La saga du ZENITH El Primero




La grande histoire du El Primero, icône intemporelle du temps 



 1   La genèse

On est en 1962. Le président Kennedy a annoncé depuis un an son intention de faire marcher l’homme sur la lune. On découvre sur les fréquences des radios pas encore modulées, les Beatles qui chantent  Please Please me sans savoir que le groupe s’inscrit dans l’histoire de la musique universelle. Du haut des 1000 mètres d’altitude sur lesquels est perchée la manufacture ZENITH dans les contreforts du jura, on caresse l’idée d’un nouveau mouvement de chronographe que l’on voudrait voir naitre pour le centième anniversaire de la fondation de ZENITH, en 1965. 

Trois ans est un délai normal, pense-t-on, pour créer le premier chronographe plat à remontage automatique intégré, avec une réserve de marche de 50 heures et une à roue à colonnes. On ne parle pas encore de la haute fréquence, l’exigence viendra avec les solutions techniques apportées aux autres caractéristiques. 

Personne encore n’a réussi à concevoir un tel calibre. D’autres manufactures en rêvent tout en hésitant à se lancer dans la conception d’une technologie qui va pourtant révolutionner l’horlogerie. La montre de poignet n’a guère plus de 50 ans et en un demi-siècle, elle a supplanté la montre de poche. ZENITH qui équipait les poignets des soldats américains des Signal corps en 1917 a été l’un des acteurs essentiels de cette évolution. La manufacture s’est installée au poignet des pilotes dont elle équipait déjà les tableaux de bord des avions depuis 1911 et depuis 1948 avait ajouté un mode automatique de remontage à ses montres. Cette fois, ZENITH allait donner au chronographe de nouvelles lettres de noblesse en créant pour la première fois un mouvement automatique intégré. Le bureau d’étude de la manufacture ignore alors qu’il va inscrire cette invention dans l’histoire de l’horlogerie. 

Dès le début des années soixante se profile l’arrivée sur le marché de l’horlogerie d’un produit nouveau ne relevant plus de la pure mécanique mais hérité d’une technologie différente, basée sur les oscillations du quartz. Les progrès de cette invention sont fulgurants dans le sens des prix de revient qui vont s’abaisser très rapidement et dans la perspective d’une miniaturisation qui va rapidement autoriser les montres à quartz d’abord de poche à passer au poignet. Au Locle, les concepteurs du bureau d’étude de ZENITH suivent au jour le jour les évolutions des technologies électroniques. Pourquoi pas, si le quartz menace d’une précision plus grande, entraîner ZENITH dans la présentation d’un mouvement plus rapide ? Après tout, les chronométriers de la manufacture ont déjà travaillé sur la haute fréquence dans le secret des laboratoires où sont préparées les montres des concours de chronométrie des observatoires de Neuchâtel ou de Kew Teddington près de Londres. ZENITH est habitué aux prix de chronométrie, la manufacture en accumulera plus de 2333, en particulier dans les catégories des montres de poche, de bord et bracelet où elle détient des records absolus.

On travaille dur au sein du bureau d’étude. Le cahier des charges du mouvement El Primero (on l’appelle encore 3019 PHC) est un défi difficile. L’intégration d’un système de remontage automatique est bien plus complexe que l’ajout d’un module de remontage sur un calibre que l’on remonte manuellement. ZENITH s’est lancé dans une conception complète de son mouvement, ce qui implique, pour atteindre le résultat par exemple d’une épaisseur réduite à 6,5 mm (qui correspond à la moyenne des mouvements à remontage manuel), de trouver des astuces pour ne pas rendre le mouvement plus haut. Mieux encore, il faut optimiser le remontage et contourner le travers de pas mal de calibres automatiques de l’époque, qui est de mal remonter le barillet et donc de provoquer un arrêt intempestif des montres, faute de charge.

Pas à pas, les ingénieurs de ZENITH franchissent tous les obstacles mais 1965 est là et le mouvement n’est pas prêt. ZENITH a alors deux options :  sortir le calibre sans lui apporter tous les perfectionnements souhaités , ou bien différer la présentation pour atteindre un niveau de perfection micromécanique qui va supplanter tout le monde et marquer une nouvelle fois la capacité d’innovation de ZENITH.


 2   La naissance 

Discrètement, la manufacture prend la décision de préférer se donner le temps et présente pour ses 100 ans une montre qui n’est pas un chronographe mais ponctue ce premier siècle de son histoire. Les Beatles devenus célèbres chantent Help! à la télévision et divisent les générations. ZENITH développe son mouvement et, de prototype en prototype, de partage de savoir faire, en échanges d’idées de ses ingénieurs, s’attèle à donner à ce qui deviendra son mouvement phare l’étincelle de la haute fréquence. 

Les premiers essais pour concluants qu’ils fussent font craindre que les huiles classiques que l’on utiliserait pour lubrifier l’échappement ne viennent éclabousser la roue d’échappement ou le spiral et donc perturber la bonne marche de la montre. On teste d’abord plusieurs huiles, les chronométriers, qui sont habitués à préparer les pièces de concours, prêtent leurs mélanges secret mais il faut aller plus loin et mettre au point un nouvel échappement propre au El Primero.

On est en 1967 quand surgit l’idée de recourir à un nouvel échappement et à un système de lubrification basé sur le carbure de molybdène et l'application de traitement secs à faible coefficient de frottement. La haute fréquence se conjugue intimement avec la haute technologie. Il faut alors mettre en musique toutes les innovations que ce mouvement issu du génie humain a entrainé et composer la partition gagnante qui en fera le premier, baptisé El Primero.

Les 6 derniers mois de 1968 sont des mois de fièvre. On teste, on se penche dans les ateliers sur ce nouveau prodige auquel l’équipe des chronométriers de ZENITH vient aider à parfaire les dernières mises au point. Arrive décembre 1968, tout est prêt. On reporte l’annonce au début de l’année suivante, ce sera le 10 janvier 1969 dans un point presse qui va marquer l’histoire de la manufacture et celle de la haute horlogerie.

ZENITH a réussi la première et est en mesure de présenter sa nouvelle icône devant un parterre ébahi de journalistes qui vont répandre la nouvelle à la vitesse de la lumière. Lors de la Foire Suisse de l'Horlogerie de Bâle quelques semaines plus tard, les visiteurs et les horlogers veulent voir de leurs propres yeux cette pièce de compétition dont les alternances montées à 36000 donnent une précision de chronométrage au dixième de seconde. Les plus téméraires passent commande à la manufacture et celle-ci leur répond sans hésitation que les premières livraisons auront lieu en novembre 1969. Avec ou sans phase de lune, les premiers chronographes de poignet automatiques à haute fréquence et roue à colonnes sont bien là en novembre dans leur écrin, à disposition de ceux qui seront les pionniers dans l’utilisation de ces garde-temps d’un nouveau genre. 

Après, tout la manufacture ZENITH qui accompagné les pionniers des airs, des pôles et des mers pourrait bien s’installer au poignet de ceux qui ne craignent pas la haute technologie...

La plupart des chronographes de l’époque ont des cadrans unis, clairs ou foncés, mais ZENITH se devait d’en améliorer la lisibilité. Avec le El Primero la manufacture définit de nouveaux codes esthétiques conjuguant les trois couleurs pour chacun des compteurs, anthracite, gris clair et bleu. La couleur la plus claire pour le compteur des secondes car l’instant qui passe se doit d’être léger, l’intermédiaire, pour les minutes du temps mesuré et la plus foncée pour les heures chronométrées. ZENITH est également allé chercher dans son ADN la lisibilité de son aiguille de trotteuse en plaçant en tête de flèche de l’aiguille ce même rectangle luminescent qui équipait les altimètres ZENITH des avions des Flying corps de la Navy britannique dès 1918.

Les différentes versions séduisent et ZENITH décline son calibre mythique dans plus de neuf modèles qui vont engendrer des variantes et des séries limitées y compris pour les dames, peu habituées au début des années 70 à porter des chronographes. L’or, l’acier et même le titane, si difficile à usiner à cette époque ,vont habiller le El primero dont l’histoire s’écrit pendant que le quartz s’installe et offre à moindre frais la précision et l’autonomie par le recours à la pile électrique. 38 versions, pas moins, de chronographes équipés de ce calibres sont crées par ZENITH. Les américains, les pays d’Asie et puis l’Europe et en son sein la Suisse elle-même se laissent séduire sacrifiant au passage les montres mécaniques dont les coûts de revient ne résistent pas aux crises économiques qui secouent le monde.


 3   La parenthèse

A la fin de l’année 1975, les propriétaires américains de ZENITH depuis 1971, décident de l’abandon de la fabrication des pièces mécaniques. La logique économique l’emporte sur la passion horlogère et ordre est donné d’envoyer à la casse mouvements non terminés et outillages. L’amoureux de son métier d’horloger qu’est Charles Vermot qui dirige l’atelier numéro 4 ne l’entend pas de cette oreille. Il tente d’abord de faire revenir la direction américaine sur sa décision et échouant dans sa tentative d’insubordination, il s’engage avec son frère qui travaille également dans l’entreprise dans un travail quasi clandestin de classement des plans et de rédaction de carnets qui retracent les process de fabrication, de rangement des ébauches et des outillages qu’il répertorie et met à l’abris d’une destruction irréversible. La manufacture est immense et les caisses en bois dissimulées vont servir de cocon à ce trésor horloger qu’à part Charles Vermot tout le monde croit obsolète.  Brutalement, l’histoire du El Primero s’arrête. 

