Françoise Nyssen : les anthroposophes entrent au Gouvernement

Publié le 17 mai 2017

par gperra



En nommant aujourd’hui Françoise Nyssen au Ministère de la Culture, le nouveau Premier Ministre Édouard Philippe vient d’ouvrir toute grande la porte de notre République Française à la dérive sectaire Anthroposophie. En effet, la directrice des Éditions Actes Sud est connue pour être une très proche de cette mouvance. L’Anthroposophie est une pseudo-science, une religion occultiste et une doctrine précurseuse du New-Age dont émanent de nombreux prolongements (écoles Steiner-Waldorf, agriculture biodynamique, NEF, Communauté des Chrétiens, produits Weleda, etc.) qui cachent sciemment leur origine commune afin de mieux pouvoir se répandre en séduisant progressivement  des gens non-avertis et en trompant la vigilance des institutions, tout en surfant sur la vague écologiste et altermondialiste (Lire à ce sujet : La stratégie du figuier étrangleur, ainsi que L’endoctrinement des élèves à l’Anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf, paru sur le site de l’UNADFI, la principale association de lutte contre les dérives sectaires en France, mais aussi Écoles Steiner-Waldorf : l’avis détaillé de la MIVILUDES).


En témoigne notamment, un article de la revue interne des anthroposophes nommée Das Goetheanum, dans laquelle Françoise Nyssen affiche une collaboration étroite officielle et une amitié de longue date avec Bodo von Plato, l’un des membres du Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle (Lire à ce sujet : Le travestissement langagier des anthroposophesLa nouvelle stratégie Steiner-Waldorf et le prototype du Domaine du Possible). Comme elle le dit elle-même dans cet article, la spiritualité (anthroposophique) est devenu le sens de sa vie, tandis qu’elle s’avoue littéralement sous le charme des sourires des anthroposophes.


En témoigne également un article du Nouvel Obs du 17 décembre 2015, dans laquelle sont attestés des liens psychologiques et institutionnels très troublants entre Françoise Nysssen et Henri Dahan, le directeur de l’Ecole du Possible, à Arles, également Secrétaire Général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, une émanation directe de l’Anthroposophie (Lire à ce sujet : Le Domaine du Possible fait sa propagande). L’article en question montre d’autre part une forte adhésion de Françoise Nyssen à la doctrine de la vie post-mortem des anthroposophes depuis la mort tragique de son fils, un suicide dont elle semble rejetter l’entière responsabilité sur l’Education Nationale.


En outre, Françoise Nysssen publie une partie des écrits de Pierre Rabhi, qui est selon mes informations un anthroposophe-masqué, chargé de répandre certains aspects de la doctrine (Lire à ce sujet : Pierre Rabhi, la Biodynamie et l’AnthroposophieLa Puissance des AnthroposophesPierre Rabhi et ses liens avec les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie). Rappelons que la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) a pointé dans deux de ses précédents rapports les liens entre Pierre Rabhi, son mouvement des Colibris et la mouvance Anthroposophique (Lire à ce sujet : Rapport 2013-2014 de la MIVILUDES : le New-Age, les Colibris et le Printemps de l’Education, Les Colibris et les Anthroposophes). Elle publie également des écrits de Edgar Morin, conseiller de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France.


Toujours selon mes informations, Françoise Nysssen aurait activement oeuvré en tant que membre du Conseil d’Admnistration de l’Université d’Avignon pour faciliter la création d’un D.U. de formation à la pédagogie Steiner-Waldorf (Lire à ce sujet : Les anthroposophes à l’Université d’Avignon). C’est également elle qui aurait utilisé son influence pour convaincre le Recteur de l’Université d’Aix-Marseille de faire preuve de bienveillance, pour ne pas dire de complaisance, envers l’école Steiner-Waldorf du Domaine du Possible (Lire à ce sujet : L’incroyable naïveté du Recteur de l’Université d’Aix-Marseille).


Enfin, c’est encore Françoise Nysssen qui œuvre activement, sur le plan intellectuel, à travers le concept de « spiritualité laïque », pour tenter de faire passer la doctrine anthroposophique comme un courant spirituel respectable et masquer sa dangerosité sectaire (Lire à ce sujet : La spiritualité laïque, alibi des écoles Steiner-Waldorf et de l’Anthroposophie).


