Vladimir Golschmann (1893-1972)… les années 1919 à 1939…

  par Nicolas Guillot


Vladimir Golschmann et sa (?) première épouse, 
la chanteuse Marguerite Soyer, dans les années 20 (Photo X)

"Bien que tous nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas." Erik Satie

Vladimir est né le 16 décembre 1893 au 89, boulevard de Port-Royal à Paris XIIIème, en face du Val de Grâce, chez ses parents, tous deux étudiants en médecine. La mère, née Marie Rasumny, était âgée de 25 ans et le père s’appelait Léon Golschmann et avait 32 ans. Ils eurent 4 enfants, 4 garçons : René (qui semble avoir travaillé pour l'éditeur musical Eschig) était l'aîné, Grégory né le 18 mars 1891 et Boris le petit dernier  qui fit une jolie carrière de pianiste, parfois avec son chef d’orchestre d'aîné, et qui naquit lui en 1906.

Boris disparut avec sa femme dans la nuit et le brouillard de l’Occupation, nous ne connaissons pas la date de sa mort. Nous en reparlerons dans la page consacrée à Boris.


Marie Rasumny était née à Sébastopol le 10 août 1868, l'accent russe devait être de rigueur dans la famille, et elle était donc médecin. Elle est morte à Paris, déjà veuve, en avril 1936.

Léon (ou Lev Nikolaevitch était né le 15 avril 1861 à Zinia en Sibérie, avait fait, au gymnasium d'Irkoutsk, de brillantes études, avant d'entrer à la Faculté de Mathématiques de Saint-Pétersbourg ; plus tard, il passa à l'Université de Moscou, d'où il vint à Paris en 1881. Il étudia à la Faculté de Médecine et se consacra ensuite aux lettres. On lui doit l'adaptation et la traduction en français de nombreux ouvrages d'auteurs russes, qu'il fut le premier à faire connaître en France. Sur ce nombre, les deux tiers environ étaient plus spécialement destinés à la jeunesse. Léon Golschmann a fait paraître quelques-uns de ces livres en langue anglaise et fut aussi l'auteur d'un Dictionnaire Russe et Français, pour la maison Teubner à Leipzig. Il était officier de l'Instruction publique depuis 1906 et chevalier de la Légion d'honneur depuis 1902, beaux signes d'une parfaite intégration. Eclectique, il était aussi mathématicien. Il est mort en décembre 1926 à 65 ans.  Le Gaulois du 2 décembre 1926 On annonce la mort de M. Léon Golschmann, homme de lettres, chevalier de la Légion d'honneur, auteur de nombreuses traductions d'auteurs russes (Tolstoï, Tchekhov, Gogol, etc.). Depuis ces dernières années, il s'était consacré aux études mathématiques. Il était le père de M. Wladimir Golschmann, le chef d'orchestre bien connu. 


Léon Golschmann nous a donc laissé une jolie trace de traducteur du russe, notamment de Gogol, en collaboration avec Ernest… Jaubert, ce qui prend tout son sel quand on sait que le fils Golschmann collabora au début des années 30 chez Pathé Natan avec le Niçois Maurice Jaubert. 



Plain dealer Cleveland 24 mars 1937













Le jeune Vladimir Golschmann passa son enfance en étudiant à la fois le piano et le violon.  Il aurait débuté le piano à 4 ans, se serait rêvé chef à 10, aurait donné son premier concert au violon, à la Sorbonne, à 11 et appris les rudiments de la direction à 15.

Nous ne connaissons pas très bien son cursus, si ce n’est qu'au Conservatoire, il eut Georges Caussade comme professeur de contrepoint et qu’il partagea le même cours de violon de M. Bertrhelier que suivait Milhaud avant que Darius ne se voue à l’alto. Il étudia aussi à la Schola Cantorum avec ??? notamment Paul de Saunieres la composition, le contrepoint et l’harmonie, même s’il ne semble jamais avoir entrepris de devenir compositeur ???. Par la suite, il devint professeur de direction d'orchestre à la Schola dans les années 20.  Dans les années 10, avant la Première Guerre, il entra dans la carrière comme violoniste des Concerts Rouge d’André Caplet, et tint aussi sa partie à la fois chez Pasdeloup, Lamoureux et à la Société des Concerts du Conservatoire. Et aux concerts Sechiari…

Le Figaro du 16 avril 1912 COURRIER MUSICAL Le 30e concert annuel du choral de la Belle Jardinière aura lieu cette année dans la grande salle des fêtes du Trocadéro, le 21 avril en matinée. Comme tous les ans, ce concert promet d'être particulièrement brillant. Le concours des artistes dont les noms suivent est dés à présent assuré MM. Duclos et Cazenave, de l'Opéra Mlle Ducos; MM. Dessonnes et Brunot, sociétaires de la Comédie-Française M. Paul Gazel, de l'Opéra-Comique Mlle Irma Castel, du Théâtre-Roval de Liège Mlle Laurence Deschamps; Mlle Marie Castel, des Concerts-Touche M. Jamin, de la Gaîté-Lyrique M. Vladimir Golschmann, des Concerts-Sechiari; M. Vincent Candela, de l'Opéra et ses élèves « les Hanson Original», nouveauté musicale, Ballet, Floridyllé académie de danses de Mme Daynes Papurello; MM. Merle et Baron, du choral. L. de Crémone. 

Le Figaro du 23 juin 1912 Très brillante et très artistique a été la dernière audition, salle Gaveau, des élèves de M. Gaston Schindler, avec le concours de MM. G. Cuignache, Tinlot et Golschmann. Parmi les meilleurs élèves du maître, on a fort applaudi Mme Arost-Roosevelt, Mlle J. Macchetti et M. Georges Marchand, dans l'audition intégrale de l'Enfant prodigue de Debussy Mlle Hatt dans une cantate de Rameau, et Mme .Marchand, Mlles Lebesgue, M. Fleury, Digues, Grésy, Badré, etc. L. de Crémone. 







15 août 1913 Exposition Universelle de Gand 
15e concert Association des Concerts Sechiari
avec Cantrelle, Calascione, Le Lézec, Bentz, Poiré, Diaz Celso, Golschmann, Franquin, Lacroix, Jénoc, Reynal et Mogey
 tous premiers violons 
Macon alto solo et Jamain violoncelle solo

Weber Der Freischutz
Chausson Symphonie en si bémol majeur
Paganini Moto perpetuo
Haendel Concerto en si mineur
Charpentier Gustave Impressions d'Italie










Arriva la guerre, en août 14 il avait 20 ans. Il boitait depuis l'enfance après un accident de vélo, ce qui lui permit peut-être d'être un peu épargné. Il fut enrôlé en 1916 dans des orchestres de propagande musicale, premier violon il dut faire alors ses premiers pas de chef d'orchestre. En 1916, il semble avoir travaillé avec Lucien Capet et Jacques Thibaud au violon, José Iturbi au piano  avec Georges Rabani, chef d'orchestre (qui dirigeait les concerts rouge avant guerre) au sein de l'orchestre ???.


Il se maria le 9 juillet 1918 avec l’adorable Marguerite (Blanche Marie) Soyer, une jeune chanteuse qui eut toujours la coquetterie de ne pas laisser connaître sa date de naissance et fit une jolie carrière de soprano, surtout en Belgique au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles dans les années 20, mais aussi à l’Opéra-Comique et à l’Opéra à Paris, au Capitole de Toulouse, à l’Opéra d’Alger, d’Aix-les Bains, de Lyon, de Marseille... Grace à www.isoldes-liebestod.info, on peut l'écouter en Iseult dans Liebestod (4 mars 1929 Dir. Piero Coppola 78 rpm: HMV 2-33087/8, Gramophone P 807). Peut-être se maria-t-il avant de partir Outre-Atlantique...

Pour Le Ménestrel du 30 mars 1923, notre Vladimir est presque… M. Soyer à Bruxelles Le sixième concert populaire a valu un gros succès à un jeune chef d'orchestre, ignoré de tous ici, M. Golschmann (mari de l'excellente pensionnaire de la Monnaie Mme Soyer). M. André Caplet devait venir diriger; empêché, il fut remplacé par M. Golschmann, dont la fougue, la direction nerveuse et élégante, le rythme entraînant, déchaînèrent, après une exécution merveilleuse de la Valse de Ravel, un très sincère enthousiasme. Les Nocturnes de Debussy, l'Ode à la Musique de Chabrier, des petites pièces (canons) de M. Paul Dupin firent applaudir aussi la Chorale César Franck, un groupe de voix féminines d'amateurs fort bien discipliné. Enfin Mme Talazac chanta avec un goût discret trois aimables Prières de M. Caplet, absent. 


La jolie première femme de Golschmann, Marguerite Soyer, dans le rôle de … Marguerite (Photo X)


Fin 1918, on le retrouve premier violon en tournée à travers les Etats-Unis avec un orchestre français formé d'élèves du Conservatoire de Paris (il est en novembre à Dallas, il passe à Cleveland…).


1919 les Concerts Golschmann

Arrive la fin de l’année 1919. Les institutions anciennes reprennent leurs activités et de nouvelles essayent de se faire une place comme les concerts Ignace Pleyel d’Inghelbrecht. Difficile de détailler historiquement les événements, mais c’est, semble-t-il, sous les auspices d’Erik Satie et d’Albert Verley que naquirent les Concerts Golschmann. Inutile d’insister sur le maître d’Arcueil - si ce n'est qu'il ne tarda pas à se brouiller avec celui qu'il se mit à surnommer Gaule-Chemane -, Albert Verley est moins connu (voir ci-joint une page qui lui est consacrée).

Albert Verley était un chimiste qui s’était enrichi particulièrement dans la parfumerie. Et il était si passionné de musique qu’il prit des cours à la Schola et auprès de Satie pour devenir compositeur. Si vous trouverez traces de ses compositions sur ce site, il apparaît bien comme le mécène désintéressé de cette phalange, d’une trentaine de musiciens au départ, qui, pour quelques saisons, allait se mettre au service de grandes célébrités, comme Beethoven ou Rameau, mais aussi des modernes français dont le groupe des Six ou les Russes Prokofiev ou Stravinsky.

Troisième parrain du premier des Concerts Golschmann en 1919 : le pianiste Ricardo Viñes… Le Ménestrel Vendredi 23 novembre 1919 Concerts Golschmann. — Au premier concert, M. Ricardo Vinès a triomphé en interprétant des œuvres de Soler, Couperin, Chopin, Liszt. L'école moderne était représentée par Chabrier, Debussy, Ravel, M. de Falla. Nous mettrons à part une stupide Tyrolienne turque de M. Éric Satie. L'orchestre, dont l'élément cordes nous a paru beaucoup trop restreint, était dirigé par M. Wladimir Golschmann, à la baguette encore un peu jeune et verte, mais déjà précise en même temps que souple et ferme. Nous entendîmes avec plaisir la dynamique ouverture de Coriolan, la 6ème Symphonie de Haydn et, pour terminer la séance, une Danse slave de Dvorak, brillante, mais sans grand intérêt musical. Au milieu du concert, M. Ricardo Vinès, accompagné par l'orchestre, nous avait fait goûter le charmant Concerto de Rimsky-Korsakoff, oeuvre qu'il faudrait souhaiter voir inscrite plus souvent aux programmes des grands concerts. Quant aux « Symphonies » de M. Darius Milhaud, n'ayant pu être exécutées à ce concert par suite d'un retard dans la copie, paraît-il, leur audition est remise à l'un des concerts du mois prochain. A. D.

Le Ménestrel 12 décembre 1919 Concert Golschmann. — Le troisième concert Golschmann a confirmé la bonne impression que nous avait laissée les deux premiers. Le morceau de résistance était la Septième Symphonie de Beethoven. M. Golschmann l'a très bien conduite dans le bon mouvement, on sentait qu'il avait mieux son orchestre en main. Le Concerto en ré mineur de Mozart a été joué par  Mme Marcelle Meyer qui a su en faire goûter toute la grâce légère, et le talent très varié et très souple de la jeune pianiste a pu se donner libre carrière dans l'interprétation d'une série de petites pièces de Couperin, Scarlatti, Debussy et Emmanuel Chabrier. On donnait également la première audition, à Paris, du Marchand de sable qui passe d'Albert Roussel. C'est une oeuvre très personnelle, toute de charme et de douceur, très colorée et enveloppée d'harmonies subtiles. Le succès en a été vif. 

Le Ménestrel du 16 janvier 1920 CONCERTS-GOLSCHMANN. — Comme il est regrettable qu'on ne donne pas plus souvent dans nos concerts les Symphonies de Haydn! Elles sont, il est vrai, difficilement exécutables par les grands orchestres dont les masses ne se prêtent pas à cette musique d'orchestration menue. Il y a en ce moment à Paris deux petits orchestres, je veux dire petits par le nombre, qui pourraient nous en faire entendre quelques-unes : le Concert-Golschmann et le Concert-Ignace-Pleyel. Cette musique d'Haydn est si curieuse, si variée de mélodie sous l'apparente uniformité du cadre où elle est enfermée ! M. Golschmann nous a montré samedi qu'il la conduisait parfaitement. Nous ne pouvons que l'engager à persister. M. Samuel Dushkin a joué un Concerto de Boccherini et des airs populaires russes. Il a beaucoup de brio et les morceaux qu'il exécutait lui ont permis de le mettre en valeur, mais quelle différence (et ceci n'est point imputable à M. Dushkin) entre Boccherini et Haydn, contemporains cependant tous deux ! Haydn nous a donné par la suite Mozart et Beethoven. Boccherini a déjà cette facilité qui, chez lui, n'est pas encore triviale, mais qui nous donnera plus tard... chut ! ne faisons pas de peine à ceux qui aiment l'école italienne. La Petite Suite de Debussy terminait la séance. Le premier morceau, En Bateau, a été pris un peu trop vite ; les autres ont été très joliment menés. P. de L. Le Ménestrel de 23 janvier 1920  CONCERTS-GOLSCHMANN. — Cette jeune phalange pleine d'ardeur nous a présenté samedi dernier des oeuvres de genres fort différents dans lesquelles le jeune chef d'orchestre a su faire apprécier successivement la précision et la finesse de sa direction. Exécution très vivante de là Première Symphonie de Beethoven ; première audition du Pastel sonore, d'Albert Verley, avec beaucoup d'homogénéité et dans une jolie lumière. Ensuite l'Ouverture et des fragments de Castor et Pollux, dont la délicieuse gavotte a eu un succès particulier. La trépidante Danse slave de Dvorak a été aussi fort applaudie. Deux solistes de valeur augmentaient l'intérêt de ce concert : Mme Chadeigne, dont les belles qualités de voix et de style ont été surtout mises en valeur dans la Reine de la Mer, de Borodine, et dans Savichna, de Moussorgsky. M. René Benedetti a joué le Concerto de Mendelssohn avec un joli son. On a acclamé dans l'allegro final sa belle fougue, fort bien secondée par l'orchestre. J. L. Le Ménestrel de janvier 1920 Concerts-Golschmann. — Concert varié et composé presque entièrement de petites pièces modernes. Seule l'ouverture des Noces de Figaro, qu'on ne se lasse jamais d'entendre, représentait la musique classique. Dolly, de Gabriel Fauré, a fait applaudir sa grâce légère et de si savante naïveté. La Rapsodie nègre, de Francis Poulenc, a amusé le public de ses sonorités étranges et un peu rudes. Dans Tamineh, M. Blair Fairchild a pu se laisser aller à une inspiration mélodique agréable, mais peut-être un peu trop facile. Un quatuor de Mlle Germaine Tailleferre a fait applaudir une excellente violoncelliste, Mlle Radisse. Enfin, le Children Corner de Debussy a été très joliment détaillé par cet orchestre menu que M. Golschmann conduit avec mesure et délicatesse. Le Ménestrel de 6 février 1920 CONCERTS-GOLSCHMANN. — La Symphonie en sol mineur de Mozart a été jouée avec infiniment de charme dans le juste mouvement et avec les nuances désirables. Le Retour à l'endroit familier et une Berceuse de Florent Schmitt, très sobrement conduite, ont obtenu un grand succès, ainsi que deux pièces charmantes, d'une grâce originale, de M. Samazeuilh : Divertissement et Musette. Mme Engel-Bathori a recueilli d'enthousiastes applaudissements qu'elle devra partager avec l'auteur dans le Printemps au fond de la Mer de Durey, dont c'était la première audition. La Sonate pour fîùte, alto et harpe de Debussy, si curieuse de sonorités, et les Contes de ma mère l'Oye de Maurice Ravel, si amusants de fraîcheur, d'ironie et de grâce, terminaient le programme. A noter que dans la Sonate de Debussy, Mlle Lily Laskine, MM. Chantôme et Le Roy avaient été l'objet d'un double rappel bien mérité. Le Ménestrel de 11 juin 1920 Concerts Golschmann. — Voici un vrai chef d'orchestre, ayant le don de diriger. Que M. Golschmann veille seulement à élaguer certaines gesticulations superflues, et ce sera parfait. Son geste est net et précis ; son interprétation souple et nuancée. Ce n'est pas lui, certes ! qui, sous prétexte de « simplicité classique », imprimerait à Mozart ou Haydn une allure automatique dont rien ne viendrait interrompre la monotonie. Aussi l'admirable Symphonie en sol mineur de Mozart fut-elle jouée de la plus satisfaisante manière, et en telle sorte que les plus délicates nuances du coloris instrumental en purent être pleinement goûtées. Le beau Concerto en mi majeur de Bach fut ensuite exécuté par M. Dushkin, avec une sonorité sympathique et une sobriété louable. Le premier et le dernier morceau laissèrent, de temps à autre, apparaître quelques flottements, mais le mouvement lent qui les sépare ne donna lieu à aucune critique, et l'auditoire enveloppa dans un même applaudissement le violoniste, l'orchestre et son chef. Ceux-ci nous régalèrent — singulier contraste ! — d'une première audition du Prélude pour Aglavaine et Sélysette, introduction possible à la pièce de M. Maeterlinck ? nous apprend le Guide du Concert, qui nous assure en outre que ce morceau est de « courte dimension » et que le compositeur, M. Honegger, « a fait usage d'un style quasi classique, essayant seulement d'évoquer l'atmosphère de la pièce. Hélas ! ce court prélude nous parut démesurément long; le style n'en est pas même « quasi classique », et s'il évoque une atmosphère quelconque, il s'agit donc d'assainir celle-ci au plus vite. En résumé, accords dont les vagissements s'achèvent de temps à autre en criaillements acides, le tout interrompu çà et là par des soli instrumentaux prétentieux et vides... A son tour, M. Honegger a fait « du Debussy ! » Laissons-le à son enivrement et revenons à la musique. Les fragments du pittoresque et fantastique Festin de l'Araignée de M. Roussel; les Airs populaires russes et la Fantaisie de Rismky-Korsakow, enfin, pour conclure, la charmante suite de Ma Mère VOye, de M. Maurice Ravel, complétèrent un programme qui, à une seule exception près, renfermait les plus puissants éléments d'intérêt. R. B. 

L'Europe nouvelle 28 février 1920 CHRONIQUE MUSICALE LE BŒUF SUR LE TOIT. LES œuvres INÉDITES. Lorsque je vous parlais dernièrement du Bœuf sur le toit, je n'en savais pas la représentation si prochaine, et surtout je ne m'attendais guère à ce qu'il fût possible de trouver à Paris des personnes en état de payer pour cette première une loge dix mille francs ! La chose vient cependant de se produire Du coup, Wagner et les ballets russes sont enfoncés, car je ne sache pas qu'ils aient jamais provoqué, parmi leurs protecteurs, semblable prodigalité Aussi m'inclinerai-je bien bas devant le savoir-faire de ces organisateurs admirables et ne m'étonnerai-je point davantage de n'avoir reçu d'eux nulle invitation pour un aussi sensationnel événement ! Je ne vous cacherai pourtant pas que je regrette assez vivement cet ostracisme ; en effet, mon désir était réel de faire la connaissance de ce bœuf, depuis ce qu'on m'en avait raconté, au lendemain du jour où M. D. Milhaud le présenta en liberté à un examen du Conservatoire, au grand effarement des membres du jury. Seulement, comme je ne veux pas que les lecteurs de l'Europe Nouvelle soient privés, pour cela, du compte rendu d'une telle solennité, je leur demanderai la permission de reproduire à leur intention les principaux passages du brillant article que M. Laloy publia dans Comœdia sur cette représentation. M. Laloy a, depuis longtemps, la réputation justifiée de marcher d'ordinaire avec le progrès et avec les créateurs de talent. La lecture des lignes ci-dessous vous prouvera que, en termes malheureusement moins choisis que les siens, j'ai souvent dit ici la même chose que lui et que si, aujourd'hui il critique et avec quel esprit! cette école de la farce le mot est d'un des leurs! il ne le fait qu'avec la plus grande sincérité et sans le moindre parti-pris. Voici donc ce qu'il écrit au sujet de cette manifestation artistique : « Depuis une année environ, de nombreux manifestes et panégyriques nous avaient appris la formation d'un nouveau cénacle, composé de six jeunes musiciens. Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. Unis par un pacte d'admiration indissoluble, ce n'est pas de l'esprit, c'est du génie que ces jeunes gens se reconnaissaient mutuellement et ils n'avaient guère d'amis, mais un protecteur, M. Jean Cocteau, et un prophète, M. Erik Satie. » Puis, parlant de la représentation, donnée à la Comédie des Champs-Elysées, M. Laloy ajoute « Les titres des morceaux étaient fort savoureux. C'est ainsi que M. Jean Cocteau avait écrit trois petits poèmes dénommés Cocardes, parce qu'ils résumaient en formules saisissantes le « patriotisme parisien », et leurs désignations particulières s'enchaînaient par un procédé renouvelé de notre enfance Miel de Narbonne, Bonne d'enfants, – Enfants de troupe. M. Koubitzky, chanteur de style, s'était chargé de les débiter, avec une gravité imperturbable et du plus haut comique. Par malheur, la grippe, voilant légèrement sa voix, nous a privés du plaisir d'entendre toutes les paroles. Celles-ci pourtant, nous parvinrent et sont dignes de mémoire « Cinéma, nouvelle muse. Voulez-vous jouer avec moi ? Ave Maria, de Gounod. « Liberté, égalité, fraternité. » « Nous avons eu aussi un fox-trott de M. Georges Auric, qu'il a appelé Adieu New-York trois petites pièces d'orchestre de Erik Satie, qu'on a qualifiées, afin que ce fût plus drôle, « pièces montées », et, enfin, la pantomime intitulée Le Bœuf sur le Toit, simplement parce que telle pourrait être l'enseigne d'un bar soi-disant américain, et que dans la pantomime il sera question de tout autre chose. Le calembour, le quiproquo, l'amphigouri, le coq-à-1'âne et le galimatias comptent certes au nombre des jeux princiers de l'esprit mais MM. Erik Satie, Jean Cocteau et leurs disciples se tromperaient s'ils croyaient les avoir inventés. « Quant aux œuvres, pour les juger sainement, il ne faut pas leur tenir rigueur des intentions à maintes reprises déclarées par leurs auteurs. L'ambition de ceux-ci, nous le savons, n'est autre que de révolutionner le monde par la rupture de toute tradition, Debussy lui-même leur paraît périmé parce qu'il fait « flou » et qu'ils veulent une musique a à l'emporte-pièce ». Ces expressions d'atelier signifient qu'à la plénitude des accords ils préfèrent la sécheresse de mélodies entre croisées en lignes inflexibles, ou, en termes techniques, le contrepoint à l'harmonie. La querelle du contrepoint et de l'harmonie date du jour où la musique a commencé à s'écrire à plusieurs parties. » M. Laloy se livre ensuite à une intéressante dissertation sur le rôle du contrepoint et de l'harmonie dans la musique de diverses écoles, avant de revenir au programme qui nous occupe et dont il nous entretient dans les termes suivants « En dépit de leur titre, les trois pièces que nous avons entendues samedi n'ont rien d'artificiellement « monté », mais se recommandent par de jolies inflexions et l'onduleuse fluidité de quintes caressantes. Venant après les dures constructions de MM. Auric et Poulenc, elles furent pour nous un rafraîchissement délicieux. D'où les applaudissements de reconnaissance qui incitèrent le chef d'orchestre, d'ailleurs fort habile, M. Golschmann, à reprendre deux fois chacune de ces petites compositions. Il n'en fallut pas davantage pour en déceler l'aimable banalité. « Combien n'y a-t-il pas, à l'heure actuelle, de musiciens à l'oreille fine qui seraient capables, s'ils voulaient s'adonner au pastiche, d'en faire autant ? « MM. Auric, Milhaud et Poulenc, ont d'autres prétentions. Loin de suivre la tradition, comme on le recommande à la Schola, ils usent du contrepoint pour obtenir de perpétuelles dissonances qu'ils décorent de sonorités aussi creuses que possible. Mais ce contrepoint est fort simple et consiste essentiellement en pédales qui s'obstinent dans un ton malgré la modulation des autres parties, ou en imitations à des intervalles discordants tels que la quinte ou l'octave diminuées. Quant aux mélodies qui en forment la trame, elles sont presque toutes d'emprunt, imitant avec plus ou moins d'exactitude, le rythme et l'allure des danses modernes, fox-trott ou tango. Dans l'orchestre, ce sont les cuivres qui dominent ces messieurs se sont avisés d'un effet nouveau, qui est un glissando du trombone à coulisse, et ils en ont été si satisfaits qu'ils se le sont emprunté l'un à l'autre et en ont mis partout. La première impression est celle de la surprise. Elle ne dure pas et cède bientôt à une pénible monotonie. Il y a en tout cela beaucoup de procédé et bien peu d'invention, donc bien peu de musique... C'est de quoi nous pûmes surtout nous convaincre, en écoutant deux fois de suite la partition de M. Darius Milhaud, pour la pantomime Le Bœuf sur le toit. Afin que nos esprits obtus en sentissent mieux les beautés, on prit la peine, en effet, de la faire exécuter d'abord par l'orchestre seul, devant le rideau baissé. On ne pouvait jouer un plus mauvais tour à l'auteur, car sa musique abonde en redites, voulues sans doute, mais fatigantes à la première audition, insupportables à la seconde. Quant à la réalisation scénique, ce qui y manque le plus, c'est la fantaisie. » Et M. Laloy de conclure « en somme, un spectacle amusant par instants et constamment bourré de bonnes intentions. Mais un programme ne suffit pas, il faut l'exécuter. Entre un esthète et un artiste, la distance est grande, peut-être infranchissable. Je souhaite de tout cœur à MM. Auric, Milhaud, Poulenc et à leurs camarades, de donner un jour un démenti à cette maxime. » Tout commentaire ne pourrait qu'atténuer la portée d'un tel article. Toutefois, je me permettrai de former le vœu qu'on ne m'accuse pas d'obscurantisme quand j'estimerai que des collections de fausses notes, même écrites par des compositeurs doués comme MM. Milhaud, Erik Satie, etc., n'ont jamais suffi à faire une œuvre et que des bruits de marteau, de machines à écrire, de roulement de caissons, de cornes d'automobiles. ne sont pas encore à la veille de devenir l'essence de la symphonie.  



Dans ma vie heureuse, parue en 1973 chez Belfond, Darius Milhaud se souvenait : « Toujours hanté par les souvenirs du Brésil, je m'amusai à réunir des airs populaires, des tangos, des maxixes, des sambas et même un fado portugais et à les transcrire avec un thème revenant entre chaque air comme un rondo. Je donnai à cette fantaisie le titre de Bœuf sur le toit qui était celui d'une rengaine brésilienne. Je pensai qu'étant donné son caractère, ma musique pourrait illustrer un film de Charlot. A cette époque, les films muets étaient soutenus par des tragments de musique classique exécutés, selon les moyens financiers des entreprises, par de grands ou de petits orchestres, quelquefois par un piano seul. Cocteau désapprouva mon idée et il me proposa d'en faire un spectacle et de se charger de l'exécution. Cocteau avait le génie de l'improvisation! A peine ébauchait-il un projet qu'il le réalisait aussitôt. Il nous fallait tout d'abord une garantie financière; Jean apporta le plan de la Comédie des Champs-Elysées au comte de Beaumont qui accepta de placer à l'avance, et à un prix élevé, les loges et les avant-scènes. Quelques jours plus tard, comme par un coup de baguette magique, tout était vendu et le schah de Perse donna même dix mille francs pour obtenir une avant-scène d'où il ne pouvait rien voir mais d'où il serait vu de tous. Les frais du spectacle étant couverts, il ne nous restait plus qu'à nous mettre au travail. 

« Cocteau composa un scénario de pantomime-ballet qui pût s'adapter sur ma musique. Il imagina une scène dans un bar en Amérique, pendant la prohibition. Des personnages très typiques y évoluent; un Boxeur. un Nain nègre, une Femme élégante, une Femme rousse habillée à la garçonne, un Bookmaker, un Monsieur en habit. Le Barman à tête d'Antinoüs offre des cocktails à tout le monde. Après quelques incidents et diverses danses, arrive un Policier. Le bar se transforme aussitôt en laiterie. Les consommateurs jouent une scène bucolique et une pastorale en buvant du lait. Le Barman actionne le grand ventilateur qui décapite le Policeman. La Femme rousse fait une danse avec la tête du Policeman qu'elle termine sur les mains, comme la « Salomé » de la cathédrale de Rouen. Les personnages quittent peu à peu le bar. Le Barman présente une immense facture au Policeman ressuscité. 

Jean avait engagé les clowns de Médrano et les Fratellini pour tenir les différents rôles ; ceux-ci se pliaient avec docilité à ses exigences de metteur en scène absolument précis. Albert Fratellini. étant acrobate, put même tourner sur les mains autour de la tête du Policeman ; par contraste avec la musique rapide, Jean régla les mouvements lentement comme dans un film au ralenti. Cela donnait à tout l'ensemble un caractère irréel côtoyant le rêve. Les masques énormes prêtaient aux gestes une distinction particulière et rendaient les mains et les pieds imperceptibles. C'est Guy-Pierre Fauconnet qui les dessina ainsi que les maquettes des costumes. Nous nous réunîmes un dimanche chez moi pour régler les entrées et les danses sur ma partition et pour que Fauconnet exécutât les personnages tels que Jean les lui décrivait. Nous travaillâmes si tard dans la nuit que je proposai à Fauconnet de coucher chez moi, mais il refusa et préféra rentrer à Montparnasse après nous avoir fixé un nouveau rendez-vous. Il n'y vint pas. Jean inquiet se précipita chez lui et apprit que le malheureux était mon en essayant d'allumer son feu ; il était très souffrant et nous l'ignorions. il avait, paraît-il. le cœur trop gros. Nous perdions en lui un ami exquis ; ce fut la première disparition que notre groupe eut à déplorer. Plus tard Meerovitch, Radiguet, Emmanuel Fay, Nininha Guerra... 