En 1978, Les Américains rendent aux Suisses le contrôle de la manufacture et les horlogers ne négligent aucune occasion de rejouer du tournevis et de la loupe pour travailler sur d’anciens calibres quand au début des années 80, la montre mécanique revient en grâce chez les amateurs. Ebel d’abord s’intéresse à sa version avec phase de lune et s’offre une partie des mouvements encore en réserve. De son coté, Rolex voit, dans une version légèrement modifiée, la solution pour équiper son propre chronographe. Cette fois, il faut relancer la production. Le coût est exorbitant, le prix d’une étampe de 20000 à 50000 francs suisses rend difficile cette perspective. Charles Vermot, est sollicité par le Directeur technique en charge de la relance de la fabrication du mouvement pour l’aider. Ressortant de leur cachette les outillages et les ébauches en cours de réalisation, il va aider à remettre les ateliers en activité de production de ces pièces mécaniques d’exception. 

L’émotion est visible dans les yeux de "Charly" Vermot, comme l’appellent ses amis mais aussi dans ceux qui au sein de la manufacture ont traversé la crise. Que d’émotion dans ces murs et derrières ces fenêtres ouvertes sur le ciel et les étoiles quand celle de ZENITH se remet à briller de mille feux !


 4   La renaissance

L’histoire du El Primero sort de sa parenthèse. Ce chronographe indestructible auquel on a fait traverser l’Atlantique accroché à coté du train d’atterrissage d’un Boeing 707 sans qu’il ne sourcille, malgré une baisse de température de 66 degrés à 10 000 mètres d’altitude et une pression divisée par 4, est toujours valide ! Plus que l’océan, le voilà qui a traversé l’épreuve des modes et du temps et se retrouve projeté en 1984. La manufacture se cherche et essaie plusieurs habillages pour magnifier son calibre. Elle l’installe en 1988 dans un modèle appelé De Luca qui tient à la fois de la pièce de plongée et de la montre militaire.

1993 sera l’année d’une nouvelle ère quand la manufacture crée la Rainbow, montre-outil haut de gamme rapidement, rejointe par la légendaire Chronomaster certifiée chronomètre qui offre le triple quantième et la magie de la phase de lune.

L’histoire est en marche quand en 1995, la manufacture répondant à un appel d’offres de l’Armée française crée la fonction fly-back sur son mouvement de légende. Il est rare qu’une manufacture fasse évoluer un mouvement trente ans après sa création ; ZENITH va pourtant embarquer les amateurs de belle horlogerie dans ce navire. Dès 2003, la manufacture ouvre ses cadrans sur l’échappement et le balancier du El Primero. Il faut pour cela recalculer les données techniques de la platine, revoir le polissage du balancier des deux cotés, caractéristique complexe quand on sait la difficulté d’en assurer l’équilibre. Cette évolution esthétique s’accompagne de l’apparition de l’affichage de la réserve de marche sur le même axe que les aiguilles des minutes et des heures. Le succès est total. Le El Primero trouve une nouvelle image. Ses performances extraordinaires s’affichent à la vue de tous. 
 
 
 

C’est bien connu, le succès dope les envies et les idées. Les complications vont alors se succéder. Le El Primero se décline en version à rattrapante, en tourbillon auquel on adjoint la date sur la cage, la répétition des minutes qui le fait résonner, la fonction réveil pour le faire vibrer, le multi-fuseaux pour l’ouvrir sur les capitales du monde, la grande date avec deux puis trois disques, l’âge de la lune pour anticiper son renouveau, la phase de lune et le cycle du jour et de la nuit dans un même guichet pour lui offrir ce surplus de romantisme qui lui ouvre l’univers étoilé , le quantième perpétuel pour que le temps ne s’arrête jamais , le quantième annuel pour que les mois de février lui rappellent que son anniversaire n’est pas si loin, la date rétrograde pour que tout recommence sans cesse et enfin la foudroyante, ultime complication d’un chronographe qui s’anoblit davantage à chaque création. Ses boites évoluent au même rythme avec des formes adaptées à chaque amateur de belles montres. 


  Le futur au présent 

Le El Primero est devenu quadragénaire en 2009 mais qu’importe, il reste d’une modernité bluffante. La foudroyante dite Striking 10th fait appel à des technologies du 21e siècle où le silicium vient se substituer à des matériaux qui ne permettent pas d’être malmenés autant que l’impose cette complication. L’aiguille tourne plus vite que l’œil ne peut la suivre et l’affichage sur le cadran de la durée mesurée au dixième de seconde donne aux 36000 alternances du mouvement la vigueur d’un moteur de formule 1.

Personne n’aurait imaginé en 1962 pareille carrière pour un mouvement qui, s’il était absent pour le centenaire de la manufacture ,sera bien présent pour ses 150 ans. Toujours fabriqué là où il est né et là où sont nés tous les mouvements ZENITH, dans des ateliers qui n’ont jamais changé de place, le El Primero incarne le changement dans la continuité tranquille d’être d’avant-garde et de savoir le rester. Manufacturé par plus de 300 mains, il faut à un mouvement El Primero 9 mois de travail intense au Locle pour construire la pièce parfaite et donner à l’amateur averti, la même fierté que celle des horlogers qui l’ont assemblé.
La manufacture continue à écrire l’histoire de cette icône horlogère El Primero, reconnue dans le monde entier comme le chronographe le plus emblématique de l’histoire de l’horlogerie suisse et cela pour Any time at all comme le chantaient les Beatles. 

 
  
 
Que se passait-il en 1969,  quand ZENITH présenta le El Primero ? 

Le 10 janvier jour du point presse au cours duquel ZENITH annonce la création de son légendaire chronographe, Michael Schumacher, qui deviendra bien longtemps plus tard pilote automobile allemand, sept fois champion du monde de Formule 1 est né depuis sept jours ! Il ne pilote pas encore son berceau !  David Douillet, judoka français, attend son heure pour voir le monde le 17 février. Jean-Michel Bayle, pilote moto français attendra quant à lui le premier avril...  

 
Bien sur, 1969 évoque la première mission spatiale lunaire avec alunissage. Un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité. L'évènement est à jamais scellé à l'histoire de l'humanité. Il y aura cette année là 4 missions Appolo. On a presque oublié celles qui ont précédé Appolo 11 et celles qui l'ont suivie. En France et dans toute l'Europe, le Concorde, piloté par André Turcat effectue son premier vol le 2 mars. Pendant ce temps, lors de la foire de Bâle, le El Primero s'apprête à être présenté au public. Heuer et Buhren ont avec Breitling un projet concurrent.

Le 9 février, le plus grand avion de ligne jamais réalisé, le Boeing 747 Jumbo Jet, effectue son premier vol d'essai aux États-Unis. La cible scientifique des Russes est Venus. Deux sondes Russes, Vénéra 5 et Vénéra 6, entrent dans l'atmosphère de Vénus après 5 mois de voyage, mais sont détruites avant d'avoir pu se poser. Cette mission ne passera pas à la postérité et pourtant, l'exploit est immense. L'US Air Force met en service le premier Lockheed C-5 Galaxy. 

Une météorite d'Allende de près de trente tonnes (poids initial) s'écrase le 8 février au nord du Mexique dans une zone non habitée. Elle aurait pu tomber n'importe où. Le 4 avril à Houston, le docteur Denton Cooley greffe un "cœur d'attente" en plastique à un patient. Cette première va transformer la chirurgie cardiaque. Internet n'existe pas encore mais déjà les américains ébauchent des systèmes de communication qui en sont l'ancètre avec ARPANET ( Advanced Research Projects Agency Network), un système basé sur le transfert de paquet de données numérique via le réseau téléphonique. Le système d'exploitation Unix voit le jour.

Jackie Stewart remporte le Championnat du monde de Formule 1 au volant d'une Matra-Ford. Eddy Merckx remporte son premier Tour de France, un Belge est en jaune ! 

Les films qui marquent l'année seront Z de Costa Gabras, Les Damnés, film de Luchino Visconti et Easy Rider de Dennis Hopper. James Bond est  Au service secret de sa MajestéLa Sirène du Mississipi, film de François Truffaut éclaire les écrans Français.

1969 fut aussi l'année de nombreux évènements en Afrique et au Brésil et le début des négociations de désarmement entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique (SALT). En janvier 1969, Richard Nixon s'installe à la maison blanche et remplace Lyndon Johnson. Le Watergate débutera 4 mois plus tard. Le 28 janvier, la Californie est le théâtre d'une immense marée noire. Le sénateur Ted Kennedy réchappe d'un accident de voiture quand de Houston on commande le départ d'Appolo 11.

 Au mois d'août, c'est le festival de Woodstock qui va marquer les mémoires pour au moins 3 générations. L'Amérique s'enflamme contre la guerre au Vietnam. Les Pays-bas s'étendent en gagnant du terrain sur la mer, Willy Brandt est élu Chancelier fédéral en Allemagne, la peine de mort est abolie au Royaume uni. En 1969, les pantalons sont élargis en bas, les cheveux sont longs, l'ambiance est au disco, le monde appelle à des changement de vie, de révolution sociale. 

1969 est une année charnière dans l'histoire des hommes, elle l'est aussi dans l'histoire de ZENITH qui détient sans encore le savoir, le mouvement qui va porter la manufacture au moins jusqu'au 21e siècle. 

