Magda Szabó

Magda Szabo est née en 1917 dans une famille cultivée de la bourgeoisie, elle finit ses études de hongrois et de latin à l'Université de Debrecen en 1940 et commence à enseigner. À partir de 1945, elle est employée par le Ministère de la Religion et de l'Éducation (!) jusqu'à son licenciement en 1949. 
    
En 1947, elle se marie avec l'écrivain Tibor Szobotka (1913-1982). Ses premiers livres paraissent juste après la Seconde Guerre mondiale. 
    
Puis s'ensuit, pour des raisons politiques, dans la dernière période du stalinisme, un long silence littéraire, rompu seulement vers la fin des années 1950, où elle connaît alors un grand succès. Les prix se succèdent, en Hongrie et hors des frontières.
 
    
On trouve actuellement des traductions françaises d'environ 6 de ses œuvres.


 

"Le faon" de Magda Szabó

Écrit par Tistou

Un lecteur français nous fait découvrir un des meilleurs romans de Magda Szabó, Prix Femina Etranger en 2003

 

Deux centres d’intérêt dans ce roman de la romancière hongroise; l’histoire elle-même, celle d’Eszter, une affaire de frustration, de haine, de jalousie … insatiable, et puis un aperçu de la génération hongroise, qu’on qualifiera de sacrifiée, qui aura connu la dernière guerre puis le joug soviétique.

Eszter est devenue une actrice importante et célèbre en Hongrie lorsqu’elle nous raconte son histoire depuis son état de petite fille, état dans lequel est né ce terrible sentiment de jalousie envers Angela. Angela qui pourrait n’être que son amie, qui ne demande que cela d’ailleurs, mais Angela qui est belle, d’une beauté que Magda Szabó s’efforce de nous faire passer pour quasi mystique, est d’une société plus favorisée que celle de la famille d’Eszter. Et c’est là que l’histoire d’Eszter rattrape celle de la Hongrie d’après-guerre. De ceux qui, à des postes autrefois importants se retrouvent avec l’avènement du modèle soviétique, déchus et ruinés. C’est le cas des parents d’Eszter. Eszter est donc obligée très petite de vivre courageusement pour donner le change, de vivre de privations et d’efforts constants. Et elle est courageuse, et pleine d’abnégation, Magda Szabó nous le raconte magnifiquement. Seulement voilà, sa voisine, du même âge, Angela, au même moment, vit la vie privilégiée d’une petite fille choyée par des parents plus à l’aise que ceux d’Eszter. Et Angela est, aux yeux d’Eszter, d’une injuste beauté … Un sentiment d’une insatiable jalousie se met en place, aussi violent qu’irréductible …

La vie suit son cours. Et le cours de la vie d’Eszter n’est pas celui d’un fleuve tranquille. Perpétuellement insatisfaite, traumatisée des privations d’une enfance qu’elle n’a pu réellement vivre, Eszter parvient finalement à un statut de grande actrice nationale. Qui rencontre un homme de théâtre dont elle tombe, à son corps défendant, amoureuse (pour autant qu’un être telle qu’Eszter puisse réellement tomber amoureuse avec l’abandon que cela suppose?). Et la suite, vous l’aurez devinée … cet homme est marié à Angela!

La malédiction d’Angela, qui n’en peut mais, poursuit donc Eszter et c’est le récit et de la naissance de cette jalousie et son développement jusqu’à son stade ultime que nous fait Magda Szabo.

C’est très fin, psychologiquement très juste, et tout ceci dans le contexte hongrois de l’après-guerre.

"N’as-tu pas remarqué que chaque fois que je sors de l’eau, à la plage, je me dépêche d’enfiler mes sandales? Je pose le pied gauche sur la berge et, vite, je cache mon pied droit dans l’espadrille. À Szolnok, quand nous sommes montés dans nos chambres et que tu vins me rejoindre, la nuit, j’étais assise sur les talons et non pas allongée sur le lit. Au petit jour, quand tu m’as quittée, tu as dit en riant que j’étais pudique. Car, à peine avais-tu allumé pour récupérer ta montre et ton portefeuille, que j’avais remonté la couverture et l’avais bordée sous mes pieds.
Pipo t’aurait appris que je ne suis pas pudique. Dès qu’il fait chaud, j’ai envie d’aller nue, sans vêtement. Pipo connaît un détail que tu ignores: j’ai deux durillons au pied droit, et j’ai beau porter des chaussures faites sur mesure, ils ne disparaissent pas. Étais-tu furieux le jour où je t’ai défendu de m’accompagner chez le bottier pour essayer mes escarpins rouges à brides! Je ne voulais pas que tu voies mon pied droit. Et je ne voulais pas te raconter tante Irma".



Introspection à tous les étages. Magda Szabó n’a pas peur de nous perdre. Et d’ailleurs parfois elle nous perd. Mais c’est pour mieux converger vers elle un peu plus tard. Et c’est d’autant meilleur. Un roman qui fait appel à l’intelligence.

 

Tistou (www.lepetitjournal.com/budapest.html), mardi 4 octobre 2011

Paris, Viviane Hamy, 2008. Traduit du hongrois par Suzanne Canard

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