Raoul Dufy accepta de reprendre le travail pour Le Bœuf, il fit les décors et conserva les maquettes des costumes et des masques de notre ami. Pendant la période des répétitions, Lucien Daudet nous aida avec un dévouement merveilleux. Sa mère, Mme Alphonse Daudet, qui tenait à être au courant de toutes les nouveautés littéraires et artistiques, nous recevait avec une extrême gentillesse. Un soir même, elle ménagea à ses hôtes une délicate surprise : pour le prince Firouze, alors ministre des Affaires étrangères de Perse qui avait un goût si marqué pour la musique hawaiienne qu'il se faisait toujours escorter par des musiciens au restaurant, elle engagea deux Hawaiiens, et pour Jean et moi, elle fit servir en guise de dessert une petite maison en caramel surmontée d'un bœuf, le tout dressé sur une glace à la vanille. 

Nous annonçâmes trois représentations du Bœuf. Cocteau fut si nerveux qu'il craignit qu'il n'y eût personne après la première qui devait avoir lieu à bureaux fermés; il incita Lucien Daudet à envoyer trois cents pneumatiques contenant un « Bon pour une petite loge ». Ce fut une cohue indescriptible dont seule la bonne volonté et l'adresse de Lucien Daudet, qui voulut bien se tenir au contrôle, surent avoir raison. 

Le programme comprenait Trois Petites Pièces Montées d'Erik Satie, écrites spécialement pour notre spectacle, le Fox-Trot d'Auric et les Cocardes de Poulenc, chantées par Koubitzky, accompagnées par le violon, la trompette, la clarinette, le trombone et la grosse caisse. Notre orchestre de vingt-cinq musiciens était dirigé pal Golschmann. Cette manifestation isolée fut prise par le public et par les critiques pour une profession de foi esthétique. Cc spectacle gai, offert sous l'égide de Satie que les journaux traitaient de « fumiste », symbolisa une manifestation de I’esthétique music-hall cirque pour le public, el fut le type de la prétendue musique: d’après-guerre pour les critiques. Oubliant que j’avais écrit les Choéphores, le public et les critiques décidèrent que j'étais un musicien cocasse et forain ... moi, qui avais le comique en horreur et n'avais aspiré, en composant Le Bœuf sur le toit, qu'à faire un divertissement gai, sans prétention, en souvenir des rythmes brésiliens qui m'avaient tant séduit et grands dieux ! jamais fait rire… »



1920/193? le Cercle Musical Universitaire 

Le succès fut si grand qu’en parallèle, le gouvernement lui confia les destinées d’une institution méconnue à la Sorbonne, le Cercle Musical Universitaire dont il devint directeur musical et chef d'orchestre pour les concerts organisés une fois par an à la Sorbonne (nous en avons de maigres traces dans les années 20 et un peu plus au début des années 30).

Le Ménestrel du Vendredi 3 Mars 1922 Cercle Musical Universitaire. — En 1919 fut fondé à Paris un Cercle Musical Universitaire dans le but de faciliter aux étudiants la continuation de leurs études musicales et de « développer, dans l'Université, le goût de la musique ». Depuis, des organismes s'y sont multipliés, et l'intérêt que cette œuvre a éveillé auprès de professeurs comme MM. Guignebert, de Martonne, Pirro, Truchy et auprès d'un grand nombre d'étudiants prouve combien elle répondait à une nécessité. En ceci encore nous avions été devancés par des Universités étrangères. Déjà les cours de MM. Romain Rolland et André Pirro sur l'histoire de la musique étaient une importante innovation à la Sorbonne. Mais la possibilité de participer directement à des exécutions musicales manquait à peu près généralement aux étudiants qui, moins heureux que leurs semblables d'outre-Rhin, ne trouvaient auprès de la musique, outre le bénéfice que l'on recueille toujours à approfondir par soi-même une technique, l'excitation qui entretient un état intense de réceptivité à l'égard de la culture. (Il ne nous est pas indifférent par exemple que Nietzsche, alors jeune étudiant en philologie, ait chanté au « Riedelscher Verein » de Leipzig dans les chœurs de la Johannes passion et de la Missa solemnis...) Encore que modestes soient les réalisations obtenues par le Cercle Musical Universitaire elles n'en agiront pas moins efficacement : dès maintenant l'œuvre comporte d'une part un orchestre d'étude sous la direction de Vladimir Golschmann et des groupes de musique de chambre, d'autre part, des cours, des conférences et prochainement une bibliothèque. Comme l'année précédente ce Cercle a organisé une série de conférences-auditions, auxquelles participent MM. Guignebert, Pirro, Prunières, Vincent d'Indy, Boschot, P. Landormy, etc., sur la musique française de la fin du XVIème siècle jusqu'à nos jours. — Le 7 février (1922), M. Henri Lichtenberger parlait de l'influence de Wagner en France — à quoi l'on peut dire qu'il contribua intelligemment par de nombreuses et savantes études. Supposant connu l'œuvre de Wagner, M. Lichtenberger analysa successivement : l'état de la mentalité française à l'époque des premières auditions wagnériennes; l'évolution du goût musical, effectuée par l'entremise de la Société Nationale (1871) et des grands concerts Colonne (1873) et Lamoureux (1881), pour atteindre ce stade d'affinement et de complexité où Berlioz et surtout Wagner ont porté la musique moderne ; les analogies soit poétiques, soit musicales qui existent entre le théâtre de Wagner et des œuvres comme Sigurd de Rayer, Fervaal et Saint Christophe de Vincent d'Indy; enfin, au contraire, les influences, comme celles de César Franck et des Russes qui, dès la plus belle période du wagnérisme en France, opérèrent une dérivation vers la musique pure, vers les ballets ou vers l'impressionnisme sonore. En terminant sa conférence, M. Lichlenberger reprocha à l'école moderne, dont il avait retracé le glorieux historique de Pelléas à L'Heure espagnole, un certain manque de « rayonnement », d' « humanité vraie », de qualités « monumentales » dont elle pourrait demander le secret à Wagner. Mais — ajouterons-nous — il est d'autres secrets que Wagner a gardés et dont certains compositeurs contemporains ne semblent pas avoir hérité et négligent l'importance : ainsi ce problème de l'interprétation, si capitale chez lui qu'il s'agisse des symphonies de Beethoven ou de son théâtre de Bayreuth, tout le soin infini et éclatant de génie qu'il mettait à « monter » une œuvre, les exigences sans nombre qu'à l'égard des interprètes il formulait en vertu de cet idéal qui lui faisait préférer de n'être pas exécuté plutôt que de l'être médiocrement... Mais — ajouterons-nous encore — à la destinée du wagnérisme en France se réduit-elle aussi nettement que semble le penser M. Lichtenberger à un mouvement simple de flux et de reflux, alors que vingt ans après Pelléas, en plein déclin de l'Impressionnisme, dans des œuvres importées de l'étranger (Scriabine, Schœnberg) ou même dans celles d'un Honegger, un chromatisme issu de Tristan ou d'autres procédés portés à leur paroxysme laissent réapparaître sous des traits grimaçants, comme défigurée en des miroirs convexes, mais d'autant plus obsédante, la personnalité de Wagner ? André Schaeffner.


les Concerts Golschmann et les Six

Commencée en décembre 1919, la première saison de Concerts Golschmann compta une dizaine de dates, la 10ème  le 31 janvier 1920, et prit ses quartier Salle Gaveau (la saison fut clôturée le 1er juin), Beethoven et Mozart côtoient d’emblée Roussel et Ravel, puis les Six ou Roland Manuel, ainsi qu’un grand goût pour les Russes. Les solistes sont les jeunes qui seront les grands bientôt : citons pêle-mêle Marcelle Meyer, Lilly Laskine, Marguerite Long (déjà plus reconnue), Maurice Maréchal, René Le Roy, René Benedetti

Dès février 1920, Golschmann dirige les Six Milhaud-Poulenc-Auric avec Satie à la Comédie des Champs-Elysées.

La saison suivante, le premier des Concerts Golschmann se tient le 9 décembre 1920 salle Gaveau avec un concert qui va de Gluck à Debussy. Pour cette saison 20/21, le Comité artistique des concerts Golschmann comprenait des noms prestigieux  : Louis Aubert, Albert Bertelin, Blair Fairchild, Maurice Ravel, Albert Roussel, Florent Schmitt, Igor Stravinsky et Albert Verley (Satie brille par son absence…). Et, toujours selon la Revue musicale, l'orchestre est passé de 30 à 80 musiciens.

Ce doit être alors que, selon Nicole Labelle, il ait été question d'une première école de Paris (10 ans avant celle bien connue) où l'on aurait trouvé, autour du chef Golschmann, deux Arthur, Hoérée et Honegger, Alexandre Tansman, Edgar Varèse et même Albert Roussel.

Le Ménestrel de 19 novembre 1920 Concert Véra Lautard.  — Le troisième concert de Mlle Véra Lautard, qui eut lieu le 12 novembre, cette fois accompagné de l'orchestre Golschmann, ne nous a appris rien de plus sur le jeu de cette jeune pianiste ; ce qui nous effraye chez elle est moins de la timidité qu'un excès d'audace à l'égard des grandes œuvres — comme le redoutable Concerto en mi bémol de Beethoven ! M. Golschmann conduisit avec décision et avec vigueur l'ouverture d'Obéron, la Petite Suite déjà bien fanée de Debussy et la Ballade de Fauré. A. S. 

Le Ménestrel du 17 décembre 1920 Concerts-Golschmann. — Les Concerts Golschmann ont fait leur réouverture le 9 décembre à la salle Gaveau. L'orchestre est plus nombreux et M. Golschmann le conduit avec le même sens des nuances et le même soin que nous avons constatés l'an dernier. Les oeuvres de Weber, Gluck, Mozart, Debussy, Rimsky-Korsakoff et Wagner furent bien jouées. M. Golschmann nous promet du nouveau : nous suivrons ses efforts avec intérêt. E. L.


Le Ménestrel du 31 décembre 1920 Concert Golschmann. M. Golschmann vient de donner un second concert et s'y est de nouveau montré chef d'orchestre habile, souple. Les qualités principales de ce jeune chef sont la netteté, la concision, la justesse de l'accent. Son interprétation de la Symphonie Italienne de Mendelssohn était remarquable et a mérité les longs applaudissements qui l'ont saluée. Un Pastel sonore de M. Verley, d'une bonne orchestration, et trois Pièces Orientales de M. Malipiero étaient les deux nouveautés du programme. M. Malipiero est un musicien doué. On se demande pourquoi il perd son temps ce temps si précieux à écrire des petites pièces aux ingénieuses combinaisons de timbres, d'où la musique est absente... La joie de la soirée était le délicieux Concerto en mi bémol de Mozart, interprété par Mlle Jeanne-Marie Darré - remplaçant Mme Delavrancea empêchée. La jeune artiste a joué a ravir, avec une fermeté piquante de rythme, avec une poésie, une fraîcheur, une jeunesse qui lui ont valu un succès considérable et indiscuté. P. A.


1920 les Ballets Russes

Mais en décembre 1920, l'événement, c’est la nouvelle saison des Ballets Russes aux Théâtre des Champs-Elysées qu’il est amené à diriger en alternance avec Ernest Ansermet du 14 au 27 décembre, alors qu’il fête juste ses 27 ans, succédant donc aux grands Monteux et Ansermet. Pas de création, on peut voir et redécouvrir les grands classiques Diaghilev, une trilogie Stravinsky (Petrouchka, Le Sacre du Printemps, Pulcinella), Satie (Parade), Falla (Le Tricorne)… sans oublier les Danses polovtsiennes ou les  Sylphides…

Le Ménestrel du Vendredi 17 Décembre 1920 LA SEMAINE MUSICALE Théâtre des Champs-Elysées. — Ballets russes. Toujours exilée de sa lointaine patrie, la troupe de M. Serge de Diaghilew traverse la France et donne une courte saison au magnifique Théâtre des Champs-Elysées. Le spectacle d'inauguration représentait comme un raccourci de l'évolution des Ballets russes depuis l'époque de leurs éblouissants débuts. Ce furent d'abord les Sylphides, qui apparurent dès la première saison de 1909 au Châtelet. Adaptation inégale de diverses oeuvres de Chopin, l'ouvrage s'éloigne assez peu du ballet classique, mais se distingue par un ensemble plus parfait, une chorégraphie plus ferme et plus audacieuse, qu'enveloppe l'ambiance pénétrante et mystérieuse de l'âme slave... Vint ensuite le Sacre du Printemps., l'œuvre étrange et agressive de Stravinsky, dont la représentation à ce même Théâtre des Champs-Elysées, au cours de la saison 1913, provoqua quelque stupeur. Cette évocation de la Russie païenne comporte, cette fois, une chorégraphie toute nouvelle, très différente de celle de Nijinsky, sans sujets anecdotiques, inspirée de cet objectivisme constructif dont M. Léonide Massine nous avait donné, l'an dernier, un avant-goùt avec le Chant du Rossignol. Ce changement ne modifie en rien le caractère de l'œuvre, et quelques auditeurs d'une enviable clairvoyance semblent être les seuls à se réjouir bruyamment de voir l'auteur de l'adorable Petrouchka et du prestigieux Oiseau de feu réussir aussi pleinement à évoquer la primitive et chaotique barbarie. A des discordances incohérentes, qui sont la négation de la musique, se superposent, sous prétexte de « futurisme », sans doute, des gesticulations d'ensemble, forcenées et puériles, qui n'ont rien de commun avec la danse. Enfin ce fut le Tricorne, créé l'hiver dernier à l'Opéra, ballet-pantomime espagnol par lequel s'affirma un des musiciens les plus remarquables de la péninsule, M. Manuel de Falla : œuvre peu homogène, encadrée d'un décor, difficilement déchiffrable, de Picasso, mais où abondent des rythmes riches, variés, et où de chaudes mélodies, orchestrées ingénieusement, répandent comme un enivrant parfum d'Espagne, que rehausse l'agrément piquant du XVIIIème siècle. Mais que nous voici loin des bords de la Neva ! L'interprétation reste remarquable, malgré la disparition de Thamar Karsavina, s'ajoutant à celles de Volinine, de la Pavlowa et de Nijinsky. Une exquise et jeune étoile. Mlle Vera Savina, a émerveillé le public dans la longue et chaste jupe de mousseline des Sylphides, et M. Idzikovvsky, aux bonds prodigieux, s'est fait acclamer à ses côtés. Mlle Catherine Deviller, pittoresque et farouche dans le Sacre du Printemps, a été également applaudie dans le Tricorne où M. Léonide Massine a, de son côté, remporté un énorme et légitime succès. L'orchestre, excellent, a malheureusement une fâcheuse tendance à ralentir les mouvements. Paul Bertrand. Je m'empresse de rectifier le lapsus par suite duquel, dans mon dernier article sur les Ballets russes, le grand succès remporté par Mlle Sokolova, dans le Sacre dit Printemps, se trouvait attribué à Mlle Catherine Devillers, si applaudie dans le Tricorne. J'en profite pour rendre hommage au talent avec lequel M. Golschmann dirige l'orchestre. Paul Bertrand


1921 de Concerts Golschmann en Orchestre de Paris, de Loïe Fuller  à la Pavlova

Cette saison 20/21 se prolonge de Concerts Golschmann salle Gaveau en Orchestre de Paris salle des Agriculteurs, au 9, rue d'Athènes ; après les Russes, place à Loïe Fuller  en mars et à la Pavlova et Caryathis en juin. Pèriode intense puisqu'il a conduit aussi à Paris, la soirée Pierre Bertin au Théâtre Michel, le 24 mai 1921, avec  le Caramel mou de Milhaud/Cocteau et Le gendarme incompris de Poulenc/Cocteau (Satie au même programme avec le Piège de Méduse veilla à ce que "Gaule-Chemane" ne le mène point à la baguette, c'est Milhaud qui s'y colla).

Le Ménestrel du 14 janvier 1921 Concerts Golschmann (Salle Gaveau). — Les concerts Golschmann sont toujours d'un systématique éclectisme. Ils respectent la tradition, mais ils accueillent l'audace. Ils n'ont pas tort. A quoi bon le misonéisme? A toute armée il faut une avant-garde, il faut même des « enfants perdus » ; et d'ailleurs, pour le public, il n'est pas mauvais devoir du pays : les voyages forment la jeunesse. C'est ainsi qu'une aventureuse randonnée, un peu mouvementée sur la fin, nous a conduits, l'autre soir, d'une symphonie classique au comité révolutionnaire des « Six ». Dans sa grâce coquettement surannée de petite vieille souriante, elle est toujours aimable, cette Sixième Symphonie de Haydn ; et le dessin d'arabesques dont s'y brode le thème enfantin de « Ah! vous dirai-je maman » n'a rien perdu de son menu charme d'amusette musicale. Précédé d'une réputation qu'il a su conquérir en Angleterre, en Amérique, aussi chez nous, M. Samuel Dushkin, excellent artiste, interprète ensuite avec une aisance, une claire fluidité de son que le public a fêtées, le Concerto pour violon de Beethoven, le seul qu'il ait écrit. Malgré le rêve de son andante et le rythme mordant du rondo connu, il nous a paru vraiment trop concerto, ce concerto. L'inspiration du maître s'y embarrasse de « traits » qui languissent et s'essouffle à fournir à l'instrumentiste des occasions de virtuosité. Comme nous préférons ses concertos pour piano et surtout l'émouvant Concerto en sol ! Après quoi, nous entrâmes en pays moderne : Au bord du Tarn, d'abord, du compositeur anglais E. Goossens, phrase mélodique, accompagnement balancé, le tout d'un accent et d'une couleur, malgré les dissonances, insuffisamment personnels; le Retour à l'endroit familier et une Berceuse, de Florent Schmitt, deux petits poèmes où rêve une sensibilité charmante que l'on aime à saluer chez ce musicien de vigueur; et puis (c'est le moment accidenté de ce voyage), du compositeur suisse Honegger, l'un des terribles Six, cinq numéros du Dit des Jeux du Monde (première audition au concert), où l'on voit l'Homme, après qu'il a tournoyé sur le sol, se mesurer successivement avec la Femme, la Folie, l'Ombre et la Mer. C'est d'une belle ambition musicale, et quelques pages n'y sont pas dénuées de force ni d'intérêt. Ce qu'on pourrait reprocher à cette Suite, ce n'est pas tant ses bizarreries ni ses discordances — l'oreille et l'esprit, de nos jours, s'habituent vite aux étrangetés — qu'une invention un peu courte et qu'une monotonie où, déjà, transparaît le procédé. Salle houleuse, bravos et sifflets. N'importe, ces tempêtes-là, minuscules d'ailleurs, ne sont pas inutiles. Le Festin de l'Araignée de A. Roussel, d'une grâce délicatement sinueuse et d'une ligne qui, pour être souvent brisée, n'en reste pas moins nette, a clos notre voyage par un accord tout à fait exquis des plus modernes curiosités instrumentales et des meilleures qualités françaises de fine justesse et de précision. M. L. 

Le Ménestrel de janvier 1921 Concert Golschmann. — L'événement mondain, car de musique nous parlerons tout à l'heure, fut la première audition de Quatre Études pour piano et orchestre de M. Darius Milhaud. Cet auteur continue assidûment ses essais polytoniques et polyrythmiques. Il produit même en tous genres, avec une abondance que lui eussent enviée de grands compositeurs comme Beethoven ou Wagner : c'est qu'il est sans doute plus facile de prendre un cahier de musique et d'écrire sur chaque portée et pour chaque instrument des notes dans un ton différent et sur un rythme quelconque, sans se soucier du moindre dessin ou de leur accord, que de tenter d'exprimer une pensée ou d'évoquer une image par rassemblement d'harmonies, même dissonantes, ou de timbres curieux, mais appropriés. En écoutant les œuvres de M. Darius Milhaud on a l'impression, amusante à condition qu'elle soit courte, d'être à la foire de Neuilly au milieu des manèges de cochons ou de bicyclettes, dont chaque orgue mécanique joue un air différent, leur cacophonie étant accompagnée des éclats du trombone à coulisse de Corvi ou des rugissements de la ménagerie voisine. M. Darius Milhaud ne doit point d'ailleurs être étonné de cette comparaison, car il paraît chercher principalement à composer une parade qui ameute le public et fasse beaucoup de bruit, d'abord à l'orchestre, mais encore et surtout autour de son nom. L'autre soir, parmi la partie du public qui protestait, certains auditeurs outrés mais naïfs, criaient: A Charenton ! Quelle erreur! M. Milhaud est un homme fort avisé et qui même a du talent ; il s'entend seulement admirablement à la publicité. Et maintenant revenons à la musique. M. Golschmann nous a donné une délicieuse interprétation de la Symphonie en sol mineur (bien que le menuet ait été pris un peu trop vite). Son orchestre bien équilibré en a fait jaillir toute la jeunesse et l'entrain. Mlle Germaine Lubin a chanté de sa belle voix Cinq Mélodies siamoises de M. Grassi que nous avions entendues, si je ne me trompe, l'an dernier aux Concerts Pasdeloup. Elle n'ont rien perdu jeudi, au contraire, de leur saine originalité. D'une ligne simple, le chant est soutenu d'une orchestration à la fois légère et solide, pleine de trouvailles instrumentales, et qui accroît l'effet de la voix humaine sans la dominer. Des Trois pièces de Scarlalti orchestrées par M. Roland Manuel, les deux premières sont très heureusement venues, la dernière manque un peu d'éclat. En tous cas il est juste de reconnaître que M. Roland Manuel a touché d'une main très respectueuse et délicate à l'œuvre du vieux maître. Enfin les Contes de Ma Mère l'Oye, de M. Ravel, si pleins de poésie, si gracieusement narrés, terminèrent le concert par les enchantements du « jardin féerique ». P. de L. 

Le Ménestrel de février 1921 Concerts Golschmann (jeudi 3 février). — Beaucoup de vie, de couleur, de respect dans l'exécution de l'Ouverture du Freischutz. M. Manuel Quiroga joue avec charme et finesse le Concerto en ré majeur pour violon, de Mozart. Plusieurs nouveautés : M. Bolsène dans Croquis zoologiques se fait l'émule du Ravel d'Histoires naturelles ; ses poissons, crabes, chiens, chats et grenouilles sont d'amusantes musiques imitatives qui ne nous apprennent rien sur la nature profonde des êtres. Pastel sonore n°8 de M.Verley et lmpressions de M. Tansman surprennent comme beaucoup de compositions contemporaines où le raffinement formel semble hors de proportion avec l'importance douteuse des choses à dire. R. S.

Le Ménestrel du 25 février 1921 Concerts-Golschmann. — L'intérêt du sixième concert Golschmann (17 février) portait sur l'attribution du prix Verley. Des pièces symphoniques qui lui avaient été présentées, un Comité en avait retenu quatre, — toutes les quatre intéressantes et supérieures à plus d'une composition figurant en « première audition » sur le programme de nos concerts dominicaux. Le public devait enfin, par un scrutin, décerner le prix de 1.500 francs à une de ces quatre œuvres. Clause bien dangereuse — mais qui, heureusement, n'eut aucune conséquence fâcheuse. Par 36i sur 762 voix, la Pastorale d'Été de M. Arthur Honegger remporta le prix. A part un effet plutôt facile où apparaît un thème de la Symphonie Pastorale, à part un court instant où se hasardent quelques procédés debussystes, l'œuvre est d'une perfection que M. Honegger ne semble pas jusqu'à présent avoir atteinte : un perpétuel et léger scintillement, où pourtant tout demeure clair et à l'aise, où aucune forme ne disparaît dans une confusion trouble, sous une torpeur alourdissante ; par l'égal équilibre des timbres et par l'absence d'agressivités, une qualité singulière de grâce qui rappelle en peinture la délicatesse d'un Fauconnet, mais conciliée avec la pâte diaprée d'un Flandrin; sous le « bleu dallage » du ciel une joie palpite à demi étendue ou danse en de brefs ébats sur le damier improvisé dont « l'ombrage et le soleil quadrillent la pelouse... ». La pièce de M. Jean Cras, au titre presque dostoïewskien : Ames d'Enfants, recueillit 253 voix ; elle reste d'une esthétique très hésitante et oscille de M. Vincent d'Indy à Claude Debussy. Le Prélude de Mme Andrée Vaurabourg, aux longues lignes soutenues qui s'enchevêtrent, va retrouver, mais par des moyens très artificiels, un effet du prélude de Tristan : étouffement sous la pesée d'une atmosphère qui ne cesse de se condenser, puis explosion qui nous libère... Montluçon de M. Roger Désormière tente de traduire musicalement la poésie whitmaniste dont maintenant notre littérature se lasse un peu : pensée « unanime » qu'appellent les cheminées « bleues dans le brouillard gris... respiration de la ville laborieuse... ». M. Golschmann dirigea en outre une Pastorale de M. Louis Durey aux dimensions disproportionnées, la Ballade de M. Fauré, — où Mlle Marie-Antoinette Aussenac montra un talent dont on peut espérer beaucoup, — une Danse slave de Dvorak et quatre beaux fragments de Castor et Pollux, ceux-ci avec une fine précision et celle-là avec bravoure. A. S. 

Le Ménestrel du 18 mars 1921 Concerts Golschmann. — La séance du 10 mars eut moins d'intérêt que la précédente. Consacrée en partie à l'attribution du second Prix Verley, elle ne révéla pas d'œuvre d'une valeur égale à la Pastorale de M. Honegger. Le public, tout heureux de se raccrocher à des réminiscences de Rimsky-Korsakoff, accorda une majorité de voix à la Hora de M. Stan Golestan ; le Navire de M. Louis Durey avait au moins le mérite d'être habilement orchestré et de peindre avec un balancement de sonorités métalliques une marine assez curieuse. Le Quintette de Mozart, bien exécuté par MM. Gaston Hamelin, L. Bellanger, Espéjo, Chantome et Navarra, et la Symphonie Italienne de Mendelssohn, brillamment dirigée par M. Golschmann, terminaient le concert. A. S.

Jazz… Le Gaulois du 9 mai 1921 Les Théâtres  On raconte que.  Les débuts de l'orchestre nègre à Paris avaient provoqué chez tous les musiciens un grand mouvement de curiosité. Il y avait ce soir-là dans la salle un élément très « ballets russes a qui a fait fête à cette étonnante compagnie. Il y avait des littérateurs, des peintres, des poètes et des dadaïstes. Tout le monde était ravi. Igor Stravinsky était « au septième ciel ». On pouvait remarquer parmi les plus enthousiastes M. et Mme Sert, MM. Serge de Diaghilew, Darius Milhaud, Maurice Ravel, Jean Cocteau,  Georges Auric, Arthur Honegger, Reynaldo Hahn, Jacques Porel, Max Jacob, Canudo, Lucien Daudet, Tristan Bernard, Jean Victor-Hugo, Vladimir Golschmann, Arthur Rubinstein, Mlle Marcelle Meyer. Et ce fut très parisien. 


Le Gaulois du 2 juin 1921 Le retour d'Anna Pavlowa Le Trocadéro, du 9 au 18 juin, sera transformé en Temple de la Danse, non point de la danse de nos jours, acrobatique, peu soucieuse de style et commode à ceux qui, somme toute, ne savent point danser, mais de la grande danse, telle que la concevaient les anciens et nos pères, génératrice de rythme et d'expression. Anna Pavlowa, revenue parmi nous, y donnera cinq spectacles où, dans le décor simple et pur d'immenses rideaux  noirs, s'affirmera, par elle, tout le pouvoir pathétique de la Danse pour la Danse qui, à l'égal de la musique et de la poésie, peut par elle-même, exprimer toutes les nuances des émotions humaines. Le souvenir de ses saisissantes manifestations et de ses triomphes de l'an dernier) au théâtre des Champs-Elysées, est demeuré fidèlement gravé dans l'esprit et dans le cœur de ceux qui en furent les témoins passionnés. Telle elle nous apparaîtra dans les deux programmes qui composeront alternativement ses cinq spectacles. Entourée d'artistes déjà réputés à Parts Mlles Hilda Butzowa, Muriel Stuart, Enid Bruhowa, MM. Volinine et Stowitz, dont l'éminent maître de ballet Ivan Clustine a réglé les pas, accompagnée par un orchestre que Conduira M. Vladimir Golschmann, Anna Pavlowa incarnera les personnages qui mettent le plus puissamment en relief les aspects multiples et infinis de son talent: Le Cygne, de Saint-Saëns, dont elle fait la plus palpitante, a plus émouvante tragédie chorégraphique; La Libéllule, où se révèle son aérienne légèreté; Là Valse-Caprice, où elle met tout l'abandon voluptueux d'une Taglioni la Noël de Tchaïkowsky, d'où elle fait surgir, par l'éloquence du geste et du pas, tout un décor de neige mélancolique; le Menuet et le tambourin qui nous sont doublement chères; la Californian Poppy, où, danseuse, elle symbolise ce Symbole de la danse: le coquelicot d'or des pays fortunés dont la fleur vit et meurt au gré du soleil, qui clôt et déclôt ses pétales; le Rondino de Beethoven, dont elle exalte si délicatement la poésie romanesque la Suite de Chopin, dont nulle mieux qu'elle ne saurait rendre sensible l'atmosphère vaporeuse, et ces Danses mexicaines si colorées, où Théophile Gautier eût admiré sa pétulance hardie et son entraînante ardeur. Tous les caractères de la danse¡ sa noblesse, sa pureté, son audace, ses traits spirituels ou volubiles, Anna Pavlowa les exprimera. Et son art s'accroîtra d'un don plus absolu encore d'elle-même, puisque ses spectacles ont pour but essentiel de venir en aide aux pauvres enfants des exilés russes et aux orphelins français de la guerre. Les cinq spectacles qu'elle va donner, et qui sont organisés par l'Association de l'Opéra russe de Paris, dont l'administrateur est M. Verley, sont la première manifestation de l'oeuvre à laquelle tout son talent sera désormais consacré: la Fondation Pavlowa, qui subviendra aux besoins des malheureux enfants de ses compatriotes jetés par la tourmente hors de leur pays. Geste touchant de fidélité patriotique qui ira droit au cœur de ceux qui ont vu naguère Anna Pavlowa triompher dans Giselle ou dans Raymonda sur la scène du théâtre Marie, à Pétrograd, lors qu'il existait encore une Russie.  Le Matin du 16 juin 1921 Les contes de fées, hélas n'existent plus. Pourtant, Il y a, au monde, une seule magicienne capable de les ressusciter. Et c'est dans la première nuit de l'été, celle du mardi que le miracle s'accomplira à Bagatelle, où aura lieu le gala de danse organisé par l'Opéra russe de Paris, sous le patronage de la duchesse d'Uzès, au bénéfice des Orphelins français et russes. La féerie sera complète. Dans le parc idéal, près du lac la Pavlova, avec l'orchestre Golschmann, va exécuter un programme inédit réglé par Ivan Clustine, et dans une apothéose, elle personnifiera, pour la dernière fois à Paris, le Cygne blessé qui meurt. A côté d'elle, paraîtront, tour à tour, Ida Rubinstein et les Sackharoff, toutes ces étoiles de la danse qui donneront l'illusion que, ce soir-là, le ciel sera descendu dans le jardin de Bagatelle. Après ces inoubliables visions d'art, dans le plus beau décor naturel du monde, dans l'atrium à ciel ouvert, on dansera au son de trois orchestres. A côté, se dressera la salle du souper, enguirlandée de portiques lumineux dus à l'ingéniosité délicate du peintre Jean-Gabriel Domergue et, spectacle féerique, des projections multicolores illumineront la perspective des trois lacs du jardin de Bagatelle où, pour la première et la dernière fois, se produira une aussi artistique manifestation. Location chez Mme la duchesse d'Uzès, 20, rue Murillo, dans toutes les agences théâtrales et les grands hôtels. Le Matin du 21 juin 1921 LE MIRACLE DES LUMIÈRES Ce sont des cris d'admiration qui ont été arrachés, avant-hier soir, à Bagatelle, aux quelques privilégiés qui ont assisté aux essais d'éclairage et de danse de l'inoubliable gala Pavlova, qui aura lieu ce soir. Ce spectacle dépassera, en splendeur, tout ce qui a éte fait jusqu'à ce jour, et on peut affirmer qu'un tel spectacle ne sera plus jamais organisé à Bagatelle. En voulant laisser toute la surprise à ceux qui assisteront, ce soir, à cette représentation exceptionnelle, on peut, néanmoins, annoncer quelques-uns des cldus du programme, qui comprendra principalement les Sylphides à Bagatelle, réglé par Ivan Clustine sur de la musique de Chopin et dansé par Anna Pavlova et sa troupe. Chèvrepleds, un des plus extraordinaires ballets créés depuis quinze ans. et que, par un tour de force sans précédent, Ivan Clustine a pu mettre en scène en huit jours. Anna Pavlova, qui l'interprétera, paraîtra également dans le Cygne et dans la Bacchanale de Glazounow, qu'elle n'a pas dansée depuis 1913. avec le célèbre danseur Tovikoft, qui interprétera, seul, la Danse du Guerrier, de Gluck. On applaudira également M. Stowitz, ainsi que les Sakharoff, qui paraîtront quatre fois au cours de la soirée, dans leurs quatre plus grands succès. L'orchestre Vladimir Golschmann, composé de 180 musiciens, se fera entendre dans ce théâtre en plein air, à l'acoustique sans pareille. La garde républicaine prêtera également son concours, ainsi que les chœurs russes et les trompes de Rallye Bonnelles, de l'équipage de Mme la duchesse d'Uzès douairière. L'éclairage des jardins est dû à l'ingéniosité artistique de M. Jean-Gabriel Domergue. L'organisation en revient à l'ingénieur Chatelain, qui a réalisé des merveilles. Toute l'installation de la salle et de la scène a été confiée à l'ingénieur Cottin, qui. lui aussi, a accompli un véritable prodige. Après la représentation aura lieu le bal enfin, le souper, qui s'annonce fort brillant, à en juger par le nombre de tables retenues. On entrera, ce soir, à Bagatelle, côté de Paris, par le Bois le l'avenue des Acacias. Un service d'autos cars partira de la porte Maillot seulement, et conduira, pour 3 francs, les spectateurs. Un service spécial de transport, organisé dans un kiosque lumineux, permettra aux propriétaires d'autos de retrouver facilement leurs voitures, grâce une organisation perfectionnée. La sortie so fera par la Porte côté Seine, et les autos-cars amèneront pour 5 francs, les spectateurs dans toutes les directions. On trouvera des billets chez Mme la duchesse d'Uzès, 16, rue Murlllo, et, ce soir, à l'entrée de Bagatelle. LE RECORD DES RECETTES Le publie qui comprend toutes les classes de la société parisienne et qui, pendant cinq soirées, a rempli l'immense salle du Trocadéro, ne sera pas étonné d'apprendre que les représentations que l'admirable PAVLOVA vient d'y donner ont fait 160.000 francs de recettes. Ce merveilleux record est dû au talent incomparable de la célèbre étoile qui fut aidée, dans son entreprise, par la remarquable organisation théâtrale de la Société de l'Opéra russe à Paris, dont M. Verley est administrateur, et M. Bothkoff, directeur. 