Le El Primero est un mouvement d'avant garde, en avance sur son temps et le reste 40 ans plus tard.







 


 
  Qui a conçu le El Primero  ?

 
La question est souvent posée quant à l'origine précise du El Primero. ZENITH s'est-il appuyée sur Movado qui commercialisait à l'époque un calibre à haute fréquence de 36 000 alternances ? Y a-t-il eu ou non recours à des moyens extérieurs ? Ou au contraire le mouvement est-il 100% ZENITH ?

Les réponses à ces questions nous obligent à retourner dans l'histoire de ZENITH qui, en 1959, absorba Martel Watch, une entreprise du Pont de Martel qui fabriquait des calibre,s notamment pour Universal Genève. Martel Watch, en qualité de sous-traitant, n'avait pas réellement les moyens d'une expansion que pourtant l'entreprise recherchait. Universal Genève n'était pas un client "suffisant" pour permettre à cette entreprise d'accroitre ses volumes de production. Malgré des moyens financiers limités, l'entreprise Martel Watch était réputée pour la qualité de ses mouvements et surtout pour son aptitude à innover et à gérer des évolutions techniques rapidement. La petite structure était souple et dotée d'un bureau d'études très performant mais d'une unité de production mal adaptée.

Quand ZENITH absorba l'enteprise, l'organisation du travail fut revue et les modes de fabrication adaptés à l'organisation de la nouvelle maison mère. Martel Watch devint ainsi un atelier de ZENITH, démembré mais bel et bien un outil totalement controlé par ZENITH. Les créations de calibres qui pouvaient encore se faire dans les ateliers de Pont de Martel étaient donc supervisées et validées par la manufactures de la rue des Billodes.

En 1962, ZENITH prévoit de devoir fêter dignement le centenaire de la manufacture qui doit intervenir en 1965. Il y a alors deux projets importants et plusieurs projets de moindre importance. Dans les projets importants de ZENITH il y a la construction d'une nouvelle manufacture qui se terminera pour des raisons budgétaires par la réalisation de l'actuelle façade et des locaux modernes, dans cette architecture verrière et métallique que nous connaissons encore aujourd'hui. Le second projet est celui d'un concept nouveau de calibre de chronographe à remontage automatique intégré, à roue à colonne et à haute fréquence.

A l'éqoque la manufacture ZENITH a fait des tests en ateliers de haute fréquence à 36 000 sur le 135, le 261 et sur le 707, calibres exclusivement réservés aux concours. Il existera bien sur des versions commerciales du 135 et du 261, la référence de ce dernier variant selon les cas. Les chronométriers de ZENITH ont limité la fréquence à 28 800 pour le 707, calibre le plus rapide présenté par ZENITH à un concours. Lémania, Longines , Movado travaillent tous sur des mouvements à haute fréquence, jusqu'à 72 000 notamment pour Lémania mais la commercialisation n'est pas à l'ordre du jour.

Toutes les manufactures se heurtent au même problème, à savoir celui de la lubrification et des traces d'huile sont projetées systématiquement sur les éléments réglants avec une usure prématurée des parties mobiles et un dysfonctionnement. Pour cette raison, ZENITH avance plus lentement que prévu dans la conception d'un calibre commercial à 36 000 alternances et développe parallèlement à ses recherches sur les fréquences élevées, un calibre de chrono automatique intégré.

Le projet n'est pas prêt en 1965, car l'arrivée de la déferlante du quartz fait craindre une course à la précision avec laquelle les mouvements mécaniques ne peuvent rivaliser. La création de la holding MZM (Movado - ZENITH - Mondia) en 1969 est bien trop tardive même si l'alliance commerciale date de 1967, pour imaginer que Movado ait participé à la création du calibre. En outre, pour accéder à la haute fréquence, ZENITH a investigué dans une nouvelle forme d'échappement autolubrifié et dans des matériaux que Movado n'utilisait pas. Le processus de recherche et de développement est donc bel et bien interne à ZENITH. Les chronométriers de ZENITH qui avaient travaillé sur les calibres de concours furent mis à contribution car il n'avaient plus de montres à préparer pour les concours qui avaient pris fin en 1968.

Le projet 3019 PHC fit donc des allers-retours, entre le bureau de développement situé à Martel Watch et les ateliers des chronométriers, pour sa mise au point finale, comme le raconte aujourd'hui l'un des chronométriers en activité à l'époque. La double exploitation par Movado et ZENITH du mouvement présenté par ZENITH seul le 10 janvier 1969, au moment ultime où il commençait à fonctionner, est un signifiant de la paternité exclusive du calibre. L'exploitation se fera sous deux noms différents par Movado avec le nom de Datachron puis de Datron et par ZENITH. Les modèles sont visuellement les mêmes, les Movado davantage destinés au marché américain étant doté de 17 rubis contre 31 pour les autres marchés. Les publicités seront également assez parallèles. Mais il n'y a pas eu confusion de Movado et ZENITH lors de la conception.


Les premières publicités du El Primero en 1969 lancées simultanément par Zenith et Movado


  
 
Une étoile éclaire la couronne
La rencontre de ZENITH avec Rolex

 
  ZENITH redevient Suisse

Les Américains de la Zenith Radio Corporation de CHICAGO avaient racheté ZENITH en 1972.  Trois ans plus tard, ils peinent à amortir leur investissement et décident l'arrêt de la production de tout calibre mécanique. Ils ordonnent alors le démontage des machines, leur cession à la casse avec les étampes dont celles du El Primero. Charles Vermot et son frère vont alors faire barrage et dissimuler dans les greniers de la manufacture les précieuses étampes, une partie des outillages et les dernières ébauches inachevées. 

En 1978, Zenith Chicago abandonne toute perspective de profit et décide de revendre la manufacture qu'ils ont bâptisé entre temps la Zenith Watches C° et dont ils avaient fait une filiale de la ZRC, à un consortium de trois industriels suisses dont Paul Castella surnommé Le Pacha au Locle, propriétaire de DIXI qui avait déjà été très proche de la marque entre 1941 et 1948 puisque durant cette période Georges Perrenoud, alors propriétaire de DIXI, avait acheté ZENITH en son nom propre. François Manfredini placé par Paul Castella aux commandes de ZENITH au début des années 80 expliquera que Paul Castella fut certainement guidé dans le rachat de la manufacture d’une part, par sa connaissance de ZENITH qu’il avait côtoyé de 1941 à 1948 chez Dixi, société dans laquelle il était rentré en 1939 et d’autre part, par la volonté de ne pas voir cette marque, partie flamboyante du patrimoine suisse, disparaître à tout jamais. 

Beaucoup craignaient, au sein du personnel de ZENITH en particulier, que les américains ne placent ZENITH en liquidation. D’autres marques ont connu un tel sort dans cette période et peu s’en sont relevées. Il faut se souvenir que nombre de marques à l’époque connaissent des difficultés extrêmes. Breitling a été liquidé et Ulysse Nardin au Locle ne compte plus que deux personnes dans l’entreprise. 

ZENITH a fait vivre une bonne partie de la cité pendant plus d’un siècle et tout le monde s’émeut à l’idée de voir disparaître ZENITH. Paul Castella est donc perçu comme le sauveur providentiel mais la liesse n’est pas de mise car l’entreprise n’a alors plus qu’une activité réduite. Le rachat par la famille de Castella est vécu, d’après les dires de plusieurs membres du personnel de la manufacture et de certains de ses cadres, comme une manière de préserver des emplois dans la région, de sauver une manufacture et d’éviter l’éparpillement d’une marque qui appartient au patrimoine suisse. Paul Castella est reconnu pour ses qualités humaines et le respect qu’il porte aux employés. Les 5 années qui suivent le rachat sont des années très dures au cours desquelles le sort de la manufacture reste suspendu à de minces espoirs de relance que la situation générale de l’horlogerie suisse en perte de vitesse n’éclaire guère.

   L'opposition quartz contre mécanique

Les années 70 sont marquées par le déferlement des technologies dites à quartz. ZENITH n’est pas équipé pour fabriquer ce type de mouvement et le décalage entre la production du El Primero, appelé alors 3019 PHC, fleuron de la technologie micromécanique et les calibres à bobines et autres pièces relevant de la microélectronique est d’autant plus frappant. ZENITH est sonné comme beaucoup de marques d’horlogerie, pas prêtes pour ces technologies arrivées plus vite que prévu sur le marché et, pour se sortir de cette nouvelle crise, c’est une nième restructuration qui attend la manufacture. De plus de 1000 employés avant la crise des «années quartz», la marque descend péniblement à 150 agents lors de son retour dans le giron des Suisses. 

Les allers-retours de ZENITH de main en main ont en outre quelque peu créé de nouvelles règles et si le retour de ZENITH entre des mains suisses est une bonne chose, en revanche l’accord de cession avec Zenith Radio stipule une interdiction de vente des montres de marque ZENITH aux USA et au Canada. La marque Américaine a en effet voulu préserver ses intérêts à terme et notamment se réserver la possibilité d’exploiter seule la marque sur un territoire où elle est fort implantée. Il faudra tout le savoir faire de LVMH, acquéreur de la marque en 1999, pour que ZENITH puisse officiellement repartir à la conquête du marché nord américain. 

