Les paroles de l’hymne national hongrois, Himnusz, sont dues à Ferenc Kölcsey (1790-1838), grand poète des réformes hongroises. Le poème avait été écrit en 1828. Sa musique est celle du compositeur-chef d’orchestre Ferenc Erkel (1810-1893), lauréat du concours lancé en 1844 pour la mise en musique du chant national. L’hymne Kölcsey-Erkel fut interprété pour la première fois sur la scène du Théâtre national de Budapest en 1844, mais deviendra officiellement l’hymne national de la Hongrie seulement en 1903. Le poème se compose de huit strophes mais, lors des cérémonies officielles on ne joue où chante généralement que la première.

 
 

Isten, áldd meg a magyart
Jó kedvvel, bőséggel,
Nyújts feléje védő kart,
Ha küzd ellenséggel;
Bal sors akit régen tép,
Hozz rá víg esztendőt,
Megbűnhődte már e nép
A múltat s jövendőt!

Őseinket felhozád
Kárpát szent bércére,
Általad nyert szép hazát
Bendegúznak vére.
S merre zúgnak habjai
Tiszának, Dunának,
Árpád hős magzatjai
Felvirágozának.

Értünk Kunság mezein
Ért kalászt lengettél,
Tokaj szőlővesszein
Nektárt csepegtettél.
Zászlónk gyakran plántálád
Vad török sáncára,
S nyögte Mátyás bús hadát
Bécsnek büszke vára.

Hajh, de bűneink miatt
Gyúlt harag kebledben,
S elsújtád villámidat
Dörgő fellegedben,
Most rabló mongol nyilát
Zúgattad felettünk,
Majd töröktől rabigát
Vállainkra vettünk.

Hányszor zengett ajkain
Ozman vad népének
Vert hadunk csonthalmain
Győzedelmi ének!
Hányszor támadt tenfiad
Szép hazám, kebledre,
S lettél magzatod miatt
Magzatod hamvvedre!

Bújt az üldözött, s felé
Kard nyúlt barlangjában,
Szerte nézett s nem lelé
Honját e hazában,
Bércre hág és völgybe száll,
Bú s kétség mellette,
Vérözön lábainál,
S lángtenger fölette.

Vár állott, most kőhalom,
Kedv s öröm röpkedtek,
Halálhörgés, siralom
Zajlik már helyettek.
S ah, szabadság nem virul
A holtnak véréből,
Kínzó rabság könnye hull
Árvák hő szeméből!


Szánd meg Isten a magyart
Kit vészek hányának,
Nyújts feléje védő kart
Tengerén kínjának.
Bal sors akit régen tép,
Hozz rá víg esztendőt,
Megbűnhődte már e nép
A múltat s jövendőt!

Bénis les Hongrois, ô Seigneur,
Fais qu'ils soient heureux et prospères,
Tends vers eux ton bras protecteur
Quand ils affrontent l'adversaire !
Donne à qui fut longtemps broyé,
Des jours paisibles et sans peine ;
Ce peuple a largement payé
Pour les temps passés ou à venir.

Aux Carpates, sur Ton conseil,
Nos aïeux osèrent s'étendre.
Quelle belle place au soleil
Tu aidas nos pères à prendre !
Aussi loin que de la Tisza
Et du Danube le flot danse,
Aux fils héroïques d'Arpad,
Tu as prodigué l'abondance...

Tu fis onduler, à l'instar
Des mers, les épis dans nos plaines,
Et Tu permis que du nectar
De Tokay, nos coupes soient pleines.
Grâce à toi, nos drapeaux ont pu
Flotter chez le Turc en déroute,
Les murs de Vienne être rompus
Par Matyas et ses noires troupes.

Hélas! nos fautes, trop souvent
Ont fait éclater Ta colère,
Et de Tes nuages ardents
Tu as fait jaillir le tonnerre.
Alors ce furent les Mongols,
Leurs dards sifflants et leurs pillages,
Puis le Turc qui sur notre col
Posa le joug de l'esclavage.

Que de fois, sur l'amas sanglant
Des cadavres de nos armées,
Par les cris orgueilleux d'Osman
La victoire fut proclamée !
Que de fois, ô patrie, enfin,
Tes propres enfants t'attaquèrent!
Et par leurs crimes, tu devins
L'urne funèbre de leurs frères.

Fuir ! Mais d'asile il n'est point
Contre le fer et sa furie.
Dans son propre pays, en vain
Le fuyard cherchait sa patrie.
Il allait par monts et par vaux,
Pour compagnon, douleur et doute,
Pour horizon du sang à flots,
Et des flammes pour clef de voûte.

Là, ces ruines furent un fort,
Autrefois y régnait la joie.
A sa place, un râle de mort
Et des plaintes de cœurs qu'on broie.
La liberté ne fleurit point,
Hélas dans le sang des victimes !
Les yeux de l'orphelin sont pleins
Des pleurs de ceux que l'on opprime.