21/23 the Beggar’s Opera et les Tréteaux de Maître Pierre

La grande affaire en décembre 21 et janvier 22, ce sera la redécouverte en anglais de l’Opéra des Gueux, the Beggar’s Opera, avec instruments anciens et chanteurs britanniques. 

Le Ménestrel de décembre 1921 Théâtre-Caumartin. — The Beggar's Opéra, de M. John Gay, musique arrangée par M. F. Austin. Diverses tentatives de spectacles anglais, faites plus ou moins récemment à Paris, n'avaient pas semblé réussir pleinement. Celle que vient de hasarder le Théâtre- Caumartin à l'occasion de son ouverture paraît devoir remporter un réel succès. The Beggar's Opéra est un délicieux petit chef-d'œuvre de la musique anglaise des XVII et XVIIIèmes siècles. Il fait fureur à Londres : souhaitons-lui le même accueil auprès des Parisiens, car il le mérite. L'action est assez complexe : Autour d'une sorte d'aventurier aimé du beau sexe se déroulent diverses intrigues où sont mêlées les filles du geôlier et du directeur de la prison, qui l'aiment et passent leur temps à le faire emprisonner, puis évader, puis réemprisonner. Il est finalement gracié et déclare aimer tout simplement sa femme. La musique, d'un charme délicat un peu suranné, constitue une sorte de rite patriotique. Elle est formée d'airs nationaux, de refrains et de danses populaires, et contient même un air de Rinaldo d'Hœndel, que nos voisins d'outre- Manche considèrent volontiers, on le sait, comme une illustration purement anglaise. Présentée avec une élégante sobriété de décors ramenés à un cadre unique, agrémentée de délicieux costumes qui semblent inspirés d'Hogarth, l'œuvrette est fort bien interprétée, surtout par miss Pamela Baselow, dont la voix est fort jolie, et aux côtés de laquelle brillent notamment Mlle Dorothy Gill, Mlle Ethel Maude, M. Andrew Shanks. La partie musicale fut fort bien conduite par M. Golschmann. P. Saegel. 

Le Figaro du 9 janvier 1922 THEATRE FEMINA Quatre soirées de danse données par Mme Alexandra Balachova et M. Victor Smolzoff. Orchestre de M. Vladimir Golschmann. Vendredi dernier, en ces colonnes, notre collaborateur et ami, M. André Nède, a chanté la gloire de Mme Alexandra Balachova et conté, par le menu, ses succès chorégraphiques. Hier, j'ai assisté à la première soirée donnée par cette danseuse renommée et, sans la moindre flatterie, je corrobore entièrement les dires de mon aimable confrère. Aussi, dès ma sortie du théâtre, à minuit, ai-je tenu à jeter en hâte mon cri d'enthousiasme joyeux. Après la Pawlowa et les Sakharoff, nous pensions devoir tirer irrévocablement l'échelle. Il ne le faut point. Mme Balachova vient de paraître. Elle nous arrive du Grand Théâtre de Moscou, où près de son camarade M. Victor. Smoizoff elle a tenu l'emploi de première danseuse. Elle y a charmé le public élégant et même celui des Soviets à l'emprise desquels après de tragiques aventures elle put finalement se soustraire. Pas jolie, Mme Balachova possède un faciès d'une captivante étrangeté, que percent deux yeux d'une acuité singulière. D'une extrême mobilité, tour à tour rêveurs ou mutins, ils émeuvent ou font rire aux larmes. Rien de plus poétique que les Danses russes, tziganes ou norvégiennes rien de plus franchement comique que le pas des Poupées. Un peu moins légère que notre Carlotta Zambelli, Mme Balachova se rapproche plutôt de la voluptueuse Pawlowa. Son art aussi beau, aussi noble, aussi fin que celui de sa compatriote diffère cependant du tout au tout. Il garde une originalité très personnelle. Ses pointes incomparables qui brisent, à angle droit, l'extrémité du pied ont l'impressionnante rigidité d'une barre d'acier. Le partenaire de Mme Balachova M. Victor Smolzoff procède de l'école Nijinski. Combien nous l'approuvons. Grand, svelte et souple comme le créateur du Spectre à la rose, il bondit non moins aisément. Ses envolées ont la même envergure. Par une science égale et mystérieuse, il sait les maîtriser à travers l'espace et venir se poser à terre avec la calme sérénité d'un oiseau. C'est d'un effet délicieux et troublant. Mme Alexandra Balachova et M. Victor Smolzoff sont assurément deux des plus merveilleux danseurs que j'aie jamais applaudis. Antoine Banès. 

Le Ménestrel du vendredi 13 janvier 1922 (concert du dimanche 8) CONCERTS DIVERS Orchestre de Paris. — Ce n'est pas seulement un bon accueil qui fut réservé à M. Vladimir Golschmann, comme nous en pria M. Francis Casadesus avant de lui céder sa baguette, mais un vrai triomphe que remporta le jeune chef d'orchestre au cours de la dernière séance, qu'il dirigea avec une autorité, une fermeté, une souplesse et une fougue des plus remarquables. En premier lieu, il nous donna une interprétation des plus fouillées et très énergique de l'Ouverture d'Egmont, de Beethoven, puis une très fine exécution de la sémillante Symphonie en sol majeur, op. 80, dite « la Surprise », de Haydn, à propos de laquelle il n'est peut-être pas inutile de rappeler ces paroles de Saint-Saëns publiées par lui-même dans l'Écho de Paris du 7 janvier 1912, au sujet des œuvres du « père de la symphonie » : « Quand on explore cette mine de pierreries, on est tout étonne d'y rencontrer à chaque pas tel joyau dont on attribuait l'invention à tel ou tel moderne, d'être ébloui par des couleurs chatoyantes, alors qu'on s'attendait à des grisailles, à des pastels pâlis par le temps. » M. Golschmann nous fit ensuite entendre Siegfried Idyll qui fut traduite par l'orchestre avec tout le charme et la délicatesse désirés. On fit également grand succès à M. Leonidas Leonardi dans le Concerto en ré mineur pour piano et orchestre, de Mozart (cadences de Reinecke), qu'il détailla avec puissance, finesse et avec le tout à la fois, ainsi qu'à M. Gabriel  Bouillon dans une Légende, pour violon et orchestre, pleine d'ampleur, de M. Blair Fairchild, qu'il joua avec un profond sentiment musical, une beauté de son et une justesse absolues. En fin de séance, une chaude et nerveuse exécution d'une Danse slave de Dvorak, d'une instrumentation très colorée. P. T. 

Le Figaro du 6 janvier 1922 Alexandra Balachova ! Ce nom sera célèbre demain à Paris. Dans quelques jours, en effet, l'incomparable ballerine qui fit, pendant de glorieuses années, les plus beaux soirs du Théâtre Impérial de Moscou, paraîtra, pour la première fois de sa magnifique carrière, sur une scène française, et c'est au Théâtre Femiua, les 8, 9, 10 et 11 janvier, qu'elle se produira, pour le plus grand enchantement des fervents amateurs de chorégraphie. C'est donc un. événement artistique de la plus haute importance qui se prépare, et que seule, la « vieille Russie est encore capable de créer. En dehors de deux séjours de triomphe en Angleterre, Alexandra Balachova n'a dansé que dans son pays tous les directeurs ont voulu l'engager, et jamais l'étoile n'a consenti à abandonner son théâtre elle est cependant aujourd'hui notre hôtesse, mais changeant de scène et de public, Alexandra Balachova retrouvera certainement à Paris les mêmes acclamations qui l'ont toujours accueillie à Moscou. Dès son enfance, la Balachova se sentît irrésistiblement attirée par la danse et par les mathématiques. Cependant, son goût pour la danse l'emporta, ce qui prouve, enfin, qu'un calculateur peut être tout de même un danseur. Entrée à 6 ans à l'Ecole impériale de Moscou; Alexandra Balachova passa sept ans à travailler â sa sortie, suivant la coutume, elle tint un emploi modeste dans le corps de ballet du Théâtre Impérial, mais son génie ne tarda pas à la placer au tout premier plan. C'est dans le Petit Cheval bossu, un ballet que le chorégraphe français Saint-Léon avait tiré d'un conte populaire russe, qu'Alexandra Balachova fit ses véritables grands débuts, Elle dansa, ensuite, la Belle au Bois dormant, d'après Perrault. Depuis, chacune de ses créations fut, pour l'artiste, autant d'éclatants succès. Elle interpréta tous les premiers rôles du répertoire le Poisson d'or, Coppélia, le Lac des Cygnes, la Bayadère, le Corsaire, Don Quichotte, etc., etc. Quant aux danses épisodiques, elles sont innombrables; faut-il citer la Tabatière, la Bacchanale de Glazounpw, le Cygne et la Bacchanale de Saint-Saëns, la Danse norvégienne de Grieg. un des chefs-d'œuvre de l'étoile ! Il nous a été permis d'assister aux répétitions des spectacles que la Balachova doit offrir au public parisien, et nous ayons été émerveillés par sa grâce incomparable, son charme irrésistible, sa technique admirable, enfin, par sa prodigieuse virtuosité qu'elle exécute et avec quel brio une danse nationale; qu'elle interprète Chopin, elle peut nous amuser autant qu'elle sait nous émouvoir. Sa physionomie s'éclaire et s'illumine comme elle peut s'éteindre. On voit successivement passer sur son visage grave et doux, une flamme de joie, ou une ombre de détresse, la mélancolie et l'ivresse se fixant tour à tour sur ses traits fins et réguliers, tandis qu'éperdument ses jambes l'emportent et l'enlèvent dans un mouvement endiablé. Nous avons pu comprendre, en l'admirant, que chacune de ses danses était bien une interprétation plus même, une création, chaque fois nouvelle. Un familier d'Alexandra Balachova nous a parlé du succès foudroyant qu'elle ne cessa jamais de remporter au cours de sa miraculeuse carrière celle qui fut l'idole de Moscou sera demain, à n'en pas douter, l'idole de Paris. Victor Smolzoff, le plus étonnant de tous les danseurs, est le partenaire de Balachova lorsqu'on le verra, bondissant et aérien, un seul nom sera sur toutes les lèvres Nijinsky ! et c'est le plus bel éloge que l'on peut adresser à ce jeune artiste. Il lie se révélera pas seulement comme un danseur prodigieux, mais encore comme un mime au talent divers et saisissant, et le public ne manquera pas de réunir, dans ses acclamations, Alexandra Balachova et Victor Smolzoff. Ajoutons que MM. Borovsky, Belooussoff et Moyse, ces instrumentistes réputés, prêteront leur concours aux quatre galas d'Alexandra Balachova, et que M. Vladimir Golschmann dirigera l'orchestre avec son habituelle autorité; et ces quatre spectacles de la Balachova ne manqueront pas de rappeler les belles soirées d'avant-guerre, où l'élite de la société parisienne acclamait les plus grandes étoiles du Monde. André Nède.  Le Figaro du 9 janvier 1922 THEATRE FEMINA Quatre soirées de danse données par Mme Alexandra Balachova et M. Victor Smolzoff. Orchestre de M. Vladimir Golschmann. Vendredi dernier, en ces colonnes, notre collaborateur et ami, M. André Nède, a chantë la gloire de Mme Alexandra Balachova et conté, par le menu, ses succès chorégraphiques. Hier, j'ai assisté à la première soirée donnée par cette danseuse renommée et, sans la moindre flatterie, je corrobore entièrement les dires de mon aimable confrère. Aussi, dès ma sortie du théâtre, à minuit, ai-je tenu à jeter en hâte mon cri d'enthousiasme joyeux. Après la Pawlowa et les Sakharoff, nous pensions devoir tirer irrévocablement l'échelle. Il ne le faut point. Mme Balachova vient de paraître. Elle nous arrive du Grand. Théâtre de Moscou, où près de son camarade M. Victor. Smolzoff elle a tenu l'emploi de première danseuse. Elle y a charmé le public élégant et même celui des Soviets à l'emprise desquels après de tragiques aventures elle put finalement se soustraire. Pas jolie, Mme Malachova possède un faciès d'une captivante étrangeté, que percent deux yeux d'une acuité singulière. D'une extrême mobilité, tour à tour rêveurs ou mutins, ils émeuvent ou font rire aux larmes. Rien de plus poétique que les Danses russes, tziganes ou norvégiennes rien de plus franchement comique que le pas des Poupées. Un peu moins légère que notre Carlotta Zambelli, Mme Balachova se rapproche plutôt de la voluptueuse Pawlowa. Son art aussi beau, aussi noble, aussi fin que celui de sa compatriote diffère cependant du tout au tout. Il garde une originalité très personnelle. Ses pointes incomparables qui brisent, à angle droit, l'extrémité du pied ont l'impressionnante rigidité d'une barre d'acier. Le partenaire de Mme Balachova M. Victor Smolzoff procède de l'école Nijinski. Combien nous l'approuvons. Grand, svelte et souple comme le créateur du Spectre à la rose, il bondit non moins aisément. Ses envolées ont la même envergure. Par une science égale et mystérieuse, il sait les maîtriser à travers l'espace et venir se poser à terre avec la calme sérénité d'un oiseau. C'est d'un effet délicieux et troublant. Mme Alexandra Balachova et M. Victor Smolzoff sont assurément deux des plus merveilleux danseurs que j'aie jamais applaudis. Le Temps du 14 février 1922 Au théâtre Caumartin. Les 4 à 6 musicaux du théâtre Caumartin (25, rue Caumartin) ont pour directeur artistique M. G. Golschmann. Il manquait à Paris une salle intime à l'acoustique parfaite où tous les après-midi pourraient se réunir les amateurs de musique. Cette lacune est heureusement oomblée puisque à partir du 15 février le théâtre Caumartin donnera tous les jours des séances musicales. Il suffit de citer les noms de Mmes H. Arnitz, Jankelevitch, D. Molié, M. F. de Montaut, S. Welty, de MM. Bellanger, Claude Lévy, R. Le Roy, engagés aux premiers concerts, pour dire tout l'intérêt de ces séances dont le programme variera chaque jour. Prix des places, 6 et 4 francs. Après le concert, les auditeurs pourront prendre le tbé dans les salons du théâtre. 

Cet hiver est aussi ponctué de Ballets Alexandra Balachova au Théâtre Femina, quelques Concerts Golschmann prennent place au printemps au Théâtre Caumartin. 

Le Ménestrel du Vendredi 8 décembre 1922 Concert Golschmann (30 novembre). — Très bonne soirée qui a confirmé une fois de plus ce que nous avons dit fréquemment ici, à savoir que M. Golschmann est, parmi les jeunes, un de ceux qui se montrent le plus apte à diriger un orchestre : son intelligence des textes, son souci de lier les parties à l'ensemble et son autorité déjà grande lui permettent d'obtenir des interprétations à la fois vigoureuses et très vivantes. Au programme, des œuvres déjà connues, quelques-unes très connues. L'ouverture du Freischutz de Weber, les Préludes de Liszt, le Concerto en mi mineur de Chopin où M. Braïlowsky, une fois de plus, se montra un admirable artiste ; il enleva le final avec une telle maestria et une si splendide envolée que le public l'obligea à revenir jouer en bis une valse de Chopin. Pour une Fête de Printemps de M. Albert Roussel fut assez froidement accueilli par le public que réchauffa à nouveau le scherzo du Songe d'une Nuit d'été de Mendelssohn et le Capriccio espagnol de Rimsky-Korsakoff. Au succès de M. Golschmann il faut associer son orchestre fort habilement composé. E. L. 

Le Ménestrel du Vendredi 5 janvier 1923 Concerts Golschmann (21 décembre).  Adossé contre un agréable décor du.Barbier de Séville, l'orchestre restreint dirigé par M. Golschmann nous reporte en un temps  la symphonie sortait à peine de la musique de chambre,  les distinctions entre elles deux restaient encore bien flottantes. Nous saisissons ainsi de combien la musique, depuis cet âge d'innocence, s'est assombrie sous tant d'instruments, ce qu'elle a perdu en richesse de timbre  parfois même en intensité vraie. Cette forme orchestrale ancienne, plus aérée, en un certain sens plus polyphonique  quelques compositeurs contemporains s'y sont à nouveau essayés, avant même que les nécessités d'ordre économique n'y aient obligé chacun. De sorte qu'à côté du large courant auquel ont contribué tous les grands symphonistes du XIXème siècle s'est juxtaposé un type d'orchestre variable à l'infini, à peu près uniquement composé de solistes  ces deux tendances adverses pouvant coexister chez le même compositeur (Strauss, Ravel, Stravinsky, etc).  M. Golschmann possède indubitablement le sens de ces petits ensembles qu'il sait faire scintiller à souhait. Interprétations précises, nerveuses,  le moindre timbre saillit nettement et porte avec lui-même sa raison d'être. Un assez bref Intermezzo sinfonico d'Alexandre Tansmann illustrait à merveille ce style aux moyens réduits : mince édifice de porcelaine, aux compartiments finement clos  parfois à l'excès  coloré avec ce savant coup de pinceau dont le Ravel de Ma Mère l'Oye et surtout le Stravinsky du Rossignol nous avaient offert la première touche; même dans ce que telles successions de notes rigoureusement accompagnées de leur octave altérée y présentent de systématique, les prémices d'un art désormais libre apparaissent déjà— une fantaisie à peine éveillée, qui s'étire encore... Avec plus de bonheur que dans un Concerto de J.-S. Bach, M. Robert Schmitz interpréta les Cinq Études pour piano et orchestre de Darius Milhaud  déjà entendues en 1921 : oeuvres pleines d'esprit, d'une saine vigueur indéniable,  l'on devine qu'à force de manier la polytonalité une habileté s'élabore peu à peu ; tantôt (dans la deuxième étude  si je ne me trompe) un Pan malicieux tire d'une flûte les sons les plus enchanteurs ; tantôt les diverses voix d'une fugue s'embobinent à vive allure jusqu'à ce que dans une explosion tous les fils surtendus craquent.... M. Golschmann avait dirigé en outre l'ouverture d'Idoménée, l'entr'acte de Rosamunde de Schubert, la Symphonie italienne de Mendelssohn, et surtout le Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré, exécuté comme il est trop rare de le voir avec une délicatesse de tapisserie à peu près éteinte. André SCHAEFFNER. 

Le Ménestrel du 19  janvier 1923 Concert Golschmann.  M. Golschmann. donnait à ce concert une Suite de M. Honegger, tirée d'une partition composée jadis pour,une pièce représentée au Vieux-Colombier, le Dit des Jeux du Mondé. On, y trouve toutes les qualités qui marquent le talent de M. Honegger, spontanéité, lyrisme, maniement habile des instruments, en petit nombre, qu'il utilise. M. Léo Sachs traduit la douleur dans un Lamento fort bien; écrit. M. Bertelïn dans un Hymne funèbre veut peindre l'agitation des âmes qui se cherchent dans l'immense univers. Combien habile et curieuse, l'orchestration que M. Roland-Mânuel écrivit, de trois Pièces  Scarlatti ! La musique de Scarlaiti subsiste en sa ligne accusée et les ornements de timbre ne font qu'ren accuser la netteté.Enfin, ,Mlles Herrenschmidt, Peltier et Rabinovitch, toutes trois de très grand talent, jouèrent un Concerto de Bach pour trois pianos. C'est très curieux, mais l'effet n'est pas très agréable. Nous avons déjà dit de quelle musicalité était marquée toute interprétation de.M. Golschmann. Il conduisit toutes ces oeuvres avec soin et goût ; et ce dont il faut le louer particulièrement, c'est de chercher à nous révéler des œuvres peu connues. Il donne  un bon exemple à de plus puissantes organisations.  V. L.

Le Ménestrel du 9 février 1923 Concert Golschmann. — M. Golschmann, qui est un remarquable violoniste, excelle à conduire les oeuvres du XVIIIème siècle où le quatuor tient un rôle important; il sait en équilibrer les effets et donner toute sa valeur à chaque partie ; c'est ainsi que la Suite de Castor et Pollux fut exécutée avec brio et délicatesse. Quelques oeuvres modernes : un Pastel sonore de M. Verley, deux pièces de M. Koechlin : A l'Ombre de la Fontaine et Caravane, la première d'harmonies somptueuses, la seconde de ligne curieuse. MlIe Madeleine Grey interpréta de sa belle voix et de toute son intelligence Silence, de Louis Aubert, et deux Chansons populaires canadiennes, de M. Vuillermoz, où l'on retrouve la clarté, la spontanéité qui rendent si agréables ses articles de critique ; il est regrettable que M. Vuillermoz ait abandonné la composition. Le concert se terminait fort bien par la Septième Symphonie. E. L. 

Le Gaulois du 20 mars 1923 Aujourd'hui va débuter à Paris, en matinée au théâtre Femina, une jeune étoile en herbe, d'un grand avenir. Il s'agit d'une petite danseuse russe dontle nom deviendra un grand nom. C'est sous le patronage de la Société russe d'histoire et d'art, que la mignonne ballerine moscovite Vala Schmeleska va être révélée à Paris. Elle a douze ans ! Elle interprétera des danses sur de la musique de Brahms. Chopin, Mozart, Rimsky Korsakoff, Schumann, Tchaikowsky, des compositeurs tels que MM. Darius Milhaud et Francis Poulenc l'accompagneront dans leurs oeuvres, tandis que M. Wladimir Golschmann conduira l'orchestre.


1922/23 voient les Concerts Golschmann passer de Théâtre des Champs-Elysées en salle Gaveau et Golschmann démarre à l’étranger avec les Concerts populaires (il remplace André Caplet) à Bruxelles.










Lettre du 2 mars 1924 à André Caplet. (BNF gallica)


Le Ménestrel du 30 mars 1923 Bruxelles — Le sixième concert populaire a valu un gros succès à un jeune chef d'orchestre, ignoré de tous ici, M. Golschmann (mari de l'excellente pensionnaire de la Monnaie Mme Soyer). M. André Caplet devait venir diriger; empêché, il fut remplacé par M. Golschmann, dont la fougue, la direction nerveuse et élégante, le rythme entraînant, déchaînèrent, après une exécution merveilleuse de la Valse de Ravel, un très sincère enthousiasme. Les Nocturnes de Debussy, l'Ode à la Musique de Chabrier, des petites pièces (canons) de M. Paul Dupin firent applaudir aussi la Chorale César Franck, un groupe de voix féminines d'amateurs fort bien discipliné. Enfin Mme Talazac chanta avec un goût discret trois aimables Prières de M. Caplet, absent. Lyrica Avril 1923 Bruxelles Concerts populaires. Un jeune chef d'orchestre, M. Golschmann, a dirigé à la perfection le sixième concert populaire. Son exécution de la Valse de Ravel souleva l'enthousiasme. Et tout le concert ; (les Nocturnes de Debussy, l'Ode à la Musique de Chabrier, des pièces de M. Paul Dupin par la chorale César Franck, et trois Prières de M. Caplet bien chantées par Mme Talazac) fut un gros succès. 

Pour finir la saison, il crée le 25 juin 1923 Les Tréteaux de Maître Pierre de Falla chez la Princesse de Polignac. Lyrica Juillet 1923 UNE PREMIÈRE : El Retable de Maese Pedro (Les tréteaux de Maître Pierre) Le cadre peint d'un théâtre de marionnettes, simulant de lourdes draperies rouges, et devant quoi se profilent le clavecin, la harpe-luth et le manche de la contrebasse, il n'en faut pas davantage pour affriander un public. Les invités de la Princesse Ed. de Polignac n'ont pas été déçus : El Retablo de Maese Pedro, adaptation musicale et scénique d'un épisode de Don Quichotte, est une manière de petit chef-d'oeuvre dont la réalisation fut extrêmement ingénieuse, divertissante et même émouvante. L'idée était heureuse de nous montrer, dans un double théâtre, des marionnettes placides et pourtant véhémentes, assister — spectatrices et actrices à la fois — à 'l'Histoire de la Délivrance de Mélisandre, drame terrible, emprunté au romancero espagnol, que jouent les pantins de Maître Pierre, dans l'écurie d'une auberge. Maître Pierre, Don Quichotte et le montreur empruntent à Thomas-Salignac, Hector Dufranne et au jeune Manuel Garcia des voix éloquentes, cependant que la symphonie de Manuel de Falla commente le jeu des pantins et la belle histoire qui nous conte, en six tableaux, comment la belle Mélisandre fut arrachée aux Maures d'Espagne par son époux, Gayferos. La partition de Falla est une merveille de vivacité, de grâce légère et de poésie attendrie. Sa musique s'accorde à la verve mécanique des pantins avec un bonheur extraordinaire. Une vingtaine d'instruments ont suffi au magicien d'El Amor Brujo pour évoquer toute l'épopée moresque, tout l'héroïsme de l'ingénieux hidalgo de la Manche, avec cette pointe d'ironie qui est un charme supplémentaire. Outre Don Quichotte, Falla a ressuscité le clavecin, avec l'éminente complicité de Mme Wanda Landowska. Et cet ancêtre infuse un sang nouveau à l'orchestre moderne qui cherche traîtreusement à couvrir la voix de ce « nouveau jeune »... Il émane de tout cela un charme prenant, une adorable fantaisie unis à la chaude mélancolie andalouse qui bat au coeur du maître grenadin. L'interprétation fut de tout point excellente sous la direction du prestigieux Vladimir Golschmann. M. Thomas-Salignac atteste une fois de plus, dans les chants de Maître-Pierre, cette intelligente et fine musicalité qui n'appartient pas à beaucoup de ténors d'aujourd'hui. M. Dufranne prête à Don Quichotte les accents généreux d'une voix magnifique et M. Garcia sopranise avec une raucité extrêmement curieuse. Les décorateurs, les costumiers et les animateurs-machinistes, MM. Manuel Ortiz, Hernando Vinès, Hermenegildo Lanz, José et Ricardo Vinès, etc., méritent des éloges charmés. ROLAND-MANUEL. 

 

23/24 Ballets Suédois, New York, 1ère tournée américaine, Bruxelles...

A l’automne 1923, après les Russes place aux Suédois où il crée la Création du monde de Milhaud et Within the quota de Cole Porter (orchestré par Koechlin) tout en partageant le pupitre avec Roger Désormière pour l’école d’Arcueil. En fait, un obscur musicien, André Soyer, devait diriger au grand courroux de Darius Milhaud qui imposa d'abord Roger Désormière aux répétitions avant que Golschmann ne soit embauché par de Maré. Le Gaulois du 28 octobre 1923 M. André Soyer devait accompagner la tournée, des Ballets suédois en Amérique. Pour des raisons de santé, l'éminent compositeur a demandé sa liberté à M. de Maré, qui a engagé M. Vladimir Golschmann pour le remplacer.

Ce Soyer est un mystère. D"abbord engagé mais totalement incompétent, était-il lié à la 1ère épouse de Golschmann, Marguerite Soyer ? était-il son père ? son frère ? est-ce l'auteur d'un Salut à la patrie, de la Capricieuse     vers 1910 ? l'auteur d'un Tableau chronologique et schématique des principaux compositeurs en 1945 et de Chansons modernes calédoniennes en 1948 ?

Page du programme 1924 des Ballets suédois dessinée par Touchagues.