En 1978, la marque est donc en demi coma, en apnée. La relance ne semble pas se profiler et si le potentiel de remise en fabrication de mouvements traditionnels demeure, les quelques rares montres mécaniques qui sortent très ponctuellement des ateliers du Locle sont assemblées sur la base de stocks antérieurs à 1975 ou sur des bases ETA.

 L'homme-clé d'une nouvelle relation 

Oscar Waldan, qui exerce à l’époque notamment des activités d’intermédiaires entre marques horlogères, raconte qu’en 1980 et 1981  il s’est vendu aux Etats-Unis des chronographes dotés du El Primero au prix des bracelets seuls. Les qualités de ce calibre en voix de déstockage le poussent à faire réaliser sous la marque Ulysse Nardin dont il a acheté provisoirement les droits d’utilisation du nom, une centaine de chronos que leur commanditaire trouve très réussis. 

L’assoupissement de la marque malgré son rachat par les Suisses ne semble pas prêt de s’achever. Il en sera ainsi jusqu’à ce que la manufacture qu’on surnommera plus tard la belle endormie soit enfin sollicitée par un prince charmant.

La renaissance de ZENITH est sans nul doute la conséquence de volontés concomitantes et de coïncidences multiples qui ont donné à la marque un nouveau destin. De la passion d’hommes pour la belle horlogerie que l’histoire de la marque a conservée, il reste des rencontres, des échanges et des personnalités qui ont contribué parfois dans l’ombre, à la relance de ZENITH. 

Pierre-Alain Blum président de EBEL fait partie de ceux-ci. Malgré la mode du tout quartz, il veut à tout prix dans son catalogue de 1981, un chronographe automatique avec un calibre de prestige. Sur les conseils d’Oscar Waldan qui vient d’acheter à ZENITH une grande partie du stock de calibres El Primero à phase de lune (le 3019 PHF) non assemblés, Ebel fait ainsi auprès de ZENITH l’acquisition d’une partie du stock de calibres El Primero sans phase de lune (le 3019PHC), complication absente des montres à quartz. C’est un ancien rhabilleur de chez ZENITH qui a trouvé un nouveau poste chez EBEL qui fait part à Pierre-Alain Blum de sa connaissance au sein de la manufacture d’un stock conséquent de mouvements non terminés. 

ZENITH dispose effectivement d’une réserve de plusieurs milliers de mouvements à monter et jamais assemblés qui permettent de mettre en fabrication ce chrono sans prendre le risque de relancer une production avant d’avoir la réaction du marché et de savoir si un tel produit répond réellement à une attente d’un public qui a eu le temps de se familiariser avec le quartz. 

Ce stock présente l’inconvénient de porter sur des mouvements partiellement assemblés et dont la terminaison impose de repasser par l’atelier. La manufacture n’a plus la capacité interne faute de matériel de terminer les mouvements et scelle un accord avec un sous-traitant qui va assurer leur terminaison. C’est donc dans la Vallée de Joux que les calibres El Primero de première génération verront leurs derniers exemplaires assemblés avant d’être livrés. 

Pour rendre cette opération possible, la manufacture du Locle met ses outillages à disposition de ce sous-traitant dont le nom est secret, chamboulant les logiques de concurrence que nous connaissons aujourd’hui. Pendant près de 3 ans, ZENITH fournit donc Ebel en calibres de chronographes automatiques et petit à petit, la demande se renforce. Pourtant, François Manfredini hésite toujours à relancer la fabrication et à remettre sur le marché une gamme de chronographes ZENITH équipés du El Primero.

Oscar Waldan contacte alors en 1982, Kubel Wilsdorf membre de la famille propriétaire de Rolex. Il lui présente la montre qu’il a fait réaliser avec un El Primero pour Tiffany quelques années plus tôt. Rolex cherche à cette époque à moderniser son modèle Daytona qui fonctionne sur la base d’un calibre Valjoux 72 à remontage manuel. Le calibre El Primero est doublement intéressant d’abord parce qu’il est à remontage automatique et ensuite parce qu’il est plat et permet de conserver l’esthétique des boites voulue par Rolex. Sa configuration en compteurs à 3, 6 et 9 heures est un atout supplémentaire, mais Rolex veut adapter le mouvement, en particulier parce que la marque craint de ne plus disposer à terme des pièces de l’échappement pour assurer le service après vente si ZENITH venait à ne plus produire le mouvement. En outre, Rolex considère que pour faciliter la maintenance de son chrono au sein de son propre réseau, un échappement classique avec une fréquence abaissée à 28 800 alternances par heure semble plus aisé à gérer. Rolex veut encore un mouvement sans date pour que la nouvelle version du chrono Daytona ressemble le plus possible à la version précédente.

La négociation prend du temps entre Rolex et ZENITH et le contrat sera finalement signé en 1984.

 La Version "Rolex" du El Primero prend la référence 4030

Au sein de la manufacture tout le monde se souvient des mesures de protection prises par Charles Vermot en 1975 pour préserver la relance de la fabrication du El Primero. C’est donc vers lui que les ingénieurs se tournent pour retrouver les outillages et examiner les modalités de la relance. L’émotion emporte Charles Vermot qui n’osait plus espérer le retour en grâce de son protégé. Le quartz n’aura donc pas eu totalement raison de la belle horlogerie, celle qui a construit l’histoire de ZENITH et pour laquelle des générations se sont battues au sein de la manufacture.

Son rêve n’était donc pas inaccessible et sa désobéissance lui vaut la reconnaissance de la nouvelle direction. Tout d’un coup, lui qui était regardé par ses pairs comme rétrograde, lui dont on s’était moqué pour son affection pour des outils relevant du passé devient un héros. Son acte a un prix, une économie énorme pour la manufacture. Une étampe ne coûte en 1984 pas moins de 40 000 francs suisses et il en faut plus de 150 pour fabriquer le El Primero. Grâce à Charles Vermot, ZENITH gagne non seulement du temps dans la fabrication du mouvement mais aussi de l’argent, une somme considérable de 7 millions de francs que la manufacture n’aurait pas eu les moyens d’investir comme le confirmera Jean-Pierre Gerber, directeur Technique de ZENITH au milieu des années 90.

Tandis que Charles sera remercié en se voyant offrir un chrono El Primero plaqué or et un voyage aux Etats-Unis, les ingénieurs et horlogers de la manufacture retroussent leurs manches car il faut non seulement relancer la fabrication complète du calibre et retrouver des gestes perdus depuis 10 ans mais il faut aussi relever le défi de produire une version spéciale du mouvement pour le nouveau client prestigieux et exigeant qu’est Rolex. ZENITH obligé d’adapter le mouvement au regard du cahier des charges établi par Rolex, prendra en charge l’intégralité de la fabrication des calibres qui n’auront plus qu’à être livrés dans les ateliers que Rolex possède au Locle à deux pas de ZENITH.

Fort du contrat qui lie la manufacture à Rolex pour 10 ans, ZENITH, relance la production du mouvement avec deux fabrications distinctes, dont l’une spécifique à Rolex. Les débuts de la production sont difficiles car les machines et les outillages ont été en partie détruits après les directives d’expédition à la casse données en 1975 par la Direction américaine. Les premiers calibres mettent plus de temps que prévu pour sortir des ateliers, comme grippés par des années de sommeil. La manufacture du Locle ressort ses premiers calibres pour équiper ses propres montres en 1984. Le contrat avec Rolex permet sereinement de rééquiper les ateliers et d’embaucher du personnel qualifié pour relancer la production. François Manfredini est fier de livrer en 1986, les premiers calibres terminés à Rolex qui font entrer ZENITH dans une nouvelle ère. Les premières Daytona dotés de leur nouveau calibre sont présentées au public à la foire de Bâle de 1988. 

Le président de ZENITH mentionnera plusieurs fois à quel point Rolex fut conciliant avec la manufacture, notamment semble-t-il en consentant certaines avances qui ont accéléré l’équipement des ateliers ZENITH. Durant les années de sous-traitance pour Rolex, la relation entre les deux firmes est effectivement excellente et les améliorations faites par Rolex profitent à ZENITH, notamment sur les contrôles-qualité opérés en cours et en fin de fabrication. Rolex n’hésite à pas à dépêcher ses horlogers dans les ateliers de ZENITH et à former des personnels de la manufacture à certaines techniques. Inversement, les horlogers de ZENITH et Jean-Pierre Gerber en particulier ne rechignent pas à faire progresser les techniciens de Rolex dans la maîtrise des calibres de chronographes que la marque de Genève ne maîtrise pas encore.

Sans aucun doute d’ailleurs, Rolex profitera de son expérience avec ZENITH pour faire avancer la conception de son propre calibre de chronographe dont l’absence avait justifié la relation nouée avec la manufacture du Locle. Une fois le prototype de son propre mouvement de chronographe prêt, Rolex fait savoir très en amont à ZENITH la période évaluée de l’arrêt de la collaboration entre les deux marques. 

De son coté Ebel qui aurait probablement souhaité se doter de la version du calibre à phase de lune, reprend le projet caressé par Oscar Waldan puis abandonné en raison du coût, de faire équiper le El Primero par Dubois Dépraz d’un module de quantième perpétuel. ZENITH reprendra d’ailleurs à son compte cette complication en 2003 en proposant pour la première fois sous sa marque, une version QP du Chronomaster, juste après qu’Ebel, également racheté par LVMH soit revendu à Movado sans droit subséquent d’utiliser le calibre qu’ironie du sort ZENITH avait crée en 1969, à une époque où la marque appartenait au même groupe que Movado.