Il nous est donc possible de nous interroger sur l’impact qu’une telle entrée au Gouvernement de Madame Nyssen augure au sujet de la lutte contre les dérives sectaires en France et sur la manière dont cette personne – dont on peut légitimement se demander si la mort de son fils ne l’a pas placée sous influence de certaines sommités du mouvement anthroposophique – va continuer d’oeuvrer, comme elle l’a toujours fait, à l’égard de l’Anthroposophie, c’est-à-dire en tentant de la faire entrer et de la faire reconnaître dans toutes les institutions officielles de notre pays. Or s’il y a bien une chose anti-culturelle par excellence, c’est l’Anthroposophie de Rudolf Steiner : une doctrine constituée de références culturelles déracinées et dénaturées pour façonner une puissante machine à asservir les esprits. Rappelons  à cet égard que la MIVILUDES, organisme officiel chargé de la lutte contre les mouvances sectaires en France, est une mission interministérielle, placée sous l’autorité du Premier Ministre, lequel vient donc de nommer Françoise Nysssen au Ministère de la Culture.

                               


    Grégoire Perra



PS : Pour ceux qui découvriraient la dérive sectaire de l’Anthroposophie, je recommande de commencer par lire l’Avant-Propos de ce blog. Ce conseil est également valable pour ceux qui se demanderaient qui je suis et d’où je parle. J’ai vécu 30 ans dans l’Anthroposophie et je connais bien mon sujet : Ma vie chez les anthroposophes. Je précise que la Justice a reconnu la légitimité de mon propos, car la Fédération des écoles Steiner-Waldorf a perdu le procès en diffamation qu’elle m’avait intenté. Vous trouverez également sur cet avant-propos des liens vers d’autres sites dénonçant cette dérive sectaire, comme le CLPS, le site de Roger Rawllings, etc.





















Nouvelles

de la SOCIÉTÉ ANTHROPOSOPHIQUE EN FRANCE 

Septembre Octobre 2015 


Partir du point zéro ? 

« Spiritualité laïque » : chemins vers une spiritualité humaine 


Trois week-ends particuliers ont eu lieu ce printemps dans les locaux de la grande maison d’édition Actes Sud à Arles, sous l’intitulé « Spiritualité laïque ». En arrière-plan, il y a un projet d’école, initié par les dirigeants des éditions, Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani, et par Henri et Praxède Dahan, enseignants expérimentés et porteurs du mouvement des écoles Waldorf en France – l’école ouvrira ses portes début septembre. Bodo von Plato a conçu et organisé avec Isis von Plato, Praxède Dahan et Jean-Michel Florin la série d’événements, à laquelle furent conviés des artistes et intellectuels connus, pour explorer les dimensions d’une spiritualité tournée vers le monde : Jeanne Benameur, Giorgia Fiorio, ainsi que Nancy Huston et Quentin Sirjacq ; une exposition de Guy Oberson a accompagné ces journées. Après le dernier week-end fin mai, nous nous réunissons pour une discussion rétrospective. 

Louis Defèche : Qu’est-ce qui est important dans ce thème de la spiritualité laïque, pourquoi l’avoir choisi ? 

Jean-Paul Capitani : Quand on prend la responsabilité d’éduquer des enfants, on ne peut pas évacuer la problématique de la spiritualité. Dans toutes les parties du monde, on n’hérite pas seulement d’un corps, on hérite aussi de la spiritualité de ses ancêtres, de ses parents, et d’une culture. Et cela peut être un facteur de souffrance, une espèce d’hypothèque. Donc si on pose cette question de la spiritualité, ce n’est pas pour transmettre une ancienne spiritualité ni pour en produire une nouvelle pour les enfants, mais pour leur ouvrir les portes, pour qu’ils se sentent libres de comprendre la poésie, d’aider le monde, d’aimer ce qu’ils trouvent beau, dans un univers stimulant et ouvert. La spiritualité ne doit pas être un héritage, elle doit être une découverte. 

C’est-à-dire que chacun devient producteur de spiritualité, si je comprends bien ? 