Bien que la bêtise y dispute au racisme, citons la critique du Ménestrel du 2 novembre 1923 Théâtre des Champs-Elysées. — Ballets suédois : La Création du Monde, ballet de M. Blaise CENDRARS, musique de M. Darius MILHAUD ; — Within the Quota, ballet-sketch de M. Gerald MURPHY, musique de M. Cole PORTER (orchestrée par M. Charles KOECHLIN). — Concert : « L'Ecole d'Arcueil. » Lorsque la Compagnie des Ballets suédois nous convie à une première, la salle est comble, car si l'on n'est pas toujours sûr d'entendre un chef-d'oeuvre, on est certain de voir un spectacle sans banalité. M. Biaise Cendrars évoque, par gestes, la création du monde ; une pantomime convenait, en effet, parfaitement à cet événement, pour nous décisif, puisque le langage n'était point inventé. Tout était alors désordre et confusion, c'est ce que nous rappellent les décors, cubistes intégralement. Ceux-ci imitent à s'y méprendre le camouflage dont s'ornaient nos navires pendant la guerre ; on essayait alors de dissimuler la marche du bateau à l'ennemi, en le laissant indécis sur la place de la proue et de la poupe; les cargos n'avaient donc ni queue ni tête, c'est un peu le cas des décors de la Création du Monde. Il ne s'agit point ici, en effet, de la naissance du monde en sept jours, tel que le raconte l'Ancien Testament, mais de la création telle que se la représentent les peuplades aborigènes de l'Afrique centrale. Du chaos se détachent d'abord des griots, des sorciers, des magnétiseurs, plus noirs que ne le sont nos tirailleurs sénégalais, des crocodiles géométriques ; des oiseaux énormes anguleux et parallélipipèdes traversent la scène, un peu effarés, puis l'homme et la femme surgissent, ils se nomment Sékoumé et Mbongvvé, noms évidemment d'origine équatoriale. Eux aussi sont d'un noir magnifique, coquets cependant, car ils portent sur la peau de sibyllins dessins blancs, et Mbongwé, la femme, a sur la tête comme ornements quelques boules noires, qui sont certainement déjà des épingles à cheveux. L'homme et la femme se reconnaissent et « s'isolent dans un baiser qui les porte comme une onde » (voilà une figure un peu audacieuse), c'est le printemps de la vie humaine ! Si nous en croyons M. Cendrars, nos ancêtres furent bien vilains et ce n'est certainement pas sans un soupir de satisfaction intime que la femme la plus disgraciée a pu, l'autre soir en revenant du Théâtre des Champs-Elysées, laisser tomber ses derniers voiles devant son miroir. M. Darius Milhaud s'était chargé d'animer de musique cette petite fantaisie négro-cubiste. On éprouve un sentiment de rage devant les dernières productions de M. Darius Milhaud en songeant que des qualités certaines sont mises au service d'une conception sonore qui fuit la musique pour se précipiter dans le bruit. Un prélude quelquefois mélodique, chanté par un simple quatuor à cordes soutenu avec de sages et souvent heureuses interventions de la batterie, entr'ouvrait une porte par laquelle filtrait une douce clarté, et soudain une tempête soufflée par les cuivres et les bois la ferma brutalement, et le jazz le plus dissonant, le plus sauvage, tel qu'on doit en entendre parmi les peuplades les plus arriérées se déchaîna sans indulgence. Oui, le rythme et le mouvement ont une force indéniable, cela est reconnu depuis fort longtemps : le dynamisme du tambour est utilisé depuis nombre de siècles pour scander la marche des troupes; mais le tambour n'a jamais, que l'on sache, donné naissance à des oeuvres musicales : il doit rester ce qu'il est, un instrument d'adjuvant musculaire. Revenir au tam-tam, au xylophone, au hurlement des cuivres, au bruit, ce n'est pas progresser, et l'on est surpris de voir qualifier cela de musique d'avant-garde, alors que c'est musique d'arrière-garde qu'on devrait dire. L'Art nègre peut être documentairement fort intéressant, on peut même lui emprunter des moyens d'expression, mais il appartient à un passé lointain qu'il est inutile de ressusciter. Cela ne vaut que comme musique humoristique, et encore n'en supporte-t-on qu'une dose très modérée. Le sketch de M. Gérald Murphy expose devant un rideau de fond très amusant les étonnements d'un immigrant rencontrant successivement une riche héritière américaine, un gentleman de couleur, une girl, un cow-boy, etc.; prétexte à danses : blues et shimmies. L'une est fort bien venue, et tout cela, sans être extrêmement original — nous vîmes aussi bien dans nombre de music-halls — est heureusement coloré par une orchestration à la fois habile et savante de M. Charles Koechlin. Les Américains, fort nombreux l'autre soir, ont fait un accueil enthousiaste à la musique de leur compatriote M. Cole Porter. M. Jean Borlin, qui paraît de plus en plus se cantonner dans la pantomime, fut successivement Sékoumé, le premier homme, et l'émigrant : dans l'un et l'autre rôle, recherche curieuse d'attitudes et de gestes. Mlle Ebon Strandin dissimula tout d'abord sa piquante beauté sous les informes traits de Mbongwé, l'Eve noire, mais avec quelle joie des yeux on la vit ensuite danser, dans le sketch américain, un shimmy endiablé. Citons encore M. Kaj Smith, Mlle Klara Kjellblad. M. Golschmann dirigeait la difficile musique de ces deux ballets, il y mit tout l'ordre et toute la clarté possibles et sut n'en jamais altérer le rythme. Une partie de concert symphonique complétait la soirée. On entendit des oeuvres de M. Erik Satie, déjà connues, deux chorals de M. Charles Koechlin, de solide structure, oeuvres d'un vrai musicien, et puis les productions de « l'Ecole d'Arcueil». Arcueil est célèbre par son aqueduc, son institution où enseignaient autrefois les Jésuites, par ses démêlés avec Cachan, agglomération formant avec Arcueil une seule commune et qui s'est depuis un an « érigée en commune distincte », comme on dit en style parlementaire. Il paraît aussi que M. Erik Satie demeure à Arcueil. Quatre jeunes gens, par sympathie pour M. Erik Satie, ont donné à leur groupement le nom d' « Ecole d'Arcueil ». Une école philosophique, une école historique ont généralement une doctrine; ces quatre jeunes gens n'en ont point : l'un imite la symphonie « la Surprise » de Haydn, l'autre pratique la polytonalité, les deux autres rien du tout, mais tous témoignent d'un égal et ardent désir d'arriver à la notoriété. Pour ne pas compromettre celle de bon aloi qu'ils conquerront sans doute plus tard, taisons aujourd'hui leur nom. Pierre DE LAPOMMERAYE  Lyrica Novembre 1923 A propos des Ballets suédois et de la création du monde. Avant de s'embarquer pour l'Amérique du Nord, M. Rolf de Mare avait tenu à nous révéler ses dernières créations, il avait convoqué pour cela l'élite disparate de la gentry parisienne qui, alléchée par la perspective d'une représentation à scandale, vint en foule et... s'en revint déçue de n'avoir pas eu l'occasion de manifester bruyamment en faveur de ses goûts esthétiques. C'est que depuis quelques mois les sens hyperesthesies des métèques souffrent de n'avoir plus matière aux manifestations : Poètes, musiciens,, peintres s'assagissent et les périodes transitoires nous ont conduit à une formule définitive, formule que le cubisme avait pour but de faire éclore plus solide, plus sérieuse, plus architecturale dans sa pâte. Nos dames de la Colonie en sont quittes pour leur petite randonnée en Hispano. Il ne leur reste plus qu'à remiser leur sifflet, à régler la note du grand couturier mobilisé pour la circonstance et à se répandre dans les dancings agonisants où le jazz-band leur dispensera la nourriture intellectuelle que réclame leur délicieux petit cerveau de snobinettes en rupture d'équilibre. M. Rolf de Mare a droit à la reconnaissance des jeunes artistes. Il réalise ce tour de force de faire admettre de suite des œuvres de qualité. Après le délicieux « Marchand d'Oiseaux » qui obtint un triomphe justifié et mit à jour la personnalité artistique de Germaine Tailleferre, M. Rolf de Mare nous a révélé une oeuvre maîtresse de Darius Milhaud, « La Création du Monde ». La partition estsolidement écrite. Darius Milhaud se classe parmi les maîtres de l'école française. Il oppose à l'école impressionniste qui le précéda une écriture polyphonique et une recherche de simplification très poussées ; ne se cantonnant pas dans une formule, il les épouse toutes à des degrés différents dont la juste proportion fait naître un faisceau sonore d'une imposante architecture. Beaucoup semblent surpris de son écriture polytonale parce que, a priori, on s'accoutume avec difficulté à un nouveau mode d'expression ; cependant, Darius Milhaud ne fait qu'ajouter à la musique un procédé dont la venue était prévue en ce sens que l'impressionnisme et son arsenal de neuvièmes, de tierces majeures, de quintes augmentées, de gammes par tons n'était qu'une force passagère de la musique, tributaire à ce moment des autres arts combinés. Il fallait donc revenir à la musique pure à qui le debussysme avait porté un coup dangereux et renouer les chaînons de la tradition classique. II semble que Darius Milhaud ait eu ce souci avec celui plus audacieux et cependant logique d'ajouter à une syntaxe totalement exprimée des procédés de contrepoint d'accords et des recherches rythmiques bien venus à leur moment pour une nouvelle éclosion de sa musique.. La « Création du Monde » fut chaleureusement accueillie bien que le synchronisme entre la musique et le décor ait paru flottant. A cette même soirée, M. Eric Satie nous présenta sa nouvelle trouvaille : quatre jeunes musiciens d'essence différente dont on peut affirmer qu'ils ont surtout la chance de pouvoir draguer un public et la critique avec un bagage si menu. Les « Tangos » de M. Cliquet ne sont pas des tangos et je ne vois pas à quel autre titre ils s'adaptent. M. Desormière, qui conduisait l'orchestre avec beaucoup de précision et un peu de raideur, nous interpréta une œuvrette de sa production estivale, « Souvenir du Bal bleu », où se retrouvent adroitement combinées les caractéristiques hétérogènes de Debussy et de Stravinsky. L' « Ouverture » de Maxime Jacob, d'un clacissisme italien, semble être la petite soeur misérable de l'ouverture qu'écrivit Germaine Tailleferre pour son exquis « Marchand d'oiiseaux ».Mes préférences vont à M. Sauguet," dont le « Nocturne » et « La Danse de Matelot » affirment chez leur auteur une recherche orchestrale fort heureuse et un sentiment poétique très simplement exprimés. Le spectacle se terminait par le ballet-sketch « Wifhing the Quota », musique de Cole Porter (j'allais le dire), l'orchestration habile de M. Koechlin dont on venait d'entendre deux magnifiques chorals ne put arriver à masquer l'indigence de cette petite chère ridicule chose. M. Darius Milhaud avait confié le soin de diriger sa partition à M.Wladimir Golschmann. Ce jeune chef, un des plus brillants de notre époque, s'acquitta de sa tâche avec une ferveur et une précision rares, il est dommage que les circonstances ne nous permettent pas de l'applaudir plus souvent. Souhaitons à M. Rolf de Mare un séjour en Amérique qui comble ses voeux et remercions le de révéler au public transatlantique quelques-uns de nos jeunes compositeurs dont s'honore la musique française. Pierre LUCAS. 

Les Ballets Suédois le conduisent à New York et à travers les Etats-Unis pour 64 dates (normalement, il y avait 2 chefs d'orchestre en alternance, l'un dirigeant dans une ville tandis que l'autre répétait dans la prochaine avec le nouvel orchestre), et retour à New York où il dirige le New York Symphony, à la demande de Walter Damrosch, au printemps 24.

Puis le revoilà à Bruxelles en mai avec les Concerts populaires et Pro Arte de l‘ami Paul Collaer, avant juin à Paris.

Le Ménestrel du 9 mai 1924 BELGIQUE Bruxelles. — Les Concerts populaires ont donné dimanche leur deuxième séance d'hiver (il est bien permis d'appeler ainsi le printemps dont nous avons joui jusqu'à présent). L'orchestre était conduit, en l'absence de M. Ruhlmann, par M. Vladimir Golschmann ; le jeune chef s'est taillé, cette fois encore, un très grand succès ; les ovations que lui avait values, l'an dernier, son interprétation de la Valse de Ravel, se sont renouvelées; et l'Ouverture du Freischutz et la Septième Symphonie de Beethoven y ont même ajouté quelque chose. L'excellente pianiste qu'est Mme Youra Guller a été justement acclamée pour la façon exquise dont elle a joué le Concerto en ut majeur de Mozart. Enfin, la Chorale César Franck a fait entendre les Inscriptions champêtres de M. Caplet et la Damoiselle élue de Debussy.  

Le Gaulois du 12 juin 1924 M. Vladimir Golschmann est un remarquable chef d'orchestre qui cette année n'a dirigé qu'une seule séance. Il jous a donné une très belle interprétation de l'ouverture des Maîtres Chanteurs, de Wagner il a mis, ensuite, en relief, les grâces, quelque peu désuètes, de l'entr'acte de Rosamunde, de Schubert il a enlevé avec verve le scherzo célèbre du Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn; et son succès a été grand dans la Valse, de Ravel, qui a été magnifiquement scandée. Deux solistes prêtaient leur concours à cette séance une cantatrice, Mme Elizabeth Day, qui possède un petit volume de voix, bien timbré, très assoupli, avec lequel l'artiste obtient des effets de velouté tout à fait séduisants Mme Elizabeth Day a chanté avec infiniment de charme un air de Mitrane, de Francesco Bossi, et une page moderne de Respighi, Il Tramonlo, page vibrante à qui elle a donné de l'accent et prêté son intelligence musicale. L'autre virtuose était M. Deering, pianiste, qui a joué avec brio le deuxième Concerto de Rachmaninoff. M. Deering a de jolies sonorités, il a de la puissance, un jeu varié et spirituel. C'est, lui aussi, un fort bon musicien.

Le Ménestrel du 20 juin 1924 Concert Golschmann (15 juin). — De sa fine et souple baguette qui, par instants, semble moins indiquer le mouvement que le surprendre au vol et le détenir captif, M. Vladimir Golschmann résout en strictes lignes vivantes et en furtifs schèmes dynamiques les oeuvres qu'il interprète. En son art de chef d'orchestre il y a quelque chose de concentré et de sinueux, — une sorte d'ardeur crispée, puis incisive, qui l'aide à mettre en pleine valeur les oppositions et les sursauts, les brusques passages d'un plan à un autre, les effacements, les attentes et les retours. Combien à cet égard fut significative son exécution de l'Ouverture de Freischutz ! En toute leur nelteté apparurent ces sortes de longues strophes lyriques que déterminent les prédominances successives des diverses familles d'instruments (avant tous les cuivres et les cordes, représentant ici un multiple contraste de zones et presque de climats physiques et psychiques ; mais, en sa discrétion, non moins caractéristique est en ces pages le rôle pour ainsi dire médiateur des bois, par quoi est préparée la finale alliance instrumentale). Deux remarquables pianistes, MM. Dimitri Tiomkine et Michel Kharlton, collaborèrent avec M. Golschmann pour faire se dresser en toutleur relief l'un le Concerto en la majeur de Liszt, l'autre le Premier Concerto en si bémol mineur de Tchaïkowsky. A la fin du concert, et lorsque le Capriccio Espagnol de Rimsky-Korsakoff eut cependant préparé les esprits à accueillir une oeuvre de pure virtuosité, leur précision, leur vélocité et leur fougue ne suffirent point à délivrer de toute rhétorique la Deuxième Suite pour deux pianos de Rachmaninoff. J. B. (…)      — Parmi les solistes engagés pour la saison prochaine par le New-York Symphony Orchestra nous avons relevé les noms de Wanda Landowska, d'Alfred Cortot et de Renée Chemet. Vladimir Golschmann sera l'un des guest conductors. 

En cette année 24, il est aussi des Douze chefs d'orchestre (Chevillard. Caplet. Gaubert. Rhené Baton. Albert Wolff. Busser. Ruhlmann. MAURICE frigara. Paray. Golschmann. Inghelbrecht. Gabriel Pierné) dont traite dans un livre Dominique Sordet, futur fasciste et collaborationniste pro nazi (107 pages Paris, Librairie Fischbacher, 1924). Futur collaborateur aussi, lisons la critique aux relents raciste d'Emile Vuillermoz dans Le Temps du 18 janvier 1924 L'édition musicale DOMINIQUE SORDET : Douze chefs d'orchestre M. Dominique Sordet est un critique musical qui accomplit sa tâche dans l'Echo national avec un mélange assez rare d'indépendance, de sang-froid et de modestie. Dans le chœur des aristarques,. il tient sa partie avec conscience et application et ne cherche pas à attirer l'attention sur lui en exécutant en soliste des « airs de bravoure ». Il s'en explique dans la préface du livre qu'il vient de publier, préface écrite avec une si touchante humilité qu'on éprouve immédiatement le besoin de découvrir toutes sortes de qualités à un auteur qui s'accuse ingénument de tant de défauts. Comment ne pas accorder sa sympathie à un écrivain qui, après avoir courageusement dénoncé les méfaits trop connus de la littérature dans la critique musicale moderne, nous fait gentiment cet aveu « Pour ma part, je souhaite conserver toujours un sentiment assez vif de ma maladresse pour n'être jamais tenté de faire d'un écrit sur la musique quelque chose de ravissant. Cela ne Veut pas dire que j'imagine ce petit ouvrage réussi. Je le vois tel qu'il et il tient du manuel plus que du poème et les femmes bailleront en le lisant Les hommes aussi peut-être ? » Evidemment, après, une confession d'une aussi habile pudeur, tout danger de bâillement est définitivement écarté. M. Dominique Sordet s'est attaqué à une catégorie très spéciale d'artistes les chefs d'orchestre. Race étrange de virtuoses enrichis par le génie de l'espèce d'un pouvoir fluidique dont la science n'arrive pas à déterminer la nature, mais dont les effets sont aussi précis que ceux de l'électricité ou du radium. Un chef d'orchesjtre est un homme doué d'une radio-activité spéciale qui lui permet d'exercer sur le subconscient d'une troupe d'instrumentistes zélés, indifférents, paresseux ou rétifs, une pression collective secrète qui discipline leur volonté. Ce n'est pas une question d'organisation musicale. On sait que certains chefs d'orchestre remarquables ont une musicalité médiocre et aue dés musiciens de premier ordre, qui conçoivent admirablement toutes les nuances d'une exécution, sont incapables d'obtenir un résultat artistique lorsqu'on les fait monter au pupitre. Les chefs d'orchestre sont des « sourciers ». Comme eux, ils utilisent de mystérieuses réactions magnétiques en promenant la baguette de coudrier au-dessus des richesses invisibles qui vont sourdre et bouillonner à leur appel. Nous connaissons tous des chefs d'orchestre qui ne jouissent pas de la sympathie de leurs subordonnés et qui pourtant obtiennent d'eux, au cours d'une exécution, un dévouement et une abnégation qui dépassent la simple conscience professionnelle. Il ne s'agit certes pas d'une obéissance calculée, ni d'une crainte respectueuse. Les instrumentistes d'aujourd'hui ne se font assurément pas remarquer par leur servilité et leur respect superstitieux des hiérarchies. Et ce n'est pas la crainte des sanctions qui peut leur communiquer cette ardeur enflammée. Mais le fluide opère sans même qu'ils s'en aperçoivent. Leur ennemi les a conduits où il a voulu et comme il a voulu, en dépit de leur rancune éventuelle et de leur mauvaise volonté. Et vous constaterez que cette soumission est généralement inconsciente, car rien n'est plus déconcertant et plus éloigné de la réalité que l'opinion d'un instrumentiste sur la valeur technique de son chef. M. Dominique Sordet, dans un avant-propos qui n'est pas la partie la moins instructive de son ouvrage, fait précéder ses portraits de quelques considérations assez profitables. Sur nos orchestres modernes, il se livre à des remarques pleines de bon sens. et de sagesse. Il estime que nos grands orchestres symphoniques « sont encore uniques au monde ». Il dit « encore », parce que demain, à son avis, il n'en sera peut-être plus de même. « La crise est ouverte. Crise de recrutement, crise morale. Les musiciens d'orchestre n'entendent plus travailler par amour désintéressé de l'art. Artistes encore par leurs capacités professionnelles hors de pair, ils ont pris, sous des influences diverses, et en particulier syndicales, une mentalité de manœuvres. Ils ne travaillent plus à la pièce ils travaillent à l'heure. C'est tant de l'heure, et tant de l'heure supplémentaire. Péril pour la musique, péril pour les musiciens d'orchestre eux-mêmes, qui seront un jour les mauvais marchands de ces méthodes trop commerciales. » Ici notre auteur risque une observation subtile qui prouve sa compétence et sa sagacité. Voici en effet comment il justifie sa sombre prophétie. Si les auditeurs, dit-il, n'ont, dans l'ensemble, ni l'oreille assez fine, ni l'éducation musicale assez poussée pour distinguer les points faibles d'une exécution, ils n'échappent pas à l'ennui vague que diffuse un médiocre concert. Tel est le danger secret qui menace et prouve sans l'analyser une obscure lassitude il s'en va découragé, « et forme pour les dimanches suivants des projets d'où la musique est exclue ». Après cette clairvoyante notation, M. Sordet se hâte de reconnaître que le musicien d'orchestre n'a guère le temps de songer aux lointains problèmes esthétique, parce que l'existence lui impose trop de difficultés financières. Une saison de concerts lui rapporte entre deux et trois mille francs « Est-ce la rémunération convenable de trois répétitions et d'un ou deux concerts hebdomadaires, sans parler des dix années de travail préalable faute desquelles l'accession à un orchestre sérieux est impossible ? » Dans ces conditions, il y a évidemment quelque inconscience à reprocher à nos instrumentistes le souci du gain légitime et à exiger d'eux une abnégation surhumaine. Au fond, une entreprise de concerts à Paris est vouée à la misère. Nos grandes associations ont tant de peine à vivre que les musiciens qui leur restent fidèles font vraiment preuve d'un exceptionnel dévouement. Ne parlons pas des subventions de l'Etat, qui sont dérisoires, ni de l'indifférence paradoxale de la ville de Paris, qui gaspille, tant d'argent en munificences d'un goût discutable et se désintéresse complètement de la musique symphonique. Nos orchestres continueront à souffrir tant qu'une évolution des mœurs n'aura pas « préparé les futurs mécènes à l'idée que le n'est pas le seul art auquel il soit élégant de s'intéresser ». Ces principes posés, M. Dominique Sordet aborde la délicate étude de ses modèles. Il l'a fait précéder de quelques axiomes artistiques, dont le ton péremptoire ne sera pas accepté sans protestations par tous les habitués de nos grands concerts. Certaines de ces « touches » sont pourtant d'une pénétrante justesse. A propos de Koussevitzky, par exemple, il a parfaitement souligné que l'emprise de ce prestidigitateur sur ses exécutants est toute superficielle. « Sous ses passes magnétiques, la force sonore s'enfle, décroît, ralentit, s'interrompt, repart, s'accélère, tour à tour zéphyr ou ouragan, au seul gré d'une fantaisie infiniment séduisante, à laquelle on ne peut reprocher que son excessive liberté à l'égard des textes. Mais souligner tel contraste, accuser tel relief, marquer telle opposition extérieure de nuances ou de mouvements, tout cela avec plus d'arbitraire que de logique, ce n'est pas instituer une tradition. M. Koussevitzky communique à son orchestre des impulsions et obtient des « effets » il ne l'a pas dressé à comprendre, à sentir, à exécuter suivant un certain esprit et un certain style. » Il est impossible de caractériser avec p!us d'impartiale netteté le talent si spécial de ce virtuose de la baguette. C'est avec beaucoup de perspicacité également que M. Sordet a observé que la Valse de Ravel était infiniment mieux comprise par Rhené-Baton que par aul Paray. Mais beaucoup de mélomanes seront surpris de lui voir offrir' à Gabriel Pierné la palme des exécutions debussystes « Je n'ai jamais entendu, pour ma part, nous dit-il sans hésiter, des Nocturnes, de la Mer et de l'Après-midi d'un faune, des interprétations aussi séduisantes qu'aux Concerts-Colonne. » Sans vouloir diminuer en rien le mérite de Gabriel Pierné, qui est le plus fin et le plus compréhensif des musiciens, je crois qu'une telle affirmation étonnera beaucoup d'auditeurs de bonne volonté. L'auteur étudie douze chefs d'orchestre. Il ne dit pas les douze plus grands chefs d'orchestre français et a bien le droit, par conséquent, de dresser cette liste d'après sa seule fantaisie. Mais on demeure surpris tout de même qu'atribuant à MM. Golschmann, Paray et Frigara une importance dont je ne les crois certes pas indignes, il n'ait pas cru devoir faire la plus petite allusion à la maîtrise si caractéristique et si intelligente d'un André Messager, qui obtient, par des procédés tout à fait inanalysables, des résultats artistiques si précieux. Mais passons. Le portrait de Camille Chevillard est remar-quable. Terminé du vivant de son modèle, il brille par une courageuse franchise. Il a cerné d'un trait simple et précis « la figure sévère du gendre de Charles Lamoureux, son attitude désabusée lorsqu'il monte au pupitre, son hostilité plus apparente que réelle à l'égard du public, qui se manifeste pendant les instants qui précèdent le départ de l'orchestre. Au moindre bruit dans la salle, glissement d'un retardataire vers son fauteuil, chuchotement intempestif, froissement d'un programme, il se referme, majestueux et outragé, avec la mauvaise humeur d'un vieux sanglier découvrant une présence ennemie dans un fourré voisin. Du regard il foudroie les coupables. Après quoi il parcourt lentement des yeux l'auditoire, et toute son attitude exprime une désapprobation sans réserve. Quand, par cette manifestation de force, il s'est assuré, pour trois heures d'horloge, la tranquillité de ses derrières, c'est au tour de l'orchestre à subir sa volonté redoutable ». Notons encore ces traits si justes. Dans les mouvements rapides, « le geste large et pesant de Chevillard boule le quatrième temps. Parmi les dons si nombreux que la Providence lui a dispensés, il en est un qu'elle semble avoir oublié la sensibilité, ou du moins une certaine sorte de sensibilité. L'élément émotionnel reste extérieur à son génie; Berlioz, qu'il joue rarement, ne réussit. pas à lui communiquer sa fièvre. Schumann', avec son romantisme sans désordre, lui plaît davantage, et il l'interprète très remarquablement. Il sent peu les dernières formes de la musique. Debussy et ses successeurs lui échappent. Incomparable au concert, Chevillard posséda à un degré moindre les qualités spéciales qui font les grands chefs d'orchestre de théâtre. Devant la rampe de, l'Opéra, Chevillard, visiblement inquiet, perd une partie de ses moyens ». M. Sordet a analysé avec beaucoup de pénétration les qualités nécessaires à un chef d'orchestre de théâtre. Il les énumère en étudiant Albert Wolff, Ruhlmann, Büsser et Frigara. Il faut, dit-il, avoir vécu jeune dans ce milieu très particulier qu'est le théâtre. Il faut entretenir une certaine camaraderie avec les artistes du chant et de la danse, bien connaître leurs préoccupations et leurs susceptibilités, et ne pas ignorer la limite de leur talent. A cette psychologie doit s'ajouter un exceptionnel sang-froid. On risque deux ou trois fois par soirée « l'accident soudain, auquel il faudra parer en quelques coups de baguette. Seule, une extrême vivacité des réflexes, jointe à la pleine maîtrise de soi, permet ces rétablissements immédiats de situation, faute desquels l'incident prend vite les proportions d'une catastrophe ». Il n'était; pas inutile d'insister sur tous ces points, car le public, qui traite en enfants gâtés les chefs d'orchestre de concerts, dont il épie les moindres gestes, se désintéresse trop souvent de la tâche beaucoup plus difficile encore qu'ont accomplie parfois, dans la fosse obscure d'un théâtre lyrique, des techniciens de la valeur d'un Luigini ou d'un Amalou. Notre portraitiste sait toutefois rendre hommage à la musicalité raffinée d'un André Caplet. Il lui reproche, en passant, le souci excessif de la nuance « et ses conséquences la tendance au fignolage; le culte de l'infiniment petit. Sous sa baguette chargée d'intentions ou de réserves subtiles, le simple et pur Mozart passe parfois de mauvais quarts d'heure. Mais Debussy n'a jamais eu d'interprète plus compréhensif et plus frémissant ». Il range Philippe Gaubert parmi les chefs qui conduisent pour l'orchestre, et non pour le public. Il n'abuse pas des grands mouvements. Et, s'il s'agit de mettre en route deux flûtes, il s'en acquitte avec tact, « sans puiser dans l'arsenal des attitudes pathétiques le geste échevelé qu'exigerait précisément le départ de quarante trombones ». Le portrait de Golschmann est traité dans une forme plus incisive. Il voit dans ce jeune chef d'orchestre si bien doué deux courants ethniques définis « Israélite, il est, à son insu peut-être, l'ennemi de l'ordre latin, l'ami naturel des formes d'art révolutionnaires. Russe, il possède ce souci de plaire et cette force de séduction qui sont deux des traits caractéristiques du génie slave. Des dons remarquables de chef, un savoir qui n'a pas,encore poussé de racines bien profondes mais s'étend déjà sur de grands espaces, un continuel souci de s'instruire, un intérêt passionné pour tout ce qui touche à la conduite de l'orchestre, beaucoup de séduction personnelle, de l'adresse, de l'intelligence, de l'orgueil et infiniment d'ambition, c'est plus qu'il n'en faut pour faire son chemin et très vite s'imposer. » Terminons par ces deux croquis d'Inghelbrecht et de Rhené-Baton. « Inghelbrecht est un tout petit homme mince, comme sa baguette, aux yeux vifs, à l'allure juvénile, au visage fin, à la raie impeccable, soigneusement rasé et d'un type assez britannique. Ses dehors secs cachent une nature impressionnable et sensible. Il dirige avec une élégance désinvolte, la main gauche à la hanche, souvent ; sinon, allant et venant entre les feuillets de la partition, et une longue mèche de cheveux obstinée à retomber sur son front. Inghelbreclit a la réputation d'avoir un mauvais caractère, réputation à la fois fondée et injuste. Le talent fait des jaloux du jour où Inghelbrecht a pu prétendre aux premières places, ses amis ont préféré parler de son caractère, que de ses capacités ». « De tous nos chefs d'orchestre', Rhené-Baton est celui dont le geste suit avec le plus d'empressement les moindres inflexions du discours musical. Sa direction arrondie, sensuelle, enivrée, donne l'impression d'un flottement voluptueux à la surface de l'océan sonore; elle réalise un complet abandon plastique aux forces orchestrales. Dans les passages de tendresse ou de légèreté, il arrive qu'un contraste plaisant s'établisse entre les grâces de sylphide que déploie Rhené-Baton et sa vaste corpulence. On sourit alors, mais avec sympathie. Rhené-Baton est aimé du public. L'accueil chaleureux que lui font non seulement les habitués parisiens de ses concerts, mais aussi les nombreux auditoires étrangers devant lesquels il a dirigé, prouve à quel point sa manière est appréciée et combien le public est sensible à l'élément d'intérêt, qu'un chef d'orchestre, par l'expressivité do sa mimique, ajoute à l'effet purement musical de l'œuvre qu'il interprète. » Ces quelques citations permettront d'apprécier la technique si consciencieuse et si libre de M. Dominique Sordet, qui vient d'enrichir ainsi les archives de la musicologie contemporaine d'une série d'illustrations à l'aquarelle, à l'eau-forte ou à la pointe sèche qui font le plus grand honneur à sa sensibilité artistique, et à sa diversité. EMILE VUILLERMOZ.