Cette relance est inespérée, le El Primero, calibre légendaire, séduit totalement les amateurs et grâce au savoir faire de la manufacture, l'histoire du El Primero interrompue trop tôt en 1975 reprend et connait de nouveaux développements en 1999 quand LVMH décide de faire l'acquisition de la marque, permet à la manufacture de renouveler son outil de production et d'investir dans des développements qui vont porter le calibre à la gloire.
 


 
La version à remontage manuel : Le El Primero 420



En 1996, ZENITH vient de créer les modèles Rainbow (1993) et Chronomaster (1995) . Ces derniers sont soit avec des calibres 410 (avec phase de lune et triple quantième) soit sans phase de lune avec des calibres 400. Confrontée au retour en grâce de la montre mécanique, la manufacture voit le succès des modèles à remontage manuel et le gout des amateurs d'horlogerie pour des pièces très classiques. L'histoire de ZENITH a de profondes racines dans l'évolution de la montre de poche et si le calibre 5011 équipe déjà des montres de ce type, ce sont de très grosses pièces et la manufacture voudrait avoir des chronographes de poche plats dans son catalogue.

Le principe d'une montre à remontage automatique étant peu pertinent pour ce type de modèle, la manufacture décide qu'un chronographe de poche ne peut être équipé d'autre chose qu'un calibre maison et opte pour une version toute nouvelle du El Primero dont le principe est d'amputer le pont d'automatique et de retirer tout ce qui rend automatique le remontage du mouvement .

Contre toute attente, ZENITH rend son calibre automatique, non automatique. On sait que la manufacture avait mis un immense soin à concevoir ce système de remontage, devenant le 10 janvier 1969, la première à présenter ce type de mouvement. Mais quand en 1996 la décision est prise d'en offrir une version à remontage manuel, plus d'un amateur s'interroge sur l'intérêt d'un tel calibre.

Ainsi nait le El Primero 420 à remontage manuel qui, hormis son mode de remontage, reprend toutes les caractéritiques du calibre phare de ZENITH. D'abord appelé "HW" pour hand winding (remontage manuel) il trouvera un peu plus tard le nom de "Prime" . La version manuelle est d'abord embarquée dans un modèle de poche, le seul qui sera équipé d'un El Primero.


      
La Pocketmaster HW El Primero sera la seule montre de poche équipée du El Primero

La montre remporte un succès d'estime. La couronne ample permet un remontage confortable et comme la pièce n'est éditée qu'en or elle sera vite une pièce de collection. A la fin des années 90, les marques multiplient les versions à remontage manuel de leurs mouvements. ZENITH ne peut évidemment refuser aux adeptes de la manufacture une version de montre bracelet qui ne disposerait pas d'un remontage manuel. La manufacture met à l'essai, parallèlement à la version de poche, deux versions bracelet l'une plaquée or et l'autre en or massif de son modèle Prime El primero.


      
Photos : Chrono 24


En 1999 est donc proposé une version spéciale de son modèle Class :

    


La montre est déclinée en 2 versions : l'une de type aviateur à cadran noir, identique à la version à remontage automatique, et l'autre à cadran clair et index. La montre connait un certain succés car plus plate que sa jumelle automatique, elle permet de voir par le fond le mouvement comme jamais il n'a été montré, le rotor en dissimulant d'habitude la vue. En 1999, ZENITH est racheté par LVMH et Thierry Nataf en prend la direction en 2001 puis la présidence. Il suit la mode des cadrans de plus grand diamètre et fait donc agrandir la montre et adapter les cadrans, mais continue à développer 2 versions, l'une noire et l'autre blanche, cette fois toutes deux équipées de cadrans à chiffres arabes. Conjointement, la manufacture développe plusieurs versions de son Elite à remontage manuel avec ou sans affichage de la réserve de marche.

La El Primero Class Sport HW est intégrée au catalogue de 2002 mais au dernier moment, il est décidé de ne plus la distribuer et de retenir les modèles fabriqués ... Quelques centaines de pièces ne seront ainsi pas commercialisées car pour des raisons de cohérence qui apparaissent retrospectivement évidentes, le premier mouvement de chronographe qui s'est illustré par l'intégration d'un mode de remontage automatique ne peut se débarrasser de son système de remontage sans que son image ne soit troublée par cette amputation. L'option courageuse retenue par ZENITH est d'autant plus judicieuse que la version à remontage manuel n'est pas transformée pour la circonstance et que c'est bien d'une amputation sèche qu'il s'agit. Le remontage du calibre est dur (il n'est pas conçu pour le remontage manuel) et la couronne des modèles Class n'est pas adaptée car trop fine. En outre, la décoration du mouvement (nous sommes à l'aube de la résurrection de la production moderne du El Primero qui est encore produit sur les anciennes machines) n'est pas adaptée à un calibre à remontage manuel qui offre une vision totale de ses ponts et roues. Même si les possesseurs de ces montres sont en général satisfaits, ils reconnaissent rapidement que le El Primero doit être dans sa version complète pour donner toute sa caractéritique unique. Dès 2002, Zenith ne distribue plus officiellement ces modèles que certains détaillants se procurent malgré tout sur demande spéciale auprès de la manufacture.

Les calibres 420 ne sont probablement pas prêts de revoir le jour, ce qui est moins certain pour les Elite dont la version à remontage manuel était prévue dès l'origine. Ces versions ne sont pas encore devenues collector dans la mesure où même sur le marché de l'occasion il leur est préféré la version à remontage automatique. On peut évaluer la production totale de ce mouvement à environ 2500 pièces, aucune avec phase de lune ou triple quantième. 


 
  
Les versions atypiques du El Primero produites par ZENITH
pour des besoins autres que les siens


Avant 2001, ZENITH n'a plus accès au marché américain. En effet, la manufacture ayant été revendue aux Suisses par les Américains en 1978, ces derniers ont fait en sorte que la marque qu'ils ont protégée sur le territoire nord-américain ne puisse venir troubler l'image de la Zenith Data Radio Corporation. Il faudra pour retourner aux Etats-unis que ZENITH négocie avec les anciens propriétaires américains et leur verse des royalties (ceux-là même qui voulaient faire détruire les outillages du El Primero). Convaincu que le marché américain doit être ouvert à ZENITH, il sera confié à Thierry Nataf, avant même qu'il ne soit président de la manufacture, de négocier en qualité de Directeur général, le retour de ZENITH outre Atlantique. Après des mois de discussions et parce que LVMH consent à payer des droits à la firme américaine, ZENITH pourra retrouver le chemin des boutiques américaines. 

Si ZENITH ne pouvait être directement présent, le El Primero sera pourtant bien représenté aux USA. Il le fut autrefois dès 1969 par Movado qui proposait des modèles équivalents et identiques à ceux de la collection ZENITH, à cette nuance près qu'ils étaient pour le marché américain dotés de calibres El Primero en version à 17 rubis contre 31 partout ailleurs. Cela s'expliquait par des taxes protectionnistes mises en place par les Etats-Unis qui imaginaient ainsi préserver leur horlogerie. 
Dans les années 90, ces mesures protectionnistes ont disparu et c'est dans des montres Concord, marque Suisse, que l'on retrouve le El Primero avec notamment une version très particulière.


 Le El Primero 411 

Crédit Watchussek. 

Exploité par la marque Concord notamment sur le territoire US quand ZENITH n'y avait pas accès, ce calibre n'est ni un 400 (avec seulement la date) ni un 410 (qui porte le triple quantième et la phase de lune). Il ne porte que le triple quantième. Concord l'exploita pour son modèle Impresario mais à ma connaissance jamais directement dans ses propres collections. 

C'est une des très rares versions du El Primero fabriqué seulement pour l'extérieur avec celui de la Tag Heuer SLR calibre 36 version régulateur pour Mercedes. 

Crédit Watchussek. 

Il est très rare que ZENITH ait produit des versions spéciales du El primero pour d'autres marques. Si l'on met à part la version spéciale pour Rolex (mais avec un cahier des charges différent) les 2 versions pour Concord et Tag Heuer semblent être des cas uniques. 

Pour Tag Heuer, c'est en 2004 que Zenith produit cette version très spéciale après un accord "arraché" à Thierry Nataf dans un souci corporate avec LVMH qui laisse sceptique le président de ZENITH de l'époque qui ne souhaite pas multiplier la présence de ZENITH hors des montres de la marque.

La version spéciale Tag Heuer est un régulateur (aiguilles des heures à midi) sur un El Primero qui sort totalement de la production traditionnelle et donne à la montre une lecture qui nécessite un apprentissage un peu particulier. 



Que ce soit pour Panerai, Roth, Chaumet, Dior et quelques rares autres marques sous lesquelles on retrouve des El Primero dont Ulysse Nardin ou Ebel, ZENITH n'a plus modifié ses calibres. Par contre Ebel, qui créa avec Dubois Depraz un module de quantième perpétuel, apporta des modifications sommaires aux ébauches de El Primero pour adapter le calibre à ses besoins, mais Ebel internalisa avec Dubois Depraz les modifications. Dubois Depraz vendit lors de la cession d'Ebel à ZENITH les droits d'exploitation de ses brevets de toute manière non exploitables sans l'ébauche du El Primero. 

