luminescents et des aiguilles épaisses peintes en blanc, c’est parce que ces montres sont de véritables instruments de navigation dont la destination est de s’intégrer pleinement dans les tableaux de bord des aéronefs. Cette intégration s’opère selon les modèles d’avions de plusieurs manières : 
  • par une sorte de griffe fixée au tableau de bord
  • soit par un support en cuir qui protège la montre
  • soit par un support en bois
  • soit encore par un procédé de bague d’adaptation qui se superpose à la montre et qui est vissé sur le tableau de bord
  • soit par intégration dans un boitier en laiton rhodié qui s’ouvre par l’arrière et laisse découvrir le cadran par une ouverture de la dimension de ce dernier
Ce dernier type de support et le système en bois ont également une autre utilité pour l'identification de l'heure des photographies prises depuis les avions de reconnaissance.

La plupart du temps, selon les premiers modes d'intégration aux tableaux de bord, la montre ne comporte pas de bélière. Elle est dotée d’un pendant plus haut que sur les montres classiques pour une préhension plus aisée avec des gants lors du remontage où de la mise à l'heure. Les montres comportent également sur le cadran une référence d’inventaire commençant par deux lettres qui identifient la manufacture d'où la montre est issue, puis 4 chiffres. Les lettres CB correspondent par exemple à ZENITH.
 
L’aviation évolue de manière fulgurante dans les années de guerre et très rapidement la Royal Air Force met en place des vols nocturnes pour surprendre davantage l’ennemi dont les modes de repérages des avions sont essentiellement visuels et ainsi mieux protéger ses pilotes. Les bombardiers ainsi engagés dans les combats doivent disposer de montres luminescentes, lisibles pendant les vols de nuit. Les instruments de bord sont alors adaptés en appliquant dans un premier temps sur les cadrans des montres des points de peinture luminescente à base de radium et en peignant avec cette matière les aiguilles. Ce sont directement les services responsables de la maintenance des montres de l'Armée de l’air qui se chargent de ces adaptations sur les premières versions luminescentes. Ils le font parfois de manière rustique, simplement en ajoutant cette peinture et en dissimulant d’un trait de peinture noire la mention Non Luminous et la référence de la montre.

Ces montres dotées de calibres de type 19 lignes et 15 rubis étaient remarquables pour leur précision et pour leur résistance tant aux vibrations dues aux décollages et aux atterrissages des avions sur des pistes herbeuses qu’aux chocs consécutifs aux atterrissages souvent assez brutaux. A l’époque, les antichocs qui ne verront le jour qu’à la fin des années 30, ne peuvent équiper ces pièces et donc en protéger l'axe de balancier. Malgré tout, peu de montres ont montré des signes de faiblesse dans des conditions d’utilisation pourtant extrêmes qui ne ménageaient pas non plus les mouvements soumis à l’humidité et au froid de l’altitude.

Les montres de la Royal flying corps avaient parfois un usage particulier en ce qu'elles servaient de mode d'identification de l'heure sur les clichés pris par les appareils de repérage photographiques des avions de reconnaissance. Ce fut le cas en 1918 pour certaines pièces faites par ZENITH dotées d'aiguilles épaisses, y compris la trotteuse, pour mieux marquer les négatifs des plaques argentiques des appareils photo. La photo de la montre appraissait ainsi en bas à droite des clichés. La trotteuse épaisse assurait une visibilité sur la photo parfois un peu floue à cause du "bougé" imposé par les vibrations de l'avion. Il était en effet essentiel de disposer d'une heure précise pour évaluer les distances parcourues par l'ennemi et calculer ses vitesses de déplacement.

Ces pièces horlogères pouvaient aussi côtoyer, sur les tableaux de bord des avions Avro 504s de la Royal Air Force, d’autres instruments de navigation dont ZENITH avait fait sa spécialité. ZENITH équipera également des Sopwith Camels, Sopwith Pups, SE5As et des Bristol Fighters.

Altimètre ZENITH et montre ZENITH des Flying Corps de la Royal Navy, deux instruments qui cohabitaient dans le même avion
 
La manufacture, en effet, fabriqua dès le début des années 10 des altimètres très réputés dans l’univers de l’aviation. Un atelier complet de la manufacture fut dédié jusqu’à la Seconde Guerre mondiale à la fabrication de ces pièces très particulières qui étaient livrées avec des disques en pieds ou en hectomètres selon les pays destinataires et selon leur adoption ou non du système métrique. Les premières versions des altimètres ZENITH ne comportent évidemment aucun marquage militaire.
 
