14 - Epilogue

De ces récits qui témoignent de la perpétuation de l’histoire et de l’esprit communautaire, se distinguent quatre grandes phases.

 

L’âge d’or des Trente Glorieuses des années 1950 à 1970

               Au lendemain de la Guerre, la France et le 20e arrondissement connaissent une grave crise de logement. On assiste sur le territoire de l’œuvre des Otages de la Commune à la catalyse d’un projet autour d’un personnage fort, le Père Thouvenin-de-Villaret. La solidarité est forte entre les habitants. C’est bien évidemment cette période qui cristallise l’essentiel des témoignages recueillis et ressort comme l’âge d’or.

 

La société de consommation et les années 1970-1980

               L’individualisme rend de plus en plus difficile la vie en communauté partout en Europe. A tel point qu’en France apparaît la loi Chalandon : La coopérative disparaît au profit de la propriété privée. Les souvenirs collectifs sont moins nombreux.

 

L’esprit communautaire tombe en léthargie : les années 1980-1990

Les enfants ont grandi ; Le Père Thouvenin-de-Villaret disparaît en 1983 ; Les activités communautaires s’endorment peu à peu ; Les vacances à Nabas tombent en désuétude (C’est l’époque des maisons de vacances individuelles que peuvent désormais s’offrir ceux qui sont passé de coopérateurs à copropriétaires à moindre coût).

 

La renaissance grâce au sang neuf et au réveil des années 1990- 2006

               Le vieillissement de la population entraîne des disparitions et, par voie de conséquence, l’arrivée de nouveaux copropriétaires qui achètent au prix du marché. Cependant, arrivé de l’extérieur, le renouveau est favorisé en cette période de crise économique (travail, logement…) par la prise de conscience de la nécessité d’une entente collective. Il s’opère par deux biais :

 

Le réveil organisé

               En 1999-2000, le conseil syndical qui ne totalise alors que neuf membres fait rentrer six nouveaux habitants. Puis il passe la main à un nouveau conseil qui désormais compte 18 membres, anciens et nouveaux.

               Le livre puis le recueil des témoignages permettent alors aux anciens de reprendre conscience de leur histoire et aux nouveaux de la découvrir.

               Les activités de loisir et culturelles reprennent essor (fête de l’été, Noël, galette des Rois…) ou sont créées (visites du Patrimoine, conférences, publications d’articles, théâtre, association ABITA pour la préparation du cinquantenaire, et lancement du chantier mosaïque qui, depuis 2004, fédère une quarantaine d’habitants autour d’ateliers veillées hebdomadaires…).

 

Le réveil par la jeunesse

               De jeunes couples et jeunes parents nouvellement arrivés se retrouvent dans le parc et autour des jeux. Des liens de solidarité et d’amitié se tissent entre les parents comme entre les enfants ainsi qu’avec les personnes âgées qui profitent du parc.

 

La perdurance

Ces témoignages, parfois opposés - le regard dépend de ce que l’on est - révèlent des choses au plus profond de chacun, même si l’on n’est pas tout à fait d’accord sur la perception des autres.  Il est cependant courant de se retrouver aujourd’hui dans le vécu des premiers temps. Il est donc possible, si l’on prend le soin de passer la mémoire, que les nouveaux arrivés croient et entrent dans l’esprit et  le mouvement.  L’impression se dégage que les témoins sont aujourd’hui dans ce qu’ils disent, comme ils l’étaient à l’origine. L’immeuble a été et reste un ciment. Quelques petites diversifications sourdent néanmoins : contrairement aux jeunes générations, les anciens parlent peu de leurs enfants (Cela peut être un comportement générationnel autant que culturel) ; Des craintes vis à vis de la sécurité et du bruit, phénomène des temps modernes, apparaissent.

A l’extérieur, les problèmes de logement se font de nouveau de plus en plus criants. L’expérience de l’habitat communautaire pourrait peut-être être renouvelée ailleurs ?

 

 

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