  

   
 
Le module lunaire est bien arrimé



Observation préliminaire : La phase de lune est l'affichage de la nouvelle lune intercalée des premier et dernier quartiers. L'âge de la lune (autre complication également présentée par ZENITH ) est le nombre de jours écoulés depuis la nouvelle lune. Sur la version 410 du El Primero un module vient se loger sous le cadran pour offrir par un guichet le jour et le mois ainsi que la phase de lune. Ce module est une pièce ou plutôt un ensemble de pièces additionnelles qui permettent un affichage différent de la version de base en ajoutant à la date les trois paramètres complémentaires précédemment cités.
Dans la version la plus récente avec grande date et phase de lune, le jour et le mois ont disparu et ce module a donc été adapté en conséquence. 

























Voici la version du module pour le El Primero 410


      


On discerne à l'opposé, en creux, l'espace destiné à accueillir le disque d'indication du mois. Le disque de lune est engrené 2 fois par jour entre 9 heures et 15 heures et entre 21 heures et 3 heures. Pour cette raison, il ne faut pas utiliser dans ces plages horaires la mise à la date rapide, ni régler la phase de lune, sous peine soit de désynchroniser ces paramètres d'affichage entre eux ou, pire, de casser les dents des roues ou du disque de lune.

On observe que les dents du disque de lune sont périphériques à celui-ci. Ce module, conçu de manière totalement concomitante avec le calibre, est en apparence simple mais ce n'est qu'une apparence car il résulte d'une architecture sophistiquée. Il donne un peu d'épaisseur au calibre sans toutefois fausser ses caractéristiques plates qui ont fait son succès. Le disque de jour est engrené à peu près dans le même craineau horaire mais seulement dans la phase nocturne. L'entrainement du disque de lune se fait donc bien deux fois par jour. 

Beaucoup d'autres manufactures ont opté pour une intégration directe sur la platine des disques de quantièmes et de phase lunaire. Le parti pris de ZENITH fut différent, démontrant une anticipation sur les coûts et sur les difficultés d'assemblage. En effet, un module préfabriqué par ZENITH permettait une polyvalence de l'ébauche de base et un assemblage plus rapide de l'ensemble du calibre, sur lequel il n'y avait plus qu'à poser le module. 

L'immense majorité des mouvements à phase de lune de ZENITH fut certifiée chronomètre (à partir des années 90 puisque le COSC n'existait pas lors de la création du El Primero). ZENITH, par cette technique modulaire, a ainsi démontré que la puissance d'entrainement de son calibre pouvait tracter cette complication sans aucunement ralentir le mouvement par des frictions parasites. Les concepteurs du El Primero ont poussé le souci de réduction des frictions a son paroxysme et la puissance du 36000 alternances se trouve ainsi complètement exploitée. Il faut appréhender d'ailleurs que les évolutions ultérieures du El Primero ont été facilitées par cette conception initiale ultra moderne, puisque l'énergie n'a pas été une difficulté pour entraîner la majorité des complications. 

Le calendrier du El Primero dans cette version est dit simple. La lune y fait une révolution sur 29,5 jours ce qui tend vers la valeur absolue calculée à 29 jours 7 heures 43 minutes et 11 secondes du mois sidéral. Si la montre est portée sans discontinuer, la correction de la phase de lune sera donc d'une fois tous les 3 ans, afin de rectifier l'écart d'affichage avec le positionnement réel de la lune.


 
 
17 rubis pour la version du 3019 destinée au marché américain

 Les tout premiers El Primero destinés aux USA et emboîtés par Movado étaient signés... Movado.

Après quelques mois, ZENITH reprit la main et signa tous ses calibres y compris ceux emboités pour Movado (dans les ateliers du Locle). Il faut dire que Movado connaissait des difficultés économiques et n'était plus en mesure d'assembler des montres, faute d'horlogers. 

          

Atypiques, ces deux El Primero fonctionnaient avec 17 rubis et avec la même fiabilité que ceux qui en comptaient le double, démonstration de la qualité du calibre.

 
 
  
 
 
La création des El Primero Open (2003)

La création de modèles open fut dictée par la double volonté de supprimer en trompe l'oeil l'effet de strabisme des compteurs trop rapprochés du El Primero sur les montres grands diamètres et par le souhait valoriser l'échappement et le balancier du mouvement qui évoluent à haute fréquence, celle-ci étant l'un des arguments "choc" de la communicatuion de Zenith . Evidemment, le choix de présenter des cadrans "Open" a influencé la position de la date qui techniquement ne pouvait plus conserver son emplacement initial.
 
Une fois fait le choix de la zone du calibre à rendre accessible visuellement, l'un des travaux les plus complexes fut de procéder au squelettage partiel de la platine. Parmi les premières idées qui avaient couru sur l'ouverture du cadran, il y avait eu d'une part, celle d'une ouverture centrale sur la platine, et donc sur les roues qui sont habituellement dissimulées sous le cadran et d'autre part, l'option d'ouvrir sur la roue à colonnes. Cette option sur laquelle se sont arrêtés un moment les ingénieurs fut abandonnée car sans intervention de l'utilisateur, la roue reste fixe et le risque était d'avoir des projections d'huile sur le verre et le cadran lors des manipulations du chrono. 

 
 Le choix de l'ouverture sur le balancier et l'échappement
 
Dés lors, l'ouverture sur l'échappement lubrifié à sec s'imposait, choix qui apportait en outre, une mobilité et un spectacle permanents avec le balancier ultra rapide du El Primero. Squeletter partiellement le cadran imposa de recalculer les résistances des métaux à la déformation et donc de jouer sur les épaisseurs et la qualité des matériaux. Le laiton est empreint d'une grande tolérance et si cela simplifia les choix, il fallut néanmoins conserver une rigidité optimale à la platine et l'ouvrir aux bons endroits pour ne pas gêner le fonctionnement des parties mobiles.

Ensuite, il fallut améliorer la décoration d'une pièce qui n'avait jamais été montrée et qui était surtout destinée à rester cachée. La plupart des montres à cadran ouvert le sont sur des mouvement simplement percés mais beaucoup plus exceptionnellement sur des calibres dont l'architecture a été repensée pour une utilisation à laquelle ils n'étaient pas initialement destinés. 

En cela, le El Primero est exceptionnel car rien ne le prédisposait à cette version particulière lors de sa conception. En 2003, beaucoup n'imaginaient pas que la manufacture pouvait, avec ses propres moyens, mettre au point des innovations sur un calibre qui avait plus de trente cinq ans de conception. C'était mal connaître la faculté de ZENITH a imaginer de nouveaux concepts et à les réaliser. Le bureau d'études travailla d'arrache pied pour réussir ce pari inattendu. La platine-test fut mise au point sous forme de prototype. Un essai de montage fut réalisé et du premier coup, ce fut un coup de "Maître horloger". Non seulement l'essai était esthétiquement concluant mais mécaniquement, les contraintes posées par un tel calibre étaient parfaitement calculées et le fonctionnement du mouvement n'était pas entravé par cette ouverture. 
Platine brute de travail

Il fallut encore travailler à la décoration sur deux axes : 

-La décoration de la platine et le bouchonnage sur des zones "fines" et complexes
-La finition du balancier dans sa partie côté cadran et les pointes de vis à arrondir. 

Zenith travailla le premier point et faute de temps pour une présentation des produits à Baselworld, laissa en 2003 de côté sur les tous premiers exemplaires, le travail du balancier dans sa partie visible du côté cadran et l'arrondi des pointes de vis resta lui aussi en attente. Il fallut attendre 2005 pour avoir des versions mieux finalisées et une décoration sur toutes les pièces, versions améliorées ensuite en 2007.

Voici donc le résultat final de décoration de la platine des El Primero Open :



Et la version assemblage terminé :
ZENITH fit de l'Open une icône qui dépoussiéra son image et renouvela totalement le genre. Plusieurs maisons emboîtèrent le pas de ZENITH dans le choix de cadrans de type ouvert mais aucune sur des calibres de chronographes à roue à colonnes. Le succés fut immédiat. Le El Primero ne louchait plus, reproche fait sur les versions à grand diamètre et surtout il avait ce charme inégalé d'offrir la visibilité d'une partie du mouvement sans avoir à retirer sa montre du poignet pour en regarder le calibre par le fond. 

La réalisation de la version Open marque un tournant important dans l'histoire du El Primero, phase qui fait encore l'objet de peu de témoignages. Pourtant ce choix fut si déterminant qu'encore aujourd'hui, la manufacture continue à décliner des modèles Open qui font la joie des amateurs. ZENITH, dans la version initiale, avait toutefois encore un défi à relever, celui de l'affichage de la date. 


 
 

 La date tournante du El Primero 

Lorsqu'en 1969 ZENITH présente le El Primero, il faut se souvenir qu'il n'appartient pas seulemlent à ZENITH de le commercialiser mais aussi à Movado. ZENITH le commercialisera sous le nom El Primero mais le 3019 PHC sera aussi vendu sous le nom de Datron par Movado qui se charge notamment de le diffuser aux Etats-Unis où ZENITH ne peut diffuser ses produits. Movado placera plus tard la date à 3 heures sur quelques modèles. 

Le El Primero de Movado sera amputé de plusieurs rubis pour n'en comporter que 17, ceci pour des raison de protectionnisme américain et de taxes fiscales internes. 