 

En effet, les premiers avions des armées étaient souvent des appareils civils recyclés et en tous les cas mal préparés à la guerre. La vocation militaire des instruments de bord suivit celle des avions eux-mêmes. Par la suite la Broad Arrow fait son apparition sur des pièces qui, comme les montres, passent de l’absence de luminescence à la luminescence de l’aiguille et de quelques chiffres. 

Les cadrans des altimètres des Flying corps anglais sont en outre marqués d'une mention "Mark V" et d'un numéro d'inventaire.
Ainsi, lors des vols de nuit, les pilotes continuent à lire leurs instruments qui deviennent leurs références ultimes. Ces altimètres sont dotés d'une aiguille à tête rectangulaire qui n'est pas sans rappeler celle que les chronographes El Primero utiliseront en 1969.



L'armée anglaise fit fabriquer pendant la seconde guerre mondiale 58 144 avions dont 35 973 furent abattus. Les pièces passaient parfoit d'un aéronef à l'autre.

Malgré tout, les volumes requis par la Navy furent très importants. Pour cette raison, la Royal Air Force eut recours à plusieurs manufactures horlogères pour ses montres d'aviation : ZENITH fut l'une des rares à fabriquer les pièces livrées à 100%. La plupart des autres maisons durent emboîter outre leurs calibres, des mouvements divers disponibles sur le marché suisse.
 


 
 
 
La Weems de ZENITH

La Weems est un modèle peu courant chez ZENITH. Il fut spécialement conçu pour les pilotes des Flying corps de la Royal Navy anglaise. Cette montre tient son nom du commandant Philip van Horn Weems, qui développa l’ingénieux Weems System of Navigation. En 1929, P.v.H. Weems dépose le brevet d’une montre-bracelet afin de compléter les chronomètres de bord et de remplacer les montres de poche parfois attribuées aux pilotes. L’invention de Weems, qui donna son nom au modèle décliné par plusieurs marques, permet de synchroniser la montre à la seconde près avec le signal horaire radio sans pour autant dérégler les aiguilles. Cette intervention se fait au moyen de la lunette extérieure ou du cadran central, tous deux tournants et gradués.


 
 
 
ZENITH et les montres de pilotes entre les deux guerres
 
A partir de 1928, ZENITH produit pour l'Armée de l’air allemande une montre-bracelet surdimensionnée. Le boîtier à anses fixes de 41 mm en métal chromé est doté d’un fond vissé et d’une lunette tournante avec un index lumineux triangulaire à midi revenant au dessus du cadran. Le fond de ce modèle n’est pas marqué au nom de l’Armée allemande. 

La forme caractéristique de la couronne de type boule striée, très dégagée de la carrure, permet le remontage du mouvement avec des gants. Le large cadran noir à chiffres arabes luminescents au radium permet une lecture rapide de l’heure y compris en vol. Il comporte la mention Special à 6 heures.
 
 
 
 
 
 

Les aiguilles sont de type Mercedes ou ailes-de-mouche au radium. Le mouvement 12 lignes de 15 rubis est équipé de la raquette brevetée à disque excentrique de 1903. La montre connaît trois variantes principales : sans trotteuse, avec trotteuse à six heures ou à trotteuse centrale. Cette dernière version, fut produite en 1930. Ces montres très collectionnées aujourd’hui ont servi durant la Seconde Guerre mondiale malgré leur nette antériorité au conflit. Ces montres furent utilisée par les Flying corps anglais, les Corps of engineers américains et les troupes aéroportées allemandes.
 
 

Les Type 20 de l'Armée de l'air française
 
La manufacture produisit notamment les premiers altimètres qui, dès la Grande guerre, servirent aux avions qui allaient photographier les lignes adverses. En 1939, ZENITH reçoit une commande spéciale de montres de bord destinées aux tableaux de bord des avions de l'Armée de l’air française. Ces pièces dites Montres d’aéronefs font l’objet d’un cahier des charges précis qui les place dans la catégorie des Type 20.