Prends pitié du Hongrois, Seigneur !
Si souvent il fut dans les transes !
Tends vers lui un bras protecteur
Dans l'océan de ses souffrances !
Donne à qui fut longtemps broyé
Des jours paisibles et sans peines.
Ce peuple a largement payé
Pour les temps passés ou qui viennent.

Traduction de Jean Rousseau (1962)

 Ferenc Kölcsey
 

 

 

 

Un autre poème, intitulé « Exhortation », est considéré en Hongrie comme un deuxième hymne national, que l’on chante volontiers à la fin des réunions solennelles. L’auteur en est l’éminent poète Mihály Vörösmarty (1800-1855), le compositeur Béni Egressy (1814-1851). Date de la composition: 1840.

 

Szózat

Hazádnak rendületlenűl
Légy híve, oh magyar;
Bölcsőd az s majdan sírod is,
Mely ápol s eltakar.

A nagy világon e kivűl
Nincsen számodra hely;
Áldjon vagy verjen sors keze:
Itt élned, halnod kell.

Ez a föld, melyen annyiszor
Apáid vére folyt;
Ez, melyhez minden szent nevet
Egy ezredév csatolt.

Itt küzdtenek honért a hős
Árpádnak hadai;
Itt törtek össze rabigát
Hunyadnak karjai.

Szabadság! itten hordozák
Véres zászlóidat,
S elhulltanak legjobbjaink
A hosszu harc alatt.

És annyi balszerencse közt,
Oly sok viszály után,
Megfogyva bár, de törve nem,
Él nemzet e hazán.

S népek hazája, nagy világ!
Hozzád bátran kiált:
"Egy ezredévi szenvedés
Kér éltet vagy halált!"

Az nem lehet hogy annyi szív
Hiában onta vért,
S keservben annyi hű kebel
Szakadt meg a honért.

Az nem lehet, hogy ész, erő,
És oly szent akarat
Hiába sorvadozzanak
Egy átoksúly alatt.

Még jőni kell, még jőni fog
Egy jobb kor, mely után
Buzgó imádság epedez
Százezrek ajakán.

Vagy jőni fog, ha jőni kell,
A nagyszerű halál,
Hol a temetkezés fölött
Egy ország vérben áll.

S a sírt, hol nemzet sűlyed el,
Népek veszik körűl,
S az ember millióinak
Szemében gyászköny űl.

Légy híve rendületlenűl
Hazádnak, oh magyar:
Ez éltetőd, s ha elbukál,
Hantjával ez takar.

A nagy világon e kivűl
Nincsen számodra hely;
Áldjon vagy verjen sors keze:
Itt élned, halnod kell.

 Exhortation 

Reste fidele a ta patrie
Hongrois, c'est ton berceau.
De sa chair elle t'a nourri
Et sera ton tombeau.

Au vaste monde, ailleurs qu'en elle,
Pas de place pour toi.
A vivre et mourir la, t'apelle
Ton destin quel qu'il soit.

Oui, sur ce sol ou tes ancetres
Ont tant de fois saigné,
Ou se rattache un millénaire
Par tant de noms sacrés.

Ici lutterent les armées
Du valeureux Árpád;
La, les chaînes furent brisées
Par les bras d'Hunyad.

Ici, ta sanglante banniere
Liberté, fut brandie;
La, en des combats sanguinaires,
Les meilleurs ont péri.

Regarde: apres tant d'infortune,
De luttes entre nous,
Survit notre mere commune
Elle est toujours debout.

Cette nation, vaste monde,
T'appelle sans rougir:
Mille ans de souffrance profonde
Serait-ce pour mourir?

Que pour rien aient saigné leur vie
Tant de fideles coeurs?
Que tant d'âmes pour la patrie
Soient mortes de douleur?

Se peut-il que tant de pensées
D'ardeur, de volonté,
Pour rien les voulut dépensées
Quelque fatalité?

Il viendront, il doivent venir,
Enfin, les temps meilleurs
Auxquels tant des nôtres aspirent
En priant de tout coeur!

Ou bien - s'il faut ainsi qu'on aille -
Ce sera le charnier
Glorieux, et les funérailles
D'un peuple tout entier!

Les peuples viendront sur le tertre
Qui recouvre l'un d'eux,
Et l'on verra des millions d'etres,
Des larmes plein les yeux.

O Hongrois demeure fidele
A ta chere patrie.
Si tu tombes, toi qui vis d'elle,
Tu l'auras pour abri.

Au vaste monde, ailleurs qu'en elle,
Pas de place pour toi.
A vivre et mourir la, t'apelle
Ton destin quel qu'il soit.

© Traduit en Français par Jeanne Rousselot (1962)

Mihály Vörösmarty