Bodo von Plato : C’est le risque, c’est l’enjeu – l’impossibilité ? En tous cas c’est la question qui nous a réunis ici. Auparavant c’était toujours toujours le divin, à travers notre croyance, notre conception du monde, qui portait la spiritualité, mais c’est devenu un problème, ce n’est plus évident. Aujourd’hui c’est l’humain qui devient porteur d’une spiritualité. N’est-ce pas l’humain lui-même qui veut de plus en plus être porteur d’une spiritualité ? Comment et où vit une spiritualité, et par conséquent une ouverture pour quelque chose qui est l’humain, et qui l’engendre tout en même temps ? Cela nécessite tellement de vigilance et scepticisme, de curiosité, d’expérience et d’amour, pour la découvrir, comme dit Jean-Paul, il faut partir un peu de zéro sans nier toutes les traditions qui nous entourent ou qui nous encombrent. Pour avancer, nous avons cherché des personnes autour de nous, dans le travail desquelles nous pensons percevoir un langage qui essaie de dire une spiritualité humaine. Et nous avons trouvé un public qui cherche à approfondir ce sujet. 

Françoise Nyssen : Qui cherche vraiment ne sait jamais ce qu’il va découvrir. On n’avance qu’en forme de question. Hier soir nous avons vécu une apothéose par la mise en scène d’un rite séculier de Nancy Huston, et nous avons envie de continuer. Pour moi, cela été la chose qui m’a le plus personnellement parlé. Je viens d’une famille où régnait l’inverse de la spiritualité, très anti-catholique, francmaçonne, avec des grands-parents très investis là-dedans, dans une Belgique qui luttait contre l’université catholique... J’ai toujours été dans une espèce de rationalisme et il a fallu un choc, un drame pour que tout d’un coup le voile se déchire et que la spiritualité parvienne au centre de ma vie. Et donc, les paroles de Nancy Huston hier soir, pour moi c’est merveilleux, cette tentative de ritualiser la rencontre du corps et de l’esprit dans la biographie humaine. 

Avez-vous découvert encore autre chose durant ces trois week-ends ? 

Jean-Michel Florin : Un aspect important qui m’a touché et qui rejoint ma recherche, c‘est que si on veut accéder à une spiritualité ouverte, il faut se réapproprier de façon tout à fait nouvelle tout ce qu’on est, déjà en tant que partie de la nature, en tant que corps, avec notre partie animale. C’est quelque chose qui est indispensable aujourd’hui dans un monde où on a de plus en plus affaire à des machines, où on devient élément d’une grande machine. L’être humain se dissout en tant qu’entité dans des flux permanents, et pour se retrouver il doit se réapproprier pas à pas ce corps et se lier de façon nouvelle aux éléments. Avant de parler de spiritualité de manière éthérée, intellectuelle ou mystique, il faut se réapproprier les éléments de notre cohabitation quotidienne avec la nature, d’abord avec notre propre nature, avec notre corps, avec les éléments que nous avons en nous. Cette question de l’animal en moi est un moment important. On ne peut pas sauter cette étape qui consiste à ce qu’on commence à vraiment habiter son corps. 

Bodo von Plato : Les moments d’animalité et de la vie élémentaire, liés à notre existence physique, sont de potentiels moments de la plus grande spiritualité : naissance et mort, enfance et vieillesse, sexualité, amour, maladie – cela fut impressionnant dans la mise en scène de Nancy Huston. 

Françoise Nyssen : Je dirais que ces weekends sur la spiritualité ont été fondamentaux à travers la rencontre avec les gens, les moments où on est ensemble, où on se touche juste par un sourire. Il n’y a pas que le moment de la réception d’une parole – qui a été magnifique – mais aussi toutes ces petites choses qu’on a réussi à partager. 

Henri Dahan : C‘est ce qui nous fait passer de l’idée de spiritualité « laïque » à une spiritualité « humaine ». Au travers de ces trois week-ends, on a eu l’expression d’expériences humaines. 

Vous avez ce projet d’école inhabituel. Pourriez-vous dire en quelques mots le but de cette école, son identité ? 

Jean-Paul Capitani : L’idée de l’école, c’est que l’essentiel, le cardinal, c’est l’enfant. On considère qu’on ne peut se développer qu’à partir de ses aptitudes et non pas de ses inaptitudes. Il faut postuler la liberté des enfants, leurs dispositions naturelles et spirituelles, leur vitalité. Le seul souci est de ne pas les dégrader, de laisser leur flamme, de la vouloir, de la nourrir. C’est une souffrance pour les parents de voir s’éteindre leur lumière. 

Est-ce que cela voudrait dire que l’éducation d’État ne respecte pas l’enfant ? 