D’un diamètre global de 65 mm, elles sont équipées d’une trotteuse à 6 heures et d’un cadran noir mat disposant de chiffres arabes peints avec une matière incluant du radium pour en optimiser la lecture de nuit. Les aiguilles larges et également revêtues de radium confortent cette lisibilité instantanée indispensable en vol. Les pilotes lors du check-up précédant le vol, remontent le mouvement en tournant la lunette crantée dans le sens des aiguilles d’une montre puis soulèvent celle-ci pour la mise à l’heure en prenant soin de placer le repère situé sous le verre plat de manière à identifier l’heure de départ, afin de sécuriser par un instrument supplémentaire l’autonomie de leur appareil.
 
Chaque pièce est datée, millésimée et numérotée
 
  
D'une simplicité évidente, l’instrument a été conçu avec une infinie intelligence pour les pilotes qui peuvent le manipuler avec leurs gants et disposer instantanément d’une lecture fiable de l’heure. Les mouvements auraient pu être certifiés chronomètres tant ils sont précis mais pas question d’encombrer le cadran avec des mentions inutiles.



Au dos de la pièce horlogère, la mention ZENITH Type 20 est rappelée, ainsi que le numéro de série et la date de fabrication. La plupart des pièces sont datées des mois d’octobre et novembre 1939 mais on en rencontre avec d’autres dates. Ce sont ces montres de bord Type 20 qui équipaient les bombardiers français et les Dewoitine de l’Armée de l’air française.
 
 
Pour être dignes d'être embarquées, ces montres de bord subissaient des contrôles multiples  dans des conditions extrêmes ... Test de températres à moins 30 degrés et jusqu'à 40 degrés avec mesure de l'écart de marche ... Toute pièce qui dépassait un écart de 45 secondes pendant trois jours consécutifs était déclarée inapte et reprenait le chemin des ateliers pour y être controlée et réglée. Les montres subissaient encore un test de contrôle aux vibrations et enfin un test aux accélérations extrême et décèlérations avec un appareil basculant qui finissait par mesurer leur résistance aux chocs. Ensuite, un test dit du "magnétisme" était opéré au moyen d'électro-aimants pour s'assurer de la résistance aux champs magnétiques d'un coockpit. 
L'étanchéité était enfin le dernier test avec une brume aspergée sur les montres et un placement en milieu humide simulateur de climat tropical (sorte d'étuve).
 
Il n'était alors pas question pour Zenith de rater aucun des tests car l'armée reproduisait certains d'entre eux et aurait refusé la livraison si les montres n'avaient pas été déclarées aptes au service . 

 
La ZENITH Type B
 
 
Six ans avant la Type 20, ZENITH se voit confier par l'Armée de l'air française l'équipement de ses avions. Le cahier des charges impose un remontage par la lunette qui doit être crantée pour une meilleure préhension avec des gants. Le cadran est peint de chiffres luminescents au radium et les aiguilles de type Mercedes sont également dotées de matière luminescente. La trotteuse de seconde enfin, doit être lisible, d'où sa forme exceptionnelle. A la différence de la Type 20, le cadran tient par 4 vis sur la version de 1935, l'aiguille des minutes est plus ouvragées et la pièce n'est pas peinte en noir.  Dans la version de 1933, le cadran ne comporte aucune vis apparente. On connait des type B de 1933 à 1936.    
  
 





  
Le crantage de la lunette permet de mieux saisir celle-ci avec des gants lors du remontage du mécanisme ou de sa mise à l'heure
 
 
 
 
 
 
 
Version noire de la Type B d'Octobre 1933
 

 

 La collection PILOT
 
 
 1952 : Le modèle Pilot

C’est dans les années 50 que le modèle Pilot voit le jour dans les collections ZENITH. D’abord équipées de l’excellent calibre 120 de 12 lignes, parfois en version luxe empierrée au centre et rhodiée, pour le marché américain, ces montres sont en général de petit diamètre (33 à 36 mm) comme les montres de pilotes de l'Armée durant la Dernière Guerre. Ils bénéficient d’une très bonne lisibilité.
 
 
 

Leur design proche des montres militaires séduit une clientèle qui s’est habituée à les voir au poignet des soldats et des pilotes. C’est autant sur leur précision que sur leur facilité de lecture que la manufacture fonde sa publicité. Les premières versions, sans que cela ne soit systématique, sont le plus souvent à fond vissé, gravé transversalement de la mention PILOT ou ZENITH PILOT. Le cadran reprend cette mention.
 
