Kosztolnyi Dezsö

Szabadka, 29 mars 1885 - Budapest, 03 novembre 1936

Ses romans les plus connus sont Alouette (Pacsirta, 1923) et Anna la douce (Édes Anna, 1926).

Très prolifique, il a créé le personnage de Kornel Esti, qui est le héros de nombre de ses nouvelles, sous des aspects et des professions différents. Ce personnage lui permet d'exposer ses vues, et de taper à grands coups sur tout le monde.

Dezsö Kosztolanyi était pessimiste, mais ses nouvelles, sombres, sont également très drôles, et généralement basées sur une idée forte.

Le Traducteur cleptomane et autres histoires. 155 pages. Traduit du hongrois par Ádám Péter et Maurice Regnault. Paru chez Viviane Hamy.

Ce recueil contient onze nouvelles.

1/ Le traducteur Cleptomane.
Cette nouvelle parle d'un traducteur qui était "un garçon de talent, brillant, plein d'intuition, et, qui plus est, consciencieux et cultivé. Il parlait plusieurs langues. Il savait si bien l'anglais que le prince de Galles lui-même, dit-on, aurait pris des leçons auprès de lui. […] Mais il avait un défaut fatal."(pages 11-12).

Eh oui, ce traducteur si doué est cleptomane. La cleptomanie, chez un traducteur, peut se traduire par des comportements bien différents du commun des mortels : lorsque dans le texte à traduire, tel personnage a une fortune de mille cinq cent livres, la traduction ne parle plus que de cent cinquante livres, deux lustres de cristal disparaissent de la salle de bal…
Terrible problème, bien handicapant pour un traducteur !

2/ L'Argent : l'histoire d'un homme qui a trop d'argent. Il cherche à s'en débarrasser discrètement. Ce n'est pas toujours facile !
Il faut dire que le riche homme est poète.

3/ Le contrôleur bulgare : un homme passe la nuit à discuter avec un contrôleur dans une langue qu'il ne connaît pas. C'est un défi personnel : réussir à "parler" en ne connaissant que deux ou trois mots, sans que son interlocuteur ne se doute de rien. Très amusant .

4/ La ville franche : une ville où tout le monde dit la vérité, ou même pire : se rabaisse. Les publicités sont des antipublicités par exemple :
"Vêtements chers et de mauvaise qualité. Prière de marchander, car on vous gruge" (page 52). Petite nouvelle à la conclusion rigolote.

5/ La disparition : un homme disparaît, tout le monde chérit sa mémoire. Mais s'il réapparaît ?
Une grande claque dans la face de la certitude hypocrite des gens.


6/ Le pharmacien et lui : nouvelle mineure, mais sympathique.


7/ Misère : l'histoire d'un poète qui vit dans la misère la plus absolue, et même plus. Mais la misère absolue est-elle supportable sans sombrer dans le ridicule ? "Le unhappy end peut être tout aussi invraisemblable que le happy end". (page 90).


8/ Le manuscrit. Une vieille dame envoie pour lecture, à un écrivain, un tapuscrit d'une taille monstrueuse, et très, très ennuyeux. L'écrivain lui promet de lire son texte, mais il ne le fait pas … et un jour il rencontre la vieille dame. Sur un thème similaire à celui de la nouvelle Le contrôleur bulgare, notre écrivain parviendra-t-il à donner le change à la vieille dame ?


9/ Le Président : ou, de l'art de dormir pendant les réunions. Un art porté à son sommeil, pardon, son sommet, par le président d'une association culturelle.
"Le président ouvrait la séance et s'endormait. Le conférencier n'était pas arrivé à la table que le président dormait déjà. Il s'endormait d'un coup, foudroyé, tels les bébés." (page 106). Un peu long, mais finalement vraiment pas mal.


10/ Le chapeau : petite histoire d'un chapeau qui se fait écraser. Mineur.

11/ La dernière lecture : un écrivain fait une tournée au cours de laquelle il lit certaines de ses œuvres. Il loge dans un hôtel bien étrange…


La plupart des nouvelles sont basées sur une idée forte, et très originale... mais qui n'est généralement pas vraiment développée : le thème est rapidement exposé en entier, puis un peu étiré, mais sans variation, le sillon est tracé jusqu'au bout, jusqu'à l'absurde.
La plupart de ses nouvelles tiennent bien la route car l'idée de base est vraiment bonne, et Kosztolanyi écrit avec un style très ironique. Il a manifestement souvent des comptes à régler.

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