24/29 partir revenir, Paris New York Europe

Automne 24, Ballets Suédois avec les Concerts Pasdeloup  écourtés (c'est Roger Désormière qui prend la baguette), décembre retour à New York (décembre 1924 New York Symphony au Carnegie Hall et à l'Aeolian Hall) ; pour cette saison 24/25, le New York Symphony Orchestra accueille, outre Golschmann, 2 autres nouveaux chefs : Walter Damrosch et Bruno Walter.

Le Ménestrel du 31 octobre 1924 BELGIQUE Bruxelles.— Le premier Concert populaire avait un programme extrêmement éclectique : ouverture d'Euryanthe, Concerto de Mozart joué par un jeune violoniste de talent, M. Lévy, les Préludes de Liszt, la Mer de Debussy, le Pacific de M. Honegger et l'Ouverture des Maîtres Chanteurs. Il eût été difficile avec cela de ne pas contenter tout le monde et son père. Je crois superflu de vous dire que la grande attraction était l'oeuvre futuriste de M. Honegger, et j'ajouterai même qu'elle a obtenu le grand succès de la journée. Comme puissance de rythme et de sonorité, c'est, il faut l'avouer, de « la belle ouvrage ». Plus rien ne s'oppose maintenant à ce que la jeune école, réalisant entièrement le programme fameux de Martinelli, n'évoque à nos oreilles charmées l'âme de l'automobile, de l'avion, de la motocyclette et du zeppelin, comme elle a évoqué, par la grâce de M. Honegger, celle de la locomotive. L'Ouverture des Maîtres Chanteurs, après cela, a paru terne ! M. Golschmann, le jeune chef d'orchestre, a dirigé ce premier concert avec son ardeur et son élégance habituelles. On l'a acclamé. 

Le Ménestrel du 28 novembre 1924M. Rhené-Baton est parti lundi pour diriger des concerts au Danemark et en Suède. Pendant son absence, les Concerts-Pasdeloup seront dirigés par M. Vladimir Golschmann, Albert van Raalte, Flor Alpaerls et Eugène Ysaye. Le Ménestrel du 5 décembre 1924 Concerts-Pasdeloup M. Rhené-Baton, qui, comme l'on sait, est parti diriger en Suisse et au Danemark une série de concerts, avait cédé la baguette à M. Wladimir Golschmann. C'est un excellent chef d'orchestre, à la direction souple et précise, qui nous a donné une parfaite interprétation de l'Ouverture du Freischutz et de la Symphonie n°13 d'Haydn, dont le largo est plein d'une noble grâce et le final d'un spirituel enjouement. MIle Madeleine Grey, qui possède une voix très curieuse, à la fois chaude et métallique, chanta avec talent une cantate d'Antonio Caldara, oeuvre agréable mais sans grande originalité de l'ancien maître de chapelle de la Cour de Mantoue, et une Ariette pleine de couleur de Durante, surtout célèbre par ses illustres élèves : Pergolèse, Piccini, Paisiello, etc. Vous connaissez la majesté et la langueur tout orientale des deux premiers chants hébraïques, chants liturgiques, dotés par M. Ravel d'une savante harmonie et d'une subtile et discrète orchestration ; — la dernière, l'Énigme étemelle, d'un caractère moins grave, fut redemandée à Mlle Grey qui l'interpréta de façon fort amusante. Le concert se terminait par l'adorable Oiseau de feu de Strawinsky, qu'il doit être déjà bien démodé d'admirer, et par la Valse de Ravel, oeuvre qui, si j'en juge par la fréquence de son apparition dans le programme des grands concerts, doit être une de ces oeuvres-recette dont a parlé si justement P. Bertrand dans son courageux article. Toutes ces oeuvres furent comme toujours fort bien jouées par l'orchestre que le public applaudit chaleureusement ainsi que son chef intérimaire. J. LOBROT.  Le Ménestrel du 16 janvier 1925 New York Le chef d'orchestre français, Vladimir Golschmann, cette année-ci comme l'année dernière, est guest conductor du New York Symphony Orchestra. Public et presse lui sont très favorables. Maurice LENA. Le Ménestrel du 25 décembre 1925 Bruxelles. — Le troisième concert populaire était dirigé par le jeune et excellent chef M. Golschmann. Programme en majeure partie de musique moderne. Les trois danses extraites du ballet le Tricorne de M. de Falla ont été applaudies avec enthousiasme. La couleur en est charmante, et les rythmes si caractéristiques qui en constituent la trame très compliquée en font une oeuvre d'une saveur intense. On a réentendu aussi avec grand plaisir le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune de Debussy et la somptueuse Shéhérazade de Rimsky-Korsakoff. La soliste de ce concert était Mlle d'Aranyi, une violoniste hongroise de qui la juvénile assurance, la virtuosité et le. sympathique tempérament slave ont produit sur le public la plus bienveillante impression. MUe d'Aranyi a interprété le Concerto en ré majeur de Brahms, qui n'est pas une chose extrêmement divertissante, et, comme repoussoir, une rapsodie intitulée Tsigane, composée par M. Ravel pour l'aimable artiste. A vrai dire, cette Tsigane est bien plutôt une adroite et malicieuse parodie des rapsodies classiques qu'un morceau dont puisse s'enorgueillir la gloire de M. Ravel.     (sic, nous ne ferons point de commentaires)

Début 25 à nouveau les Ballets Suédois (sûrement 2 chefs d'orchestre en alternance, toujours l'un dirigeant dans une ville tandis que l'autre répétait dans une autre avec le nouvel orchestre). Et c'est le chant du cygne pour nos Suédois le 17 mars à Epernay ; la fin d'un monde sans tintamarre, mais dans un soupir...
La Rampe 15 février 1925 En Province D'ANGERS Au Théâtre. Les ballets suédois, de M. Jean Borlin, viennent de remporter un beau succès dans notre ville malgré la médiocrité musicale des oeuvres qu'ils nous présentaient. On applaudit cependant Mlles Ludberg et Calson ainsi que M. Golschmann, habile à diriger l'orchestre. Mireille, Le Chemineau et La Tosca furent joués la même semaine. 

Dans une lettre de Roger Désormière à Paul Collaer datée du Mercredi [29 octobre1924], voici ce qui était prévu :  « Tu sais que j'ai accepté les propositions de de Maré : remplacer Golschmann pendant son séjour en Amérique et continuer ensuite comme second avec lui. Golsch[mann] dirigera à Paris les 5 premières et moi les 18 suivantes. Beaummont ne me donnant pas signe de vie, je n'ai pas hésité à accepter ça. Non pas que ça m'enchante : les tendances deviennent trop odieuses, Roland-Manuel, Lazarus, Auber[t], P.O. Ferroud. Enfin !  » Il est clair que Glschmann dirigea en en novembre avant de partir à New-York, relayé en suite par Désormière en décembre. Qui dirigea quoi les 37 représentations en janvier, février, mars 1925, c'est moins clair… Peut-être est-ce aussi là les 18 représentations évoquées par Désormière qui devienrent plus nombreuses…


Nous avons un gros trou entre mars et décembre 1925 (concert à Bruxelles avec les Concerts populaires).

Peu de dates en 26 , création du Cantique des Cantique d'Honegger et surtout la rencontre avec Georges Antheil. Ecoutez cette interview de 1970 où Golschmann évoque (en anglais avec un délicieux accent français) Antheil mais aussi Daniel Lazarus, Adrienne Monnier et Sylvia Beach, Ezra Pound, Darius Milhaud, etc. Son adresse parisienne alors : 11, rue Schœlcher Paris XIVème.

Le Ménestrel Vendredi 14 mai 1926 Concerts de la Revue Musicale (3 mai). — Une seconde audition du Trio de Francis Poulenc, pour piano, hautbois et basson, permettait d'y saisir, encore plus qu'à la première, et plus particulièrement au cours de l'Andante et du Rondo, la rare délicatesse de l'instrumentation, ainsi que la subtilité de certains problèmes de forme résolus par l'auteur : tant mélodiquement que du point de vue instrumental ou formel, toujours une feinte négligence n'y fait que couvrir cette plénitude du métier dont les Cinq poèmes de Ronsard nous avaient été jusqu'à présent le plus vif témoignage. Ce dernier recueil de mélodies fut d'ailleurs chanté à ce même concert par Mlle Régine de Lormoy, avec l'intelligence de diction que cette jeune cantatrice belge possède en propre, mais parfois avec une tendance d'appliquer au style mélodique de Poulenc des effets d'expression qui n'ont de place que chez l'auteur des Histoires naturelles. Les Cinq poèmes de Ronsard nous furent un agréable délassement, après les tortures multipliées par le Quintette pour instruments à vent d'Arnold Schoenberg, malgré les très méritoires efforts de MM. Fleury, Lamorlette, Cahuzac, Entraigue, Dhérin, et surtout de Vladimir Goldschmann, qui les dirigeait, celte oeuvre — l'une des dernières, hélas ! de Schoenberg — nous montrait à quelle redoutable stérilité conduit le pur dogme atonal, surtout lorsqu'il s'aggrave d'une morne scolastique. Dérivant plus de l'influence de Ravel que de celle de Schoenberg — bien que cette dernière y reste assez sensible — la Sonatine pour piano et flûte d'Alexandre Tansman nous semble se classer, à côté de la Sonate pour piano et violon, parmi les meilleures oeuvres de ce jeune auteur polonais : elle vaut surtout par des qualités rythmiques et par une légèreté de touche instrumentale et harmonique. Les Trois poèmes de Pengalos et le Septuor d'Arthur Hoérée, très vigoureusement dirigés par leur auteur, terminaient brillamment ce concert. A. S.

Et encore une mémorable critique réactionnaire… Le Ménestrel du 25 juin 1926 Concert Antheil Golschmann (19 juin). — Mémorable séance ! Après un léger retard de vingt-cinq minutes, M. Golschmann survient et dirige habilement, quoique avec certains gestes quelquefois superflus, l'Ouverture du Freischutz, dans laquelle l'un des cors, sans doute pour se préparer à la seconde moitié du programme, sonna faux avec une regrettable persévérance. Vint le Concerto Grosso en ré majeur de Haendel, très bien rendu et où vibra intelligemment le violon de M. Darrieux. Et puis... hélas !... une symphonie (?!...) en la (pourquoi indiquer cette tonalité plutôt qu'une autre ? Elle fut vraisemblablement tirée au sort) — de M. Antheil ; sorte de ramassis de notes confuses, vociférées au hasard par tous les vents et grattée de même par tous les archets ; un je ne sais quoi, eût dit Bossuet, qui n'a de nom dans aucune langue. Cette... chose dura trois quarts d'heure de chacun quinze minutes. — à peu près autant que l'Héroïque, coïncidence qui permettra à M. Antheil de se comparer à Beethoven... Puis ce tut le calme délicieux d'un bienfaisant entr'acte. Et l'on en profita pour installer Pleyela, en vue d'un Ballet pour instruments mécaniques. Je supplie le lecteur de croire à mes courageuses intentions. Mais quand je vis l'auteur lui-même s'asseoir devant — je veux dire sur le piano, et y exercer, en bonds saccadés, ce que par périphrase j'appellerai son doigté, en tirant de cette gymnastique des produits qui faisaient presque regretter sa symphonie, mes forces m'abandonnèrent... et j'abandonnai la salle... Mais je serais bien inexact à son égard si je ne constatais à quel point y fleurit le règne de la pleine liberté. On y entre, on y circule, on en sort à son gré, sous la protection des diligentes ouvreuses. Un Anglais y pénétra, la pipe à la bouche. Là, comme ailleurs, Rule Britannia ! C'est gal, je plains les infortunés Haendel et Weber, si, du haut de l'Empyrée, ils ont pu se contempler en semblable compagnie. R. B. 

Le Ménestrel du 29 octobre 1926 — M. Vladimir Golschmann doit diriger celte saison plusieurs concerts à Bordeaux (Société Sainte-Cécile) ; â Nantes (Schola Cantorum) ; et, au printemps, à Bruxelles, à Berlin, à Dresde, à Munich, à Vienne. D'autre part, c'est à M. Vladimir Golschmann qu'a été confiée la direction musicale du Théâtre Bériza. Le Ménestrel du 17 décembre 1926 Bordeaux. — Notre Société de Sainte-Cécile s'est, nous l'avons dit, offert le luxe, de faire diriger chacun de ses concerts de cette saison par un chef différent. M. Henri Rabaud a brillamment inauguré cette série. Samedi dernier, c'est M. Vladimir Golschmann qui a conduit notre excellent orchestre symphonique dans l'exécution remarquable de pages telles que Shéhérazade de Rimsky-Korsakoff, l'Ouverture de Tannhauser et la Pastorale d'été d'Honegger. M. Golschmann et le soliste de la séance, le violoniste Marcel Darrieux, ont obtenu un vif succès personnel. Le public, d'ailleurs, suit avec intérêt et encourage par sa venue en masse l'initiative de notre grande Société musicale. Un rendez-vous manqué pour les 2 frères… Le Ménestrel du 8 avril 1927 Bordeaux. — Le neuvième concert de Sainte-Cécile devait être dirigé 'par M. Golschmann. Celui-ci, à peine arrivé à Bordeaux, fut contraint, par une crise d'appendicite, de repartir sans délai pour Paris aux fins d'intervention chirurgicale. Le jeune chef fut remplacé « à baguette levée » par le réputé pianiste Armand Ferté qui s'est révélé conducteur d'orchestre remarquable en dirigeant l'Ut mineur de Beethoven, le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune, le Vol du bourdon de Rimsky Korsakoff, où triompha l'excellent flûtiste Feillou et Espana de Chabrier. Bis et acclamations pour M. Ferté et notre bel orchestre. Succès chaleureux aussi pour le jeune virtuose du clavier, Boris Golschmann, à la fougue étincelante. 


1927 débute avec le théâtre Bériza. Dès novembre 1926, La Semaine à Paris annonce les projets Bériza qui diffèrent de ceux qui débuteront en janvier 27 : C'est M. Wladimir Golschmann qui dirigera l'orchestre aux soirées Beriza où l'on entendra, à côté d'oeuvres très modernes de Darius Milbaud, Ibert, Pedrell, Malipiero, Dedieu-Peters, Siohan, des ouvrages anciens, notamment un drame liturgique du Moyen Age, Acis et Galathée, de Lulli, Pygmalion de J.-J. Rousseau, Barbe-Bleue, de Grétry, un opéra-comique de Philidor, une cantate profane de J.-S. Bach. Le Ménestrel du 28 janvier 1927 Théâtre Bériza. — Véritable histoire de Mignon et de Wilhelm Meister, d'après Goethe, trois actes et neut tableaux de MM. Joseph DENIS et Léon CHANCEREL ; musique de SCHUMANN. Avec une ténacité, un courage inlassables, qui méritent l'admiration la plus vive, Mme Bériza poursuit son effort noblement désintéressé, en s'inspirant du plus pur idéal artistique. Au premier rang de ses préoccupations figure la mise en lumière des ouvrages anciens ou modernes auxquels il semble désirable de « restituer leur véritable vie dramatique » ; et c'est sans doute pourquoi Mme Bériza a cru devoir inaugurer sa nouvelle saison par une adaptation scénique de l'histoire de Mignon et de Wilhelm Meister, qui constitue un simple épisode des « Années d'apprentissage » du Wilhelm Meister de Goethe et qui a été popularisée, aussi bien en Allemagne qu'en France, grâce à la Mignon d'Ambroise Thomas, dont le succès universel ne s'est pas démenti depuis plus d'un demi-siècle. Il est incontestable que le livret conçu par MM. Michel Carré et Jules Barbier ne se préoccupe guère de suivre avec fidélité la pensée de Goethe. Il se borne à retenir l'affabulation extérieure de l'épisode où Mignon se trouve mêlée, sans autre but que d'y chercher un prétexte à musique, en s'inspirant des tendances et des formules" qui, à l'époque, s'imposaient impérieusement aux compositeurs dramatiques. On ne doit donc pas être surpris que, des deux volumes touffus où un des plus grands esprits modernes a, par la bouche de ses personnages, exprimé ses propres idées et abordé les problèmes les plus élevés de la philosophie, de la religion, de l'art, de l'esthétique et même de la sociologie, des librettistes d'opéra-comique n'aient herché à extraire qu'une simple et touchante histoire d'amour. Il en fut exactement de même, et avec le même succès, pour le Faust de Gounod, et ceux-là seuls peuvent s'en étonner qui perdent de vue l'abîme séparant presque toujours le livre ou même l'oeuvre dramatique originale de son adaptation lyrique, surtout lorsque cette adaptation a pour cadre une forme de théâtre musical aussi particulière, aussi précise, que celle qui, il y a quelque soixante ans, s'imposait d'une manière à peu près exclusive. MM. Joseph Denis et Léon Chancerel ont témoigné du louable dessein de « s'inspirer d'un grand respect pour la pensée de Goethe », tout en continuant d'ailleurs à isoler arbitrairement de l'ensemble de Wilhelm Meister le même épisode, et à l'interpréter pour en faire la matière d'une action théâtrale que Goethe n'avait pas prévue. Ils ont néanmoins cherché à évoquer l'être énigmatique, le « démon d'un sexe ambigu, qui n'a d'humain que sa nostalgie de l'Italie et son amour pour Wilhelm Meister, et qui, sa double passion consumée, redevient étrangère aux hommes en retournant au monde des esprits élémentaires d'où l'avait arrachée un amour incestueux ». Comme dans le livret de MM. Carré et Barbier, Mignon reste, que les auteurs l'aient voulu ou non, le centre attractif de l'action, parce qu'elle représente un élément théâtral bien plus puissant que le jeune poète en lequel s'incarne l'idéalisme de Goethe. > Mais quoi qu'il en soit, la tentative de MM. Denis et Chancerel ne manquerait pas de susciter un réel intérêt, s'ils n'avaient eu l'idée d'y mêler la musique. Non pas, certes, que cette musique soit médiocre : elle a pour auteur un des plus grands romantiques allemands, Schumann. Mais elle présente l'inconvénient d'être incorporée artificiellement dans une action dramatique pour laquelle elle n'est pas faite, qu'elle arrête, retarde, en y jouant un peu le rôle d'une intruse. MM. Denis et Chancerel, qui ont formulé la « prétention », peut-être ambitieuse, « de rappeler sur l'art dramatique certaines vérités essentielles que nous devons méditer encore », ont évidemment perdu de vue que cette juxtaposition de deux éléments n'ayant entre eux qu'un rapport loinlain excluait l'unité qui reste une des « vérités essentielles » du théâtre ; qu'une impression de lenteur et d'incertitude devait fatalement résulter, plus encore que dans le vieil opéra-comique, de ces continuelles interruptions de l'action, motivées par la volonté préconçue d'y intercaler un certain nombre de mélodies de Schumann (qui ne comptent d'ailleurs pas toujours parmi les meilleures qu'il aient écrites), sous le seul prétexte qu'elles furent composées sur des poésies de Wilhelm Meister, sans présenter pour cela aucun rapport avec l'oeuvre de Goethe. De sorte qu'avec les meilleures intentions du monde, ils ont abouti à une forme tout aussi conventionnelle, mais beaucoup moins cohérente que le livret auquel ils jetaient l'anathème. Celui-ci, en effet, sans affecter aucune prétention littéraire, avait au moins le mérite de constituer le canevas d'une musique spécialement écrite pour lui. Hâtons-nous d'ajouter que les pages de Schumann incluses dans ces trois actes sont souvent de tout premier ordre. Si des réserves sérieuses doivent être faites quant aux mélodies (pour lesquelles le choix était limité, puisqu'elles devaient être écrites sur des poésies de Wilhelm Meister) la sélection faite parmi les oeuvres pianistiques est des plus heureuses ; l'instrumentation délicate et émouvante dont, avec un tact infini, les a revêtues M. Louis Aubert, ajoute encore à leur séduction et d'autre part, l'audition du Requiem fut un régal véritable. Mais toute cette musique possède une valeur, intrinsèque tout à fait indépendante de la pièce et ne gagne rien à y être incorporée. L'interprétation, aussi composite que l'oeuvre, comporte à la fois des chanteurs, la plupart; excellents, et des comédiens, presque tous médiocres. Parmi les premiers, citons particulièrement Mlle Marreta de Radwan, une Mignon fort intéressante, Mme Bériza, adroite et séduisante Philine; MM. Warnery, Marvini. Louons le talent remarquable du chef-d'orchestre, M. Wladimir Golschmann. Et attendons avec la plus sympathique curiosité les manifestations d'art lyrique homogène que Mme Bériza va nous présenter incessamment. Paul BERTRAND.   Le Ménestrel du 4 mars 1927 Théâtre Bériza. — Les Malheurs d'Orphée, de Darius MILHAUD. — Le Fonctionnaire MCMXII, de Florent SCHMITT. Au Théâtre Bériza, entreprise privée, nous sommes redevables de connaître enfin les Malheurs d'Orphée, que le Théâtre Royal de la Monnaie, à Bruxelles, avait créée en mai 1926. Cette oeuvre, sans être la meilleure de Darius Milhaud, se classe parmi les plus caractéristiques de ce musicien. A l'excellent compte rendu donné par Francis Poulenc dans le Ménestrel du 21 mai 1926, nous nous permettrons d'ajouter quelques détails complémentaires. Avec les Malheurs d'Orphée (dont la composition remonte à l'automme de 1924) se découvre une fois de plus chez Milhaud un don de se placer dès les premières mesures au centre de son sujet, ou plutôt de se l'approprier, et de créer une atmosphère qui n'appartient qu'à lui, — peu importe si l'acre senteur de celle-ci est produite à coups de procédés rudimentaires, parfois assez grossiers, mais dont la répétition tenace ne laisse pas que de révéler une force, un tempérament. Plus qu'aucune autre, cette musique ne prouve son existence et sa qualité puissante qu'en marchant. Nulle apparence qui ne se tourne contre elle : lues, les partitions de Milhaud déçoivent d'abord ; leur facture s'offrirait un peu comme l'envers d'une véritable : rien que des abus, de brutales et arbitraires juxtapositions. La répétition même, dont la musique de Milhaud se nourrit à un degré insoupçonné, n'a pas ce caractère sauvagement obtenu et définitif qu'elle revêt chez Stravinsky; pure répétition sur elle-même, marche harmonique ou rappel insistant, elle dérive beaucoup plus de la symétrie debussyste et n'est qu'un pis-aller, une mise en train, une facilité naturelle. On ne peut pas dire qu'à force de cogner sur un même coin, cette musique atteigne enfin son objet; mais celui-ci tient déjà tout entier en cette façon même de cogner. Son manque de progrès l'oblige à se placer dès l'abord où elle doive être, à rabaisser son sujet, s'il le faut, à sa propre hauteur. Les mythes de la Création du monde ou d'Orphée, elle les traite de la manière la moins prévisible, la plus détournée ; et ce n'est qu'à la réflexion que nous reconnaissons que le sujet a été traité, si singulièrement soit-il. De même qu'Armand Lunel (d'accord avec Milhaud) a réduit le mythe d'Orphée aux dimensions d'une aventure provençale, à trois brefs épisodes (fuite d'Orphée et d'Eurydice devant la loi des Nomades, maladie et mort d'Eurydice, solitude d'Orphée et son meurtre par les trois soeurs d'Eurydice), Milhaud ne cherche pas à augmenter ses moyens, à les « élever » sur le plan prévu du drame (comme l'a remarqué Poulenc, « il ne s'agit pas d'un opéra grec, mais d'une tragédie familière ») ; la musique de Milhaud se concentre ici en elle-même ; elle ne compte que sur son seul parfum « chargé comme un coup de gong », suivant l'expression de Paul Claudel. Ses rythmes brefs, nerveux et mats, parfois ses divisions ternaires qui déplacent l'accent (Choeur des métiers, Chanson d'Orphée au travail) ; ses sonorités comme viscérales produites par l'écartèlement des harmonies ou par un certain mélange de timbres ; une forme sombrement exaltée ou suppliante de déclamation et dont les Poèmes juifs ont imposé les tournures (air d'Eurydice, Duo d'amour du premier acte, Lamentations d'Orphée et dernier air de celui-ci), — de cela émane un caractère plutôt rude et obsédant, une poésie basse agissant comme un tellurisme et dont la qualité particulière d'envoûtement s'exerce dès les premières mesures. Un des plus beaux orchestres auxquels Milhaud soit jamais arrivé aide encore au charme. Treize instrumentistes (flûte, hautbois, petite clarinette en mi bémol, clarinette basse en si bémol, basson, trompette, harpe, timbales, batterie, violon, alto, violoncelle et contrebasse) suffisent à donner une impression satisfaisante de plénitude. Tantôt les bois, et particulièrement la flûte, s'épanchent en sonorités suaves et pastorales ; tantôt la trompette se pose directement sur le quatuor et agit comme un bélier ; tantôt des nuances douces de batterie circonscrivent le drame d'un bruissement léger. Le premier choeur des animaux, les dernières recommandations d'Eurydice aux animaux, le Choeur des funérailles, la Chanson d'Orphée au travail (où, vers la fin, sous les hachures dissymétriques du quatuor, la trompette décrit comme des moulinets, tandis que la caisse claire accentue la coupure par moitié de la mesure de 3/4 sur un rythme du plus curieux effet), le Choeur des Bohémiennes derrière la scène (et juste accompagné par les timbales) saisissent par leur beauté proprement orchestrale et toujours admirablement liée aux diverses situations dramatiques : la tragédie cesse là d'être « familière » et le mythe grec même s'y trouve rejoint, — mythe pastoral, puis infernal. Or, à cet égard, Milhaud trouve en le décorateur Jean Hugo une intelligente aide : le dernier décor, notamment — antre sombre du rebouteur Orphée et où, cependant, la chaleur du soleil demeure comme accrochée aux murs qu'elle spiritualise — n'a plus rien de terrestre ; orchestre et décor nous ouvrent un paysage plutonien. Le Fonctionnaire de Florent Schmitt, lui, nous ramène sur les terres d'un Courteline sans esprit. Pochade laborieuse, dont la musique aurait pu tout aussi bien soutenir l'Impératrice aux rochers. Rendons hommage aux soins donnés par l'excellent chef d'orchestre Vladimir Golschmann, par le metteur en scène Xavier de Courville, enfin par les divers protagonistes — dont, au premier plan, Mme Bériza dans le rôle si difficile d'Eurydice, et M. Brouet, parfait baryton jouant le rôle d'Orphée. SCHAEFFNER. Lyrica Mars 1927 AU THÉÂTRE BERIZA Il faudrait une mauvaise foi évidente pour refuser de rendre hommage aux efforts artistiques de Mme Bériza et ne pas admirer son opiniâtreté à poursuivre la fondation d'un théâtre qui serait à la musique ce que le Vieux-Colombier fut à l'art dramatique. Ses premières réalisations ne furent pas toujours très heureuses ; elles se ressentaient d'un manque évident d'idée directrice, certaines recherches ultra-modernes de mise en scène confondaient volontiers naïveté et niaiserie qui sont choses bien différentes. Il en resta néanmoins de nous avoir fait connaître la Farce du Cuvier, de G. Dupont; Aucassin et Nicolette, de Le Flem; les Sept chansons, de Malipieri ; le Plumet du Colonel, de Saugnet et surtout l'admirable ballet l'Amour Sorcier, de Manuel de Falla. Rien que pour celui-ci elle mérite notre gratitude. La nouvelle campagne que Mme Bériza ouvre au Théâtre Fémina, en attendant d'avoir son théâtre à elle, ce qui ne saurait tarder tant elle le désire ardemment, nous a d'abord révélé : La véritable histoire de Mignon sur laquelle je ne m'étendrai pas, sauf pour dire le plus grand bien de la jeune fille qui chantait et - encore plus - qui jouait le rôle de Mignon, Mlle de Radwan. Cette jeune artiste a fait preuve d'une nature vraiment, originale. Elle a donné de l'étrange petite héroïne de Goethe une interprétation étonnamment curieuse et attrayante. Je serai, bien étonné si Mlle de Radwan ne faisait pas parler d'elle un jour. Me permettra-t-elle de lui conseiller de diriger tous ses soins vers son chant pour lequel, hélas, l'originalité ne compte pas. C'est de ce côté qu'elle doit porter ses efforts; lorsque sa technique sera sûre, alors sa nature artistique pourra se développer pleinement. Le second spectacle nous réservait une véritable joie avec Angélique, de Jacques Ibert. La pièce de Nino est pleine d'esprit et la musique d'Ibert lui ajoute une cocasserie irrésistible. Voilà un véritable musicien possédant le sens du comique -- mélodies franches et rythmes typiques, toujours en situation - harmonies modernes mais saines et sans recherche du baroque et de l'outrance un peu bébête de quelques-uns et de la clarté, de la mesure, du mouvement. Le public respirait à l'aise, les rates s'épanouissaient, chacun était ravi. Aussi, quel succès franc, spontané, unanime. Allons! il y a encore de beaux jours pour l'opérette. J'allais oublier l'interprétation ! Et comme ce serait injuste car elle fut nettement supérieure à toutes les autres réalisations vues chez Bériza. Elle d'abord, très allante, très juste d'expression et de gestes. L'entrain endiablé de Warnery, artiste excellent et combien précieux dans ce genre de rôles. Sa voix de ténor barytonnant ou de baryton ténorisant garde son mordant habituel et son articulation est, de beaucoup, supérieure à celle de ses camarades. Max Moutia, lui, franchement ténor, fut un italien fort réussi; de même l'anglais de Parker Steward, encore plus le nègre étonnant de Marvini (encore un excellent artiste, celui-là). Marc Duçros très bon Boniface à la face rubiconde. Les autres rôles trop courts, tous très bien tenus. Mise en scène vivante et décors amusants de Xavier de Courville. Orchestre précis et rythmé comme un jazz sous la baguette nette de Vladimir Golschmann, jeune chef tout à fait hors de pair.. Les Malheurs d'Orphée, qui constituaient le plat de résistance du troisième spectacle étaient d'un jeu plus compliqué. C'est un peu déconcertant à première vue, cette transposition dans une Sphère réaliste d'une fable mythologique aussi connue que celle du légendaire Orphée, qui a tenté les artistes les plus divers, de Gluck à Milhaud en passant par Monteverde et Offenbach ! J'avoue être plus proche de la parodie franche et bouffonne de ce dernier que de celui de M. Lunel. C'est certainement moi qui suis incompréhensif. Je suis dépassé, outrepassé à la fois par la pièce et par la musique. Et pourtant j'avais tellement bien senti, sinon compris « La brebis égarée » du même compositeur! peut-être avais-je des raisons personnelles pour cela ! Evidemment, lorsqu'on vous présente à quelqu'un, de votre milieu, habillé comme vous, avec qui vous avez des tas d'amis communs, la liaison est immédiate tandis qu'avec un type original, qui ne ressemble à personne, on est déconcerté dès le premier contact. Ce n'est qu'après plusieurs rencontres que l'on apprend à se connaître mieux, à se plaire et à s'admirer. Pour les oeuvres d'art, c'est la même chose et il ne faut pas rougir de ce « distacco », de cette incompréhension qui sépare lés adultes des jouvenceaux. Etre nouveau n'est pas être mieux, c'est être plus jeune, voilà tout ; la sottise des vieux est de regarder leurs cadets comme des fous ou des fumistes, la niaiserie des jeunes est de classer les anciens comme des gâteux séniles. Le prodige serait que l'on se compris entre cerveaux et tempéraments de formation aussi différente ! Revenons, si vous le voulez bien, chez Bériza. De même que dans la Brebis égarée, de même que dans certains quatuors pour voix seules de Darius Milhautd j'ai goûté des harmonies de sons d'une finesse extrême, des aggrégations de timbre ingénieuses ou attrayantes, plus spécialement dans des ensembles et aussi dans la mort d'Euridyce. La simplicité quasi classique de récitatifs ne fut pas sans me toucher, mais à l'instant où l'émotion allait venir, crac, un détail soit scénique, soit orchestral venait me troubler et m'empêcher de me laisser aller en toute confiance. J'en ai déduit ceci : c'est que dans le fond, qui constitue l'essence de toufe émotion et de tout art, nous sommes tout près de nous entendre mais que seuls les procédés, les à-côtés, c'est-à-dire tout ce qui est destiné à vieillir, à passer, nous en empêche et nous éloigne. Un seul remède, efficace, pour les anciens : suivre le mouvement musical nouveau, se tenir au courant de toutes les tendances et ne jamais juger une œuvre à première audition, surtout si elle a vingt ans de moins que vous, ainsi soit-il ; c'est pourquoi je me garde bien de juger celle-ci, donnant tout ingénument mes impressions de bon public. Peut être eut-il été possible de ne pas aggraver le malentendu par une mise en scène aussi embryonnaire, Celle d'Angélique était si bien ; elle était simple aussi, pourtant. L'interprétation n'était pas commode. Que faire dites moi, d'un rôle d'où rien ne se détache ; où tout semble noyé dans une neutralité voulue, j'ai déjà dit que tout ce qui m'a frappé venait des ensembles ; tous les récits ou phrases chantés étaient ou semblaient inexpressifs. Dois-je conclure à une sorte d'impuissance mélodique. Et pourtant... dans la Brebis... il y avait des phrases si prenantes, si profondes dans l'acte de la chapelle et dans la scène de l'hôpital... Alors ? Y a-t-il évolution ou marche arrière. N'oublions pas toutefois que la Brebis est la première oeuvre de Darius Milhaud ; peut-être est-ce là l'explication. Je disais donc que les chanteurs n'étaient guère favorisés dans le nouvel Orphée. Le rôle principal était confié à un jeune, baryton, M. Brouet, dont l'organe bien timbré fut très apprécié, ainsi que son excellente diction. Mme Bériza semblait fatiguée vocalement ; elle fait un travail vraiment formidable en tenant tête à tous les spectacles, à tous les rôles à la fois comme directrice et chanteuse, c'est peut-être trop, l'organisme et l'organisation gagneraient sûrement à ce que la chanteuse consentit à s'effacer, à se reposer davantage. Je l'ai trouvée tout à fait remarquable dans Angélique, je ne puis en dire de même dans Eurydice. Quelle soit un peu moins sur la scène et beaucoup plus dans la salle, c'est le conseil le plus sage et le plus amical que je puisse lui donner. Quelle me laisse cependant lui assurer mon admiration pour l'oeuvre à laquelle elle s'est consacrée ; encore un effort et c'est la réussite, complète. Ce jour-là, elle aura rendu un fier service aux musiciens et au théâtre lyrique. Ai-je dit que les autres artistes, qui ne chantaient que dans des ensembles (les seuls étant dévolus à Orphée, Eurydice et ses soeurs), se tirèrent à leur honneur d'une tâche pas aisée du tout. Les soeurs-ménades furent à souhait véhémentes. Le Fonctionnaire MCMXII, argument de Régis Gignoux, musique de Florent Schimitt est une amusante farce-parodie à laquelle s'est distrait le talentueux, profond, expressif, mordant et pince-sans-rire Florent Schtnitt. Déjà entendue aux concerts, elle déchaîna l'orage parmi les abonnés et les critiques un peu bousculés dans leurs habitudes. Ici, avec, sous les yeux, le commentaire animé de Pizani, tout s'explique mieux, c'est une blague mais une très bonne blague parce que admirablement faite. Par exemple, soyons francs, la réalisation scénique nous a semblé assez banale. Heureusement, la musique était là ! MERCUTIO. Le Gaulois du 30 janvier 1927 Théâtre BÉRIZA (au théâtre Femina). Le Baladin de Satin cramoisi, trois images de M. René Morax, musique de M. Robert Siohan. Angélique, farce, en un acte, de Nino, musique de M. Jacques Ibert. Les âmes des critiques doivent, avant d être admises au paradis, subir parmi les stations du purgatoire l'expiation de leurs crimes antérieurs. Ainsi, il nous a fallu entendre Le Baladin de Satin cramoisi avant de goûter les joies d'Angélique. C'est, en effet, un spectacle composite qu'a organisé Mme Bériza, au théâtre Femina. Les trois « images » du Baladin de Satin cramoisi, dues à M. René Morax, sont fantaisistes sans grande fantaisie elles sont, hélas philosophiques et leur ironie est quelque peu surchargée. Vous connaissez les vers funambulesques de Théodore de Banville Enfin, de son vil échafaud, Le dlown sauta si haut, si haut, Au son du cor et du tambour, Et, le cœur dévoré d'amour, Alla rouler dans les étoiles. M. René Morax a pris l'idée de ce couplet pour nous montrer le danseur de corde Fortuné, avide de séduire la belle Dorothée, disparaissant dans le firmament où il s'est élancé. Et le voilà au milieu des constellations, les Gémeaux, la Balance, la Vierge, où il écoute des vérités toutes différentes des pauvres opinions terrestres. Redescendu sur la place publique où il exécutait ses tours, il revoit celle qui le dédaignait jadis et qui l'aime maintenant, tandis que lui ne songe plus à s'en encombrer. Nos idées ne sont pas immuables. telle est en somme la théorie de M. René Morax, qui a conçu un truisme dont n'aura pas à s'enorgueillir la Sagesse des Nations. Très moderne par ses procédés et non par ses thèmes, la musique de M. Robert Siohan s'efforce à souligner l'ironie des situations du livret. Les procédés consistent à diviser l'orchestre jusqu'à l'éparpillement, à colorer les trémolos de sonorités fausses ou pour le moins ambiguës, à débaucher le piston ou la clarinette en soli incohérents et, malheureusement aussi, à inventer des thèmes qui n'aboutissent pas et se développent encore moins. En écoutant le début des couplets de Dorothée. le duo des Gémeaux, fort bien chanté par Mlle de Radwan et M. Max Moutia, l'air de la Vierge « Ici tout est paix et repos », où. Mme Bériza a fait valoir sa voix, on s'attendait à quelque chose mais nous sommes retombés sur la terre, comme le danseur de corde. La présentation et les décors de M. Xavier de Courville soit fort ingénieux. Angélique est une farce en un acte de M. Nino, mise en musique par M. Jacques Ibert. La farce est divertissante elle ressemble à une moralité comme on en inventait au moyen âge. Maître Boniface, marchand de porcelaines, est la victime de son acariâtre épouse, Angélique. Son voisin, Charlot, lui conseille de la vendre. Un Italien, un Anglais, un roi nègre, tour à tour acquéreurs, viennent rapporter l'objet indésirable. Le Diable lui-même, dernier preneur, n'arrive pas à conserver Angélique en enfer. Le mari va se pendre de désespoir le repentir de sa femme l'en empêche. Les voisins et commères chantent l'heureuse issue de l'aventure. Sur ce sujet jovial, M. Jacques Ibert a écrit une partition toute frétillante d'esprit et de mouvement. Les jolies pages sont le chœur que chantent successivement les gens réunis sur la place « Pauvre Madame » puis « Pauvre Monsieur Boniface », le duo avec l'Italien, pastiche d'opéra, l'arrivée du nègre, soulignée par des claquettes et des trompettes moqueuses, sa déclaration amoureuse dans le style oriental de Marouf. Et tout cela est orchestré avec une habileté extrême. M. Wladimir Golschmann en a fait à souhait ressortir le style léger par ses instrumentistes. Le décor de M. Medgyès est d'un synthétisme plaisant. Mme Bériza (Angélique) chante et joue avec entrain MM. Warnery (Chariot), Marvini (le nègre) et Parker Steward (l'Anglais) rivalisent de bonne humeur et de diction nette. On a applaudi sans réserves.