Jean-Paul Capitani : Je pense qu’il y a un système qui s’est mis en place, qui est prédateur. J’en suis intimement convaincu par mon expérience, l’expérience de mes enfants et même déjà celle de mes petitsenfants. D’une certaine manière, on ne respecte pas les enfants. Pour l’illustrer : l’enfant est une bouteille que l’on remplit. Cette image est insupportable. Toute cette transmission des savoirs, ça veut dire quoi ? Le problème des religions, c’est la même chose. D’une certaine manière, la science, c’est une religiosité qui s’est installée à travers la transmission des savoirs. Le problème, c’est de se réapproprier la connaissance et d’aller plus loin. Et on ne peut aller plus loin que si on s’est vraiment approprié la connaissance. Le travail d’appropriation est personnel, c’est un effort fait de désir et d’envie. Et il faut donc laisser vivre cette motivation. D’autre part, on a la confrontation au réel, on vit trop de faux-semblants, on hérite d’un folklore, de folklore et d’images dépourvus de sens, avec lesquels on ne peut rien entreprendre. Nous avons besoin de paysages, de planter et voir pousser des arbres, faire paître des vaches, galoper à cheval... À la place d’être en contact avec une réalité vivante, on vit de plus en plus dans un monde virtuel. Nos enfants sont considérés comme des objets, des marchés qu’on exploite. 

C’est comme une matière première, on exploite le monde. Les enfants sont le plus grand marché actuel. Lorsque les conseils généraux sont très fiers d’offrir des ordinateurs aux enfants, c’est simplement parce que quelqu’un a flanché devant la proposition commerciale d’un vendeur d’informatique. C’est ainsi. Il faudrait passer de la société du « quoi » et«comment»etlasociétédu«qui»et « pourquoi ». Un enseignant, généreux, qui rentre dans ce système, se retrouve seul dans une société du « quoi » et « comment ». On lui dit : voilà le programme, il faut le faire selon une chronologie et comme cela. Et on va lui envoyer un inspecteur pour vérifier qu’il le fait ainsi. Vous imaginez cette schizophrénie, entre la vocation de cet individu qui a un goût, qui aime, qui veut donner, et ce carcan ? Ce n’est pas un jugement de valeur sur des individus mais sur le système qui les broie. Au bout du compte, on se dit qu’on a la responsabilité d’agir – et c’est pour cela qu’on a appelé notre école « l’école du Domaine du possible ». Nous rêvons d’une société du qui et du pourquoi. Le qui et pourquoi, c’est la liberté de donner sa propre réponse. On sait pourquoi on fait les choses. On trouve son chemin. Mais on n’a pas le chemin tout tracé. Je considère que l’éducation nationale a une productivité mauvaise. Pourquoi dépenser autant d’énergie et d’argent pour un si mauvais résultat ? Nous sommes capable du meilleur, de l’humain. 

Quelle est la différence entre cette école et les écoles Waldorf ? 

Henri Dahan : Comme l’école Waldorf s’appuie sur des recherches qui étaient révolutionnaires au début du XXe siècle, et le sont encore aujourd’hui en partie, elle a souvent conservé des aspects forgés à cette époque, mais qui ne correspondent plus à notre présent et à l’avenir. C’est souvent un lieu où, pour parler en image, l’on vient s’asseoir. L’enrichissement est venu alors par le fait que les enseignants sont humainement pénétrés par des questions profondes de lien entre la spiritualité et la réalité de la vie quotidienne. Mais par son fonctionnement et par son organisation, elle maintient trop souvent les enfants dans une tradition scolaire de « préparation à la vie plus tard ». L’idée de notre projet est – et avec cela nous nous approchons à nouveau de l’idée révolutionnaire de la pédagogie Waldorf -, que l’école puisse être un lieu de vie, où nous pouvons repenser de façon complètement nouvelle l’école en tant qu’institution jusque dans l’organisation, les rythmes et la vie pratique. 

C’est-à-dire garder l’essence de ce qui est cherché avec l’école Steiner mais rompre avec la tradition ? 