Photo Guy 67

Movado, après plusieurs hésitations et notamment la date à 3 heures qui ampute un des compteurs du cadran, opte pour un emplacement de la date à midi. L'idée est contestable puisque l'aiguille de la trotteuse de chrono la masque partiellement. Cependant l'équilibre du cadran reste intact. ZENITH de son coté va placer la date à 4 heures 30 et cette place deviendra la place historique des chronos ZENITH, un élément de reconnaissance immédiat par rapport aux autres marques. 


La création du modèle Open en 2003 va perturber l'emplacement de la date au point de conduire à la supprimer. Le choix d'ouvrir la platine et de permettre de voir le balancier et les trains de rouage au droit de celui-ci a un prix qui est le sacrifice de la date. L'enthousiasme est fort autour de cette version Open et la date est oubliée en échange d'un indicateur de réserve de marche, imaginé depuis longtemps mais jamais finalisé. Pour le placer, il faut supprimer le totalisateur des heures jugé peu utile pour une majorité d'utilisateurs. 

Très vite les amateurs de ZENITH redemandent une date sur leur open... Le travail d'étude part dans deux directions 

- Une date rétrograde chère à produire mais extrêmement fiable
- Une grande date
 
ZENITH produit en version prototype la date rétrograde avec une version du El Primero 4023. Le prix de revient est assez élevé et la date difficile à caler sur les modèles de 40 mm. Le cadran demande en effet un calcul si précis que le moindre décalage de l'aiguille dateuse anéantit tout effort. Comme la manufacture a choisi de faire les cadrans de ces modèles en or gris avec des index en or noir, les erreurs de calcul coûtent vite extrêment cher. La date des systèmes rétrogrades a son aiguille axée sur le totalisateur des minutes et se situe donc à 3 heures. Le projet semble réalisable sur une micro-série mais après une série de 50 pièces en platine rééditée l'année suivante en or rose, la manufacture abandonne ce système d'affichage.
 



Par ailleurs, La manufacture travaille sur la grande date. Elle trouve sa place à 6 heures ou plus exactement entre six heure et l'axe central des aiguilles. Ceci n'est pas compatible avec la version open. Les premiers modèles sont servis dans les grandes class sport. ZENITH continue son travail de recherche avec les designer du bureau de recherche et développement et avec les développeurs de la manufacture. Ils finissent par imaginer de déplacer cette grande date à 2 heures pour qu'elle ne gène pas l'ouverture placée de l'autre coté du cadran. Bien au contraire, elle viendra rééquilibrer ce dernier en opposition à son ouverture. Ce sera chose faite en quelques mois avec un triple disque de date complication qui fut très complexe à mettre au point et à fiabiliser. 

Enfin, ZENITH place également une grande date à midi ou plus précisément entre l'axe central des aiguilles et midi sur la Traveller répétition des minutes



Lorsqu'en 2009, ZENITH connait son nouveau président en la personne de Jean-Frédéric Dufour, le choix est fait de surprendre en plaçant la date à 6 heures comme l'a fait Omega notamment. L'emplacement historique de la date est ainsi décalé. 
 
El Primero Captain Tribute to Charles Vermot de 2011 - Date à 6 heures

ZENITH a étudié un système qui permettrait de conserver la date à l'identique des autres versions à cadran plein. Le système était basé sur un disque transparent avec la date gravée en noir qui passait dans un guichet à fond blanc. Hélas, le disque était trop centré sur la partie ouverte et cachait immanquablement le balancier. L'idée fut donc abandonnée. 

Le El Primero est ainsi un des rares mouvement qui a reçu 2 systèmes différents de grande date à 3 emplacements, une date par disque dans 4 positions (Movado a placé la date classique à 3 heures) et une date rétrograde. Il a en outre bénéficié d'une date sur la cage de la version tourbillon. Au final, le El Primero, calibre qui a connu 8 positionnements différents de la date, démonstration d'une exceptionnelle souplesse, est un recordman toutes catégories confondues.  

 
 
   
La date rétrograde : une complication rare du El Primero
  
 
 
   
Il y aura eu 50 pièces en platine en 2008 et autant en or rose l'année suivante. La date rétrograde fut une complication éphèmére dans la production ZENITH. A cela il y a plusieurs explications. Il est toujours difficile à chaud ou presque d'expliquer pourquoi un modèle n'est plus fabriqué ou une complication n'a pas reçu de continuité dans sa production. 

Il faut pour le comprendre revenir un peu en arrière. Quand LVMH reprend en main ZENITH, le El primero est sur la sellette. On imagine même secrétement au sein de ZENITH de le remplacer complètement au profit du Elite sur lequel on viendrait poser un module de chrono qui lui donnerait un aspect visuel identique au El Primero. L'idée est si évidente que le Elite voit sa trotteuse placée à 9 heures comme sur le El Primero. Le premier communiqué de presse concernant le Elite, repris par la presse allemande, annoncera même la prochaine sortie de modules tels la réserve de marche, le second fuseau , la lune et le chrono... Le Elite est un tracteur réputé apte à tracter toutes les complications.
 
 
Comment rendre le El Primero compatible avec les montres de grand diamètre ?
 
Le El Primero est compromis car son diamètre n'est plus en adéquation avec l'inflation galopante du diamètre des montres. Sur des versions de 42, 44 ou 45 mm, le El Primero donne parfois l'impression que ses compteurs "louchent". La nouvelle direction de Zenith voit pourtant dans ce calibre un potentiel qui implique de faire sur lui le pari industriel de l'avenir de la marque.

Il faut trouver le moyen de l'élargir et de supprimer ce trop faible écart des compteurs. Plusieurs pistes vont alors être explorées. La première est de poser une double platine et de placer des roues qui renvoient de quelques millimètres les aiguilles de trotteuse et de totalisateur des minutes. Les simulations sont catastrophiques sur l'épaisseur du mouvement réputé être l'un des plus plats. Dans le même temps, plusieurs solutions de compteurs en trompe l’œil sont testées. On les retrouvera plus tard quand en 2009, on reprendra les compteurs superposés des versions de 1969 dans les New Vintage. La réflexion est un peu en plan courant 2002. 

En 2003, ZENITH présentera pourtant la version Open de son calibre mytique le El Primero. L'ouverture du cadran est une idée de Thierry Nataf qui vient de prendre la présidence de la manufacture et qui trouve sympathique de voir le calibre par le fond de la montre mais dommage de n'avoir aucune perspective mécanique une fois le mouvement au poignet. Il propose donc de faire ouvrir le cadran. Le premier essai montre une platine pleine qu'il va falloir retravailler pour la rendre présentable. Les premiers essais ne sont pas positionnés à l'endroit précis où ils seront finalement retenus. On est davantage sur le centre du cadran et pour cause, il y a le disque dateur qui interdit d'aller à moins de 7 mm du bord de la montre. Le disque, en effet, fait tout le tour du cadran et sa circulation doit être libre pour permettre le changement de date. 

Le spectacle n'est pas assez animé et il est demandé aux ingénieurs de ZENITH d'ouvrir la platine et de permettre de voir le balancier et les trains de rouage au droit de celui-ci.  Les designers se souviennent alors de leur souci de placer en trompe l’œil, une caractéristique visuelle qui évite au cadran de donner cette impression que les compteurs louchent. L'ouverture devra tirer vers l'extérieur et donc ne pas être ronde mais d'une forme qui casse cette impression de trop grand centrage. Cela suppose de recalculer la résistance de la platine et des ponts pour éviter une déformation connue des gens qui squelettent les calibres et savent que certains points doivent être préservés. Ce qui est démandé aux développeurs n'est ni plus ni moins qu'un squelettage partiel de la montre. Le résultat arrive quelques semaines plus tard avec un premier essai qui bluffe les équipes de ZENITH. Ce petit balancier qui bat à 36 000 alternances, visible à tout moment, s'avère spectaculaire bien davantage que vu par le fond du calibre où la masse oscillante vient se placer, à chaque fois qu'on veut le voir, juste au dessus. 

Le prix à payer de cette visibilité est la perte de la date. L'enthousiasme est fort autour de cette version Open et la date est rapidement sacrifiée sur l'autel de la transparence. Par contre, les ingénieurs de la manufacture ont une "fonction" qui depuis quelques années leur semble difficile à placer et qui ne suppose que très peu d'adaptations du calibre, c'est la réserve de marche. Celle-ci s'afficherait par une aiguille sur l'axe central porteur des aiguilles d'heures, de minutes et de trotteuse de chrono et ajouterait en épaisseur du mouvement et viendrait se superposer sur le totalisateur des heures et en rendrait la lisibilité assez aléatoire. 

La réflexion est rapide, les cadres réunis dans la salle de réunion du rez-de-chaussée de la manufacture entendent tomber comme un couperet la suppression de ce totalisateur. L'idée est audacieuse et si les amateurs se sont aujourd'hui habitués à celle-ci, à l'époque le cadran ZENITH avec ses compteurs positionnés en 3,6,9 est une sorte de légende horlogère quasiment immuable. 

Des essais sont donc faits avec des cadrans open, sans totalisateur des heures. Là encore l'idée est lumineuse d’intérêt. Non seulement on gagne une fonction supplémentaire avec la réserve de marche mais en outre le spectacle du balancier, qui oscille à une vitesse fulgurante de 36 000 alternances par heure, s'avère plus "visuel" que prévu. Les premières Open sont présentées à Baselwolrd dès mars 2003.