Le Ménestrel du 25 janvier 1927 Concert de la Revue musicale (25 janvier). — Ce concert, qui fut l'un des meilleurs que la Revue musicale ait jamais donnés, permit à Vladimir Golschmann, dirigeant un ensemble de moins de trente musiciens, de prouver une fois de plus le sens aigu qu'il possède de l'orchestre, et tout particulièrement d'un type réduit d'orchestre, où l'exquise précision du détail risquerait peut-être de l'emporter et où cependant d'un dessin sec et minuscule d'arbuste japonais Golschmann parvient à tirer une grâce et une ampleur assez étranges. Il y a, dans le physique ou dans la direction même de Golschmann, un faux aspect soit d'indolence soit d'étriquement que viennent aussitôt démentir ces élans, cette intensité, cette pureté sonore qui reste moins du travail orchestral qu'une poésie retrouvée. Et dans cette Symphonie en la (Kœchel n° 201) de Mozart, tout l'art du maître (alors de Salzbourg— l'oeuvre étant de 1774) nous était ainsi restitué en sa prime verdeur, et ce jeune lyrisme qui, dans des formes et en un style manifestement empruntés à Haydn, trouve à s'exprimer cependant avec une particularité troublante et dont Golschmann nous sut rendre le curieux mélange de contournement et de rudesse. Un autre oeuvre de Mozart, un recitativo e aria (« Misero ! o sogno ») de la période de Vienne, méritait aussi d'attirer notre attention par la liberté avec laquelle l'orchestre accompagne la voix de soprano. Mme Ruzena Herlinger défendit l'oeuvre avec autorité. Une première audition à Paris de Paul Hindemith marqua cette séance : une Sérénade, op. 35, ou petite cantate sur des textes romantiques pour soprano, hautbois, alto et violoncelle. L'adresse instrumentale dont Hindemith y fait preuve, la manière dont il prolonge en quelque sorte la poésie d'un Eichendorff, d'un Tieck et dont lui-même échappe à l'influence de Wagner, tout en restant aux confins de celle de Schœnberg, mettent cette oeuvre sur le plan même où nous avions placé le Concerto pour orchestre révélé par Koussewitzki. Cette Sérénade est assez bizarrement composée : tantôt la voix est accompagnée par un violoncelle ou par un hautbois ou par un alto ou par deux ou trois de ces instruments à la fois, tantôt ces instruments eux-mêmes interludent seuls ou en groupe; toutes les combinaisons possibles se trouvent donc tentées d'accord avec le choix des poèmes. L'origine de cette idée se rencontre sans aucun doute dans Pierrot lunaire; mais combien le résultat en est différent, combien les lignes en sont plus pures et l'expression plus saine. Et comme Pierrot lunaire même a son origine dans le Magnificat de J.-S. Bach, nous dirions — mise à part toute parenté de style — que cette Sérénade découle directement de ce qui servit de modèle à Schœnberg, pour en conserver toutefois la bonne humeur et la vigoureuse santé musicales, dignes de toute production généreuse, abondante. Mme Herlinger, MM. Bonneau, Ginot et Bloch — ainsi que Golschmann qui les conduisait — se tirèrent avec un rare bonheur des difficultés de cette œuvre excellente. Le concert se termina par une Sérénade, op. 16, de Brahms. SCHAEFFNER.

Le Ménestrel du 18 mars 1927 Concert Boris et Vladimir Golschmann (12 mars). — Combien nous voudrions apprécier le talent — très réel — de M. Boris Golschmann autrement qu'à l'occasion du bien faible Concerto pour piano et orchestre de M. George Antheil — pot-pourri du Concerto et de la Sonate de Strawinsky! Il n'est du reste presque aucune oeuvre de M. Antheil qui ne se rattache à l'une des manières de Strawinsky (Sacre, Noces, Concertino, Mavra, Octuor, etc.), pour en faire comme la caricature et pour y verser une certaine dose d'ennui. La Suite pour orchestre et ce Concerto, dont les qualités orchestrales bien qu'empruntées ne sont pas niables, nous firent longuement apprécier les joies qui résident en ces successions de tierces et dont Strawinsky doit la connaissance autant à Chopin qu'à Schoenberg. Très différent fut un bref Scherzo de Daniel Lazarus. Vif et puissant, d'une manière orchestrale très achevée, ce Scherzo vaut plus par son hardiesse harmonique que par le dessin — peu personnel — de ses rythmes. Nous eûmes en de trop courtes minutes l'entrevision d'un monde sonore assez étrange. Vladimir Golschmann donna du Concerto grosso en la mineur de Vivaldi et de la si belle Symphonie en sol mineur de Mozart des interprétations très nuancées et tout à la fois d'une audace qu'aucune peur des extrêmes ne venait réduire. S.  Le Gaulois du 20 mars 1927 Assez décevantes sont les compositions de M. Georges Antheil, ce jeune musicien américain dont les audaces peuvent effaroucher des oreilles prudes. Son Concerto pour piano et orchestre, où la partie confiée au soliste n'est, nullement confinée dans un rôle secondaire, procède d'une esthétique déconcertante par ses alternances de passages d'une sage consonance et d'un polytonalisme outrancier. On ne saurait faire ce reproche à M. Daniel Lazarus, dont le Scherzo, d'un ton franc et décidé, vivifié par des rythmes allègres, plait par la netteté de sa trame. M. Wladimir Golschmann dirigeait le concert où furent présentées ces deux oeuvres nouvelles avec cette aisance et cette autorité qui font de lui un véritable chef, de la race des plus grands. La Symphonie en sol mineur de Mozart fut exprimée par lui avec une délicatesse et une spontanéité rares. N'oublions pas M. Boris Golsclinranri qui joua au piano le Concerto de M. Antheil avec une louable habileté technique. 

Le Ménestrel du 20 mai 1927 Théâtre de la Madeleine. — Pantomime futuriste. Ce spectacle est l'image de l'humanité, il y a un peu de bon, beaucoup de médiocre et trop de mauvais. Son plus grave défaut est surtout qu'il ne correspond aucunement à son titre et que le futur qu'il invoque est déjà du passé. Depuis combien d'années nous a-t-on donné des décors dits stylisés, des êtres aux formes cubiques, des réalismes soi-disant allégoriques, où l'hermétique n'aboutit, en réalité, qu'à de l'informe et du décousu : nous ne prendrons qu'un exemple: les tableaux intitulés Les trois moments Voici ce qu'explique le programme : « Premier moment : Sortis de deux arbres, apparaissent un satyre et une nymphe. Celle-ci, d'abord effrayée, se laisse peu à peu séduire par la flûte de Pan et est entraînée par le satyre victorieusement : ils vont essayer de vivre dans l'ambiance mécanique moderne. » Second moment : dans une salle vide dialoguent avec animation un phonographe et un ventilateur. Un ascenseur mystérieux éclairé de deux yeux sert de témoin au duel des deux machines. » Tout a été fait pour ce second tableau, de présentation à la fois surprenante et amusante. Pendant que le phonographe rougoie de lueurs à éclipse et que le ventilateur tourne inlassablement, que les yeux de l'ascenseur clignotent, les bruiteurs de M. Luigi Rossolo s'en donnent à coeur-joie. « Troisième moment : le satyre en frac et la nymphe en manteau japonais sont assaillis par des rumeurs étranges (oh combien !) (i) Ils s'enfuient et sont anéantis par les forces qu'ils ont convoquées, après avoir accroché aux portes(2)-manteaux leurs vêtements qui dansent, comme des marionnettes, au rythme des rumeurs. » Si l'auteur de cette pantomime, M. Luciano Folgore, a voulu dire que l'homme crée des forces mécaniques qui l'anéantissent, il faut reconnaître que sa pensée, assez banale, ne ressort guère des gestes et des danses de ses personnages et que sa « psychologie plastique » n'a aucune chance d'être comprise. Si c'est sérieux, c'est lamentable ; si c'est ironique, c'est à peine drôle. Combien préférable Coktail, de M. Marinetti, qui, sans chercher de symbole ou de psychologie, a évoqué la confection d'un coktail : les liqueurs sont des danseuses, un nègre surveille leurs ébats ; les liqueurs se mêlent aux rythmes d'un jazz, l'ivresse monte, bientôt la frénésie gagne tous les personnages, nègre ou liqueurs, ils tournent, tournent et tombent ivres-morts, c'est court, c'est vif, c'est animé et tout à fait clair. La musique, de M. Silvio Mix, qui, sans innover, a su habilement utiliser les forces polytonales, en situation en un pareil désordre, aide puissamment à l'effet. Mais combien falot était apparu auparavant le cubisme désuet du marchand de coeur, « type d'éphèbe astral ». Tous ces procédés, nous les avions déjà vus employés aux ballets suédois de M. Borlin ; toutes ces défroques cubistes prenaient un aspect vieillot et nous semblaient dater déjà d'une époque lointaine : ce n'est pas la musique de Mme Armande de Polignac qui pouvait leur donner un regain de jeunesse. Notons encore quelques heureuses interprétations mimiques de M1Ie Maria Ricotti, dont la plus impressionnante fut certainement « l'enjôleuse » sur une musique d'Albeniz, et la fin du Drame de la Solitude, où Mlle Ricotti sut nous faire partager son angoisse. La musique joue, naturellement, en cette séance, un rôle important : il faut en retenir le pastiche curieux de musique ancienne de M. Resphigi pour la Naissance d'Hermaphrodite, l'élégante Agonie de la Rose de M. Vicenzo Davico et la très entraînante tarentelle de M. Pratella, qui égaie la triste histoire d'une paysanne enlevée par un officier de marine japonais. Contrairement à ce qui se passe d'ordinaire pour ces spectacles à-côté, tout était, au jour de la première, parfaitement au point : les danses bien réglées, l'éclairage bien distribué; L'orchestre était confié à M. Wladimir Golschmann, un des meilleurs parmi les jeunes : il possède à la fois du tempérament et de la précision, et déchaîna le tumulte de Coktail avec autant de vigueur qu'il mit de poésie et de grâce dans la Fille aux cheveux de lin de Debussy. De la foule des danseuses ou mimes, il faut distinguer Mme Lada Arneva, Lydia Wisiakowa et Mura. Pierre DE LAPOMMERAYE. (I) Note de l'auditeur. (2) Sic : c'est sans doute l'orthographe futuriste.

1927, c’est aussi la grande carrière européenne avec des concerts à Bruxelles, Berlin, Dresde, Munich, Vienne puis, en octobre en Norvège (Philharmonique d'Oslo), en novembre /décembre à Edimbourg ou Glasgow avec The Scottish Orchestra, et enfin en janvier 1928 à Bilbao (Sinfonia de Bilbao). Le Ménestrel du 7 octobre 1927 — M.Vladimir Golschmann passera une grande partie de l'hiver à l'étranger : en octobre il conduira en Norvège six concerts de la Philharmonique d'Oslo ; en novembre, en Angleterre, dix-huit concerts de « The Scottish Orchestra », à Edimbourg et Glasgow. De janvier à avril M. Golschmann dirigera la Sinfonia de Bilbao, et fin avril il est engagé à Bruxelles et à Vienne. Inutile de dire que dans les concerts qu'il dirigera M. Golschmann fera une place importante à la musique française moderne. Le Ménestrel du 2 décembre 1927 NORVÈGE Oslo. — A l'occasion du vingtième anniversaire de la mort d'Edouard Grieg, un concert fut entièrement consacré à cet auteur. Sa veuve, Mme Nina Grieg, qui est âgée maintenant de plus de 80 ans, accompagna au piano la cantatrice Nina Grieg-Halvorsen et joua à quatre mains les Danses Norvégiennes avec Fridtjof-Backer-Grondhal. (…) Issay Dobrowen et Vladimir Golschmann ont dirigé la Philharmonica. Ce dernier nous a fait entendre Pelléas et Mélisande de Fauré et Antar de Rimsky-Korsakoff. Le Ménestrel du 30 décembre 1927 — Notre chef d'orchestre, Vladimir Golschmann, a dirigé brillamment l'un des concerts du Scottish Orchestra, à Glasgow. Le Ménestrel du 27 janvier 1928 — Au cinquième concert de Sainte-Cécile, dirigé par le sympathique et brillant chel Golschmann, on a entendu, en première audition, deux danses savoureuses de L. Vuillemin, qui ont été très applaudies. On a fort goûté également la technique et la virtuosité du violoniste William Cantrelle, le prestigieux soliste de cette matinée. Le Ménestrel du 10 février 1928 — Vladimir Golschmann qui, ces dernières semaines, a brillamment dirigé l'orchestre de Sainte-Cécile, à Bordeaux, et le Sinfoniade Bilbao, l'un des meilleurs orchestres d'Espagne, avait auparavant, au cours de novembre et de décembre, dirigé le Scottish Orchestra, tant à Glasgow qu'à Edimbourg, dans une série de dix-huit concerts chaleureusement applaudis.  Bordeaux. — Le programme du septième concert donné par la Société de Sainte-Cécile ne comportait que des oeuvres d'orchestre. L'absence de soliste n'avait point fait diminuer le nombre des fidèles de ces séances classiques. Cela est tout à l'honneur des mélomanes bordelais et aussi de nos valeureux instrumentistes qui constituaient ainsi le principal attrait de cette matinée où nous fut révélée une Elégie héroïque du compositeur Gaston Sarreau. Le vénéré maître, dont le pur talent et la vaste culture égalent la trop grande modestie, nous a donné là une page d'une inspiration toute de noblesse, écrite avec une simplicité et une clarté émouvantes par un musicien épris de classicisme mais très au fait des procédés de la technique moderne qu'il emploie avec un discernement remarquable. L'oeuvre et l'auteur ont été acclamés. Tout opposée à cette composition sensible et équilibrée est, bien entendu, Pacific 231, d'Honegger, que nous écoutions pour la première fois. Cette « traduction d'une impression visuelle et d'une jouissance physique par une construction musicale », ainsi que l'auteur a défini ce mouvement symphonique, est d'une conception trop curieuse et d'une réalisation trop originale, pour qu'on ne lui accorde qu'une indulgence amusée. Elle semble caractériser l'époque de la machine triomphante et du ciment armé et restera sans doute comme un témoin de cette période dans le cours des âges. Notre excellent orchestre qui a traduit avec un zèle heureux ces deux oeuvres, a en outre interprété à merveille la Symphonie n°4 de Mendelssohn, le Concerto grosso n°10, de Haendel, des fragments des Maîtres chanteurs, le Prélude de Tristan et la Mort d'Yseult et la Chevauchée des Walkyries. Ce beau concert fut conduit par le jeune kappelmeister Wladimir Golschmann, animateur éminent, certes, mais qui atteindrait la perfection s'il évitait un maniérisme dont peut se passer son authentique talent. H. B.

En mai 1928, concerts Concerts Golschmann/Tiomkin, alors pianiste qu’il connaissait au moins depuis 1924 et qui n’était pas encore une star de la musique hollywoodienne. En décembre 1928, retour en Ecosse.

Le Ménestrel du 8 juin 1928 Concert Tiomkin (29 mai). — Pour rendre compte avec équité de l'ensemble de ce concert, il faudrait oublier d'abord toute la publicité faite autour du nom de M. Tiomkin et à laquelle il est regrettable que la critique musicale se soit même prêtée d'avance. Comme il est regrettable que la célébrité parmi nous de Gershwin se fonde uniquement sur la Rhapsody in blue ou sur le Concerto en fa. D'un côté comme de l'autre, nous assistons à un désir de forcer l'opinion — inutilement, espérons-le, Il reste que M. Tiomkin serait un bon interprète si l'on ne nous avait pas obligé de le croire meilleur encore, et il reste que la valeur d'un Gershwin est autrement grande que celle découverte par ses admirateurs d'un soir. Loin de nous de soutenir d'ailleurs que ce Concerto en fa — qui aurait pu être joué avec plus d'éclat — soit une oeuvre négligeable : si nous y sentons Gershwin gêné d'écrire une musique qui n'est pas la sienne, nous apercevons d'une façon intermittente, entre du Tchaïkowsky, du Rimsky-Korsakoff ou du Debussy (Ibéria), des traits, des épisodes mélodiques qui n'appartiennent qu'à lui et où la personnalité de l'auteur de Lady be good s'exprime avec une heureuse insistance — de sorte que ce Concerto est peut-être des oeuvres de Gershwin celle qui fortifie le plus notre confiance en la manifestation durable d'un tempérament assez singulier. Mais il nous semble abusif de voir du « jazz » — pour le plaisir d'avoir introduit le jazz à l'Opéra — dans cette oeuvre dont l'instrumentation apparaît sans originalité et qui hésite constamment entre le style de concerto tel qu'un Rachmaninow le pouvait concevoir et un style ingénument mélodique, comme imprégné de folklore — d'un folklore qui n'aurait point de sol propre. Ce Concerto est en réalité une autre « rhapsodie » sur des éléments empruntés à Gershwin et au répertoire « classique » des concerts anglo-saxons. Et le jazz est ailleurs dans la musique de Gershwin. Le hasard nous ayant permis d'entendre Gershwin jouer de ses oeuvres, les revivre en paraissant les improviser à nouveau, nous fûmes frappé du caractère particulier qu'il donnait à la syncope : ce n'était ni celle de Stravinsky, ni celle des nègres, mais quelque chose de comparable à la brusque modulation dans le cours harmonique, un réel changement de mesure nouvelle sur un autre palier! Or cela, à aucun moment nous ne le sentîmes dans le Concerto en fa. Après ces réserves, que Wladimir Golschmann reçoive ici bien des éloges pour la manière dont surtout il dirigea l'Ouverture d'Euryanthe : mise au point et fougue trouvent à s'y concilier et l'obéissance aux indications précises de l'auteur apparaît cousue de petites désobéissances de détail, mais que sauve une intelligence profonde. De même Golschmann dirigea avec puissance comme avec délicatesse le Cortège macabre de Copland qui eut l'heur de nous donner la nostalgie du Sacre, du Chant du Rossignol et de la Deuxième Symphonie de Prokofieff. S. Le Gaulois du 3 juin 1928 La première audition d'un Concerto pour piano et orchestre de M. George Gershwin est un événement peu banal il est de ceux qui défrayent la chronique musicale, suscitant des polémiques entre admirateurs et adversaires. La personnalité de M Gershwin est assurément une des plus curieuses et attachantes du moment. L'auteur de tant de musiques pour jazz, universellement connues, a fait ses preuves dans ce domaine. On ne peut rester insensible ni au charme si prenant, ni à la vie rythmique si intense, de même, que l'on ne peut nier l'extraordinaire faculté inventive que l'on rencontre à chaque instant dans ses œuvres. Déjà, avec la fameuse Rapsody in blue, il avait élargi sa manière, et il n'est pas besoin de rappeler l'accueil triomphal remporté par l'orchestre de Paul Whiteman au théâtre des Champs- Elysées, lorsque le roi du jazz vint nous rendre visite. Sans doute enhardi par ce succès, voilà que M. Gershwin nous offre à présent un véritable Concerto pour piano et orchestre. Renonçant à utiliser ces émouvants saxophones et ces impassibles banjos, il n'a voulu avoir recours qu'à l'orchestre habituel. Son dessein a été d'introduire l'élément du rythme syncopé dans une composition de vastes dimensions du type classique, comportant les trois mouvements habituels. Ce qui frappe à première vue dans ce Concerto, c'est son extraordinaire vitalité, dont la franchise mélodique et l'allégresse rythmique respirent une santé indéniable. Certes, si on voulait se livrer à un examen critique approfondi, pourrait-on relever quelque banalité dans l'élément mélodique, trop apparenté par instants à celui d'un Tschaïkowsky ou d'un Puccini peut-être également pourrait-on trouver qu'il y a trop d'effets d'orchestration un peu gros, avec un emploi fréquent de la batterie et des abus d'unissons mais que sont ces réserves en présence de l'élan de l'ensemble et surtout de cette saine vigueur qui s'oppose si heureusement a la mélancolie légèrement morbide de l'andante, par exemple ? Il n'est pas question ici de vouloir accorder une influence décisive à M. Gershwin, mais de rendre hommage à un des plus curieux et charmants musiciens américains, dont l'instinct musical a quelque chose de vraiment exceptionnel. C'est à M. Dimitri Tiomkin, admirable musicien doublé d'un parfait virtuose, qu'était confiée la tâche de tenir la partie difncultueuse du piano il s'en acquitta de la plus persuasive, façon, de même qu'ils avaient égrené quelques instants auparavant les splendeurs du Concerto en la de Liszt. Le concert fut d'ailleurs d'un intérêt constant, car il y avait encore au programme Le Cortège macabre de M. Copeland, œuvre qui n'est pas sans grandeur et qui est, en outre, du plus ingénieux agencement orchestral qui soit. L'orchestre était dirigé par M. Wladimir Golschmann, en qui on se plaît à reconnaître un des plus prestigieux chefs d'orchestre actuels. Si nous devons nous réjouir de ses nombreux engagements à l'étranger, en revanche, qu'il nous soit permis de déplorer que ses apparitions chez nous soient si fugitives. Le Figaro du 23 mai 1928 DIMITRI TIOMKIN FAIT ENTRER LE JAZZ A L'OPÉRA Le 29 mai se passera un événement la première oeuvre symphonique américaine inspirée du jazz sera présentée à l'Opéra par Dimitri Tiomkin, virtuose pianiste russe, grand ami de la France, et propagandiste fervent de la musique française en Amérique. Ce sera à la fois une démonstration artistique importante et une manifestation franco-américaine. L'œuvre est le Concerto en fa de Gershwin, le jeune et déjà fameux compositeur de tant de succès populaires comme Man I Love, Do, do, do, et de la Rapsodie en bleu qui fut un des triomphes de l'orchestre de Paul Whiteman. On considère Gershwin en Amérique comme le chef de l'école moderne, et son Concerto en fa comme la première œuvre inspirée par le jazz et conçue dans le grand style symphonique, tout en gardant ses rythmes syncopés, sa mélancolie « nègre » et son étonnante complexité rythmique. Pas un instrument de jazz, uniquement les instruments ordinaires d'orchestre symphonique. Elle fera sensation à. Paris comme à New-York parce qu'elle est éminemment représentativc de l'époque, avec sa rapidité, son esprit à la fois primesautier, sentimental, et scientifique. Quant à Dimitri Tiomkin, nous le connaissons par ses compositions charmantes, sur lesquelles dansaient, dans la dernière revue du Moulin-Rouge, les Rash Girls de Mme Albertine, sa femme, et par le récital qu'il donna salle Gaveau en novembre, et à propos duquel la critique vanta son jeu brillant, spirituel. sonore, fin et vigoureux à la fois, d'une technique solide et d'une parfaite musicalité. Si sa compréhension si vive de la musique moderne et du iazz vers lequel il fut un des premiers à aller, son sens du rythme et son « chic » pourront se déployer le 29 mai dans ce Concerto en fa de Gershwin, Tiomkin a tenu, par une coquetterie d'artiste, à nous montrer dans le même programme une autre forme de son talent varié. sa sensibilité, sa fougue et son romantisme dans le Concerto en la de Liszt. Pour une aussi importante démonstration, Tiomkin a choisi pour jouer à ses côtés l'orchestre des Concerts Golschmann, que dirigèra son jeune et célèbre chef Wladimir Golschmann, revenu tout exprès d'Espagne. Enfin, il convient de rappcler que Tiomkin fut un des plus actifs propagandistes de la musique française en Amérique, inscrivant régulièrement Debussy, Faurc à ses programmes, et avait été le premier à jouer là-bas du Francis Poulenc, du Darius Milhaud, du Roussel, et ayant fait connaître Ravel au public américain avant même l'arrivée du maître aux Etats-Unis. C'était un titre de plus à être accueilli à l'Opéra, avec Gershwin. qui a voué un culte à notre grand Debussy. Le Figaro du 4 juin 1928 C'est une soirée choisie que nous a offerte, a l'Opéra, M. Tiomkin, avec, en première audition, un Concerto pour piano, de M. Gerschwin, où l'emploi intelligent des rythmes du jazz et des mélodies du folklore aboutit à la construction d'un édifice sonore, aux lignes ondoyantes, aux harmonies douces et caressantes, qui nous changent agréablement de tant d'ouvrages laborieux et prétentieux, où la spontanéité fait la plupart du temps défaut. M. Tiomkin aurait pu, peut-être, accentuer davantage le caractère rythmique de l'œuvre, mais sa musicalité, la variété de ses attaques dénotent un virtuose de race. M. Golschmann dirigeait l'orchestre avec cette dextérité, cette précision sans sécheresse qu'on regrette de n'avoir pas plus fréquemment l'occasion d'apprécier. 