Bodo von Plato : Je ne sais pas si c’est vraiment rompre avec la tradition. Ce que j’ai perçu, c’est plutôt de revoir le sens de ce que Steiner essaya et a proposé, nouveau à concevoir, donc actuel à concevoir. Ce qui m’a touché, c’est le lieu, c’est la disposition de Jean-Paul Capitani et Françoise Nyssen, de Praxède et Henri Dahan : ils veulent aller plus loin. Plus loin. Pas naïfs, ni ignorants ou rejetant le passé, mais ouverts et adonnés au possible. Ce projet trouve son identité à travers les personnes qui s’en occupent. L’école ne sera pas présentée aux parents comme une école Steiner ou Waldorf, elle offrira un profil très spécifique du pourquoi, comment et qui. Ceux qui ne sont pas intéressés ne vont pas venir. Et il y a déjà quelques partenariats constitués. Dès le début, ce projet collabore avec des partenaires, avec des scientifiques, artistes, enseignants de l’Éducation nationale, écoles d’autres continents et personnes qui viennent d’horizons tout à fait différents. À la fois, c’est très individuel, et cela doit l’être, et à la fois c’est dès le début la création de liens à d’autres personnes, d’autres systèmes, d’autres idées. C’est un pas en avant par rapport à la tradition Waldorf, qui a d’abord dû confectionner son propre monde, sa propre organisation mondiale. Et ce n’est pas rien, car c’est certainement le seul système éducatif fondé sur le spirituel qui dispose d’une expérience depuis cent ans dans le monde entier. 

Henri Dahan : Nous voudrions affronter le paradoxe de la pédagogie Waldorf qui prend cette image de pouvoir être reproductible partout. Je pense que nous avons vraiment essayé de se dire ici que l’école du « Domaine du possible » porte les ferments de quelque chose qui n’est pas reproductible. Parce qu’elle est liée à son lieu et à la façon dont elle envisage son propre développement là où elle est. Dès l’introduction du projet, nous nous reposons par exemple cette question : qu’est-ce qu’est vraiment le plan scolaire ? Le plan scolaire Waldorf est une reconstitution, ce n’est pas le geste initiateur de Rudolf Steiner, mais il a permis la cohésion du mouvement Waldorf. Nous ne voudrions pas perdre toute cette expérience de la pédagogie Waldorf, mais nous voudrions l’approfondir dans ce contexte particulier, la développer davantage, pas la reproduire. Et peutêtre cela correspondra-t-il à son impulsion originelle, de façon très fidèle. 

Praxède Dahan : Cette école veut aussi regarder comment le monde a changé, comment l’enfant a changé. On n’a pas de réponses toutes faites. Pour nous, c’est une grande aventure, d’avoir le droit de chercher et de s’interroger. Et même si cela fait 35 ans qu’on est prof, pouvoir se dire : en fait, je ne sais plus ce qui est vraiment aujourd’hui important et vrai. Et se dire : j’ai la chance d’oser me poser cette 

question. 

Je trouve que, dans ce que vous dites, l’idée de repartir à zéro revient fréquemment. 

Praxède Dahan : Pas de zéro. Mais oser ne pas répéter nous tient à cœur. Ne pas faire de copier-coller. 

Jean-Paul Capitani : On ne part jamais de zéro. C’est toujours une aventure individuelle. Ce qui m’apparaissait aussi comme une richesse c’était de s’associer à une tradition que je trouve la plus respectable possible. Ce n’est pas la peine de faire la même chose, mais en même temps c’est aussi la richesse de s’associer à des êtres humains qui ont déjà commencé à travailler, qui travaillent depuis des dizaines d’années quotidiennement avec des idées et méthodes pédagogiques exigeantes. 

Henri Dahan : Repartir à zéro, c’est peutêtre aussi revenir à soi, afin de retrouver l’origine. 

Bodo von Plato : Moi je trouve cela très bien, si on doit ici réussir, repartir à zéro sans nier toutes les expériences réalisées auparavant. Repartir à zéro, sachant que c’est impossible. Et entreprendre cette tentative dans une communauté, tout empli d’un sentiment de responsabilité vis-à-vis des enfants, des parents et de la communauté, cela m’intéresse beaucoup. Lorsque Henri m’a parlé pour la première fois de ce projet-là – je le connais depuis que nous avons été tous deux jeunes enseignants dans une école Steiner en région parisienne – il m’a dit quelque chose comme : « Je ne sais pas. Rien. » Et je savais cependant combien il savait, combien il a acquis entretemps d’expérience avec des élèves de tout âge, dans le nombreuses disciplines, dans l’organisation et la politique de l’école. Là parle une conscience, qui a une dimension spirituelle. 