 

Pour répondre à la demande de la clientèle en attente de modèles automatiques, la manufacture crée des versions à remontage automatique et les dote jusqu’en 1958 du calibre 133.8 sans date ou du 71 avec date jusqu’en 1957. Ces calibres à remontage automatique à butées obligent à épaissir légèrement la hauteur des boites. Lors de l’arrêt de la production de ces calibres, ce sont les mouvements de la série 2532 avec date ou 2542 sans date qui sont emboîtés dans les Pilot. 

Les Pilots seront déclinées dans les catalogues jusqu’au début des années 90 avec des formes tonneaux dans les années 70 et après 1975 des calibres ETA. Le dernier modèle diffusé est très proche de la Rainbow (antérieurement à la présentation du calibre Elite) avec toutefois une lunette différente et saillante graduée de 1 à 12. En or, acier ou plaqué or, ces montres de grande diffusion connurent un authentique succès commercial tout au long de la carrière des différentes versions et sont aujourd’hui très recherchées des collectionneurs qui en apprécient en particulier les modèles acier des années 50 et 60 dotés des calibres 120, 133.8 ou 71.
 
En 2012, la manufacture conserve plus que jamais son ADN aviatrice et présente à Baselworld son modèle "Pilot Big Date special" doté du El Primero 4010 et d'un diamètre de 42 mm avec un boitier étanche à 50 mètres.    
 
Pilot Big Date special de 2012

 

 

Le Chronographe CAIRELLI 

 
L'histoire de ZENITH parle beaucoup de cette montre créée au début des années 60 et produite à 2500 exemplaires pour le distributeur Romain Cairelli. Il existe deux versions de ce modèle : l'un avec deux compteurs en version militaire et l'autre avec 3 compteurs, plus tardif, et uniquement à destination commerciale et civile.  
Le calibre embarqué est un 146 DP fabriqué dans les ateliers de Pont de Martel ( Le El Primero était encore en gestation ).

Initialement, Cairelli  a fait fabriquer ce modèle par Universal Genève qui utilisait des calibres Martel Watch, marque rachetée par ZENITH en 1959. Tout naturellement c'est donc vers ZENITH que s'est tourné le distributeur pour assurer la continuité de ce modèle sous la marque ZENITH.

La montre est de grand diamètre pour l'époque, près de 44 mm. La mention Tipo CP-2 rappelle son utilisation par l'Armée de l'air italienne que fournissait Cairelli qui avait répondu à un appel d'offre de l'armée de l'airItalienne à la fin des années 50. Le modèle fut diffusé jusqu'au début des années 1970 alors que le El Primero était déjà commercialisé .

La version militaire, utilisée jusqu'au début des années 80 par l'Armée italienne, est marquée sur le fond AMI ( pour Aeronautica Militare Italiana) ou MM ( pour Marina Militare ) mention suivie d'un numéro d'inventaire que ne comporte pas la version civile simplement marquée du nom de Carelli et de la mention Tipo CP2.
 
L'Armée italienne avait stocké plus de montres qu'elle n'en distribua, de sorte qu'on en trouve en assez grand nombre sur le marché, dans la limite des 2500 exemplaires fabriqués. 

Le modèle succéda à la Tipo CP1 faite par Heuer qui était de plus petite taille.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La Pilot type 20 de 2012
 
 


  DONNÉES TECHNIQUES  

 Référence

95.2420.5011/21.C723 

Série limitée à 250 exemplaires

 Mouvement

Calibre 5011K, à remontage manuel
Diamètre total 50 mm
Hauteur 10 mm
134 composants
19 rubis
Cadence du balancier 18’000 alt./h
Réserve de marche 48 heures
Certification COSC

 Fonctions

Heures et minutes au centre
Petite seconde à 9h
Indication de la réserve de marche à 3h

 Boîtier

Titane grade 5 poli et satiné
Diamètre 57,5 mm
Étanchéité 3 ATM
Fond saphir

 Cadran

Noir mat avec chiffres et aiguilles rehaussés de Superluminova

 Bracelet

Veau surpiqué main, boucle Ardillon en titane