accueil

LA BRETAGNE ET LES ARTS PLASTIQUES CONTEMPORAINS

Par Jean-Yves Bosseur, éditions du Layeur, 2012 

Extraits

« Au cours des années 70, Yves Picquet peint de grandes toiles libres souvent recto/verso s'appropriant à sa manière le phénomène du signe. Influencée par la pratique de la sérigraphie, sa technique plastique s'oriente alors vers une peinture sérielle et silencieuse où le blanc et le noir, le pli et le dépli (à la suite de manipulations successives) deviennent une constante et un moyen pour raréfier formes et couleurs. De ce travail ainsi organisé, selon des règles de jeu formelles suivies avec la plus grande rigueur, naissent des séries qui s'engendrent et se déduisent l'une l'autre (Linceuls, en 1983, Déclinaisons, en 1992 . . .). Toutefois, ces contraintes qu'il se définit sont toujours conjuguées avec une approche sensible du matériau exploré et la matérialité des techniques demeure fondamentale dans sa démarche.

Selon Patrice Roturier à propos de l'exposition « Déclinaisons », « d'une certaine manière, Yves Picquet nous donne à voir la radiographie ce son acte pictural et en particulier nous invite à mesurer l'incidence du fond à chaque étape du travail. [. . .] L'ensemble du dispositif a été conçu de manière sérielle, il s'agit donc d'établir un lexique de figures ayant une racine commune, mais des structures variées. L'encollage des pièces peintes sur la toile de renfort est décisif en ce sens qu'il axe définitivement la composition. Il est également intéressant de noter que cette opération technique influe sur certaines qualités sensibles du travail. Ainsi la colle réagit différemment selon l'épaisseur du tissu et selon le nombre de recouvrements et crée de ce fait un nouveau type de contraste entre degrés de matité et de brillance. De même la tension du tissu, et le léger retrait associé, engendré par le saccage de la colle, accorde un rôle non négligeable aux bords engrangés qui dialoguent avec les traces nées de l'impression aux creux des interstices entre les planches »  (64)

Les titres mêmes choisis par Picquet pour ses expositions successives, Pliages et depliages (1984/1991), Déclinaisons (1992/1994), Les Tondos du carré (1995/1996), Traversée (1996/1997), Le Chant du signe (1997/2002) Ar Bili. . . montrent bien que chacune est le prétexte à l'exploration d'un territoire visuel ou graphique spécifique, soumis à un ensemble de variations minutieusement contrôlées.

Comme l'écrit Françoise Ascal en 1999, « Yves Picquet est à l'affût des signes. Signes qu'il capte ou conduit jusqu'au bord de l'effacement, comme dans ses récents travaux. Leur silence lui convient, leur part d'énigme préserve une illisibilité essentielle, à laquelle il se soumet avec humilité. Chez lui, pas de discours, pas de théorie pour clarifier ce qui ne peut l'être, par essence.

Croissance et décroissance naturelle de lignes et traits, de motifs et modules, à partir de règles que le peintre lance comme un jeu de dés, acceptant de s'abandonner, d'explorer ce qui surviendra, sans à priori, pris dans une logique échappant à toute sentimentalité, à toute effusion. Sous les formes ainsi mises à nu, réduites à l'épure, sous l'alphabet muet, un chant se déploie peu à peu, né organiquement de séries s'engendrant l'une l'autre [. . .] Tours et détours d'une interrogation discrète autant qu'inlassable. Répétition du même, qui n'est jamais le même. La beauté s'y donne à voir, sans tapage. Elle tremble et vacille entre deux traits, entre deux rythmes. »

En 1996, sa production évolue vers des formes découpées (bas-reliefs) qui dialoguent avec le blanc du mur, en un jeu de tension entre les pleins et les vides. À partir de 2005, Picquet ressent la nécessité de retourner sur le paysage marin, un petit bout de côte des légendes. Des photos de cailloux sont retravaillées à l'ordinateur, « afin d'en extraire la quintessence de la présence, le rythme des masses et des volumes, la justesse des valeurs. [. . .] De ces corps presque inquiétants, il extrait, retient, des lignes : masses dont il ne prend que l'ombre, ou un liseré scintillant dans la lumière franche du jour » (65).[…]

64- Roturier, Patrice, in catalogue déclinaisons 199211 994 pour les expositions au Quartz de Brest, à la Passerelle de St. Brieuc et à la galerie du Faouëdic à Lorient en 1994.

65- Delavallade, Olivier, « Ar Bili, le chant de la ligne » 


Comments