Henri Dahan : Mais quand je dis que je ne sais pas faire, j’ai quand même besoin d’avoir confiance dans les personnes qui vont collaborer et qui sont des personnes qui ont beaucoup d’expérience. Qui ont aussi le courage de s’avouer : « Je ne sais pas comment je le ferais. » 

Comment liez-vous anthroposophie et spiritualité humaine ? 

Bodo von Plato : Pour moi, c’est absolument la même chose, nommée différemment. 

Jean-Paul Capitani : Comme je suis très ignorant en anthroposophie, je ne vais pas me permettre d’avoir un jugement làdessus. Le peu que je sais de l’anthroposophie, ne serait-ce que l’étymologie du mot, est quelque chose qui me va bien. Je me sens à l’aise dans l’anthroposophie alors que le mot « théosophie » me parle moins. 

Praxède Dahan : Pour moi, c’est justement la démarche de ces week-ends et le projet de l’école que de pouvoir réunir quelque chose qu’on a dissocié et qui fait que l’anthroposophie reste à l’écart. Là, on se replace en tant qu’être humain. Tout simplement. Être humain, en chemin, en recherche, heureux d’apprendre, d’apprendre de la rencontre humaine, d’apprendre un peu plus sur ce mystère de l’existence, car cela reste un grand mystère. Pour moi, c’est un encouragement qu’il y ait une telle ouverture. Et j’ai envie de dire que j’ai appris énormément depuis que je vous connais. Cela m’a aidé à me retourner, à surmonter cette séparation, cette dissociation dans laquelle je vivais. 

Jean-Michel Florin : Si on prend l’anthroposophie comme un chemin, une ouverture proposée à chacun, à des plans de la réalité les plus vastes possibles, qu’on est en chemin et qu’on s’ouvre toujours plus, qu’on garde sa capacité de s’étonner, dans la rencontre avec les autres, avec d’autres courants de pensée, et qu’on peut s’échanger, dans ce cas « anthroposophie » veut dire « spiritualité humaine ». C’est même la base de l’idée de l’anthroposophie : partir de l’être humain et pas de quelque chose d’extérieur. Toujours reprendre et toujours recommen zéro d’une certaine manière. Il faut toujours que je parte de moi. Et c’est sûrement la grande difficulté pour le mouvement anthroposophique, de ne pas s’appuyer sur un héritage qui devient un carcan extérieur. Il faut toujours se remettre en chemin, en gardant et en tenant compte des expériences. Et si on ne transforme pas cela en faculté, on s’enferme et on devient crispé et figé. Pour moi, spiritualité humaine veut dire spiritualité du futur. 

Jean-Paul Capitani : Je trouve qu’il y a des bonheurs, quand on regarde les religions de l’extérieur, comme quand on visite un brocanteur. Quelquefois on se dit par exemple, l’idée du Saint-Esprit, c’est génial, je trouve cela vraiment stimulant. C’est la trouvaille humaine. L’être humain a trouvé des tas de choses d’une subtilité insensée. Mais ce qu’il faut éviter c’est la soumission, le renoncement à son propre chemin au profit de quelque chose que l’on reçoit de l’extérieur. On a par exemple publié un bouquin sur la controverse. Je trouve que c’est formidable les controverses religieuses. Les humains ont forgé des trésors autour de choses, comme la nature divine Christ, le sexe des anges... C’est important d’enseigner une controverse aux enfants ou adolescents, pour qu’ils sachent que cela existe, comment les comprendre, afin de se trouver soi-même. 

Henri Dahan : Cela fait un an et demi que l’on travaille ensemble à ce projet d’école. Tu parles de trouvailles, j’adore cette histoire de brocante, de Saint-Esprit, je trouve cela très clair et je suis complètement  d’accord. Il y a peut-être une chose qui nous différencie et qui va nous faire encore travailler. Tu parles de trouvailles, d’inventions humaines. Dieu serait une invention humaine. Moi j’en suis au point où je dis que Dieu est une découverte humaine. Je mets encore un point d’interrogation entre la notion d’inventeur et la notion de découvreur. Je pense que l’être humain est un découvreur. Et quand il reconnaît qu’il est un découvreur, alors il a l’humilité de se dire : Ah, formidable, quelque chose m’est donné et je ne sais pas dire si je l’ai créé ou si je l’ai reçu. Cela pour moi, c’est un point d’interrogation. 

Jean-Paul Capitani : On clôt sur un objet de controverse. 

Article paru dans Das Goetheanum N°31-32, juillet 2015 

Adaptation française : Aurélie Bourdot