En 29, nous sommes pauvres en informations, si ce n'est un concert en janvier à Bordeaux et une création de Poulenc en juin chez les Noailles ; pareil à l'automne, novembre 1929 à Madrid, décembre Gala Borlin à Paris cinq ans après la fin des Ballets suédois…, premier concert Poulet mais aussi retour au Scottish Orchestra avec Jelly D'Aranyi.

3 mars 1929 San Diego Union. Le Hollywood Bowl sera pour plus tard.
Nous ne savons pas si Golschmann fut alors bien engagé.

Le Ménestrel du 20 septembre 1929 — Les Concerts-Poulet viennent de se constituer en Association. Ils donneront, la saison prochaine, seize concerts dirigés par MM. Gaston Poulet et Vladimir Golschmann. Le premier concert est annoncé pour le dimanche 27 octobre, au théâtre Sarah-Bernhard. Le Ménestrel du 1er novembre 1929 — A Madrid, Schneevogt dirige avec succès des oeuvres de Sibelius, Kôdaly, Strawinsky et Falla. Après lui, on attend avec impatience Vladimir Golschmann. L'Européen 4 décembre 1929 LE MONDE DES ARTS Ut dièse et Si bémol Les ballets suédois Depuis la dissolution des Ballets Suédois, nous n'avions plus revu sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées le danseur Jean Borlin. Au cours d'un récital, cet artiste vient de nous faire revivre les heures créées jadis, grâce à la volonté, à la ténacité artistique d'un mécène Suédois méconnu : M. Rolf de Maré. Les spectacles montés par M. de Maré étaient assez inégaux et manquaient souvent d'équilibre ; certaines exécutions atteignaient à peine le niveau de l'amateurisme, mais, reconnaissons-le, nous possédions à ce moment une véritable scène d'essai et un tremplin pour les nouveaux musiciens ! S'il y eut des soirées de fou rire, des soirées mornes et grises, des heures d'émeutes et souvent une atmosphère de révolution dans ce théâtre spécialement construit pour, la musique, il y eut aussi des heures inoubliables. En souvenir de celles-ci, rendons hommage au directeur d'alors, à l'animateur assez insoucieux du lendemain, assez beau joueur pour se contenter d'un triomphe fugitif et d'une gloire éphémère. Si nous jetons aujourd'hui un regard sur la situation musicale à Paris, nous constatons, non sans quelque amertume, que les scènes lyriques d'avant-garde ont totalement disparu. Et pourtant c'est par elles que nous fut révélé le génie d'Arthur Honegger, la grâce de Germaine Tailleferre, la puissante ■personnalité de Darius Milhaud. On avait alors l'impression qu'un monde musical nouveau naissait, on avait la sensation d'une marche en avant inégale, mais certaine. Les décors de Léger ou de Picasso heurtaient nos goûts, mais en s'aliiant à ces musiques audacieuses, remuaient fortement notre imagination. C'est pendant cette période qu'apparut cet acte extraordinairement bouffon : Les mariés de la Tour Eiffel, créé d'une seule pièce par Jean Cocteau. Quelle scène pourrait donner asile aujourd'hui à cet acte burlesque ? Le music-hall avant de. mourir, vint malheureusement interrompre cette période d'activité musicale. Aujourd'hui Jean Boriin, danseur, dont les conceptions chorégraphiques sont personnelles, vient de faire revivre ce passé entouré d'un groupe de danseurs habiles soutenu par un orchestre que dirigeait avec souplesse M. Golschmann. Le Cercle éternel de M. Tansmann aurait pu paraître audacieux à l'époque du rayonnement des ballets suédois, aujourd'hui on écoute cette partition sans, que les nerfs soient soumis à une rude épreuve ; les procédés sont connus, ils ne manquent ni d'habileté, ni d'esprit, ils s'ont modelés dans le style du temps. Le-petit tableau de M. Poulenc : Sculpture ■nègre, permet à Jean Boriin de réaliser des attitudes amusantes, la musique peu évocatrice n'affirme aucune évolution dans la manière de son auteur. On a revu et écouté non sans un certain plaisir l'animé Skating rink, évocation, harmonieuse, d'un sport oublié aujourd'hui. Les deux ballets de Bigot: Dansgilte et le Roi galant, écrits sur les thèmes suédois et enfin le film de René Ciaîr-Picabia-Erick Satie: Entr'acte. Pleine de vie, de mouvement, enivrante de vitesse, de vertige et d'hallucination, cette oeuvre cinématographique est unique; le temps n'en a ni diminué l'intérét ni amoindri la forme. On a pu tirer beaucoup d'effets à Entr'acte on n'a certainement j'amais rien réalisé d'aussi complet quant au synchronisme de la musique et des images. Il y a dans la partition autant de mouvement que dans ces visions sensationnelles : musique et images s'animent mutuellement. On se demande si la musique de Satie n'augmente pas encore, l'impression de vitesse et si nous ne sommes pas les jouets de sortilèges nés de cette intime et parfaite collaboration. PIERRE BLOIS L'Européen 11 décembre 1929 Concerts Poulet Dimanche 1er décembre UT DIÈSE ET SI BÉMOL Le mouvement musical s'intensifie chez nous. Nos grands orchestres symphoniques  offrent aux auditeurs des musiques nouvelles... Chaque jour une quinzaine de virtuoses dispensent la manne sonore et une multitude d'appareils mécaniques déversent pour notre, plaisir ou notre découragement, des flots de musique dans toutes les directions. Nul ne peut dire, comme le faisait Benedetto Marcello en 1704, et Rameau en 1760 : « la musique est perdue » ou la musique se perd. Son changement de style pouvait peut-être alarmer les mélomanes, mais aujourd'hui: la musique est arrivée à un point fixe, à un niveau égal. Aucune oeuvre personnelle, ne domine les productions récentes, aucun, musicien ne vient rompre îa monotonie du style du temps et ajouter de nouveaux éléments à ceux que nous possédons déjà. Les plus audacieux reprennent les chemins connus et ils piétinent avec une redoutable obstination. M. Turina, musicien. espagnol racé, emprunte à son pays des rythmes et des thèmes précis, il les entoure d'harmonies personnelles, d'effets délicats, ses mouvements sont variés, tantôt vifs, violents même, ou délicieusement apaisés. si se dégage de son ballet Ritmos une atmosphère heureuse, aimable,  par un sentiment poétique accusé. L'instrumentation est adroite, les effets très justes. On ne ressent sur ce concert aucune lassitude, (…) tant ce ballet pourrait s'agrémenter de danses, par sa forme, par sa précision. Il semble que les danseurs espagnols illustres devraient s'arracher cette agréable partition. M. Wladimir Golschmann a dirigé Ritmos avec une foi musicale qui nous fait regretter son continuel éloignement de Paris. (…) PIERRE BLOIS. Le Ménestrel du 13 décembre 1929 Concerts Poulet Dimanche 8 décembre 1929. — Si la médiocrité fait toujours la guerre aux vrais talents, c'est en vain, car les vrais talents finissent toujours par s'imposer. Constatons ceci et avec satisfaction, à l'égard des efforts persévérants de Gaston Poulet,et de son orchestre d'une part, de lapersonnalité de Vladimir Golschmann d'autre part. On ne saurait trop féliciter M. Poulet de s'être associé ce jeune chef à qui Paris devait depuis longtemps un poste, et d'avoir, par ce geste même, fait preuve d'une intelligence désintéressée, bien rare, hélas, parmi les artistes de nos jours. Le chaleureux succès du deuxième concert dirigé par M. Golschmann . témoigna d'ailleurs une-fois de plus la sympathie unanime que le public apporte à cette nouvelle alliance. La Symphonie inachevée de Schubert, redoutée entre toutes par l'habitué des concerts pour être trop souvent ratée, apparut dans toute sa beauté limpide, à la fois âpre et tendre et le colloque dés bois solo, dans le second mouvement, fut d'une poésie émouvante. Suivit le Concerto en ré mineur, pour piano et orchestre, de Mozart, joué par M. Boris Golschmann. Un mécanisme cristallin, un toucher caressant, une simplicité affectueuse, tout y était pour interpréter Mozart de la manière la plus authentique ; sauf peut-être, la trop grande absence d'une latente inquiétude démoniaque, cette essence de Don Juan qui se trouve également à la base de ce Concerto. Le dialogue musical des deux interprètes fut d'une entente réellement fraternelle. Le public fit fête au jeune pianiste. La fin du programme était consacrée à la musique de ballet. Après deux fragments bien connus du Tricorne de Falla, la « danse du meunier» et la « danse finale », que M. Vladimir Golschmann enleva avec la prestance d'un jeune matador, les trois petites pièces de Mme Germaine Tailleferre donnèrent la note tendre. Cette première audition d'une Pavane, d'un Nocturne et du Finale extraits d'un ballet que devait créer la troupe de Diaghilew, nous ramène très nettement en Ile-de-France. Plus rien d'un ciel andalou, mais le murmure d'un coeur mélancolique. Au moins ceci quant aux deux premières parties qui s'enchaînent sans interruption. Le finale, d'une allégresse juvénile et insouciante, conclut le plus agréablement cet ouvrage pas très original mais délicat et d'un charme couleur pastel. La séance se termina par une exécution brillante des danses Polovtsiennes de Borodine. Robert OBOUSSIER Le Ménestrel du 27 décembre 1929 Concerts Poulet Dimanche 15 décembre 1929. — Ceux parmi nos lecteurs qui ont assisté à cette séance des Concerts-Poulet ne nous en voudront pas de ce que nous ranimions, bien que tardivement, leur souvenir de cette manifestation, intéressante sous bien des rapports. Deux chefs remarquables conduisant l'orchestre au cours d'une même séance, la première audition d'une œuvre signée de Villa Lobos et le concours de deux brillantes solistes, cela ne s'oublie heureusement pas du jour au lendemain. La Première Symphonie de M. Villa Lobos, écrite en 1916, est de structure cyclique. C'est une oeuvre d'esprit européen, fidèle à la tradition harmonique et formelle de notre musique occidentale, et, si j'ose dire, préparatoire. Car nous y sentons déjà dans le germe, mais dans le germe seulement, tout ce qui plus tard s'épanouira avec générosité dans les ouvrages du compositeur brésilien saturés davantage de son climat natal. Il y a dans cette symphonie une certaine ressemblance avec Amaçonas, le poème symphonique qui, au mois de mai, nous fut révélé également par Gaston Poulet. La même opulence, jamais pâteuse, des cordes, la même pulsation nerveuse d'un rythme intrinsèque, les mêmes accents héroïques d'un thème des cuivres planant au-dessus de la mêlée des autres instruments et, pourtant, rien de moins que l'espace d'un Atlantique séparant si définitivement ces deux musiques. Cette oeuvre de promesses, ainsi que le Concerto pour violon et orchestre de Darius Milhaud, figuraient sur la première partie du programme, dirigée par M. Gaston Poulet. La jeune violoniste Mlle Simone Baudre a réussi à nous faire croire que ce casse-cou redoutable n'est qu'une promenade aisée, et, en plus, elle s'est montrée musicienne intelligente et de goût, alliant à ses grands dons techniques une jolie sonorité dont la sveltesse ne doit jamais craindre d'être submergée par l'orchestre. L'autre soliste qui, elle, collabora avec M. Vladimir Golschmann, fut MIle Marcelle Bunlet, traduisant de sa voix chaude, et avec émotion Rêvés, Dans la Serre et la Mort d'Yseult de Wagner. Mentionnons tout particulièrement les morceaux, par lesquels les deux chefs commencèrent leur programme. Gaston Poulet nous donna une de ses plus belles, une de ses plus brillantes exécutions avec l'Ouverture d'Euryanthe et Rosamunde fut d'un charme infini sous l'animation de Vladimir Golschmann qui termina le concert par la Chevauchée des Walkyries. Robert OBOUSSIER. 



30 remariage mais peu d'informations

1930, c'est l'année de son second mariage, le 19 juin 1930, avec (Jeanne Louise) Odette Le Cointe qui durera juqu'à la mort de Vladimir.

Printemps 1930 à Bordeaux avec la Société Sainte-Cécile et au Sinfonia de Bilbao (que dirigent aussi Freitas Branco et Perez Casas). 

Il était enseignant la direction d'orchestre à la Schola à cette époque.

Le Ménestrel du 10 janvier 1930 Espagne — L'Orchestre Philharmonique de Pérez Casas a fait une tournée dans le Nord de l'Espagne et dans le Levant. Son succès a été très grand. L'Orchestre Symphonique d'Abôs a connu à Madrid, comme nous l'avons dit, des triomphes sans précédent, sous la baguette de Schneevoigt, de Golschmann et de Laber. On a loué la façon dont Golschmann interpréta les oeuvres espagnoles : La procession de la Rosée de Turina et l'Amour Sorcier de de Falla. Le Ménestrel du 14 mars 1930 Bordeaux — M. Golschmann qui conduisait le huitième concert de Sainte-Cécile nous a offert plusieurs pages inédites pourla plupart des auditeurs. Ce furent tour à tour deux sonates de Scarlatti, dont l'orchestration, joli travail d'orfèvre dû à M. Tomasini, n'était pas encore connue ici ; les vigoureux et colorés Ritmos de Joachim Turina ; enfin quelques oeuvres choisies de Jean Poueigh, compositeur probe et chaleureux épris de clarté : « La Basilique aux vainqueurs » tirée de l'opéra le Meneur de louves et des extraits du drame lyrique Perkain le basque au succès de l'un desquels participa M. Cabanel, basse du Grand-Théâtre. Acclamations à l'auteur, aux exécutants et à leur chef. Le Ménestrel du 11 avril 1930 Bordeaux — A l'actif de notre Société de Sainte-Cécile deux nouveaux succès : i°une grande soirée populaire avec M. Vladimir Golschmann, au pupitre, dirigeant magistralement des oeuvres bien choisies pour l'auditoire et un violoniste, Zino Francescati, virtuose vertigineux qui remporta le triomphe le plus brillant comme le plus bruyant ; 2° une belle matinée symphonique qui ramena devant le clavier le parfait artiste Iturbi et fit monter sur l'estrade le chef M. Inghelbrecht, dont on connaît la vaste culture et l'autorité.     — Golschmann dirige à Bilbao la Fantaisie basque de Victor Zubizarreta et la conduit au succès. 

Automne, Festival SIMC Foire de Liège, Orchestre Symphonique de Paris et concerts à la Sorbonne avec Paul Hindemith.

Le Ménestrel du 29 août 1930— L'Orchestre Symphonique de Paris reprendra ses concerts, sous la direction de M. Pierre Monteux, le dimanche 12 octobre. Ses concerts auront lieu le dimanche après-midi et le jeudi soir. L'O.S.P. s'est déjà attaché le concours de chefs comme Mengelberg, von cesselin, Scherchen, Arbos, Golschmann, Defauv, Cortot, etc. En outre il donnera en première audition les deux Concertos de Maurice Ravel, les Marches militaires de Poulenc, les Concertos d'alto de Hindemith et de Milhaud, des oeuvres de Strawinsky, Prokofieff, Markevitch, Harsanyi, Ferroud, Ibert, Roland-Manuel, etc. Le Figaro du 20 octobre 1930 A l'O. S. P., M. François Lang a joué avec une technique sans défaillance, mais sans en faire jaillir avec assez de tendresse et d'éclat l'étincelante lumière, le concerto en ré mineur de Mozart. J'aurais voulu vous parler plus longuement de M. Vladimir Golschmann, qui a bien du talent. Comme il ne trouve pas à l'employer ici, il conduit en Espagne, en Ecosse, ailleurs encore, pour le plus grand profit de la musique française. Il a simplifié son art et accru son autorité. C'est un de nos meilleurs chefs, l'un des plus adroits (la manière dont il a conduit le mouvement lent du concerfo de Vivaldi en ré mineur est le meilleur témoignage de cette habileté), l'un des plus intelligents aussi. Robert Brussel Le Ménestrel du 24 octobre 1930 Orchestre Symphonique de Paris Dimanche 19 octobre. — Programme riche et heureux. L'Ouverture d'Egmont, enlevée dans un style parfait et où les cuivres sonnent si généreusement la joie de vivre. Puis le Concerto en ré mineur de Mozart, piano et orchestre, que M. François Lang joua avec infiniment de goût et de musicalité, sans qu'un seul instant on se soit aperçu qu'une simple gamme restait ce qu'il y a de plus difficile à exécuter au piano. M. Wladimir Golschmann, qui dirigeait l'orchestre, a donné une fière et délicate interprétation de l'Inachevée. Il a le goût du détail et le sens de la perfection. Peut-être eût-on aimé un rien de romantisme dans l'oeuvre de Schubert. Mais ces hautes qualités ont admirablement convenu au Till Eulenspiegel de Richard Strauss. Le grand intérêt du concert était Mme Ninon Vallin, qui a chanté trois mélodies, sur des thèmes populaires d'Espagne, de M. Raoul Laparra, comme elle seule sait et peut le faire, C'était magnifique. Enfin une première audition de M. Mihalovici : Cortège des Divinités infernales. Cette oeuvre, conçue pour une forme théâtrale, a le rare mérite de garder au concert toute sa signification. L'imagination, l'art de M. Mihalovici, son pouvoir de suggestion remplacent aisément le mouvement scénique. D'un sentiment puissant, d'une belle originalité, d'une orchestration souvent très heureuse, c'est un morceau de grande valeur et nous sommes heureux que son auteur et M. Golschmann y aient chacun remporté un beau succès. Tony AUBIN. 

Lyrica Novembre 1930 (…) Pendant qu'un public nombreux acclamait au Châtelet la Damnation, bissait la Marche hongroise, le Ballet des sylphes — je n'y étais pas, mais le don de seconde vue me permet de le savoir — et probablement d'autres morceaux, l'Orchestre symphonique de Paris offrait une première audition. Le Cortège des divinités infernales, de M. Mihalovici, tiré d'un opéra, l'Intransigeant Pluton, dégage la grosse liesse d'un enfer de carnaval. Les thèmes ont une carrure de chant populaire. Le morceau, bien construit, se recommande par ses qualités, aujourd'hui peu communes, de rythme et de vigueur. On y sent l'influence du Sacre du Printemps. L'écriture adroite fait passer sans grincements les frottements harmoniques et l'orchestration, quoique bruyante, ne manque pas d'éclat. Mme Ninon Vallin possède une technique réellement admirable. Elle a dit avec un goût exquis un charmant air des Fêtes d'Hébé, de Rameau, celui, délicieux, de Parîs et Hélène de Gluck, des Mélodies sur des thèmes populaires espagnols de M. Laparra, pleins de caractère. Elle a remarquablement exprimé la couleur des deux premières, dont la seconde m'a ravi, mais n'a pas tout l'éclat requis par la troisième, qui n'est pas celle que je préfère. L'air d'Alceste, « Divinités du Styx », dépasse ses moyens et sa nature. Pianiste fin et musical, M. Fr. Lang, interpréta le Concerto en ré mineur de Mozart, et M. Golschmann, auquel on pourrait souhaiter des attaques plus « ramassées », conduisit la séance en chef soigneux et compréhensif. (…) Raymond BALLIMAN. 

Le Figaro du 1er décembre 1930 Revenons à la musique française, doublement triomphante au cours de la journée d'hier. Il serait malaisé et un peu inconvenant de chercher à aller, autrement qu'en faisant un grand saut, des Noëls de M. Jean Cras à la musique de scène de M. Jacques Ibert. Leurs seuls points communs sont la réussite et le succès. Passons donc, sans chercher d'autre lien, des. uns à l'autre. Ce petit divertissement, écrit pour les représéntations du Chapeau de paille d'Italie, qui ont eu lieu au théâtre d'Amsterdam en, 1929, n'est peut-être qu'une pochade, mais composée avec quel talent, avec quel naturel et de telle manière que jamais le musicien de race ne cesse de marquer sa vigilante présence dans le détail, en apparence, le moins essentiel. M. Jacques Ibert a le sens de l'humour qui n'aime et n'admire Angélique ? lequel se combine chez lui avec le don du mouvement. C'est de cette union parfaitement assortie que naît la drôlerie de cefte musique de scène dont l'O.S.P., par l'entremise de M. Vladimir Golschmann, nous a fait connaître six morceaux. Tous sont également bien vus l'esprit, le sentiment parodique, l'invention rythmique s'y liguent pour notre plaisir, avec le talent d'un infaillible jongleur de timbres, qui n'utilise que peu d'instruments, mais les combine avec une fantaisie vraiment éblouissante. Des rencontres imprévues, d'hilarantes citations, des allusions qui font fuser les rires, émaillent ce petit ouvrage, plus riche d'agrément musical que bien des ambitieuses partitions. Je ne voudraie pas quitter l'O.S.P. sans signaler l'exécution vivante, colorée, nerveuse comme il convient, que M. Golschmann a donnée du Tricorne, dé Manuel de Falla sans signaler également le lento de la Symphonie en la mineur, de M. Tansman, d'un sentiment musical très noble et très pur enfin, la façon simple, élégante, fine dont Mme A. Dorfmann a joué le Concerto pour piano en ut majeur de Beethoven. Le Temps du 6 décembre 1930 A l'orchestre de Paris, Mme Annie Dorfman a joué non sans grâce le très mozartien concerto en ut d'un Beethoven influencé par son illustre et salzbourgeois aîné jusqu'à la concision incluse. Puis M. Vladimir Golschmann, à la direction nette et fougueuse, fait miroiter un Tricorne digne de l'institut de Clapisson, où ne s'entrevoient guère encore la noble sobriété, la saveur hautaine et quasi ascétique d'un Retable, par exemple, et dont les répétitions constantes de deux en deux mesures ménagent moins de surprise que de lassitude, tandis que ses truculences un peu faciles, ses contre- chants indiscrets de trombones (il ne faut pas confondre l'Alhambra de Grenade avec l'Alhambra de Londres), son ibérisme tout formulesque confineraient, pour un peu, à la banalité. Jamais cela ne m'avait frappé comme cette fois, Heureusement Falla s'est rattrapé depuis. Quant au Chapeau de paille d'Italie, j'imagine que Jacques Ibert lui-même sera de mon avis si je pense que ce divertissement de Palais-Royal néerlandais participe plus étroitement, en ses effets parodiques un peu usagés, de l'esprit de Dènogoo-Tonka que de celui des poétiques Escales ou de la subtile, musicale, originale Angélique. 


31 les débuts à Saint-Louis qui nous mènerons juqu'en... 58

Le Ménestrel du 9 janvier 1931 Orchestre Symphonique de Paris Dimanche 4 janvier. — Un chef d'orchestre italien, M. Massimo Freccia, devait diriger ce concert. Tombé malade, il dut, presque au dernier moment, y renoncer ; et ce fut M. Wladimir Golschmann qui assuma la tâche difficile de parachever l'effort qu'avait préparé une autre pensée. Son talent, sa précision ardente le lui permirent ; et la seule, mais très importante, modification au programme fut la substitution de la Septième Symphonie de Beethoven à la Première Symphonie de Brahms. M. Massimo Freccia était absent, mais non certes la musique italienne ; car tout débuta par l'Ouverture du Barbier de Séville, enlevée avec tout le brio nécessaire. Vint ensuite la Wanderer-Fantasie de Schubert, telle que Liszt l'a adaptée pour piano et orchestre ; et M. Alfred Blumen donna de la partie pianistique une interprétation souvent puissante, mais qui faisait parfois trop peu ressortir l'intime continuité de l'oeuvre, Il traduisit plus tard avec non moins de vigueur le Concerto en la majeur de Liszt, surtout le quatrième et le cinquième mouvements, Allegro deciso et Martiale un poco meno allegro. Et la séance se termina par l'Ouverture des Maîtres Chanteurs, que le programme intitulait Prélude, pour rappeler que ce fut en effet la dénomination choisie lors des deux premières exécutions, à Leipzig et à Vienne, en 1862 et 1863. Claude ALTOMONT.  Le Ménestrel du 30 janvier 1931 Bilbao. — Malgré les circonstances qui nous privent, pendant quelques mois au moins, d'un chef d'orchestre de la valeur de Golschmann, nous avons pu entendre deux concerts que notre orchestre, parfaitement équilibré et souple, a exécutés brillamment, grâce à la précise et vibrante direction du maestro Pedro de Freitas Branco, le Directeur bien connu de la Compania Portuguesa de Opéra Lirica, de Lisbonne.  Le Figaro du 13 avril 1931 La musique française aux Etats-Unis. Après les succès considérables qu'il a remportés à la tête de la Saint-Louis Symphony Orchestra, M. Vladimir Golschmann vient d'être nommé chef permanent de cet orchestre, qui est un des meilleurs des Etats-Unis. A. Crémone.



26 juin 1930 Springfield Republican 


En janvier 1931, il dirige 4 semaines de concerts à Saint Louis comme chef invité pour être nommé à la fin de l'année directeur musical du Saint Louis Symphony Orchestra, union qui va durer jusqu'en... 58. A cette occasion, il grilla notamment la politesse à Fritz Reiner qui aurait lui aussi postulé, et à Fernandez Arbos et George Szell. Le poste était inoccupé depuis 1927 et le départ de Rudolph Ganz. Il fit venir Scipione Guidi, premier violon à New York, pour qu'il prenne la même fonction à ses côtés ainsi que celle de chef assistant. Très amis, leur proximité finit dans une sombre brouille au printemps 1942... 
Le Ménestrel du 13 mars 1931— Vladimir Golschmann est fort applaudi comme guest conductor du Saint-Louis Symphony Orchestra. 


Scipione Guidi


Le Ménestrel du 13 mars 1931 — M. Vladimir Golschmann, à son retour d'une brillante campagne en Amérique, a repris la direction de la Sinfonica de Bilbao, et nous a fait goûter à nouveau ce qu'il a pu obtenir des capacités de l'orchestre par son intelligente direction, vibrante et nuancée à l'extrême : Ouverture du Freischutz de Weber, un Ballet de Scarlatti, Symphonie n°94 de Haydn, Mort et Transfiguration de Strauss et du Wagner.  Le Ménestrel du 10 avril 1931 Bilbao. — A la Filarmônica, récital de piano par Rubinstein, en merveilleuse forme, et un deuxième concert avec la coopération de l'Orchestre symphonique sous la direction de Golschmann : Brahms et Falla. Succès énorme et bien mérité.  Bilbao — La Sinfônica, sous l'excellente baguette de Golschmann, a interprété un concert matinal du dimanche composé avec le meilleur goût : Suite-Ballet de Gluck-Mottl, Première Rapsodie roumaine de Stan Golestan et Shéhérazade de Rimsky-Korsakoff. J. AUDRAIN.



 

Hugo Max Steindel, violoncelliste à St Louis de 1912 à 1942


Les pianiste Vladimir Horowittz et Myra Hess ou les violonistes Albert Spalding et Samuel Dushkin seront parmi les invités.
L'orchestre voit l'arrivée de 10 nouvaux, outre Scipione Guidi 1er violon, dont René Corne au hautbois.




(Photo X)


8 avril 1941 Dallas Morning News
Aux Etats-Unis, il n'y a pas qu'entre le "Big five" (New York Philharmonic, Boston Symphony Orchestra, Chicago Symphony Orchestra, Philadelphia Orchestra, Cleveland Orchestra que Vladimir Golschmann dirigea tous) que la concurrence est féroce. 
Arrivant en 31, la compétition Saint Louis/Minneapolis ou Saint-Louis Symphony Orchestra, Missouri vs Minnesota Orchestra sera aussi celle de Vladimir Golschmann contre Eugene Ormandy , arrivé aussi en 31. En 36, ce dernier est suivi de Dimitri Mitropoulos (qui restera jusqu'en 1949) et la compétition va s'étendre au Midwest et au Sud où les 2 orchestres partent en tournée chaque printemps. En 36, il y eut aussi transfert d'impresario sur le Missouri, Arthur Gaines optant pour Saint Louis avec bagages et carnet d'adresses avant de faire le voyage retour en 38. La "guerre" pouvait s'intensifier…
Cet article fait le point sur la "bataille" en 41 avant que les USA ne plongent dans d'autres combats. 
En décembre 1941, peu après Pearl Harbor, Dimitri Mitropoulos dirigeant à New York, on retrouve Vladimir Golschmann le remplaçant à la tête du Minnesota Orchestra à Minneapolis...

En 31/32, Golschmann dirige aussi à Rochester.
23 août 1931 Dallas Morning News

Mars 31, retour à Bilbao, décembre à New York au Carnegie Hall avec toujours le New York Philharmonic (il dirige notamment le Trriptyque de Tansman). Toute sa vie, l'un de ses amis les plus intimes fut justement Alexandre Tansman. En 1932, Tansman compose Deux Mouvements pour orchestre (Pastorale et Scherzo) dédiés à Golschmann, devenus Deux Mouvements symphoniques à la création à Saint Louis en novembre 1932. Golschmann qui créa aussi  les Variations sur un thème de Frescobaldi (1937),  la Toccata et Fugue en ré mineur B.W.V. 538 d'après Bach (1937) tout comme les Deux Chorals B.W.V.705 et 599 (1939).

Proposition pour 4 concerts du New York Philharmonic Symphony en 1931 (payés 500 $ l'un).

Ce télégramme du New York Symphony correspond à la période où, Toscanini étant tombé malade pour 6 mois (absence annoncée pour 3 mois d'abord avant d'être prolongée), il fut le premier de ceux appelés à le remplacer. Le New York Times du dimanche 20 décembre 1931 l'annonce ainsi : "PROGRAMS OF THE WEEK Toscanini Quits Philharmonic Till March THIS afternoon's farewell of Toscanini till early Spring is a major event of the season's quiet week before Christmas. First of the Philharmonic guest conductors in his absence will be Vladimir Golschmann next Wednesday" (le 23). 
Lyrica Janvier 1932 New-York En l'absence du Maître Arturo Toseanini rappelé en Europe, M. Vladimir Golschmann vient de diriger quatre concerts dé l'orchestre philharmonique de New-York au programme desquels figuraient dé nombreuses œuvres françaises. Le jeune et éminent chef d'orchestre a remporté devant le public un magnifique succès auquel toute la presse s'est plue à rendre hommage.
4 concerts très français avec Roussel, Tansman et Debussy plus Stravisnky et Falla.