Il restera un peu de travail pour polir les balancier sur la partie visible du cadran (le polissage des deux cotés est très compliqué car le retrait de matière lors du polissage peut déséquilibrer la pièce) et à arrondir les pointes de vis laissées au regard. Le bouchonnage de la platine sera aussi perfectionné. Le succès de cette version Open est malgré tout immédiat et crée une nouvelle image à ZENITH qui dépoussière ainsi quelques années de design jugé trop classique. 

Très vite les amateurs de ZENITH demandent une date sur leurs open. Le travail s’opère dans deux directions : 

- Une date rétrograde chère à produire mais extrêmement fiable
- Une grande date 

ZENITH produit en test la date rétrograde sur une boite en Platine avec un cadran en or 18 carats et n'en fabrique que 50 exemplaire puis une seconde micro-série série en or rose l'année suivante. C'est ainsi que voit le jour le calibre 4023. Par ailleurs la grande date trouve sa place à 6 heures et n'est pas compatible avec la version open qui porte déjà à cette place l'aiguille d'indication de la réserve de marche . Il faut donc retravailler le sujet et trouver le moyen de déplacer cette grande date à 2 heures pour qu'elle ne gène pas l'ouverture placée de l'autre coté et rééquilibre celui-ci en regard de l'ouverture pratiquée à gauche.  Ce sera chose faite en quelques mois. 

La date rétrograde est une innovation extrêmement intelligente. Les premiers essais de cadrans montreront à quel point il est difficile de calculer le dessin du cadran pour que l'aiguille de date tombe pile sur le jour. Mais l'idée reste absolument géniale. Le jour est indiqué par une aiguille qui pointe sur le cadran où a été dessiné un arc épais avec la mention d'un jour sur 2, l'autre étant symbolisé par un point. Une aiguille en or rose vient se positionner sur la date. Une fois arrivée au 31, l'aiguille se replace à 0. La date est un système rapide, à saut instantané qui se règle comme sur une version classique du mouvement et en retrouve la fiabilité technique.
 
   
 
 
 

Les premiers modèles édités en 50 exemplaires sont en platine dans des boites de 45 mm et 40 mm. Son cadran est en or gris comme ses index en or noir et ses aiguilles. La densité du platine et l'épaisseur de la boite en fond une pièce assez lourde mais d'un confort au porté qui est excellent. La version 45 mm est, comme toutes les très grandes montres, plus difficile à placer sous la manche de chemise mais la forme arrondie des cornes contribue au confort des deux versions. La lisibilité souffre, comme sur toute pièce, de la basse luminosité d'autant que les aiguilles non luminescentes renvoient en faible lumière le même reflet, quelle que soit la couleur. Ce sera le seul petit défaut de cette montre qui est une pièce sublime, très bien faite, réputée fiable. ZENITH la déclina en or rose en 2008, hélas sans aucune publicité ni catalogue. Réalisée par le département de haute horlogerie, la finition est parfaite, la boite, fabriquée par la maison Lang, d'une qualité exceptionnelle ; il n'a pas été négligé d'y mettre beaucoup de métal précieux. 




 
La pièce éditée en platine fut  proposée en 2 tailles de 40 mm et 45 mm
 


  
 
Le dernier prototype de El Primero du 20e siècle

 
Nous sommes en 1998. François Manfredini Président de ZENITH et Didier Leibundgut Directeur Marketing de ZENITH décident de réfléchir à ce que pourrait être une nouvelle collection totalement innovante. Ils font appel au designer marseillais Marc Alfieri qui travaillera plus tard pour Richard Milles, Chaumet et créera sa propre marque. Celui-ci dessine et réalise alors de splendides couteaux d'art dans matériaux bien connus des américains et que l’Europe redécouvre : l'acier damas
 
 


 
Il existe alors deux damas disponibles en versions inoxydable : l'un est importé de Suède et correspond à une technologie à base de "poudre d'aciers" et l'autre correspond à une technologie développée par un Allemand sous vide d'air et qui relève davantage de la technologie des fabrications de damas à partir de plusieurs aciers soudés entre eux. Cet allemand qui répond au nom de Schneider travaille de manière artisanale. Marc Alfieri, qui connait bien l'univers des couteliers, lui commande donc une pièce d'acier assez épaisse pour y fraiser 2 boîtiers de montres dont il va fusionner les chassis avec du titane qui servira à faire les cornes et le fût. 

En réalité, Alfieri va utiliser trois métaux : Le damas, le titane et l'acier pour fermer le fond vissé de la boite. Il aura recours à une astuce en soudant le titane sur un élément en acier pour en conserver le pas de vis.  
 
La fabrication est difficile pour plusieurs raisons :
 
-le damas est difficile à trouver avec des dessins agréables au regard. La fabrication dans l'inox n'est assui bien maîtrisée que dans l'acier carbonne.
-Réveler le damas dans l'acide. Ce travail est complexe et implique une grande précision à défaut de laquelle la révélation est soit trop en creux et déforme l'objet, soit trop en surface.  
-le titane est un matériau dur, difficile à travailler parfaitement pour un boitier de montre (à l'époque le titane est encore assez rare dans les montres).
-Il faut rendre la boite étanche et donc trouver des poussoirs adaptés et un système qui ferme le fond.
 
Après des semaines de travail, Marc Alfieri propose ce prototype (le cadran est un cadran dit provisoire et d'étude, emprunté à la Fly-back rainbow noire). Le résultat est à la dimension des espérance . La montre est de grand diamêtre et atteint les 42 mm. La juxtaposition de métaux différents est innovante et crée un effet visuel bluffant et original. Le dessin est parfait.  La lunette qui semble large sur les photos l'est beaucoup moins lors de la prise en main car elle est en bizot.
 
Alfieri est soumis à une série de questionnements sur les qualités intrinsèque de cet alliage à l'effet si séduisant. Sera-t-il constant ? Comment la couleur de l'acier est-elle susceptible d'évoluer dans le temps ?  L'acide de la transpiration impactera-t-il le métal ?  L'usinage industriel est-il facile à réaliser ? Quelles sont les garanties de prérénité de la fourniture du damas ?    

Pièce totalement unique bien sûr :

Le fond de la montre est vissé

 

la lunette large doit permettre de visualiser les enchevêtrements d'aciers
  
Les poussoirs et la couronne sont implantés dans la partie en titane  
 
François Manfredini et Didier Leibundgut vont longuement hésiter sur le devenir de ce modèle jugé finalement d'un trop grand diamètre. Il pose en effet la question de la réaction incertaine du public, de la continuité de fourniture des aciers par Schneider, dont le damas semble bien plus approprié que le produit suédois, et enfin celui de la présence nécessaire d'un peu de nickel, réputé allergisant, dans la composition des aciers. la manufacture n'est pas prête a avancer trop dans l'innovation et les matériaux de technologie avancée ne sont pas encore dans les moeurs de l'horlogerie de la fin des années 90 à quelques exceptions près.  En outre, le changement de direction finira par faire oublier ce projet qui rétrospectivement préfigurait la mode des montres de grand diamètre.
 
C'est sans doute dabvantage la non décision que la décision de ne pas faire qui va emporter ce modèle au rang de prototype jamais sorti des cartons. Très peu de gens l'auront vu et son secret sera emporté avec le départ de l'équipe qui en avait demandé la création.  
 
Il n'y eut que deux prototypes fabriqués de cette montre dont l'un est ici présenté. On note le choix éclairé du motif de l'acier par Marc Alfieri qui tenait déjà l'essence de ses futurs projets et succès.    


 
  
 
La trotteuse inspirée du El Primero

Beaucoup se sont souvent posé cette question :  Où donc ZENITH avait-il puisé cette aiguille de trotteuse de chrono au design si particulier avec ce rectangle en pointe de flèche ?



On retrouve cette aiguille sur un très grand nombre des premiers El Primero de 1969 puis des années 70. Retrouver la génèse d'une aiguille est sans doute un travail auquel peu se sont intéressés. Et pourtant, les aiguilles permettent d'un coup d'oeil et sans les ouvrir d'identifier les montres de poche des années 20 même avec des boites qui se ressemblent... ZENITH avait une certaine logique dans le recours aux formes d'aiguilles et le El Primero fut très étudié.

Il faut en fait replonger dans l'histoire de la manufacture pour comprendre l'origine de ces aiguilles et en particulier dans les premiers instruments de vol que produisit la manufacture dans les années 10. En effet, la manufacture ZENITH fut pionnière autant dans les montres pour les pilotes des premiers avions mais aussi pour la fabrication des instruments de vol et en particulier des altimètres. Pour ces appareils, la manufacture étudia de manière très scientifique des aiguilles qui ne permettaient aucune erreur de lecture. Il fallait une forme de pointe d'aiguille très différente de celle du contrepoids d'aiguille pour que la confusion soit impossible lors d'une lecture en vol. En effet, à une époque où le pilotage se faisait à vue, il fallait que, d'un coup d'oeil rapide, le pilote identifie sans faille l'altitude de son avion et ZENITH avait inventé cette aiguille exceptionnelle qui assurait une sécurité absolue des pilotes.


Près de 60 ans avant la naissance du El Primero, les gènes de la manufacture imprégnaient déjà son futur !





  
 
De l'El Primero 400 au 400 Z


En 1998, suite à l'arrêt de fabrication d'un train de rouages, ZENITH a modifié son calibre El Primero en modifiant les roues concernées, l'ancre, un pont et la roue d'échappement...





 
 
 
  Le El Primero Grande Class grande date de 2005
 (cliquez sur le cadran pour changer de version - Poussoirs fonctionnels)