Le Ménestrel du 1er mai 1931 Le Comité exécutif du Saint-Louis Symphony Orchestra annonce les engagements de Vladimir Golschmann comme chef d'orchestre et d'Arthur J. Glanes comme manager. En octobre 31, il signe un contrat pour 2 saisons. Ouverture les 16 et 17 novembre 1931.
38 concerts sur 19 week-ends, 10 concerts étudiants et 4 concerts exceptionnels
Annonce 1 création, Triptyque de Tansman ; 2 première US, Ouverture de Nabokov, Cortège des divinités infernales de Mihalovici ; aussi au programme Suite en fa de Roussel, Chants nègres de Fairchild, Suite 2 du Dardanus de Rameau, Sérénade pour petit orchestre de Martinu, L'Isle enchantée de Gruenberg, Escales d'Ibert, Hiver-Printemps de Bloch, Semiramis de Borowski, le Concerto pour violon de Stravinsky et le Concerto pour violon Gregoriano de Respighi.  
Le Ménestrel du 25 décembre 1931 ÉTATS-UNIS New-York Toscanini, heureusement remis de la névrite dont il souffrait dans le bras, droit, a repris son bâton de commandement à la tête du Philharmonie. New-York lui fait une ovation. Au premier des concerts que le célèbre chef italien dirigea le violoniste allemand Adolph Busch fit ses débuts à New-York dans le Concerto de Bach. — On annonce que M. Vladimir Golschrnann doit diriger les concerts des 23, 24, 26 et 27 décembre. — Le Tryptique dédié par Alexandre Tansman à F.M. Coolidge et que le compositeur écrivit primitivement pour quatuor à cordes, vient d'être joué dans une nouvelle version orchestrale par le Saint Louis Symphony Orchestra, sous la direction de Vladimir Golschrnann. Le Ménestrel du 8 janvier 1932 ÉTATS-UNIS New-York — Lors des quatre concerts où il remplaçait Toscanini à la tête du Philharmonie, Vladimir Golschmann a dirigé nombre d'oeuvres modernes, dont la Suite en fa d'Albert Roussel, le Prélude de Fervaal de Vincent d'Indy, le Tryptique d'Alexandre Tansman, les Nocturnes de Debussy, le Tricorne de de Falla et l'Oiseau de feu de Strawinsky. Le Ménestrel du 11 mars 1932 — Maurice Hewitt, chef du département du violon au Cleveland Institute, s'y est fait entendre maintes fois comme soliste et à la tête de son remarquable Quatuor. La Cleveland Press en écrit : « L'Institut peut se féliciter de s'être adjoint un artiste de la valeur de Maurice Hewitt. Sa longue expérience, acquise dans le Quatuor Capet, lui confère une toute particulière autorité, entourée qui concerne la musique de chambre... La valeur éducative d'un semblable Quatuor dans votre milieu musical, prêt à nous faire entendre tous les chefs-d'oeuvre de la littérature d'ensemble, est incalculable... » — Vladimir Golschmann poursuit ardemment sa tâche à la tête du Saint Louis Symphony Orchestra, qui compte aujourd'hui parmi les meilleurs des Etats-Unis. Une large part est faite dans ses programmes à la musique française. G.-L. GARNIER. Le Ménestrel du 17 juin 1932 La ville de Saint-Louis vient de s'assurer le concours de M. Vladimir Golschmann comme chef d'orchestre et directeur de la musique. L'engagement est signé pour une période de quatre années. G.-L. GARNIER.


32 Pathé Natan cinéma

L'année 32 voit à nouveau Golschmann collaborer avec Jaubert, mais ce sont Vladimir avec Maurice pour Pathé Natan, où ils seront rejoints par Roger Désormière. Charles Pathé était plus un ingénieur, intéressé par les phonographes, les laboratoires, les caméra dont les célèbres Pathé Baby qu'un visionnaire voyant dans le 7ème art autre chose qu'une activité populaire, certes, mais très risquée. Après 1929, il décide de se débarrasser au prix fort de Pathé Cinéma à Bernard Natan qui d'un Pathé moribond fait le premier producteur français. Au lieu des traditionnels attractions, Pathé Natan propose de la musique classique avec des solistes prestigieux. Expérience qui ne durera pas...

Le Figaro Numéro 267 23 septembre 1932 Le grand Orchestre Pathé-Natan. Mardi 27 septembre, à 17 heures, aura lieu, à l'Empire, le premier grand concert donné par l'Orchestre symphonique Pathé-Natan, sous la présidence d'honneur de M. A. de Monzie, ministre de l'éducation nationale, et avec la présence effective de M. Mistter, sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts. Cet orchestre, qui est composé de 70 exécutants, a été recruté par le célèbre chef Vladimir Golschman, qu s'est inspiré dans son choix des lois d'équilibre que la technique de l'enregistrement sonore a permis de dégager. Des auditions de l'orchestre Pathé-Natan auront lieu à dates fixes, que nous ferons connaître ultérieurement. Le Figaro du 26 septembre 1932 Le cinéma parlé permet actuellement une diffusion infiniment large des œuvres musicales les plus élevées, alors que la masse des spectateurs restait, il y a quelque temps encore, étrangère à ce genre de manifestations artistiques. La Cie Pathé-Natan, désireuse de posséder un instrument irréprochable pour ses enregistrements et les auditions de ses salles, a constitué, avec le concours de Vladimir Golschmann, un orchestre symphonique, dont les éléments ont été choisis parmi les meilleurs exécutants de Paris. Cet orchestre donnera son premier grand concert mercredi 27 septembre, à 17 heures, à l'Empire, sous la présidence d'honneur de M. A. de Monzie, ministre de l'éducation nationale, et sous la présidence effective de M. Mistler, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. Pour cette première audition, ce concert sera dirigé par Vladimir Golschmann, qui fera, à cette occasion, sa seule appaition au pupitre en France, avant son départ pour (Philadelphie, où le jeune maître va succéder à Toscanini. ???)Voici le programme de cette intéressante manifestation I. Suite en ré (J.-S. Bach) ouverture aria, gavottes I et II II. Havanaise (Saint-Saëns) Roland Charmy. sous la direction de Maurice Jaubert III. Capriccio Espanol (Rimsky-Korsakov) alborada, variazjoni, alborada, scena e canto gitano  asturiano. Entr'acte IV. Prélude à l'après-midi d'un Faune (Debussy) V. Scherzo du Songe d'une Nuit d'Eté (Mendelsshon) VI. Ouverture des Maitres Chanteurs (Wagner), sous la direction de Vladimir Golschmann. Le Ménestrel du 7 octobre 1932 — L'orchestre Pathé-Natan a donné, pour ses débuts, une audition publique très réussie. M. Maurice Jaubert dirigea la Suite en ré, de Bach, et la Havanaise de Saint-Saëns; puis M. Vladimir Golschmann conduisit la seconde partie du concert qui comprenait le Capriccio espagnol de Rimsky-Korsakofl, le Prélude à l'après-midi d'un Faune, le Scherzo du Songe d'une nuit d'été et l'Ouverture des Maîtres Chanteurs. Le Figaro du 4 octobre 1932 Premiers accords qui frappez notre oreille après ceux que forment, durant l'été, les eaux chantantes et les feuillages où glisse le vent, premiers accords, que vous avez de charme. Ce charme neuf qui, trop vite, perdra de sa nouveauté, ce ne sont pas nos troupes régulières qui, cette année, nous l'ont dispensé. Elles ont été devancées, de quelques jours, par l'ensemble symphonique que, pour ses enregistrements et l'accompagnement de ses films, la Compagnie Pathé-Natan a réuni sous la baguette de Vladimir Golschinann. Après avoir manqué de la ruiner, la mécanique et ses dieux féroces viendront- ils au secours de la musique ? Avec des instruments aussi parfaits que celui qu'on vient de nous faire entendre. la chose ne serait pas impossible. C'est un orchestre excellent, recruté avec soin, qui a déjà de la cohésion et où l'on retrouve un grand nombre d'artistes d'expérience qui ont fait leurs preuves et qui sont autant de garants pour les exécutions à venir. Celle qui nous fut récemment donnée, en manière de présentation, au théâtre de l'Empire, fut irréprochable et, par moments, remarquable. La première partie du concert était conduite par M. Maurice Jaubert, la seconde par Vladimir Golschmann. M. Jaubert, qui dirige avec aisance et simplicité, a bien distribué les plans de la Suite en ré de J.-S. Bach qui ouvrait la séance et a donné, aux amples volutes de l'Aria, toute la profondeur d'expression requise. M. Roland Charmy. qui vient de représenter avec tant d'éclat l'école française du violon au Concours international de Vienne, a ensuite dégagé au début et de la péroraison de la Havanaise de Saint-Saëns tout ce qu'elle offre de séduction, et de son épisode central tout ce qu'il comporte de brillant. Vladimir Golschmann a pris ensuite la baguette. Nous avons dit maintes fois tout le bien qu'il faut penser de ce jeune chef si heureusement doué. Après avoir occupé le pupitre à Bilbao (où un élève de Paul Dukas, J. Arambarri le remplacera) et à Saint-Louis, il est appelé à prendre, aux Etats-Unis, une lourde succession, dont, à n'en point douter, il se montrera digne. Il n'a jamais manqué, dans ses divers postes, de servir avec un zèle constant la cause de la musique moderne française. Souhaitons-lui bonne chance et faisons la plus large confiance à cette carrière qui s'ouvre sous d'aussi favorables auspices. De toutes les pièces qu'il a conduites Caprice espagnol, Après-midi d'un Faune, scherzo du Songe d'une Nuit d'Eté, ouverture des Maîtres Chanteurs, c'est le Caprice espagnol dont il m'a paru rendre le plus parfaitement la couleur et le caractère. C'est là que son tempérament nerveux a pu se donner le plus libre cours II me semble difficile de mettre plus de chaleur, de fantaisie et de charme dans l'ouvrage de Rimsky-Korsakow, dont le pittoresque conserve, en dépit des années, tant de fraîcheur et d'agrément. Le scherzo du Songe d'une Nuit d'Eté a bénéficié, lui aussi, d'une exécution entre toutes légère et fluide. Mais le souvenir de la poésie vaporeuse qu'y met la Société des concerts ne s'efface pas ainsi, d'un coup de baguette, fût-il inspiré par les fées. (…) Robert Brussel. 

Cette même année 32, il fait partie du jury du 1er concours organisé par le Centre International de la Danse de Rolf de Maré (gagné par la Table verte de Kurt Joos), jury où l'on trouve aussi Gabriel Astruc, introducteur des Ballets russes, Albert Aveline de l'Opéra, Rudolf Laban, qui dirige alors le ballet de l'Opéra de Berlin, le peintre Fernand Léger, Louis Masson, ancien directeur de l'Opéra-comique, le compositeur Florent Schmitt, le chrorégraphe Max Terpis, Pierre Tugal, secrétaire des Archives internationales de la danse, Henri Varna, directeur du Casino de Paris, le maître de ballet Alexandre Volinine, le prince Serge Volkonski et Carlotta Zambelli. 6 ballets furent distingués : Les Contrastes d'Hellerau, Miniatures de Dorothée Günther, Images polonaises de Tacjanna Wysocka, La Table verte de Kurt Joos, Fridolin en route de Trudy Schopp et le Ballet triadique d'Oscar Schlemmer. Le Figaro du 2 juillet 1932 Voici la liste des membres du jury du Concours international de danses artistiques, qui aura lieu au Théâtre des Champs-Elysées, du 2 au 4 juillet inclus, entre vingt troupes de tous pavs. Présidence Mlle Zambelli MM. Masson, Aveline. Varna, Astruc, P.-L. Schmidt, Fernand Léger, Rolf de Maré, Pierre Tugal, von Laban, Golschmann, Volinine, prince Volkonsky. Pour la matinée du 2 juillet, concours des petits sujets MM. Robert Quinault, Slavinsky, Mmes Miarka Jourde, Lamballe. 

Un article se félicite de la qualité des chefs français (avec une faute pour Désormière). Le Ménestrel du 2 décembre 1932 Festival de musique française (15 novembre). — Une légende circule à l'étranger, selon laquelle la France possède de bons orchestres, mais ne compte guère de grands chefs. Nous voyons cependant, en dehors de nos conducteurs à la renommée assise, une pléiade de jeunes chefs qui constituent beaucoup plus que des promesses. Parmi les aînés, Monteux a une répulation mondiale. Parmi les jeunes, Golschmann connaît la gloire. Un Désormières, un Fourestier comptent de nombreux admirateurs; un Jaubert s'impose déjà. Il faut suivre de très près le jeune Tomasi, prix de Rome en 1927. Nanti d'une solide éducation classique, riche d'un tempérament musical des plus équilibrés et des plus fins, il a débuté comme chef des concerts du Journal. On a pu l'applaudir chez Poulet, à l'O. S. P. Le voici à la tête de Radio-Colonial, et c'est précisément son orchestre qu'il dirigeait à la salle Pleyel lors d'un gala français radiodiffusé, du plus haut intérêt. Après Berlioz, Lalo connut l'enthousiasme grâce au talent de M. Chedecal, violoniste qui joue à ravir la Symphonie espagnole. Mme Andréadès, à la voix agréable, a fort bien détaillé les périodes de Shéhérazade de Ravel. M. Tomasi a exalté l'atmosphère lascive dé cette belle réussite que constitue la Habanera de M. Louis Aubert. Nous avons pu applaudir le chef comme compositeur dans ses Danses de Rêve, pages variées, finement ouvrées et orchestrées avec une réelle maîtrise. Toutefois, c'est dans le Festin de l'Araignée, de Roussel, que le jeune chef s'est surpassé. Il est plus facile de bousculer un orchestre que de l'ordonner, d'emballer son public que de le convaincre. La baguette de M. Tomasi est persuasive. Elle n'exécute aucun moulinet intempestif destiné à la galerie. Tout chez lui est admirablement en place, les nuances ne sont pas hypertrophiées, les mouvements ne sont jamais précipités. L'oeuvre de Roussel fut d'une précision lumineuse, d'une poésie irrésistible, notamment le postlude, l'une des plus belles pages de la musique d'aujourd'hui. Sans vouloir écraser notre jeune chef sous la comparaison d'un nom illustre, nous voudrions dire que par son horreur de l'emphase, que par son goût de l'équilibre et du beau timbre qui rejettent les exécutions dites « inspirées » et qui nous semblent « congestionnées », que par son abnégation devant l'oeuvre, surtout, par cette sorte d'objectivité qui est une forme du respect et de la ferveur, Tomasi nous fait penser à Weingartner. Même simplicité exempte de cabotinage, même sérénité devant l'orchestre qu'il ne faut point transformer en champ de bataille. Puisse cette comparaison, lourde à soutenir et sans doute prématurée, se justifier un jour ! A. H. 


33 saint louis débuts de la radio

Activité surtout à Saint Louis

33 vu de Paris… Le Ménestrel du 20 janvier 1933 — Vladimir Golschmann s'efforce de révéler des oeuvres nouvelles aux programmes du Saint-Louis Orchestra. Il vient ainsi de diriger, en première audition, un Capriccio de Georges Antheil et une Suite de Carol Rathaus. Le Ménestrel du 3 février 1933 — La saison du Saint-Louis Symphony Orchestra se poursuit heureusement sous la direction de Vladimir Golschmann. José Iturbi y fait applaudir le Concerto Franco-Américain pour piano et orchestre de Jean Wiener. Le Ménestrel du 15 décembre 1933 — Golschmann dirige l'Orchestre de Saint-Louis avec éclat. Lors d'un récent concert il avait mis au programme la « world première » d'une Suite Française de Maurice Jaubert. G.-L. GARNIER

Le Temps du 8 juillet 1933 Et puisque je m'adresse aux musiciens, je tiens à leur signaler un essai fort intéressant réalisé par un procédé d'enregistrement nouveau et qui a permis de présenter au Marignan toute une composition symphonique parfaitement synchronisée avec les images de ses exécutants. Ce sont les danses du «Prince Igor» qui ont servi de sujet d'expérience. Pendant que l'on entend cette exécution, avec une fidélité étonnante, l'objectif se promène à travers l'orchestre, happant au vol une attitude du chef, Vladimir Golschmann, ou un geste professionnel des instrumentistes. Avec beaucoup de souplesse et de précision, on permet ainsi à l'auditeur de se trouver au moment opportun en contact avec un hautboïste, un corniste ou un violoncelliste et de surprendre à la minute voulue l'intervention de la contrebasse, des trompettes, des trombones ou du pupitre des clarinettes. Cette réalisation est excellente. Elle rend plus intelligible qu'une audition directe ce tableau orchestral de Borodine. Elle en détaille les moindres nuances et elle en met en lumière les plus précieuses couleurs. Il a là, non seulement pour les musiciens, mais pour la foule ignorante, un mode de diffusion extrêmement utile pour la musique. Il faut encourager vivement une tentative de ce genre. Sa qualité remarquable permet d'attendre beaucoup d'une formule aussi parfaitement mise au point. Emile Vuillermoz.

Et dans l'hiver, début des concerts à la radio... Noël 1933 Vladimir Golschmann et le Saint Louis Symphony Orchestra participent aux Cadillac Programs à la Radio.  Février 34 Avec le violoniste Efrem Zimbalist, Vladimir Golschmann participe aux 10ème Cadillac Concerts à la Radio.


33/34 peu d'informations

33/34 saison de 36 concerts avec, en invités, Arthur Schnabel, Paul Althouse, Elisabeth Rethberg, Josef Hofmann, Vladimir Horowitz, Yehudi Menuhin, Harold Bauer, Albert Spalding et Ossip Gabrilowitsch  (les mêmes que l'année précédente ???)

En décembre 1933, Saint-Louis accueille les Ballets russes de Monte-Carlo qui reviendront en 1934/35.

Au printemps 1934, le 6 avril, dirige à New York le Musicians Symphony Orchestra, entreprise très rooseveltienne du maire républicain Florentino LaGuardia qui vise à donner du travail aux musiciens au chômage, Ossip Gabrilowitsch est aussi de l'aventure. Cette opération avait été lancée dès 1932 et Golschmann y avait participé d'entrée. 200 musiciens au chômage y avaient donné 20 concerts entre 32 et 33.

En 1934, Saint Louis voit l'inauguration du Municipal Opera House et, dès la 1ère saison, les abonnements augmentent de 50% et les abonnements pour les 2 concerts hebdomadaires représentent 70%, des places. Les entrées sans abonnement augmentent elles de 90% et la moyenne hebdomadaire se monte à 5.437 entrées. Avant 1931, le rapport recettes/subventions était de 40/60%, il s'est inversé à 60/40%. Et les donations annuelles sont de 135.000$. On comprend mieux pourquoi Golschmann resta si longtemps à Saint-Louis...

Le Ménestrel du 23 février 1934 — A Saint-Louis aussi, auditions d'oeuvres américaines. Vladimir Golschmann y dirige deux sketches de John Kessler et une composition d'Edward Burlingame. (John Jacob Kessler, compositeur né et mort à Saint Louis 1904-1963 . Edward Burlingame, 1872-1960, est connu pour avoir été le professeur de Leonard Bernstein, Elliot Carter ou Virgin Thompson.)


34/35 explosion de la radio

Explosion de la radio. Par exemple, décembre 34/janvier 35 : Décembre 34 Golschmann à la tête du Saint Louis Symphony Orchestra au Monday night Broadcast sur NBC et WSMB. Au programme Mozart, Ravel, Brahms… 6 Janvier 1935 Golschmann/Menuhin Symphony concerts à la radio sur WGAR avec le General Motors Symphony Orchestra 7 Janvier 1935 Golschmann à la tête du Saint Louis Symphony Orchestra à la radio sur WFAA 21 Janvier 1935 Golschmann à la tête du Saint Louis Symphony Orchestra à la radio sur WEEI  Boston 28 Janvier 1935 Golschmann à la tête du Saint Louis Symphony Orchestra à la radio sur NBC...

Dans un sondage en avril 1935, le public de Dallas plébiscite Golschmann et le Saint Louis Symphony Orchestra (Dallas Morning News du 28 avril 1935).

En mai 35, Golschmann et Jaubert se retrouvent à un colloque sur la musique de film à Florence.

35/38 Philadelphia - Rochester - Détroit - Saint-Louis - Cleveland - New York...

Pour la saison 35/36, l'orchestre donne 80 concerts, 50 à Saint-Louis, 30 en tournée dans 25 villes de 11 états du Midwest et du Sud. Précisément, 36 concerts à Saint-Louis plus 10 concerts pour les étudiants et divers concerts spéciaux ; et tournée à Purdue University, University of Michigan, Toledo, Columbus, Chicago, Bloomington, University of Iowa, Ottumwa, Davenport, Des Moines, University of Missouri, Birmingham, La Nouvelle Orléans, Houston, San Antonio, Austin, Dallas, Denton, Oklahoma City, Tulsa et Joplin... Pour la 3ème année, les Ballets russes de Monte-Carlo au moment de Noël avec l'orchestre de Saint-Louis.  

86 musiciens
1er violon : Scipione Guidi de 31 à 42
violoncelliste principal : Hugo Max Steindel de 1912 à 1942 (1891-1964) 
flûte :Laurent Torno (élève de Georges Laurent) de 32 à 46

Nouveaux invités : Lawrence Tibett, baryton, Robert Casadesus et Paul Wittgenstein au piano, Raya Garbousova au violoncelle. Autres invités : Serge Rachmaninov, Josef Hoffmann et Rudolf Ganz au piano ; Fritz Kreisler et Nathan Milstein au violon. 

Créé en 34, le Saint Louis Choirs donnera 4 concerts : 2 avant Noël les 20 et 21 décembre avec la soprano Helen Traubel ; 2 les 3 et 4 avril pour le Requiem de Verdi.

8 octobre 1935 Municipal auditorium Saint Louis Saint Louis Symphony Orchestra Concert d'ouverture 

Le Ménestrel du 1er novembre 1935 — La troupe du Ballet Russe de Monte-Carlo — une centaine de personnes — est arrivée à New-York où l'appelle son engagement au Metropolitan.  — L'activité symphonique reprend dans tous les Etats. Le Cleveland Orchestra, dirigé par Rodzinski ; le Saint-Louis Symphony avec Vladimir Golschmann ; le Détroit 
Orchestra dont le premier concert est dirigé par Iturbi (suivront au pupitre Gabrilowitch, Molinari, Janssen, etc.) ; Boston, Philadelphie, Chicago avec le Dr Stock, Rochester et mainte autre ville ont rouvert les temples d'Euterpe. Le Ménestrel du 29 novembre 1935 — Vladimir Golschmann ouvre à Saint-Louis la cinquième saison du Symphony Orchestra. Il sera prochainement le 
guest conductor du Philadelphia Orchestra, du Rochester Philharmonie et du Détroit Symphonie.   Le Ménestrel du 13 mars 1936 — A Détroit, Vladimir Golschmann, chef du Saint-Louis Orchestra, et Bernardino Molinari, chef de l'Orchestre romain de l’Augusteo, sont applaudis au pupitre du Symphony Orchestra dont ils sont les hôtes. Le Ménestrel du 20 mars 1936 — Le St-Louis Symphony Orchestra donne la Cendrillon de Marcel Delannoy, sous la direction de Wladimir Golschmann. Le succès en est très vif. Fritz Reiner monte au pupitre comme guest conductor et dirige du Debussy et du Ravel. 
  

St. Joseph News-Press - 5/6 février 37





36 tournée en train avec 3 wagons Pullman, un wagon voyageurs réservé et un wagon pour le matériel


Le Ménestrel du 15 janvier 1937 — Rachmaninofl apparaît comme pianiste et comme compositeur sur la scène du Saint-Louis Orchestra que dirige Vladimir Golschmann. Au programme, le Concerto da Chiesa du compositeur italien d'Abaco (XVIIIème siècle), transcrit par Rhené-Baton. G.-L. GARNIER. Le Ménestrel du 7 mai 1937 — Vladimir Golschmann a quitté Saint-Louis pour 
paraître comme « guest conductor » à Cleveland. Le Ménestrel du 9 juillet 1937 La vingtième saison des concerts en plein air du Lewisohn Sladium a été inaugurée fin juin par une soirée très douce, devant une affluence de 15.000 personnes, sous la direction de Vladimir Golschmann el avec le concours du violoniste Albert Spalding. Au pupitre se succéderont Fritz Reiner, George King Raudenbusch, Willem vanHoogarten, Alexander Smallens. 


En mars 1937, Golschmann à la tête du Saint-Louis Symphony Orchestra clôture à Dallas au McFarlin Auditorium la "Great season of Civic music group".



En juillet 1937, pas de voyage en bus mais un sacré périple en avion pour enchaîner New York et le Lewisohn Stadium, l'Hollywood Bowl de Los Angeles (27.000 spectateurs), le Philharmonic Stadium à Portland (16 à 17.000 spectateurs), le Robin Hood Dell de Philadelphie et pour boucler le mois Chicago et son Ravinia Park.


Eté 37 Portland

1937 Etude de John Mueller et Jane Hevsner sur le répertoire des concerts 57% Allemands/Aurichiens (47/10) 15% Russes 11% Français 10% Britanniques, Italiens et Suédois 6% Américains


Janvier 38 : Golschmann à la descente d'avion pour quelques jours de vacances à La Nouvelle Orléans.

Le Ménestrel du 1er avril 1938 C'est à Saint-Louis qu'a eu lieu la première audition de Pena de Francia de notre compatriote Roland Manuel. Au pupitre du Symphony Orchestra : Vladimir Golschmann, son chef fidèle. 

 

7 mai 38 débuts à l'Orchestre national

Le Ménestrel du 10 juin 1938 Tour Eiffel. — Les Saisons dans la musique, après de judicieux extraits de Vivaldi (nous reconnaissons au passage l'Adagio de l'Automne), oubliant Haydn, nous jettent dans le pittoresque de Séverac, nous font tâter des renouvellements d'Honegger pour aboutir au Sacre de Strawinsky, qui justifierait à lui seul l'intrusion du mot dynamisme dans le dictionnaire de la critique. C'est original à force de barbarie. Le chahut sans précédent qui accueillit l'oeuvre à ses débuts était tout de même plus excusable — et en rapport plus direct avec elle — que celui suscité par Pelléas. Durant sa carrière, Stravinsky a montré tant de diversité dans son talent qu'il est aisé de revendiquer pour lui d'autres titres de gloire. A la débâcle des glaces, nous préférons le tapis vert du Jeu de cartes, ce Petroucka de la maturité. Le 7, V. Golschmann : Troisième Symphonie un peu tumultueuse, où ronflent les contrebasses; Symphonie Haffner (Mozart) mieux réussie. Pour le Scherzo de l'Octuor de Mendelsshon, l'orchestration en épaissit plutôt le trait si souple et nerveux aux cordes seules. Le Figaro du 9 juin 1938 De la Tour Eiffel à Radio 37. Sur la vieille antenne d'Etat, l'Orchestre national est dirigé par M. Wladimir Golschmann On s'étonne que les qualités remarquables du jeune chef soient mises au service d'oeuvres aussi souvent jouées : on eût aimé que son passage en France fût marqué par un succès musical et non par un succès de baguette. Le Figaro du 16 septembre 1938 L'agent américain Clifford Fisher et le chef d'orchestre W. Golschmann sont repartis hier pour l'Amérique à bord du S. S. Ile-de-France,.qui emportera, en outre, vers New-York, l'acteur de cinéma Bert Wheeler, la comédienne Angélus Croal et une vedette de music-hall, Eddy Lewis.

Pour la saison 38/39, pas de manège des chefs d'orchestre, à part Fritz Reiner, qui continue au  Curtis Institute en attendant le Pittsburgh Symphony Orchestra ; Eugene Goossens reste à Cincinnati, Dmitri Mitropoulos à Minneapolis, Vladimir Golschmann à St. Louis, et  Franco Ghione et Victor Kolar à Detroit...

En 38/39, il est invité à diriger le Philadelphia orchestra.

Les attitudes du maestro saisies sur le vif...







Pour la saison 38/39, l'orchestre de Saint-Louis donne 38 concerts à domicile (19x2)  les vendredi et samedi et, en tournée, 30 concerts dans 23 villes du Midwest et du Sud.

Musiciens invités :

- pianistes Simon Barer, Willard McGregor, Vladimir Horowitz, Walter Gieseking, Ray Lev ; 

- chanteuse Gladys Swarthout ; 

- violoncellistes Raya Garboussova (Max Steindel) ;

- violonistes Nathan Milstein (Scipione Guidi). 



39 derniers concerts parisiens avant le long exil

Printemps 1939 Orchestre Symphonique et Société philharmonique de Paris Le Figaro du 15 mai 1939 OSP Wladimir Golschmann vient de revenir à Paris et, au cours d'un concert, a fait devant le public parisien une rentrée sensationnelle. Aux Etats-Unis, à Saint-Louis, où il dirige chaque année la Saison symphonique, il a, par son talent, gagné l'opinion entière et conquis, pour la musique française, un fief jusqu'ici allemand. Nous lui avons de grandes obligations et j'aurais voulu vous entretenir longuement de lui. Faute de pouvoir le faire, je tiens tout au moins à signaler la façon supérieure dont il a conduit la Deuxième Symphonie de Brahms et la Mer de Debussy. Robert Brussel. Le Figaro du 10 juillet 1939 Les deux derniers concerts de l'abbaye de Royaumont ont eu lieu le 24 juin (sous le patronage d'Art et Tourisme) et le 1er juillet. Ils ont obtenu un éclatant succès et ont permis au nombreux public élégant et choisi d'applaudir les chœurs de Cambridge dirigés par Boris Ord, et l'orchestre de la Société Philharmonique de Paris, dirigé par Vladimir Golsçhmann, avec le concours de G. Cernay, N. Wetchor et Pierre Bernac. 


juillet 1939 8 concerts au Ravinia music festival avec le Chicago symphony orchestra


Il revient en France pour les vacances et repart pour l'Amérique à bord du Paquebot Ile de France au moment de la déclaration de guerre (il voyage avec la Grande Duchesse Marie de Russie et le violoncelliste Gregor Piatigorsky) pour une arrivée à New York le 9 septembre 1939. 

Avec l'invasion allemande en 40, Golschmann ne reviendra plus en France qu'après la Libération.


39/40 Prix pour un compositeur de 1.000$ et 2 concerts pour le 60ème anniversaire du Saint-Louis Symphony Orchestra : 3 jurés, Vladimir Golschmann, Rudolph Ganz et Eugène Goosens du Cincinatti Symphony Orchestra. En février 40, 187 manuscrits reçus.

En février 40, 187 manuscrits reçus.

Avec sa Sinfonietta, le gagnant sera Antoni van der Voort, un violoniste et professeur de Santa Barbara. Concertiste hollandais, il était arrivé en 1909 en Amérique, où il mourra en 1952.